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10Km de Balan

Publié 16 Septembre 2013 par Thomas Diconne in route

10Km de Balan

Après un été passé à marcher sur l’eau avec des résultats innespérés en trail l’heure est venue de remettre les pieds sur terre : un 10km sur route, ma hantise… S’il ne s’agissait pas d’une course comptant pour le challenge du club (Compétition interne sur une douzaine d’épreuves pendant l’année) je serais volontiers resté au fond de mon lit, ou encore mieux : j’aurais enfilé une paire de trail pour aller crapahuter dans les monts d’or… Mais non, ce matin il va falloir aller cavaler comme un taré!

Après un bon petit dej’, j’attrape mon vélo pour me rendre au parc de la tête d’or pour retrouver Romain et Anne à 7h30. Premier constat : il fait frais et le vent souffle ! Aie… Une petite demi-heure de route à raconter les potins du club et nous voici arrivés à Balan. La météo étant plus qu’incertaine je m’attends à trouver un parking désert et à faire une course en très petit comité : grossière erreur, le parking est complet et nous prenons l’une des dernières places disponibles !

Les maillots de l’AAAL sont déjà là, Jean, Yann et Jean-Claude sont déjà en train de s’échauffer pendant que Vincent et Cécile finissent de se préparer. Malgré les 50 minutes que nous avons devant nous il semblerait que nous soyons les trainards du groupe… Hop hop hop, direction le retrait des dossards ! Une fois n’est pas coutume sur une petite course (voir certaines grosses) le cadeau est assez chouette ! Au choix, un coupe-vent sans manche ou une serviette en microfibre, super !

J’accroche vite mon dossard sur le short et en route pour un petit tour de chauffe en compagnie de Romain, Vincent, Mathieu et Dominique. Nous en profitons pour repérer le début du parcours : un petit bout de plat suivi d’une bonne descente en direction des champs de maïs, puis une longue, très longue, ligne droite dans ces mêmes champs de maïs. Je pressens que je ne vais pas en remanger avec un moment ! Nous faisons demi-tour au moment où nous sortons finalement du champ pour retourner pas trop loin du départ. Apparemment le parcours fait une boucle de 4Km et reviens par l’arrière du village avec une petite grimpette. Le profil loin d’être plat et le vent qui nous souffle dans le nez au retour promettent une bonne tranche de rigolade …

Alors que nous revenons au camp de base nous encourageons les enfants qui font leur course, j’aurais dû signer pour celle-là, 1Km à bloc me conviendrait amplement ! Tant pis, il va pourtant falloir y aller… Un rapide passage au stand, un passage à la voiture pour faire tomber une couche, une ou deux accélérations et voilà venue l’heure de se placer sur la ligne. Je ne suis définitivement pas chaud !

La tactique va être simple, compte tenu que je n’ai absolument pas la préparation pour faire de la vitesse, préparation de l’Endurance Trail oblige, je ne vais pas être en mesure d’aller chercher un gros chrono. Bref, mon seul objectif est d’assurer les points au chalenge, en l’occurrence terminer devant Yann. Pas de chance pour moi, d’après Jean il est en grande forme… Après discussion avec lui il semble partir sur une allure autour de 3’45 au kilomètre, rien qui ne soit pas dans mes cordes mais compte tenu de la fatigue accumulée et de mon allure de tracteur habituelle, j’ai l’écume aux lèvres rien que d’y penser… Maintenant que je suis au pied du mur je commence à regretter ma sortie escaliers de vendredi et la « balade » à vélo de ma veille en compagnie de Yann (un autre Yann) qui m’a finalement mis une sévère pilule…

Ca y est, nous y sommes, tout le monde est sur la ligne, paré au départ. Le speaker nous fait signe qu’ils vont procéder à un tir de test, le pistolet n’ayant pas servi depuis très longtemps, la pression monte ! Poum ! Tout semble bon, les avions sont prêts au décollage… Ah non, on est en avance sur l’horaire, tant pis, encore deux minutes à patienter ! Les regards sont rivés sur les chronos, les cardios montent dans les tours… Pan ! Cette fois c’est parti ! Je slalome un peu et me faufile vers l’avant, Yann est juste devant moi, je le suis un peu le temps que le troupeau se disperse et profite d’une éclaircie pour passer devant histoire de prendre un léger avantage psychologique. Pour le moment les jambes répondent bien mais gare au départ en surrégime…

10Km de Balan
10Km de Balan

Nous voilà dans la petite descente repérée tout à l’heure, je laisse les jambes se défouler, Yann me talonne et semble prêt à me dépasser à nouveau mais il n’en fait rien. Je redoute qu’il ne prenne ma roue pendant toute la course pour me placer une accélération assassine à deux bornes de l’arrivée. Il va falloir le décrocher rapidement !

Je me prépare à un long raid en solitaire : un groupe d’une vingtaine de coureurs s’est détaché devant et je ne compte pas accrocher le wagon, derrière je n’ai pas l’impression qu’il y ait foule mais je préfère ne pas me retourner. Après avoir pris le virage vers les champs de maïs et croisé ce qui ressemble au ravitaillement de la mi-parcours je commence à sentir le cœur monter dans les tours. Ca y est, un kilomètre de fait ! Je jette un œil à mon chrono : 3’24 ! Oulà ! Vite, je tire sur le frein à main, si je garde cette allure je ne vais pas faire de vieux os…

J’ai un coureur sur l’épaule, je crains que ce ne soit Yann mais un rapide coup d’œil me rassure, il ne s’agit pas du maillot de l’AAAL, ouf ! Je continue de cavaler, le cœur est plus ou moins stabilisé mais je sens que l’allure ne me convient pas, je n’ai plus l’habitude de ce type d’effort… Le panneau des 2Km tarde à arriver mais je finis par arriver à le rallier après être sorti du pop-corn en devenir. Boum, 3’36 à la montre, je suis sur les bases d’un sacré temps, cependant je suis convaincu que je ne pourrais pas tenir bien longtemps comme ça… Les tartines et le bol de lait de ce matin cherchent à prendre la tangente, j’essaie de piler des deux fers mais maintenant que les jambes sont bien lancées, dur dur de ralentir… La logistique d’avant effort n’a tout de même rien à voir avec une course de 6h, j’ai tendance à manger jusqu’à ce que mon estomac dise stop en général, aujourd’hui j’aurais dû me contenter d’un peu d’eau et d’un paquet de gâteaux secs…

Le parcours tourne, c’est parti pour lutter contre le vent ! La tête de course n’est pas bien loin mais je n’ai personne à portée pour m’abriter du vent, dommage… J’en bave m’ai j’avance toujours à un bon train, alors que je vois la tête de course passer en sens inverse : chouette, je vais pouvoir constater l’avance que j’ai sur Yann et aviser de ma stratégie de course ! Le vent ne se fait finalement pas trop ressentir sur cette partie, je commence à souffrir mais j’ai bon espoir, si Yann est assez loin de moi je devrais pouvoir gérer.

Voilà le demi-tour tant attendu… Outch, il faut couper le moteur puis repartir, j’ai beau essayer de faire l’extérieur pour prendre la meilleure courbe possible, je suis obligé de passer à l’arrêt avant de repartir au front… Le redémarrage est rude, d’autant plus que je constate que je n’aie que 10m d’avance sur Yann, moi qui voulais lever le pied… Au contraire il va au moins falloir tenir la cadence en croisant les doigts pour que ça coince derrière… J’aperçois Vincent, notre récent finisher de la TDS qui devait courir « sans se faire mal » pas bien loin derrière… j’en étais sûr ! Je l’encourage tant bien que mal mais le souffle est une denrée rare, j’ai les poumons en feu et je suis loin d’être arrivé… Manque de bol, Jean, Dominique et Romain ne sont pas loin derrière non plus, et voilà encore un peu de souffle qui s’échappe…

J’ai à présent rattrapé un coureur avec qui je cours côte à côte alors que nous entamons une longue ligne droite en léger faux plat montant avec le vent dans le nez. Manque de lucidité ou d’expérience sur ce type de course, je ne profite pas de l’occasion pour m’abriter derrière lui et sauver quelques forces. Voilà le troisième kilomètre, pas trop tôt ! Cette fois me voilà calé à l’allure que je recherchais : 3’41, parfait ! Maintenant il faudrait parvenir à tenir le choc…

Même si je ne profite pas de l’aspiration, courir avec quelqu’un m’aide à ne pas lâcher le bout de gras. Je n’ai pas bien le temps de papoter, je note juste qu’il porte un maillot de l’asvel et qu’il avance à une allure régulière parfaitement dans mon rythme : à ce moment il est le meilleur ami que j’ai jamais eu ! Il semble comme moi au point de rupture mais s’accroche vaillamment. Voilà le panneau des 4Km, j’ai bientôt terminé la 1ère boucle, la seconde m’apparait déjà comme l’Everest ! Le rythme a encore ralenti, me voilà en 3’45, aie aie aie… Nous passons devant le ravito, seul point du parcours où il y a un peu de public présent pour nous encourager. Je suis tellement mal en point que je ne cherche pas à les remercier de l’attention. Qu’est ce qui m’a pris d’aller pédaler hier ? Un coureur est arrêté, on dirait qu’il a coincé.

Dire que la deuxième boucle ne m’enchante guère serait un doux euphémisme, je regrette de ne pas m’être planqué dans le champ maïs pour gagner un tour… Tant pis, il va falloir faire avec ! Nous courons toujours à deux, quand soudain un troisième larron s’invite à la fête. Il a l’air en meilleur état que nous… Le fait de le voir passer me redonne un peu d’allant et je parviens à accrocher le wagon. J’essaie de garder en tête la préface du livre de Jornet « Combien de fois t’est-il arrivé de pleurer de rage et de douleur ? Combien de fois as-tu perdu la mémoire, la voix et tout jugement parce que tu n’en pouvais plus ? Et combien de fois, dans la même situation, as-tu pensé : Essaie encore ! Encore quelques heures ! » J’adore ces quelques lignes mais en l’occurrence quelques minutes de plus me conviendront amplement !

Nous voilà de nouveau dans les champs de maïs, j’ai beau courir vite les kilomètres me paraissent plus long que sur un ultra ! Décidément, je me sentais mieux pendant ma déshydratation au pas de la vache sur l’UT4M… Même pas la mi-course et je commence à cracher mes poumons ! J’ai attrapé un peu froid dans la semaine, voilà qui ne doit pas aider… Voilà le panneau ! Aller, la mi-course est passée ! J’essaie de rationaliser, plus que 5Km, un grand tour de parc de la tête d’or à bloc et j’en aurais terminé. Mes paupières commencent à se fermer toutes seules, c’est mauvais signe ! Aller, je dois me reprendre !

Penser à la tâche dans sa globalité me coupe les jambes, mieux vaut se rattacher à de petits objectifs : dans un premier temps atteindre le panneau des 6Km placé au niveau du demi-tour. J’en profiterais pour évaluer mon avance sur Yann, pourvu que j’aie creusé un peu l’écart… Je suis en train de grimacer, de laisser échapper des grognements incontrôlés, il faut que j’arrive à me recomposer un masque, quand je croiserais Yann il faut que je dégage une impression de facilité, sorte de petit taquet derrière les oreilles signifiant « tu ne me rattraperas pas, laisse tomber l’affaire ! ». Notre petit groupe tient bien, je suis calé en queue, personne ne tente de s’échapper.

Le demi-tour arrive finalement assez vite, je décélère, négocie le virage et relance la machine tant bien que mal les muscles appellent à l’aide, en fait tout le système est en surchauffe ! Le cœur bat la chamade, je n’arrive plus à ventiler correctement et mes jambes sont en feu. Je me reprends vite, serre les dents et sacrifie un peu de mon précieux souffle pour encourager Yann au moment de le croiser. J’ai grappillé un peu d’avance, j’ai à présent une cinquantaine de mètres. Pas énorme, mais ça devrait être suffisant, toutefois je n’ai pas vraiment de marge d’erreur…

Nous revoilà dans le faux plat, cette fois je ne reproduit pas l’erreur de la première boucle et me cale confortablement dans la roue du coureur au maillot orange. Des ailes me poussent et je me sens capable de d’accélérer ! Je tente une sortie pour voir : non non, je vais rester au chaud dans mon petit train ! Cependant, mon imbécile de corps trouve étrange cette diminution soudaine d’intensité et me pousse à accélérer ! J’essaie de résister à l’impulsion mais je craque alors que je franchie le panneau annonçant le 7ème kilomètre. Point positif : je suis toujours sur une allure de 3’45, je tiens bon ! Point négatif : je viens de prendre le relais et mène le train, les deux autres biens à l’abri derrière moi. Quelle truffe…

La fin est proche, moins de 3000m ! On se raccroche à ce qu’on peut… Je grimace, grogne et souffle de plus en plus, le boeing que j’étais au départ commence à ressembler de plus en plus à un vieux coucou au réservoir percé. Le crash n’est pas loin… Je serre les dents mais j’ai une chape de plomb au-dessus de la tête : la remontée vers balan me coupe les jambes à l’avance... Déjà que je lutte pour ne pas m’arrêter net…

Je n’ai plus qu’une obsession : ne pas me faire reprendre par Yann, l’envie de me retourner est grande mais je refuse de donner le moindre signe de faiblesse. Je continue à bloc en serrant les dents. Nous repassons devant le ravito, cette fois nous bifurquons à gauche en direction du village. Je tiens le bon bout ! La ligne droite contre le vent se poursuit alors que je caracole toujours en tête de notre petit groupe. Moins de 10 minutes à tenir, je peux le faire ! Je me motive tant bien que mal en pensant aux crêpes qui m’attendent à l’appart mais rien n’y fait : j’ai mal et je me demande bien ce que je fiche ici… Je ne voulais pas courir le marathon de Paris en 2014 ? Dans le genre effort de con pendant lequel je vais me maudire…

10Km de Balan
10Km de Balan

Voilà le panneau des 8Km! Et toujours dans le rythme malgré tout! Le coureur arrêté au premier tour (ou un autre au maillot assez proche) nous reprend et emmène à présent le groupe alors que nous entrons dans un lotissement. La montée est toute proche à présent… Après une longue ligne droite nous passons un ralentisseur (comme si j’avais besoin de ca), virons à droite et entamons la dernière bosse. Rien de très raide mais compte tenu de l’épuisement j’ai l’impression de m’attaquer à un mur.

Il ne reste plus qu’un kilomètre, je risque un œil dans mon dos et ne vois plus Yann. Je n’ai pas beaucoup de visibilité mais la marge me paraît suffisante : je suis convaincu que le boulot est fait. L’envie de lutter commence à m’abandonner et je laisse mes trois camarades d’échappée se faire la belle. Je vais dorénavant me contenter de gérer mon avance pour finir confortablement et prendre tout de même un peu de plaisir à l’arrivée. Nous passons derrière l’église puis remontons la rue menant au stade en passant sous l’arche de départ. Encore un petit effort et j’entre dans le complexe sportif, un dernier tour de piste en levant le pied pour de bon après avoir constaté une jolie avance sur Yann et me voilà arrivé. Ouf ! Yann en termine 10 secondes derrière moi, il n’aura rien lâché le bougre ! Comme disait Jean, il tient une sacrée forme ! Je sens que dans 15 jours il va me pousser dans mes retranchements de nouveau… Mais cette fois je tâcherais d’arriver frais !

10Km de Balan

Moi qui venais faire une bonne séance de cardio, me voilà servi ! Finalement les autres ne tardent pas à en terminer et arrivent au compte goûte, les résultats sont positifs malgré un parcours pas facile et des conditions qui n’arrangeaient rien. Jean et Jean-Claude terminent respectivement premier et second V3 pendant que Anne se classe 3ème senior. Pour ma part je termine 16ème en 37’32, à neuf secondes de Yann 17ème en 37’41. Malgré un manque d’entrainement pour ce type d’exercice et une course pas propice aux records je suis finalement assez satisfait de mon chrono. En ne relâchant pas dans le dernier kilomètre je pouvais encore grappiller 15 secondes (4’01 dans le dernier contre 4’45 à 4’46 du 3ème au 9ème). Bref, avec quelques séances de vitesse et un parcours roulant mon record pourrait bien tomber quand je déciderais de m’y remettre.

Maintenant place aux choses sérieuses : l’Endurance Trail approche de plus en plus, il va falloir penser à entretenir le foncier. Et pour ce faire une grosse semaine me tend les bras : 130 bornes de vélos et trois cols dont un hors catégorie en compagnie d’une bande de furieux mardi, puis un bloc de 3 jours le week-end prochain avec une bonne centaine de kilomètres de trail sur trois jours. De quoi bien se marrer !

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