Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Endurance Trail - Me voilà roi des causses!

Publié 28 Octobre 2013 par Thomas Diconne in ultra, trail

Endurance Trail - Me voilà roi des causses!

Ca y est, c'est fait! En direct de ma chambre d'hôtel voilà les premières lignes de ce compte rendu. A défaut de trouver le sommeil à cause de jambes ultra-piquantes et de plantes de pieds au supplice voilà de quoi me vider la tête...

Après une saison déjà bien musclée j'avais à coeur de relever un dernier défi: franchir enfin la barre mythique des 100km. L'idée m'a prise en novembre 2012 alors que je programmais ma saison dans le but de marquer mes 7 points UTMB en vue de 2014, avec une grosse saison de montagne en amont il me fallait caler une date en fin d'année, alors quoi de mieux que de s'offrir une virée sur le plus gros festival de trail français? Des paysages à couper le souffle, un plateau bien relevé et de fortes chances d'avoir une météo clémente malgré la période avancée de l'année et un parcours plus intimiste que la grande course... Il n'en fallait pas plus pour me voir me lancer dans l'aventure... Curieusement j'ai toujours moins de mal à cliquer sur le bouton du formulaire d'inscription qu'à terminer la course!

Après m'être lourdement chargé sur le volume d'entrainement toute la saison et m'être mis de bonnes pilules en compète avec presque à chaque fois des résultats dont j'ai certainement été le premier surpris je me sens fin prêt à aller défier Millau et ses Causses. Sur le papier rien de plus que de grosse collines, avec mes balades dans mes monts d'or pas de quoi me faire trembler... Mais entre le papier et la réalité il y a régulièrement un pas, voir une bonne foulée kényanne...

Cette fois nous y voilà, jeudi 24 octobre après un Lyon - Millau dans un train et un bus chargés de coureurs me voilà arrivée dans la capitale du trail le temps d'un week-end. Après une bonne sieste dans le bus j'ouvre l’œil et tombe nez à nez avec le Causse Noir, ma future némésis, illuminé par le soleil de l'Aveyron. Me voilà avec le sourire jusqu'aux oreilles, j'ai hâte d'en découdre! Enfin oui et non, l'idée m'excite énormément mais je me lance également dans l'inconnue, l'appréhension est grande: comment mon corps réagira-t-il? Le mental sera-t-il au rendez-vous? Serais-je à la hauteur de mes attentes? J'ai bassiné tout le monde avec mes beaux discours habituels: "Je pars dans l'idée d'apprendre, je vais me promener, prendre du plaisir à la pelle"... Sauf que dans ma tête l'objectif diverge; partir cool certes, mais la seconde moitié de course ne sera certainement pas du même acabit, je vais m'arracher pour faire le meilleur résultat possible sans toutefois terminer complètement anéanti. Plus facile à dire qu'à faire...

Le programme de l'après midi va être assez relax: commencer par poursuivre mon régime pâtes / malto puis aller prendre possession de ma chambre d'hôtel, et enfin aller chercher le précieux sésame qui me permettra de visiter l'Aveyron le lendemain. La chambre située sur une chouette petite place de la ville entourée de bistrots et de restos est des plus spartiate, à vouloir rogner sur les coûts... Toutefois c'est parfait pour moi: un lit et un point d'eau, je suis ici pour en baver après tout! Au moins une bonne nouvelle: j'étais persuadé d'avoir réservé une chambre pour une nuit uniquement, tous les hôtels étant complets pour la nuit de vendredi à samedi. Finalement on m'apprend que j'ai réservé la chambre pour deux nuits, ouf! Je craignais de passer la nuit d'après course sous un pont, en définitive je pourrais me vautrer dans des draps propres! Me voilà avec une belle épine ôtée du pied...

Le départ étant donné à l'extérieur de la ville, à environ 2km de mon point de chute je cherche un chauffeur de taxi dans l'hôtel susceptible de m'y conduire. Je finis par tomber sur le candidat idéal, un Limogeais amateur de l’événement qui a déjà couru le 72 et le 100. Finalement après un long conciliabule avec moi même au cours de la nuit je finirais par ne pas profiter de ses services pour y aller à pied. On n'est jamais si bien servi que par soit même...

Après le tour du propriétaire de mon loft (assez rapide malgré ses 250m²) je prends la direction du village départ après un bref arrêt pour m'offrir un cookie. Pour rendre hommage à mon surnom de Tom Tom et fidèle à mes habitudes je prends la mauvaise direction... Coup de chance mon taxi attitré ne semble pas plus en veine et je finis par le retrouver en chemin. Nous terminerons la route ensemble après moult tours et détours...

Ce dernier se rendant compte qu'il a oublié sa licence il file à l'hôtel et me laisse sur place: salon du trail me voilà!

Première étape: le dossard! En faisant la queue j'entends des coureur se targuer de temps canons l'année passée. Cette année ils viseraient en dessous de 13h, gloups... J'espère qu'il n'y en a pas que des comme ca sinon je vais terminer en voiture balais... J'en termine avec la file d'attente, présente ma convocation et reçoit finalement me voilà en possession du fameux dossard, affublé du numéro 74 de ma chère haute Savoie. Avec ca si je ne grimpe pas comme un chamois... Le dossard est vraiment chouette, on peut dire qu'ils font ca bien à Millau entre l'orga qu'on sent bien rôdée et la belle ambiance de cette fête du trail...

Seconde étape: le parcours du combattant! Pour aller obtenir mes cadeaux il va me falloir traverser le salon. Je range ma carte bleue bien au fond du sac afin de ne pas dégainer à tout va... J'esquive les stands de matériel mais oblique tout de même en direction de raidlight. Ouf, le portefeuille est sauf! A présent moins risqué: le passage sur les stands de course, chacun y va de son petit prospectus, je papote pas mal, en quête de courses sympa. Je finis par un petit arrêt sur le stand des allobroges, malgré la position calendaire qui ne m'arrange pas en 2014 le coeur pousse des gémissements, je me laisserais volontiers tenter par un trail des crêtes... Je papote un long moment avec le responsable de course, visiblement ravi de trouver quelqu'un charmé par son bébé qui me propose un café.

Finalement me voilà enfin au stand des cadeaux, et là, le moins qu'on puisse dire est qu'on en a pour notre argent! Un superbe calendrier avec des images qui laissent rêveur, une visière top qualité, une paire de chaussettes que j'ai hâte d'aller tester et un magnifique buff. Sans compter naturellement le lot de paperasse refourguée par les sponsors!

Il ne me reste plus qu'à rentrer à Millau et profiter de ma fin d'après midi dans un café un livre à la main, gros programme! Au retour j'en profite pour repérer la route pour le lendemain, pas si long finalement, au vu de ce qui m'attend je dois bien pouvoir faire ça sur un train de sénateur...

Je n'ai plus qu'à finir les derniers préparatifs: préparation du sac, étude de la météo et choix de la tenue, programmation du réveil... Ca y est, plus qu'à aller courir! La fin d'après midi s'écoule paisiblement en terrasse d'un café derrière un verre de perrier, je regarde les trailers passer entre deux lignes de mon bouquin tout en tremblant intérieurement à chaque bourrasque de vent. Ca souffle très très fort, on nous annonce des rafales à 55km/h pour le lendemain, mais vu la puissance du vent il me semble qu'on est bien au delà...

La montre me fait signe qu'il est 19h, il est grand temps d'aller manger. Je trouve un italien pas très loin et hésite entre une salade et une tournée de pâtes. Après 3 jours à avaler des sucres lents j'avoue être tenté par un peu de verdure... Voyant la taille ridicule des salades sur la table d'à côté j'opte pour les tagliatelles au roquefort, il ne s'agirait pas de partir le ventre vide... Le restaurant est rempli de coureurs, le serveur est débordé et les cuisines débitent les assiettes de pâtes. Bien que toutes les assiettes se ressemblent on remarque un contraste entre les coureurs: certains restent à l'eau, d'autres s'offrent une petite bière. Pour ma part je préfère me réserver celle-ci pour demain soir, ça me donnera une bonne raison d'avancer dans les 30 derniers kilomètres! On me propose un dessert, la raison me dit de décliner et d'aller me coucher, cependant j'ai la sensation de vivre le dernier repas du condamné. J'opte donc pour un brownie recouvert de sauce au chocolat, quelques calories de plus ne devraient pas me faire trop de mal. J'ai le souvenir de la patate au fromage de Paris qui ne m'avait finalement pas si mal réussi...

Cette fois il est grand temps d'aller au lit, la nuit va être courte! Me voilà couché à 21h avec les poules, malheureusement le sommeil me fuit, il faut dire que ça cogite ferme là-haut, l'angoisse est toute proche. J'essaie de relativiser, ce n'est pas la grosse interro de maths mais un ultra, il me suffit d'être assez malin pour mettre une jambe devant l'autre... J'essaie de me vider la tête, de penser à d'autres choses, malgré tout les divers scénarios possibles me traversent l'esprit. Quand au bout d'un long moment je paviens à faire taire mes craintes les bourrasques incessantes font claquer les volets et me ramènent à mon appréhensions. J'ai vraiment peur de l'état de fatigue que je vais découvrir. Je tente de me rassurer en repensant à mes dernières sorties dans les monts d'Or dans lesquelles le mont Thou me faisait l'effet d'une promenade de santé mais rien n'y fait, je balise sévère... Le réveil sonne enfin, 2h30! Autant dire que la nuit n'a pas été de tout repos mais cette fois-ci on y est, l'angoisse cède enfin la place à l’excitation et à l'envie d'en découdre!

Ce coup-là fini de tergiverser, je saute dans mon short, enfile mon tshirt et mes baskets, c'est parti! J'avale un peu de thé chaud, quelques biscuits ovomaltine en pensant à Olivier qui doit avoir des actions chez eux, encore un peu d'eau pour rincer tout ça et en route.

Les rues de Millau sont désertes, le vent a renversé des barrières, ma montre m'indique qu'il est 2h45. J'ai l'impression d'être en train de rêver, je suis vraiment en train de faire ça? Quand on me dit que je suis sérieusement barré... Je vais finir par le croire...

L'air n'est pas frais, il fait déjà bon. J'aperçoit la lune entre les nuages, il ne faudra pas compter sur sa luminosité, le ciel semble bien chargé. Tant qu'on ne prend pas la pluie sur la tête... Et surtout si le vent voulais bien faire une pause pendant les 15 ou 16 prochaines heures... Je traverse paisiblement la ville le sourire aux lèvres, heureux de la belle aventure qui m'attend. Alors que j'approche du départ des voitures commencent à me dépasser, je croise ensuite les premiers coureurs de la journée qui sortent des parkings, toutes les mines sont de la partie, de la franche excitation à la grosse appréhension. Pour ma part la sérénité m'a retrouver, j'avance serein, confiant dans mon état de forme et dans mon plan de course.

Un coureur commence à discuter avec moi "Cette fois c'est la bonne!", il m'apprend qu'il vient de la région parisienne après avoir résidé plusieurs années à Lyon. Nous faisons la route ensemble jusqu'à la ligne de départ en papotant gaiement. quelques coureurs sont déjà en train de courir, comme si cent bornes ne leur suffisaient pas! Les premiers kilomètres me serviront d'échauffement, pas besoin d'en rajouter... Ayant déjà participé à la grande course il me raconte quelques anecdotes sur le parcours, notamment une qui ne tombe pas dans l'oreille d'un sourd: l'ultime montée à la ferme du Cade est semble-t-il terrible avec des passages rocheux où il faut mettre les mains. Je prend bien note de ce détail afin d'éviter les mauvaises surprises au moment où je serais à bout de forces.

Le coup de feu approche, ayant des prétentions horaires plus élevées que mon ami, je lui souhaite une bonne course et me rapproche substantiellement de la ligne afin de ne pas être gêné au départ mais pas trop non plus pour ne pas être trop entraîné par la masse de coureurs surexcités qui vont partir comme des flèches. Je l'ai répété maintes fois, ma stratégie du jour sera celle du lièvre et de la tortue. L'important n'est pas de partir à fond mais de tenir une allure régulière du premier au dernier kilomètre.

Les choses se précisent, les speakers sont réveillés et prennent le micro. Dominique Chauvelier est de la partie et va interviewer les costauds devant. Il y a du lourd: Fabien Antolinos, Florian Racinet, Véronique Chastel et bien d'autres, ça va envoyer! L'ambiance commence à monter, "Qui dispute son premier 100km?". Je me sens bien seul avec mon bras levé... Je ne fais pas trop le malin, on sent qu'il y a de l'expérience sur cette ligne de départ... Puis on fait le tour des régions: Ils sont où les marseillais? Et les lyonnais? Une flopée de régions y passe jusqu'à l'heure fatidique, un dernier petit mot d'encouragement et il est grand temps de lancer l'hymne des templiers. Grosse séquence émotion.

Alors que les enceintes crachent Ameno, les 748 autres coureurs de l'ultra et moi sommes agglutinés sur la ligne, les frontales allumées, les bras levés et nous applaudissons en pensant déjà à ces moments magiques que nous allons vivre. Je savoure l'instant, la gorge serrée, vibrant avec la musique. Nous entamons tous en cœur l'ultime décompte 5... 4... 3... 2... 1... 0! Les fumigènes sont allumés, la fumée recouvre la ligne et nous partons à l'aventure l'air d'Era dans la tête. Magique!

Une vidéo du départ de 2011 afin de se faire une idée de ce moment féerique.

Voilà le programme de la journée: des bosses, des bosses et encore des bosses!

Voilà le programme de la journée: des bosses, des bosses et encore des bosses!

Dans ma tête tout semble carré: ne pas forcer l'allure dans les 40 premiers kilomètres et garder du jus pour le 60ème où je pourrais profiter de ma vitesse pour rouler sur le plateau du Larzac. Ensuite advienne que pourra, tout se jouera au mental. La parcours est parait-il rapide et permet de courir pas mal, je vais donc mettre ce côté à profit en relançant autant que possible sur les portions planes et les descentes pas trop techniques. En revanche je vais tâcher de me préserver autant que possible en montée en marchant dès que le pourcentage augmentera un peu trop.

La clé de la journée sera clairement la gestion de la fatigue, cela passera par une économie d'énergie maximale mais aussi par une bonne gestion de mon alimentation. Les ravitaillements sont relativement bien placés, deux sur les 42 premiers kilomètres puis tous les 10km à l'exception d'un gros trou du 74ème au 94ème qui risque de marquer les organismes.

Après quelques calculs d’apothicaire j'ai fini par dresser une feuille de route qui devrait me permettre de bien mesurer ma progression sur le parcours. Au mieux je pense en terminer en 13h45, au pire en 15h45.

Endurance Trail - Me voilà roi des causses!

Avec toutes ces belles idées en tête me voilà parti! La route est large et permet à chacun de trouver son rythme. Après quatre jours sans courir mes guibolles crient famine et réclament leur ration de kilomètres. Les premières foulées sont un vrai bonheur, je laisse mes jambes dérouler à une petite allure souple et efficace pour tourner autour des 12km/h. Autour de moi je vois de tout, des coureurs me dépassent comme des flèches à 14 à l'heure tandis que d'autres lèvent le pied de peur de se griller trop vite. Pour ma part ce rythme me convient à merveille, le cœur trouve son rythme de croisière et les muscles chauffent tranquillement. J'écoute les conversations autour de moi tandis que je gambade frontale éteinte, je compte économiser un peu de piles des fois que je doive terminer à la nuit tombée, sait-on jamais...

La portion de route est finalement assez longue et permet d'étirer le peloton. Je place une petite accélération peu avant que nous ne bifurquions vers un premier chemin afin de dépasser un petit groupe et ne pas être gêné dans la montée. De nouveau les organisateurs on veillé à la fluidité de la course en empruntant un chemin carrossable assez large et roulant, tout autour de moi personne ne semble décidé à marcher, moi qui était résigné à marcher à la première grimpette... Tant pis pour le plan, je suit le mouvement calmement tout en veillant à ce que mon cœur ne monte pas dans les tours.

Les lacets se succèdent et le rythme ne baisse pas, si certains semblent taillés pour tenir ce rythme je pronostique pour beaucoup d'autres des crampes à la mi-course... J'espère juste pouvoir passer au travers de ce désagrément! Malgré l'heure fort matinale il fait déjà bon: je baisse mes manchons de bras et entrouvre ma veste. Pas question de revivre le coup de chaud de St Jacques l'année passée; Quelques coureurs semblent avoir une illumination et commencent à marcher, pas trop tôt! Content de cette sage décision j'empoigne mes bâtons et leur emboîte le pas. Ça déboîte à droite comme à gauche mais je ne cède pas à mes pulsions et continue d'un bon pas, on se reverra après le 40ème!

La grimpette n'est pas violente mais je garde à l'esprit un conseil très sage que m'a donné Daniel: aborder la première montée de la même manière que je souhaiterais franchir la dernière. Cela me permet de trouver un rythme raisonnable que je peux envisager de tenir jusqu'au bout. Le pourcentage diminue peu à peu et nous revoilà sur du plat, j'en profite pour lâcher mes jambes et relancer. La vitesse est bonne et je récupère quelques places perdues dans ma phase randonnée. La roue libre n'est que de courte durée et la montée reprend ses droits lorsque nous bifurquons vers un petit sentier notre droite, cette fois personne ne galope tant c'est raide. Nous voilà au beau milieu des arbres sur un chemin de terre assez étroit agrémenté de quelques cailloux sur lesquels prendre appuis, enfin j'active le mode trail! Je dégaine les bâtons et entreprend l'ascension sur une petite allure bien régulière qui me permet de grappiller à nouveau des places. Autour de moi le silence c'est installé, je lance un joyeux "Au moins ça donne le ton de la journée!" mais personne ne relève. Pour les rires et la franche camaraderie on repassera... Après une cinquantaine de kilomètres l'ambiance devrait se décanter...

A défaut de papoter je mets le nez dans le guidon. Je dépasse pas mal de coureurs dans cette grimpette sèche, j'en profite pour les observer. Certains sont en surchauffe et soufflent comme des bœufs, d'autres ont fait des choix pour le moins étranges: une paire de chaussure de route minimaliste sans le moindre crampon pour l'un, pas de réserve d'eau pour l'autre. J'en reste sidéré!

Entre mes jambes qui vont toutes seules et la nuit qui m'enveloppe ma notion du temps est perturbée, aucune idée de ce que j'ai déjà avalé. Je regarde une première fois ma montre: pratiquement 5km parcourus. J'avance bien, le cardio ne s'enflamme pas et j'ai cette sensation d'aisance des bons jours: le moral est au top!

L'ascension se poursuit et déjà quelques coureurs commencent à dérouiller, la seconde partie de ce premier causse fait de gros dégâts. Je dépasses régulièrement des trailers qui ont mis le clignotant le temps de se ménager une petite pause. S'ils coincent dans cette côte ils ne sont pas au bout de leurs peines au vu du programme que les organisateurs nous ont concoctés... Pour ma part je me cale dans la roue d'un coureur en hoka qui me semble bien régulier. Je suis bien enfermé dans ma bulle quand soudain un olibrius m'aborde avec un accent à couper au couteau: je n'ai pas compris un traître mot et lui demande donc de répéter. Il m'explique que l'accent de la région est très marqué, il semble avoir du mal à le comprendre lui qui vient du Québec. Je manque de lui répondre que j'ai du mal à comprendre le sien également... J'échange une ou deux plaisanterie avec lui mais son rythme est plus lent que le mien, je le lâche rapidement pour rester dans la roue de mon lièvre en hoka.

Le sommet fini par se dessiner et nous voilà à la tête d'un petit peloton de 7 ou 8 coureurs au moment d'attaquer le replat. Les jambes sont toujours souples et pas le moins marquées du monde par la bosse que nous venons d'avaler, la relance passe comme une lettre à la poste et nous voilà bien lancés sur un double track ultra roulant entre les arbres. Je me retrouve à hauteur d'un coureur alors que le groupe se disloque en fonction des allures assez diverses de chacun. Nous entamons la parlotte, il est Grenoblois, du Vercours pour être précis et participe pour la première fois lui aussi à une course des templiers, en revanche il n'en est pas à son coup d'essai, ayant terminé 32ème de l'échappée belle cet été. Cependant il redoute le côté roulant auquel il n'est pas vraiment habitué. Tout va bien pour le moment excepté les bourrasques qui s'engouffrent entre les arbres et nous mettent de violent coups de frein.

Fini les bavardages, le sentier se resserre en single au moment d'aborder la descente. Je prend les devants et file droit dans la pente. Derrière nous le petit groupe s'est reconstitué et nous allons bon train. J'écoute un peu les conversations, un tandem se forme avec deux coureurs qui voudraient courir en moins de 14h. J'hésite à me joindre à eux mais je préfère attendre encore quelques heures avant de trouver des compagnons de route. Faute de discuter je me renferme dans ma bulle et retourne à mes pensées, un peu trop d'ailleurs: j'oublie de lever les pieds alors que nous entamons une sections caillouteuse et m'étale nez en avant. Bon réflexe ou habitude des chutes d’inattention, je réagi rapidement et effectue une roulade pour me relever aussitôt sans le moindre bobo. Un peu de boue sur le mollet et les fesses mais aucune douleur: ouf! Derrière moi on me demande si ça va: ça roule, merci les gars!

Suite à ma galipette je ne sais plus où est mon grenoblois ni mon duo de choc, dans le noir toutes les frontales se ressemblent... Tant pis, je ferais cavalier seul pour le moment. Je continue de descendre dans mon groupe en restant focalisé sur mes pieds. Une légère bruine nous tombe dessus depuis un moment maintenant rendant le sol humide et glissant, tout particulièrement les plaques de granit. Après ma petite gamelle j'aborde ces passages prudemment, la confiance n'a pas été émoussée mais j'aimerais éviter la sortie de route autant que faire se peut, 90 bornes avec une cheville en vrac ne fait pas vraiment partie du plan!

Les kilomètres s’enchaînent et le rythme est toujours aussi bon, le single prend fin et cède la place à un sentier plus large et plus roulant: mes jambes n'attendaient que ça et décident toutes seules de se laisser rouler jusqu'en bas. Me voilà en solo reprenant des coureurs disséminés par-ci par-là. J'ai un peu la sensation d'évoluer sur mes terres vigneronnes tant le terrain y ressemble, dans le noir je pourrais presque sentir les rangs de vigne m'entourer.

Le sentier est à présent remplacé par du bitume, voici le premier village: Paulhe. Une rapide petite descente et nous croisons les premiers spectateurs alors qu'il est à peine 5h du matin! J'entends des "Bravo", pour le moment il n'y pas grand chose d’exceptionnel à ce que nous venons de faire à part avoir réussi à se tirer du lit au beau milieu de la nuit pour aller suer sang et eau... Ceci-dit tous les encouragements sont les bienvenus, un petit merci accompagné d'un signe de la main ne me coûtent pas cher.

Je regarde rapidement le GPS: déjà 10km d'engloutis! Je lâche un "Plus que 90 bornes!" à la cantonade, ça rie un peu jaune autour. Un coureur semble n'avoir pas très bien entendu et me demande à combien on en est, il m'explique qu'il est un peu dur de la feuille. Nous rejoignons une piste cyclable le long du Tarn, les jambes sont toujours aussi fraîches et je sais que nous abordons les 10km les plus roulants du parcours: il est temps de lâcher la bride et d'envoyer un peu. Je me cale sur une allure de footing confortable et reprends des petits groupes. L'air est frais, j'ai la patate et la vitesse me grise: le plaisir est maximum.

Trop vite à mon goût nous quittons la piste cyclable pour traverser Aguessac, je repère des bâtiments en vieille pierre mais l'éclat de ma frontale ne me permet pas d'en profiter. Nous remontons ensuite rapidement sur Compeyre, magnifique petit village médiéval avec ses ruelles pavées, ses escaliers et ses maisons typiques! Les habitants nous acceuillent avec des applaudissements: "Bienvenue à Compeyre!". C'est beau mais ça grimpe chez vous!

Endurance Trail - Me voilà roi des causses!

La traversée est de courte durée mais la grimpette se poursuit encore un peu après le village alors que nous repartons sur les sentiers. La course commence à s'étirer et je suis régulièrement seul à présent, j'en profite pour savourer l'instant. Les yeux sont un peu frustrés de ne pas voir grand chose, j'ouvre donc mes autres sens: je me régale du silence que seuls mes pas vient troubler, une légère odeur de menthe vient me chatouiller les narines. Je reprends encore un petit groupe de trois, deux gars et une fille à l'accent qui m'écorche les oreilles, j'accélère un peu ma foulée dans la descente pour vite les lâcher et retourner à mon silence.

Seule une frontale me précède d'une cinquantaine de mètres dans cette descente sans la moindre difficulté, les jambes déroulent, je regarde autour de moi. Les contours des grands causses commencent à se dessiner dans l'obscurité, face à nous un bâtiment fondu dans la roche et mis en valeur par des éclairages nous domine et semble nous dire de venir le voir. J'espère que le tracé nous fera passer à son pied...

La frontale devant moi vacille et se prend une bonne gamelle. Pas de bobo semble-t-il, il me double quelques mètres plus loin visiblement pas très content de lui. Nous revoici sur la route en train de fondre sur le premier ravitaillement. Je n'ai pas vu le temps passer et n'ai surtout pas beaucoup bu, il est grand temps de refaire mes réserves! Le coureur devant moi manque à nouveau d'aller compter fleurette à la route en venant buter sur une petite bosse.

Nous voilà à Rivière sur Tarn, un bref tour dans le village et nous arrivons à la salle des fêtes ou le ravito nous attends. Celui-ci est bien fourni avec les liquides à l'entrée et les solides à la sortie. Je commence par un verre de coca en pensant à Benoit, Pouah! Pas frais et plus vraiment de bulles... Je rince ça avec deux verres d'eau avant de remplir mon bidon pour ensuite me remplir l'estomac. Avec mes réserves de glucides accumulées sur les trois derniers jours la faim est loin de se faire sentir mais je sais que je ne dois pas entamer mes réserves dès à présent. Il est 6h du matin et mon ventre n'est pas encore trop aventurier, je me contente donc de valeurs sûres: pâtes de fruit et petits pains aux fruits secs me conviennent bien. Une dernière rasade d'eau pour faire couler et me voilà reparti derrière des coureurs que j'ai dépassés dans la descente. Il faut dire que j'ai un peu trainé pour reconstituer mes stocks...

Je remets le moteur en route pour attaquer la seconde section de la course et dépasse rapidement tout le petit monde devant moi. La portion étant bien plane et ne me souvenant plus exactement de ce qui m'attend je dégaine ma feuille de route et étudie ça en courant. Premier constat: j'ai gratté 15 minutes sur mon temps de course optimal! C'est super, mais il ne faudrait toutefois pas que cela me porte préjudice par la suite... Second constat: cette portion va être nettement plus musclée. 24km pour me conduire au second ravitaillement du 42ème kilomètre avec entre temps deux causses à ingurgiter, le premier, le puech de Fontaneilles semble bien raide, le second plus roulant.

Dans le noir j'ai un peu de mal à lire ma feuille de route, ayant mise celle-ci sous plastique les reflets de la frontale ne m'aident pas vraiment... J'avance en gardant le nez dans mon papier quand soudain des cris m'interpellent: mince, j'ai loupé un virage! Ça faisait longtemps... Petite pensée pour les copains du club qui vont encore bien se marrer, je vois déjà leurs sourires narquois! Vite, je fais demi-tour en compagnie de deux coureurs qui m'ont suivis et repique sur le sentier en manquant de m'étaler tant je serre dans le virage. Et me revoilà derrière le petit groupe que j'ai déjà enrhumé deux fois, décidément...

La montée est sèche mais j'ai maintenant bien imprimé le profil dans ma tête je sais qu'il n'y en a pas pour des lustres. Je relâche un peu l'effort dans la montée et reste avec le groupe, nous sommes six ou sept, y compris la fille à l'accent désagréable de tout à l'heure. La bosse passe rapidement et nous arrivons dans le village de Fontaneilles, les habitants n'ont pas mis le nez dehors cette fois-ci et nous traversons paisiblement. Seuls les chiens sont là pour nous accueillir. L'odeur de menthe fraîche me remonte à nouveau au nez, quel pied! J'apprécie vraiment ces quelques heures nocturnes...

Une nouvelle descente nous tends les bras et je saute sur l'occasion pour prendre la poudre d'escampette en compagnie de deux coureurs. Nous filons droit sur le château entrevu plus tôt, celui-ci est encastré dans la falaise. Nous passons juste sous ces remparts naturels et remontons en le contournant pour découvrir l'intérieur de l'enceinte, sublime! C'est super chouette et on se régale les mirettes, toutefois ça grimpe quand même pas mal.

Endurance Trail - Me voilà roi des causses!

La suite de l'ascension passe bien, je suis dans ma bulle et ne sens pas le dénivelé. Mes deux compagnons d'échappée et moi nous retournons et apercevons le fin ruban de frontales descendant en direction de Rivière sur Tarn, magique! J'en profite pour leur vanter les mérites de la SaintéLyon, si nous découvrons aujourd'hui un ruban, le premier week-end de décembre réserve une véritable guirlande de noël à contempler...

Nous voilà déjà pratiquement au sommet! Le temps passe sans ce que je ne m'en aperçoive, incroyable! Nous faisons le tour du piedestal de Peyrelade, dommage que l'éclat des frontales ne lui rende une nouvelle fois pas honneur et repiquons sur la descente. Des coureurs que nous avons repris dans l'ascension ont dû manquer une balise et ne le contournent pas, s'épargnant par la même occasion un petit raidillons pour recoller sur nous.

Endurance Trail - Me voilà roi des causses!

La descente qui s'en suit est assez roulante avec de longues lignes droite, cependant j'arrive à mettre les fesses par terre dès le début en glissant sur un single. Une nouvelle fois pas de bobo mais la boue commence à s’accumuler derrière short. La suite se déroule sans souci avec de longues lignes droites en sous-bois sans gros pourcentages, les jambes déroulent et sautillent entre les cailloux.

Le sous-bois tire sa révérence et nous revoilà sur les petits chemins. On alterne passages dans les hautes herbes, un peu de bitume et retour sur les chemins. Je me sens hors du temps et j'englouti les kilomètres sans même m'en apercevoir, L'allure est très bonne, les sensations fantastiques. La course nocturne a sur moi des vertus incroyable, je ne sais pas si c'est la sécrétion d’endorphines qui est plus élevée où un autre facteur mais j'en viendrais presque à espérer que le soleil tarde un peu à se lever... Un coq chante, tiens, il est l'heure de se lever! Un coureur me demande l'heure: 7h, il nous reste encore une bonne heure à profiter de l'obscurité.

Je profite de ces chemins guère techniques pour lever un peu le nez, les couleurs de l'aube commencent à poindre. Les bleus et les rouges se mélangent au dessus des grands causses qui nous révèlent à présent leurs formes. Au vu de mon avancée actuelle je me fixe le premier objectif de cette journée: garder le rythme et dévorer la prochaine montée pour profiter du lever du jour depuis le sommet du prochain causse.

Endurance Trail - Me voilà roi des causses!

Nous revenons finalement sur une petite route qui descend vers un village. Un coureur devant moi manque une belle gamelle en butant sur une aspérité du bitume. Je passe devant les traverse le bourg en tête du groupe: c'est la grosse ambiance, tout le monde est dans la rue pour nous applaudir. Je fais des grands signes de la main, ravi de cette ferveur et pas mécontent de croiser un peu de monde. J'en profite pour demander si c'est bien à partir de maintenant que la montée reprend, on me confirme que oui. Chouette! Si tout se passe bien j'aurais déjà avalé le tiers du parcours quand le soleil se lèvera!

Le profil de cette montée change rigoureusement des précédentes. Les deux premières grimpettes offraient de bons raidillons qui duraient, celle-ci semble nettement plus propice aux relances avec des portions moins pentues et un pourcentage moyen beaucoup plus faible. Rapidement je retrouve mes réflexes de randonneur pour grimper en m’appuyant sur mes bâtons, j'en profite pour boire un coup dans mon bidon. Depuis le départ je n'ai pas bu les quantités que je prévoyais, je suis même bien loin en dessous, je vais essayer de corriger le tir dans les kilomètres à venir.

Après quelques virages un panneau nous indique de trottiner dans les hautes herbes. Le pourcentage n'est certes pas violent mais tout de même, certains vont déchanter! Je me prête avec plaisir à l'exercice et gambade gaiement. Le chemin se rétrécie rapidement et m'oblige à marcher un peu pour ne pas glisser dans les dévers. Finalement un peu plus loin un nouveau panneau nous indique de faire des tractions. Ah, je comprend mieux! Nous somment en fait sur un parcours santé... Je souris de ce constat, mon camarade du moment rigole également.

La grimpette s'avale assez aisément en alternant marche et petites relances dès que possible. L'altimètre grimpe régulièrement, j'ai bon espoir de pouvoir contempler le lever du jour depuis le sommet. A l'est la palette des rouges s'étoffe derrière les collines alors que la petite bruine qui nous accompagnait depuis le début commence à s'estomper.

Après quelques lacets nous partons en sous-bois, le tracé passe par des petits sentiers dont la trace est à peine marquée entre les arbres. Heureusement que la luminosité commence à augmenter sinon j'aurais risqué de les manquer... On alterne à présent les petits raidillons et les sections moins pentues. Les coureurs qui m'accompagnaient au début de l'ascension sont maintenant décrochés, je suis tout seul dans la forêt pour savourer l'arrivée du soleil. Génial!

Après quelques nouveaux lacets je parviens au sommet sans grande difficulté et atterri sur une route bien plane: j'en profite pour relancer un peu avant de croiser les quelques bénévoles stationnés pour nous indiquer un virage. Le Puech Roux, c'est fait! Le moral est au plus haut: environ 35km en 4h de course, un tiers de la distance avalé, un gros 1500D+ derrière mois et seulement 4 grosses ascensions sur les 65km restants. Si je parviens à maintenir l'allure je devrais terminer autour des 12h! Bon, je reste lucide, le plus dur est devant moi et le coup de bambou surviendra probablement autour du 70ème, toutefois les sensations sont formidables et j'ai bon espoir que cela dure encore un bon moment...

Me revoilà dans une descente, le chemin est légèrement gras mais rien de bien méchant, après les allobroges ou plus récement ma dernière sortie sur le mont Thou je suis immunisé à la boue. Je decend joyeusement, comptant les kilomètres me séparant du prochain ravitaillement. Mon bidon est vide et j'aimerais éviter de piocher trop dans le kamel afin d'éviter d'avoir à le remplir pour le moment. Je dépasse encore un coureur, je suis assez isolé à présent.

La descente est de courte durée et une petite côtelette vient perturber mon escapade dans les bois. Une nouvelle fois celle-ci passe comme une lettre à la poste et me voilà reparti dans la pente. moins de 5 kilomètres avant le ravitaillement. Si on m'avait dit que je passerais à Mostuéjouls avant 9h du matin et dans cet état de fraicheur j'aurais signé tout de suite!

La descente est à nouveau des plus roulantes sans réelle difficulté. Je commence à avoir un peu chaud, ce n'est pourtant pas la faute du soleil qui s'abrite bien derrière les nuages... Il fait un petit 20° en cette fin octobre, on baigne en plein été indien! Ce temps me convient bien, c'est nettement mieux que les cordes qui sont tombées en 2012... La frontale commence à me comprimer la tête, j'ai hâte d'arriver en bas pour m'en débarrasser! J'en profiterais aussi pour me séparer de mon gilet.

Quelques lacets me donnent le village en ligne de mire, me voilà à un kilomètre de l'objectif. Un coureur me rattrape dans une portion caillouteuse où je calme un peu le jeu afin de préserver mes pieds. J'ai encore quelques séquelles de mes aventures en montagne cet été et mes gros orteils sont devenus assez sensibles aux chocs... Je propose au coureur de mon dos de passer devant alors que le sentier se resserre, il préfère rester derrière moi pour le moment, mon allure lui convient bien. Nous commençons à bavarder en arrivant sur Mostuéjouls, il se trouve que c'est le coureur dur de la feuille du kilomètre 10.

C'est un coutumier des templiers, il me raconte avoir fait plusieurs fois l'endurance trail aux alentours des 12h30. Il ne paye pas de mine comme ça mais c'est un costaud Marcel! Le parcours ayant un peu changé cette année il ne sait pas encore bien ce que cela va donner. Nous descendons les petites rues pavées du village tranquillement avant d'arriver à la salle des fêtes pour nous ravitailler. Passage sur le tapis de chronométrage sous les applaudissements et pensée pour mes supporters qui vont me voir passer derrière leur écran. Manque de bol ma puce n'a pas bippé, il leur faudra attendre un peu plus pour avoir de mes nouvelles.

Endurance Trail - Me voilà roi des causses!
Endurance Trail - Me voilà roi des causses!

8h37 du matin, mon estomac n'est pas encore trop joueur, il y a du salé sur la table mais pour le moment seul le sucré me démange les papilles. Après l'épisode du coca je tente cette fois la boisson énergisante. Je tente de demander au bénévoles si elle est bonnes mais ils ne semblent pas l'avoir goûtée, tant pis je me jette à l'eau! Un vague gout d'agrume, on sent les minéraux derrière... Ça pourrait être pire... Ceci-dit je retourne rapidement à l'eau claire, c'est nettement meilleur! Je remplie la gourde et range ma frontale au font du sac. Je passe à présent côté grignotage et enchaîne les morceaux de banane, j'ajoute à cela une ou deux pâtes de fruit et un petit pain aux fruits secs. Un dernier grand verre d'eau et j’emboîte le pas de Marcel qui prend la poudre d'escampette.

Nous repartons en discutant, je lui explique que c'est mon premier 100km mais que je commence a avoir un petit bagage derrière moi, il trouve que ma gestion de course est bonne pour le moment. Nous dévions sur nos terrains d'entrainement: les monts d'or pour moi, les écrins pour lui, il y en a qui ont du bol... Il me raconte ensuite ses exploits sur le trail des écrins où il termine 1er V2. Au moins sur ce coup là je suis bien accompagné!

Nous prenons maintenant la direction du Causse de Sauveterre pour une ascension normalement bien musclée. Mais tout d'abord nous coupons à travers champs pour rallier le village de Liaucous, un nouveau village typique de la région, superbe, dominé par les falaises du Sauveterre.

Endurance Trail - Me voilà roi des causses!Endurance Trail - Me voilà roi des causses!

Nous entamons la grimpette en continuant de discuter, des panneaux nous indiquent une via ferrata, les paysages promettent d'être chouettes! Je prend mon rythme de croisière en m'appuyant bien sur les bâtons. Le chemin serpente dans les bois et m'offre une jolie vue sur la région. Ou la mémoire me joue des tours ou j'étais parfaitement enfermé dans ma bulle, cette montée reste assez trouble dans mon esprit. Je lâche rapidement Marcel et effectue la montée en solitaire, concentré sur mon effort. Tout se passe à merveille bien que je sente la fatigue poindre légèrement. Plus que trois causses après celui-ci, j'ai bon espoir!

Un coureur me dépasse dans la montée, je ne cherche pas à accrocher: je préfère m'économiser en côte pour mieux relancer dans les parties roulantes. L'altimètre m'indique que le sommet est proche, c'est le gros avantage de ces raidillons: c'est musclé mais le dénivelé s'avale rapidement. La fin d'ascension est plus roulante et m'autorise quelques relances.

Je débouche finalement sur un chemin assez large où je recommence à cavaler sereinement. Le coureur qui m'a dépassé un peu plus tôt apparaît dans ma ligne de mire, je mets un petit coup d'accélérateur pour revenir à sa hauteur et remettre les pendules à l'heure: il m'a peut être fumé à la montée mais quand il s'agit de courir c'est moi le plus costaud! Je parviens à revenir sur lui rapidement puis reprends un second coureur à l'abord de la descente, celui-ci ne fait pas long feu et est rapidement lâché. L'autre en revanche ne lâche pas le morceau et me colle au train tant et si bien que je le laisse passer quand le terrain se fait plus technique avec des lacets caillouteux, je préfère descendre dans le calme et éviter de prendre des risques. Malgré mon allure plus cool il ne réussi pas à creuser le trou et reste en visuel.

La portion technique est de courte durée et se transforme en un single en balcon avec un beau panorama sur les gorges du Tarn. Derrière la rivière un causse nous fait face avec ses falaises ciselées telles de la dentelle. Les jambes se remettent en marche d'elles même et je reprend une nouvelle fois ma proie qui me laisse passer.

Endurance Trail - Me voilà roi des causses!
Endurance Trail - Me voilà roi des causses!

La suite de la descente s'effectue tranquillement, je profite des panoramas et descend mon bidon. Me voilà à la mi-course en 6h! Jusqu'à présent tout se déroule à merveille, encore mieux qu'espéré. Le ravitaillement suivant n'est plus bien loin, il m'attend au Rozier au 54ème kilomètre. Seul petit souci: ma montre a dû perdre le GPS quelques temps, il me manque des kilomètres au compteur et je n'ai qu'une idée approximative d'où j'en suis. Pas de panique cependant, je continue à avancer, je pourrais estimer les kilomètres manquants en arrivant au ravito et ainsi corriger le compteur.

La descente passe beaucoup plus vite que prévu et je débouche sur une petite route avant de franchir un pont au dessus du Tarn et d'arriver au Rozier. C'est la fête dans le village, tout le monde est sorti nous accueillir, je fais des signes de la main et remercie les gens, ravi d'en être déjà là! L

e ravitaillement ne tarde pas, cette fois il est environ 10h du matin et je sens que je dois refaire le plein du moteur. J'attaque avec de l'eau puis un verre de jus d'orange, trop sucré. Décidément... L'eau claire il n'y a que ça de vrai! Il y a également des canettes de bière sans alcool qui nous attendent: sans façon! Après avoir refait le plein je file grignoter un peu, j'attaque par les traditionnels morceaux de banane mais ceux-ci ne me font plus guère rêver... Une fois n'est pas coutume, j'opte pour des morceau d'emmental et surprise: ça passe tout seul! Il y a également du pain et du jambon cru, je continue sur ma lancée! Je repère ce qui ressemble à des pots de riz au lait, pas de chance ce sont des yaourts à la fraise, rien de tel pour se mettre le ventre en vrac. J'opte plutôt pour une tartine de roquefort. Outch! C'est super bon! J'ai trouvé mon nouveau carburant je crois...

C'est reparti, je redémarre derrière le coureur de tout à l'heure et fait un petit bout de route avec lui. Nous discutons un peu équipement avant que je ne le lâche dans une portion plus roulante. La prochaine bosse devrait être un peu sèche, elle nous emmènera au dessus du causse noir pour ensuite profiter du plateau jusqu'à St André de Vézines - j'ai maintenant pris le réflexe de sortir ma feuille de route à chaque ravitaillement pour étudier le profil pendant que je grignote.

Je rattrape Marcel qui a lui aussi dû me dépasser au ravito, il faut dire que je prends tout mon temps pour bien m'alimenter... Nous reprenons notre discussion et montons tranquillement. Cette montée est vraiment chouette avec un côté assez minéral et quelques passage où il faut lever les genoux et mettre les mains. Je me régale! Marcel me dit de filer, je vais trop vite pour lui. Je ne me fais pas prier et continue sur mon allure alors que nous passons sous les falaises.

Le relief évolue et alterne à présent entre gros raidillons et singles en balcons, j'avance à un rythme soutenu, j'ai l'impression de voler. Les relances passent à merveille, les phases de marche ne me font pas grand mal, j'ai hâte d'arriver sur le plateau pour envoyer la sauce!

L'altimètre grimpe comme une fusée, je suis presque en haut! Clac! Une crampe dans le mollet gauche... Alors celle-là je ne l'ai vraiment pas senti venir... Mince! La tuile... Juste quand je m’apprêtais à lâcher les chevaux... Le moral prend une sacrée claque, je m'arrête quelques secondes pour réfléchir à la situation. Il n'y a pas grand chose à faire de toute façon, je termine la montée en marchant en espérant que le muscle se détende rapidement.

Le cerveau est au taquet, j'analyse les causes et les conséquences de cet incident: vraisemblablement je ne me suis pas assez hydraté , cette dernière montée a également dû solliciter un peu trop le muscle entre les relances et les parties raides où j'étais en appui sur la pointe du pied. Étrange, généralement j'ai des signes avant-coureurs qui ont été absents aujourd'hui...Il me reste 40km à tirer, rien d'impossible malgré la crampe, je l'ai déjà fait sur le Saint Jacques. Malgré le coup dur je reste confiant dans ma capacité à aller au bout, reste à savoir combien de temps il me faudra. En marchant à 5km/h il me faudra... 8 heures, 9 si ça coince! Autant dire que l'idée ne m'enchante guère, le mieux serait que je parvienne à faire passer la crampe pour repartir en trottinant à une allure réduite.

La montée est maintenant derrière moi et je marche sur le plateau. Le muscle ne veut pas se décrisper, je commence à le sentir plutôt mal. Marcel me dépasse, il me demande si tout va bien en passant: "Ma première crampe de l'année!". Nous discutions tout à l'heure de l'intérêt des manchons et je lui expliquais ma théorie selon laquelle se sont eux qui les provoquent chez moi. Ce coup là je ne pourrais pas les incriminer...

L'idée des 9h me chiffonne, je tente le tout pour le tout est repars au petit trot en accélérant tout doucement. Les sensations du Saint Jacques me reviennent alors: je suis capable de courir sur une petite distance pour peu que je ne dépasse pas la vitesse autorisée, néanmoins la crampe est toute proche et risque de revenir à tout moment si je trottine trop longtemps. Il va donc me falloir alterner course et marche si je veux continuer à avancer. Je commence donc mon petit bonhomme de chemin clopin-clopant.

Un petit coup de cul surgit de nulle part, moi qui croyais être au sommet! J'ai vraiment peur pour mon mollet et entame la grimpette avec appréhension en veillant bien à ne pas attaquer avec la pointe du pied, au contraire je cherche à bien dérouler, tout en fluidité. Ô miracle, le mouvement semble désamorcer la crampe, je sens le muscle se relâcher, mon mollet retrouve de sa souplesse! Mon moral s'illumine d'une note d'espoir.

Je poursuis mon ascension en continuant d'effectuer le mouvement réparateur et arrive en haut bien résolu à tenter la relance. Quelques foulées d'escargot: tout va bien. Allure d'échauffement: le muscle répond toujours bien. Footing: plutôt pas mal! Je vais en rester là et tenir cette allure, pas question de tenter le diable.

Le terrain me permet de courir facilement, assez plat et souple sous le pied. La vitesse reviens peu à peu et je finis par remonter sur Marcel, je lui fais signe que ça va mieux en passant devant lui. Tout n'est pas rose pour autant, j'ai peur que la crampe ne revienne, la fatigue se fait sentir et le moral a méchamment ramassé. J'alterne entre passages à vide et regains de volonté, faisant le chassé croisé avec Marcel. Nous allons sensiblement à la même allure mais mon train est vraiment saccadé. Je prend un taquet derrière les oreilles lorsqu'une fille au tshirt rose déboule comme une balle passe devant moi sans même sourciller. Elle a l'air de voler, la foulée aérienne, le buste droit, et dégage une impression de facilité que je lui envie en ce moment... J'essaie de me reprendre en main et accroche sa foulée. Le rythme n'est pas fulgurant mais extrêmement régulier, j'ai toutes les peines du monde à me maintenir dans sa roue. Le terrain semblait plat sur le papier, il est en réalité assez vallonné et demande pas mal de jus afin de maintenir l'allure. Après une dizaine de minutes à ce train infernal je rend les armes et profite d'une grimpette pour marcher un peu et la laisser filer. Vraiment impressionnant! Après quelques recherches je découvrirai plus tard qu'il s'agissait d'Irina Malejonock qui terminera seconde en 12h37. Pfiouu, quelle baffe!

Je paye certainement les pots cassés du camouflet que m'a infligé Irina et me vois contraint de calmer le jeu. Marcel quant à lui semble toujours bien gazer, il me reprend et continue sa route, toujours aussi régulier.

Je poursuis ma progression tant bien que mal, je commence à être secoué. Pourtant je dépasse quelques coureurs qui ont l'air nettement plus mal en point que moi. Je suis particulièrement surpris par leur physique, ils n'ont pas l'air bien affûtés. Je ne comprend pas comment ils ont fait pour être devant moi après 60 kilomètres. Dans mon grand désarrois je me retourne et constate que leurs dossards sont violets et non verts comme les nôtres. Ah oui, ça me revient à présent: l'intégrale des causses se cours en même temps et la fin des deux parcours est commune. Fini la tranquillité, il va maintenant falloir faire avec. J'espère juste ne pas avoir à remonter des files de coureurs...

J'avance tranquillement sur les sentiers avant de rejoindre les petites routes et de remonter à nouveau sur Marcel. Nous rallions le ravitaillement ensemble sous les applaudissements des habitants.

Endurance Trail - Me voilà roi des causses!

Il y a du changement à ce ravito, les trois premiers étaient pratiquement déserts, cette fois-ci il y a du monde de partout avec les coureurs de l'intégrale. Peu importe, j'attrape une bouteille d'eau et me place face à des tartines de roquefort, des tranches de pain et du jambon cru. Il est 11h33 et connaissant mon estomac il ne va pas tarder à me dire qu'il a faim. Je décide de tromper l'ennemi et me fais un petit casse croûte pas malvenu. Je refais le plein du bidon et veille à bien me réhydrater, avec ma crampe je ne peux plus me permettre d'erreur. En sortant de la pièce je passe devant un panneau:

Intégrale - 23.5Km

Endurance Trail - 63.5Km

J'ai du mal à croire que les coureurs de l'intégrale semblent aussi fatigués après seulement 24km alors que les coureurs de l'ultra que je suis amené à croiser semblent toujours assez frais. Pour ma part j'ai pris un shoot et ne suis plus à la fête, la foulée est lourde, la tête basse... Plus trace de Marcel, il n'a pas traîné comme moi. Je ne le reverrais pas, il terminera 4ème V2 en 12h52, chapeau bas!

Je reprend la route au milieu des coureurs de l'intégrale, je dépasse pas mal bien que je ne sois pas au mieux. Ceux-ci ne manquent jamais de m'encourager à mon passage, j'essaie de les remercier mais l'effort me coûte, c'est donc en chuchotant que je m'adresse à eux. Encore 37km et 2 ascensions à avaler, j'ai beau commencer à faiblir sérieusement la tâche ne me semble pas insurmontable.

Je me cale derrière un petit groupe de l'intégrale qui n'avance pas trop mal, perdu dans mes pensées. Soudain j'entends des sifflets venant de derrière, mince! Ces gros nazes ne sont pas fichus de suivre la route alors qu'ils sont tout frais! Je ronchonne dans ma barbe après eux, comme-ci la course n'était pas déjà assez longue... Et en plus il faut remonter pour retrouver le parcours! J'en ai marre de marcher, je me remets à trottiner dans la côtelette et repars dans les sentiers tambour battant, de mauvais poil mais bien déterminé à avancer.

Je ne tarde pas à semer mon gruppetto et file en direction du prochain ravitaillement. Je dépasse encore quelques coureurs de l'intégrale puis c'est le no-man's land, je suis seul au monde pour profiter de ces paysages. La végétation n'est pas la même que ce matin, c'est plus sec de ce côté des causses. Les arbres se raréfies sur le plateau, sans doute à cause du vent qui doit régulièrement cingler. Les grandes barres rocheuses dominent le paysage avec leurs formes singulières. Le ravitaillement m'a fait du bien et m'a redonné un peu de fraîcheur.

Ce plateau n'est décidément pas plat, j’enchaîne les faux plats descendants et les bonnes remontées en serrant les dents. Je parviens à maintenir un rythme, toutefois je m'aperçoit que ma foulée a perdu tout son tranchant, le pas est lourd, je tape des talons, la tête est basse et le dos voûté par la fatigue. J'essaie de corriger le tir, relève le buste et cherche à alléger la foulée en me portant plus sur l'avant du pied. Je bois un coup, il faut que j'arrive à maintenir mon état le plus longtemps possible.

Je quitte le chemin assez large sur lequel j'évolue depuis un moment maintenant pour aborder un single en balcon fantastique. Le panorama est à couper le souffle, les massifs granitiques dominent la place, la vallée de la dourbie en contrebas me permet de contempler mon prochain objectif, ce cadre me fait oublier ma fatigue, seul le plaisir des yeux compte à cet instant.

Endurance Trail - Me voilà roi des causses!
Endurance Trail - Me voilà roi des causses!

J'avance paisiblement, savourant ces instants magiques entouré des chaos qui font le charme de ces causses. Le sentier passe à présent en sous-bois, voilant le paysage et me ramenant à la dure réalité. Je jette un œil à ma montre, les kilomètres semblent ne plus défiler et la descente ne veut pas venir. Je m'accroche et continue à trottiner cahin-caha. J'en bave mais j'aperçois la Roque Sainte Marguerite, mon prochain point de passage au détour d'un virage.

Dans mon sac à dos le téléphone se met à sonner, après la dizaine de textos reçus depuis ce matin j'ai hâte de lire tous ces petits mots. J'envisage sérieusement de prendre une bonne pause en arrivant en bas mais m'y refuse, j'attendrais l'arrivée, ça me fera une bonne raison de continuer à avancer.

Endurance Trail - Me voilà roi des causses!
Endurance Trail - Me voilà roi des causses!
Endurance Trail - Me voilà roi des causses!

La descente débute finalement mais rapidement le terrain remonte, me faisant récupérer l'essentiel de l'altitude perdue. Zut, fausse alerte! Après plusieurs espoirs déchus et un virage me donnant un aperçu d'un lointain pont en fond de vallée où quelques minuscules coureurs passent au petit trot mon moral est en chute libre contrairement au sentier qui continue désespérément de rester dans les hauteurs...

Au bout du compte je finis tout de même à dévaler ce causse noir, la descente est un peu abrupte et propose quelques parties techniques qui me permettent de sortir de mon train-train. Les jambes sont encore souples et tricotent pour survoler le relief tandis que je joue avec mes bras pour m'accrocher aux arbres et serrer dans les virages. Je suis ravi de ne pas passer ici de nuit, il serait aisé de passer tout droit et d'aller piquer une tête dans la Dourbie...

Endurance Trail - Me voilà roi des causses!

Après moult lacets je parviens au village où une nouvelle fois les spectateurs sont au rendez-vous. Je les salue sans trop de vigueur et les remercie dans un souffle, pas certain qu'ils m'entendent... C'est l'intention qui compte comme on dit! L'arrivée au ravitaillement me fait du bien au moral, j'ai une pensée pour les copains du club qui doivent commencer à s'exciter de me savoir à 25km de l'arrivée.

Pour ma part je reste concentré sur l'épreuve qui m'attend: 20km en autonomie avec les deux dernières ascensions à me mettre sous la dent. Je m’apprête à dérouiller! L'espace de ravitaillement n'est pas immense et déborde de coureurs de l'intégrale! Voilà un moment que je n'ai plus vu personne, vraisemblablement ils étaient tous ici à m'attendre... J'avale les désormais rituelles tartines de roquefort et jambon cru, me réhydrate et recharge bien le bidon. Il me reste environ un litre d'eau dans le dos, avec les 0.6L que je viens de rajouter à ma réserve cela devrait être plus que suffisant. Un coureur demande combien il nous reste avant le prochain point, personne ne semble à même de lui répondre. J'en suis sidéré, personne n'a pris la peine d'étudier le parcours! Bande de branquignoles, signer pour 60 bornes et ne pas réfléchir à son hydratation! Je prend les chose en main et crie à la cantonade que le prochain ravitaillement n'est pas avant 20km, donc qu'il faut penser à embarquer des réserves! J'avale une dernière tartine de bleu pour la route, rince à l'eau claire et me remets en route. Minute papillon, avant de filer me frotter au Larzac je vais tomber la veste que je trimbale depuis ce matin et qui commence à me faire suer. En effet, en tshirt je me sens nettement mieux!

Me voilà parti pour le dernier gros morceau de cet endurance trail, je sais qu'une fois au pied de la dernière bosse plus rien ne pourra m'arrêter. Un rapide calcul me fait sourire: il me reste 26km et 13h pour arriver à Millau soit 2km/h, vraisemblablement je devrais arriver dans les clous! Plus sérieusement, à l'allure actuelle il doit me rester entre 3h30 et 5h de route, bref encore un gros morceau alors que mon cerveau me dise que la fin est proche.

Je traverse le pont repéré depuis le causse noir et repère le balisage qui abandonne sèchement la route pour bifurquer à gauche sur un sentier très étroit et ultra-raide à travers les arbres: grosse pensée pour Olivier et son relais à l'UT4M. Le chemin monte en flèche dans la forêt, on ne s’embarrasse pas avec les virages, les cuisses surchauffent. Devant moi j'entend des râles d'agonie, les mecs de l'intégrale semblent dans le dur!

La fatigue est bel et bien là à présent mais je parviens à maintenir une bonne allure dans la montée, je reprends rapidement quelques naufragés du 60km en train d'exploser, ceux-ci ouvrent des yeux comme des soucoupes en découvrant mon dossard vert. Pour rajouter un peu à leurs regards estomaqués je leur grommelle quelques encouragements, un petit sourire au coin des lèvres. Jusqu'à présent j'avais vu très peu de casse mais là c'est l’hécatombe: des coureurs sont assis au bord du sentier en train de faire le point, d'autres persévèrent tant bien que mal mais n'avancent plus. De mon côté j'apprécie énormément cette ascension qui me permet de sortir la tête de l'eau.

Au dernier ravitaillement j'ai vérifié le profil, la grimpette se déroulera en deux phases: une première montée de 350m très sèche (ça j'avais remarqué!) puis une petite descente avant d'aborder 150m plus roulants. Je continue ma moisson de coureurs de l'intégrale et m'envole vers le sommet. Ma souffrance d'il y a 30 minutes est loin derrière moi!

Je vaque à mes pensées pendant que le dénivelé défile au compteur, je songe à la montée de Roche Blanche sur l'UTTJ qui m'avait laissée la même impression de mur qui ne se grimpe finalement pas si mal. Après quelques minutes d'effort je parviens au sommet, j'ai pourtant l'impression d'avoir attaqué la montée il y a 10 minutes! Je préfère ne pas regarder le chrono afin de ne pas me faire peur. Le sentier aplanie et je retrouve mes jambes d'il y a 40 kilomètres, me revoilà fringant pour gambader dans la descente.

Endurance Trail - Me voilà roi des causses!

Cette petite portion roulante passe toute seule, je me laisse aller, tout au plaisir de savoir que j'en terminerais d'ici peu. Derrière moi les coureurs de l'intégrale ne relancent pas et continue de marcher. Je me remémore le parcours entrevu hier sur le salon du trail, celui-ci était modélisé sous google-earth et défilait sur une télé, j'en ai profité pour regarder les 20 derniers kilomètres, je sais donc à quoi je vais me frotter: après la grosse grimpette en forêt nous allons déboucher sur le plateau du Larzac et traverser une zone agricole avant d'aborder la seconde partie de l'ascension qui passe entre les hauts reliefs, puis ce sera la descente vers les gorges de la Dourbie.

Tout se passe comme prévu, je déroule sur le plateau, dépassant encore nombre de coureurs en galère, je repère au passage un dossard vert, chouette! Quelques bâtiments agricoles sont là pour nous rappeler que la civilisation n'est pas loin. Autant la première partie du parcours traversait de nombreux village, autant depuis le 30ème kilomètre le territoire s'est fait plus sauvage et les contacts humains sont devenus une denrée rare. Me revoici dans les bois pour aborder la fin de l'ascension, les jambes ne semblent pas résolues à marcher, je les laisse s'exprimer et trottine autant que le terrain me le permet, quelques bosses me poussent à marcher mais les relances sont de nouveau saignantes.

J'arrive rapidement sur les hauteurs du Larzac, le paysage est juste incroyable! Le plateau est dominé par de grands chaos, ceux-ci adoptent des formes très diverses, du grand piton au bloc granitique bien compact en passant par une immense arche de roche sous laquelle nous déambulons, j'ai des étoiles dans les yeux. Cette petite bosse tire finalement sa révérence sans me faire grand mal et j'arrive au sommet bien résolu à dévaler vers la Dourbie.

Je reprends un coureur un peu en perdition, celui-ci est sidéré que je sois si bien alors que j'ai environ 80 bornes dans les jambes. Il parvient à s'accrocher derrière moi dans la descente et nous commençons à papoter. Il m'explique qu'il a des crampes dans les deux jambes, je lui donne ma technique miracle en espérant que cela pourra l'aider. Nous descendons tranquillement mais soudain une petite douleur vient me titiller le genou gauche, après environ 10h de course c'est un peu normal. J'essaie d'épurer ma foulée pour supprimer les mouvements exotiques. Je boitille un peu mais tente de ne pas ralentir le rythme. Quand la douleur est trop grande je marche quelques mètres pour soulager l'articulation, je dérouille! Malheureusement l'altitude ne baisse pas vite, je serre les dents et prend mon mal en patience, j'ai hâte de retrouver le plat... Dommage, cette petite descente avait pourtant tout pour me plaire, un petit single de terre souple pas trop pentu avec son lot de virages. Je glisse dans un dévers et manque de peu de passer cul par dessus tête, les réflexes sont encore bons et je réussi à me récupérer. Mon nouveau compagnon me dit de bien rester vigilant avant de faire la même erreur. En effet, la fatigue commence à se faire sentir, restons concentrés!

Nous continuons à dévaler sur un bon rythme malgré nos forces qui nous abandonnent peu à peu et mon genou qui me mine l'esprit, j'ai peur d'être en train de me blesser et repense à Yann et sa cheville sur la diagonale. Dans l'excitation du moment et si près du but la raison n'a plus voix au chapitre, je m'accroche, on comptera les pots cassés demain matin. Je trottine en chantonnant Ameno, le regard rivé sur l'altimètre. Les coureurs en perdition sont légion, en entendant notre pas il s'écartent du chemin. Je ne manque jamais de les remercier mais je sens que parler devient un effort, ma voix se résume dorénavant à un filet sonore que moi seul doit entendre...

J'essaie de me reprendre et relance un peu dans la fin de la descente en faisant fi de mon genou douloureux. Le replat ne tarde pas trop à venir et je m'autorise quelques pas de marche le temps de me remettre de ces traumatismes. Mon collègue de l'intégrale me colle toujours au train, d'un côté cela me frustre de ne pas parvenir à le décrocher, d'autre part je suis assez content de cette compagnie inespérée, c'est toujours plus facile de se motiver à deux. Nous discutons un peu en alternant marche et course sur ce sentier très étroit une trentaine de mètres au dessus de la Dourbie, nous sommes toujours au frais au milieu des bois.

Je serre le poing sachant que le plus dur est derrière moi à présent. Un peu de plat jusqu'au pont de Massebiau et je pourrais m’atteler à la dernière difficulté, la grosse montée vers la ferme du Cade sur le fameux Causse Noir. Mon GPS ayant fait plusieurs décrochages dans la journée je ne sais pas bien où j'en suis du kilométrage mais d'après mon souvenir le replat devrait durer deux ou trois kilomètres, quatre tout au plus avant de nous conduire au pont situé au 89ème kilomètre.

Nous avançons tranquillement malgré un rythme décousu, l'épuisement me pousse à marcher mais à chaque fois ma volonté prend le relais pour me pousser à poursuivre l'effort. Mon ventre commence à gargouiller et j'essaie d'estimer le chemin qu'il me reste jusqu'à Massebiau. Cette longue ligne droite qui n'a décidément pas de fin commence à saper mes forces et me miner l'esprit, je sens mes forces décliner de minute en minute. J'essaie de me raccrocher à des calculs réconfortants: j'ai bouclé plus de 4/5 du parcours, il me reste une quinzaine de kilomètres tout au plus et environ 11h pour en terminer, je parviens à empêcher le doute de s'instiller dans ma tête; le coup de pompe en revanche est bel et bien là. Un village sur notre droite me fait croire que le calvaire est terminé mais il n'en est rien, nous le dépassons et continuons notre route, toujours tout droit sur ce sentier interminable et douloureusement vallonné...

Endurance Trail - Me voilà roi des causses!

Tandis que nous marchons un peu après une bosse bien malvenue mon compagnon décide de manger un peu. Quelle bonne idée! Pourquoi n'y ai-je pas pensé plus tôt? Certainement parce que je suis écœuré par le sucre et que j'avais du mal à me pousser à en ingérer... Mais cette fois le ventre gronde, le réservoir est vide: il est temps de remettre du carburant. J'attrape une pâte de fruit poire chocolat qui me ravi les papilles mais sa taille ridicule ne parviens pas à combler le gouffre. Je cherche à tâtons une grosse barre de céréales dans la poche arrière de mon sac, espérant secrètement tomber sur une powerbar aux fruits rouges. Cruelle désillusion, c'est une barre à la cacahuète de la même marque. Généralement je les aime bien, mais là quitte à manger du salé j'aurais autant apprécié une bonne rondelle de saucisson... Vu le coup de bambou je ne fais pas le difficile et accueille ce carburant à bras ouverts. Je mâchouille un bon moment, descend ce qu'il restait de mon bidon et pioche dans le kamel avant de reprendre ma petite foulée, le moral regonflé par ces quelques calories.

Très rapidement je sens la magie opérer, le jus reviens, mon rythme s'accélère. Je continue de remonter des coureurs de l'intégrale, derrière mon compagnon de galère tire la langue pour me suivre, je m'enquis de son état: les crampes sont plus ou moins passées mais il en bave tout de même. Cette fois je parviens à ne pas lâcher et continue sur ce petit rythme jusqu'à enfin déboucher sur un chemin carrossable, ouf! Pour couronner le tout il y a des gens au bord du chemin, voilà bien longtemps que je n'avais plus vu de signe de civilisation! Je demande si le pont est encore loin, on me l'indique à moins de 500m, j'exulte! Des spectateurs m'indiquent que je suis 30ème, je n'en reviens pas! Je leur demande si ils sont sûrs de leur coup, ils semblent sérieux en tout cas, génial! Voilà exactement le coup de pouce dont j'avais besoin pour aborder cette dernière bosse.

J'arrive rapidement sur le pont, traverse et me remémore un conseil d'un coureur au 60ème kilomètre: il y a de l'eau peu après le pont. Celui-ci n'est pas tombé dans l'oreille d'un sourd, j'ouvre l’œil! J'ai retrouvé ma voix et demande aux spectateurs qui nous applaudissent si la côte est pour bientôt: tout de suite après le virage me répond-t-on. Tant mieux, je suis avide d'en découdre une bonne fois pour toutes. Je repère une source au bord de la route, m'arrête et rempli mon bidon une dernière fois. Mon ami de tout à l'heure s'arrête avec moi et part dans la mauvaise direction, un spectateur l'arrête aussi tôt et l'aiguille sur le parcours.

Endurance Trail - Me voilà roi des causses!

Cette fois je suis au pied du mur, face à la "bosse de fin". Je serre bien fort mes bâtons et entame cette ultime ascension au pas de charge, sur-motivé par cette trentième place que je compte au minimum essayer de maintenir. Les premiers mètres s'avalent bien, je sens les bénéfices de mon en-cas de tout à l'heure, le pas est bon. Tout doute m'a quitté, j'avance bien alors que le soleil sort des nuages et nous arrosent de sa chaleur! Un petit groupe s'était formé derrière moi le long de la Dourbie, celui-ci vole en éclat rapidement, ça explose de tous les côtés. Peu importe, je suis lancé, plus rien ne pourra m'arrêter. Un détail me saute aux yeux: il me reste 1h45 pour terminer sous les 13h! Ça va être très dur mais c'est possible, encore une petite piqûre d'adrénaline qui va bien me booster!

Je continue de chantonner pendant que je grimpe, j'attend avec impatience la portion technique que l'on m'a annoncé plus tôt. Ma crampe est oubliée, j'ai retrouvé de la fraîcheur, je vole à nouveau. Autour de moi c'est la débandade, les coureurs soufflent, les traits sont tirés, chaque pas semble être un combat. J'essaie d'encourager tout le monde en passant. Je prend rapidement de l'altitude grâce à ce très gros pourcentage et profite du panorama splendide: Nous surplombons Millau et les gorges du Tarn, au loin le viaduc s'éloigne au dessus de la plaine et ses verts chatoyants. Mes yeux sont à la fête! Deux coureurs sont assis dans l'herbe et profitent de la vue avant de terminer leur belle aventure. Après tout je me demande si ce n'est pas eux qui ont tout compris, à force de rechercher la performance j'ai souvent le nez dans le guidon et je manque ces petits détails qui font tout le charme du trail... Cependant aujourd'hui je suis en mode performance justement. Je profite encore une seconde du paysage et reprends mon ascension alors que le pourcentage commence à se muscler.

Endurance Trail - Me voilà roi des causses!

Je grimpe, toujours aussi bien dans mon effort, je dépasse des wagons de coureurs et repère parmi eux un ou deux dossards de l'endurance trail. La 30ème place me semble maintenant acquise! Je ne me repose pas pour autant sur mes lauriers, bien décidé à lâcher mes dernières forces dans la bataille.

La portion technique annoncée arrive finalement: de grosses marches de roche à franchir, chouette! J'essaie de faire preuve d'un minimum de lucidité pour trouver la meilleure voie et lever les genoux le moins possible. Je sens que mes ischios commencent à tirer et j'aimerais autant que possible éviter de prendre une crampe maintenant. L'exercice m'amuse beaucoup et les passages de ce type se succèdent à ma grande joie.

Quelques promeneurs / spectateurs sont là, voyant l'altimètre arriver au niveau fatidique et n'étant guère motivé par de longs kilomètres de plat je m'enquiert de la distance me séparant du ravito: 400m m'annonce-t-on. J'attaque cette portion plane le couteau entre les dents et dépasse encore quelques coureurs, au bout de plusieurs minutes d'autres promeneurs m'indiquent encore un kilomètre. Pas bien fiables comme GPS... Je ne désespère pas et continue de courir sur un bon petit train. J'aperçoit un bâtiment camouflé derrière les arbres, des promeneurs m'indiquent que c'est bien là. Génial!

Un mec fait la sieste dans l'herbe à côté de la ferme, le programme me tente bien mais j'ai encore 6 bornes à m'enquiller avant. Je pénètre dans l'enceinte du bâtiment, un pointeur m'annonce en 21ème position, je crois rêver! (Finalement il s'est planté, je suis 24ème). J'arrive au ravito tout guilleret. J'entre dans la ferme, un très vieux bâtiment plein de charme avec quelques grosses marches à avaler, je prend garde à éviter le faux mouvement...

Endurance Trail - Me voilà roi des causses!

Je refais le plein d'énergie pour aborder cette fin de course dans les meilleures conditions: un peu d'eau, du jambon et les traditionnelles tartines de roquefort et je me remets en route. Mauvais choix tactique, je repars avec deux coureurs du 100km qui eux n'ont pas traînés et me savent désormais à portée de tir. 6km à tirer, après ce que je viens de me mettre pas de quoi avoir peur. J'essaie de mettre tout le monde d'accord en repartant très fort mais leur glisse tout de même un mot d'encouragements au passage, après tout on est dans la même galère!

Le terrain est bien plat et me permet de cavaler fort, un regard en arrière après 500m m'indique que le trou est fait. Le chrono m'indique également qu'il me reste un peu moins de 50 minutes pour passer sous la barre des 13h, avec la descente c'est faisable. Je suis bien déterminé à envoyer la sauce, je suis assez confiant. Il ne me reste qu'à serrer les dents pour ne pas lâcher.

Manque de chance le plat n'est que de courte durée, un petit coup de cul pas bien méchant vient me couper les cuissots. Je préfère jouer la carte de la prudence et marche un peu, j'entend que derrière ça revient fort. Je tente de mettre un coup de collier afin de creuser de nouveau l'écart mais mes cuisses n'ont plus la puissance nécessaire à cette relance. Nous alternons les bosses et les replats, le trou fait le yo-yo jusqu'au sommet.

Nous débouchons finalement sur une esplanade où des spectateurs nous attendent. Plus que 4 kilomètres, je touche au but! L'un des deux coureurs me dépasse et me dit de prendre sa roue, je m'accroche derrière lui en serrant les dents, nous formons maintenant un trio de choc, les coureurs de l'intégrale nous regardent passer l'air dépité. Un autochtone nous indique qu'il nous reste une petite heure de descente. Hep hep hep, j'ai 35 minutes pour dérouler jusqu'en bas, je table donc sur 30 minutes maximum!

Nous abordons la descente avec des marches en rondins, c'est raide, étroit et ça serpente beaucoup. Ça va être technique... Le coureur devant moi s'échappe, je préfère rester prudent et descend vite mais sans grosse prise de risques. Je m'agrippe au arbres pour bien serrer dans les virages, j'allonge la foulée pour tirer le maximum de vitesse de mes jambes. Je propose au coureur derrière moi qui semble assez bien de passer devant, il préfère rester dans mon dos et limiter les risques. Il serait bête de se faire mal maintenant. Je lui propose de terminer la course ensemble, l'idée semble lui plaire. Nous coupons une route et reprenons de plus belle la descente, toujours aussi technique.

Malgré la fatigue cette descente passe bien, depuis que j'ai allongé la foulée ma douleur au genou semble s'être dissipée et le côté technique maintient mon esprit très concentré. Je regarde régulièrement ma montre pour mesurer notre progression, ça ne va pas aussi vite que ce que je pouvais espérer tant le terrain est difficile, cependant nous somment proches des 10km/h, la barre des 13h est toujours à porté de tir! J'en informe mon nouveau compagnon, celui-ci n'a pas chrono, je ne sais pas comment il fait sans rien à quoi se raccrocher!

Je glisse sur une marche et manque une bonne gamelle, il passe devant moi et remets du rythme. Je cravache pour ne pas perdre de terrain mais me retrouve rapidement à une vingtaine de mètres. Soudain une grosse bosse nous barre la route, mes jambes répondent bien en montée et me permettent de recoller. Nous débouchons sur un petit monticule surmonté d'une énorme roche percée de toutes part. J'en avais entendu parler mais je l'avais totalement oublié: nous voilà face à la fameuse grotte du hibou, lieu mythique des templiers.

Endurance Trail - Me voilà roi des causses!

Aucun balisage n'indique par où passer, quatre ouvertures s'offrent à nous. Deux coureurs de l'intégrale sont également là, personne ne sait quelle voie emprunter, naturellement personne n'a de frontale sous la main et nous tentons notre chance dans l'ouverture de gauche. Mon camarade de route passe devant à tâtons, butte dans une différence de niveau du sol sans toutefois chuter et parviens à sortir du goulot. Ouf! Nous retrouvons le sentier et dévalons, plus que deux bornes, nous somment dans les clous pour les 13h, magnifique!

Il descend toujours aussi bien dans les passages techniques, je suis un peu décroché mais parviens à le garder en visuel. Nous sortons finalement des bois et retrouvons un chemin plus large et nettement plus roulant, il ralenti un peu le temps que je recolle et nous reprenons la route, admirant Millau et le Tarn en contrebas.

Endurance Trail - Me voilà roi des causses!
Endurance Trail - Me voilà roi des causses!

Nous discutons un peu, ravis d'en terminer. Je garde l’œil sur le chrono et le kilométrage, nous avons largement le temps! Je repasse dans une portion plus pentue et repère les tentes un peu en dessous de nous, je lâche quelques cris de joie. Manque de chance mon ami butte sur une pierre et prend une belle gamelle. Je lui demande si tout va bien, il a l'air sonné. Il se relève néanmoins et nous repartons tranquillement. Il n'a vraisemblablement pas de gros bobo et ne tarde pas à remettre du rythme alors que nous sommes dans le dernier kilomètre.

Après un virage un panneau nous indique l'arrivée dans 300m, cette fois c'est bon, nous l'avons fait! Je rayonne de plaisir! Nous descendons 4 grosses marches d'escaliers pour passer en contrebas de l'arche. Un dernier petit sprint sous les applaudissements alors que Dominique Chauvelier commente notre arrivée, une dernière montée d'escaliers précédée d'un panneau "Dernière bosse, 2m de D+". Nous avalons ces marches au pas de course, je simule une crampe pour le côté dramatique de la chose avant de d'empoigner Florian et de lever le bras pour franchir l'arche. 12h55 et 25ème au classement, que demander de mieux?

Endurance Trail - Me voilà roi des causses!

Nous sommes accueillis par les deux speakers qui nous demandent comment nous nous sommes rencontrée, je raconte la petite histoire. Dominique Chauvelier est intrigué par mes bâtons, je lui fais donc la présentation, il semble bien s'amuser.

Je vais discuter un peu avec les autres coureurs arrivés que j'ai croisé sur le parcours puis file recevoir mon maillot de finisher assorti d'une énorme médaille. Un petit tour au ravito où je papotte et je file m'attaquer au repas de fin de course. Un peu de céleri, du jambon, du fromage et un plat bien consistant que je ne parviens pas clairement à identifier. Je mange sans grand appétit, le ventre un peu lourd de ce que j'ai ingurgité toute la journée.

J'en profite pour sortir mon téléphone, lire tous les petits messages que j'ai reçu au cours de la journée et passer un ou deux coups de fils. Je suis vraiment touché de toutes ces petites attentions, j'ai les larmes aux yeux. Avec la fatigue et les émotions de la journée je suis à fleur de peau... Un coureur de l'intégrale s’installe en face de moi, nous papotons un peu puis je file pour rentrer à Millau, j'hésite entre faire du stop et rentrer à pied tout doucement pour décrisper les muscles. Au passage j'attrape une bière sans alcool qui me faisait envie, beurk! Je vais chercher la première poubelle venue pour m'en débarrasser... Il faut redescendre un peu pour retrouver les bords du Tarn, mes jambes sont douloureuse, je marche en canard et discute avec une spectatrice pendant le trajet.

Arrivé en bas je repère la tente des kinés et tente ma chance: il n'y a personne! Un ostéo me prend rapidement en charge, je lui explique mon mal de genou, il observe ça et détecte un ménisque un peu coincé. Il me remet ça en place ainsi qu'une vertèbre bloquée que je n'avais pas remarquée. A présent je vais voir les kinés, deux étudiantes décident de s'occuper de moi, soit je suis un sacré beau-gosse, soit elles ont remarqué qu'il y avait du mal de fait. Personnellement je pencherais pour la première hypothèse... J'offre chacune l'une de mes jambes et savoure l'instant. Les muscles se détendent, je sens les points de contraction fondre progressivement, je pourrais rester la journée! Sauf que l'une d'entre elle fait un excès de zèle et tire un peu trop fort sur ma cuisse: hop une crampe! En tentant de rattraper le coup celle-ci s'étend au mollet! Aie! Finalement la douleur cesse et les massages reprennent de plus belle. Me voilà pratiquement fringuant au moment de me rhabiller, si bien que je décide de rentrer à pied.

Voilà une superbe aventure qui se conclue bien mieux qu'escompté, après pratiquement un an de préparation, des milliers de kilomètres engloutis et du dénivelé à la pelle on peut dire que le travail a payé! Malgré le coup de pompe des bords de la Dourbie tout c'est déroulé à merveille, les sensations ont toujours été bonnes et le plaisir au rendez-vous. Me voilà conforté dans mon ambition de partir sur un 100 miles l'année prochaine, reste à savoir lequel! L'UTMB est en tête de liste, mais si le tirage au sort ne le veut pas il faudra trouver une solution de secours...

Que dire de ces templiers? Une très grosse (et excellente) organisation, des paysages extraordinaires et une aventure en comité restreint dont je me souviendrais longtemps. A vivre au moins une fois pour tous les amoureux de trail.

Commenter cet article