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Marathon du Beaujolais

Publié 24 Novembre 2013 par Tom in route

Marathon du Beaujolais

Après un 10km et un semi ce mois-ci, quoi de plus naturel que de conclure par un petit marathon? Sur un coup de tête je me suis inscrit au Beaujolais un mois plus tôt avec deux idées en tête: premièrement effectuer un marathon en cette année afin de remporter le challenge du club, secundo faire une bonne répétition avant Paris l'année prochaine. Bref, effectuer un bonne sortie longue, prendre du plaisir et profiter de l'ambiance.

Naturellement en un mois la sauce est montée et au moment de m'aligner les ambitions sont là: au minimum améliorer ma marque de 3h08'38 à Albi l'année passée, au mieux me glisser en dessous de la barre des 3h00. Je suis confiant, après un automne plutôt réussi j'ai de bonnes sensations à vitesse élevée et j'ai capitalisé énormément question confiance sur mon aptitude à maitriser la distance. Cependant avec un profil pas franchement roulant, rien n'est joué d'avance!

Après trois jours de repos, je rentre doucement dans l'ambiance avec un petite soirée "beaujolais nouveau" fort agréable, la veille, en compagnie des copains du club. La soirée est rude psychologiquement, je tourne à l'eau tandis que les autres ont le droit de biberonner, je suis également contraint de passer mon tour devant les plats de charcuterie et de fromage. Mon mental n'est pas à tout épreuve et une part de clafoutis parvient à créer une brèche... Cependant la soirée n'est pas qu'une torture psychologique, c'est aussi un gros coup de boost. Les encouragements et conseils ne manquent pas, j'aurais mon lot de petits leviers à activer dans les moments difficiles. Merci les amis!

La nuit est calme, un gros dodo très paisible, aucun stress ne m'habite, juste une certaine excitation. Malgré 8 courses de plus de 40 bornes cette année le marathon reste une épreuve à part, impossible de la prendre à la légère. Voilà plus de 18 mois que je ne me suis plus livré à cet exercice, j'ai quelques craintes vis-à-vis du fameux mur ainsi qu'une certaines appréhension du scénario d'Albi avec 14km à gérer des crampes.

Le réveil sonne, 6h00, ouille! Les yeux piquent... Si régulièrement je saute du lit, impatient d'en découdre, aujourd'hui j'ai plutôt envie de patienter encore un peu... Pas de temps à perdre, je m'extirpe de sous la couette et file manger un bout. Un gros bol de céréales et quelques biscuits, je tiens compte des conseils de Paco: avec un départ à 10h30 et un réveil à l'aurore, mieux vaux avoir le ventre bien rempli!

Un dernier coup d’œil avant de partir: le scénario idéal dont je rêvais semble se concrétiser: un temps froid mais sec, et surtout un vent nord - sud de 15 à 20km/h. Pour un parcours partant du haut du beaujolais pour redescendre jusqu'à Villefranche, que demander de mieux?

Mon sac est prêt, il ne me reste plus qu'à marcher un peu pour aller rejoindre mon taxi du jour, David, qui va courir son premier marathon. Premier constat en mettant le nez dehors: la surchauffe ne sera vraisemblablement pas un problème aujourd'hui! Je regarde aussi le mouvement des feuilles mortes dans la rue: nord - sud, comme prévu! Je me sens en pleine forme, bien motivé avec un moral d'acier: il y a un coup à jouer aujourd'hui!

Le trajet passe très vite, David et moi discutons de la gestion de ce marathon, de nos courses passées et à venir. Il appréhende un peu la fin de course mais semble globalement confiant. Il espère terminer en moins de 3h45, pour un premier c'est un bel objectif mais après ce qu'il a déjà fait cela semble dans ses cordes.

Nous arrivons finalement à Parc Expo à Villefranche, il fait encore plus froid qu'à Lyon, vite nous filons au chaud! Nous sommes accueillis avec le café et les petits gâteaux, la salle est aux couleurs de la course: violet, rose et orange, ça sent déjà la super ambiance! J'ai encore le ventre bien rempli de mon petit dej', pas de temps à perdre je vais chercher mon dossard. Pas de queue, ca change de Beaune! L'affaire est rondement menée, plus qu'à aller récupérer mon tshirt.

L'heure tourne, il sera bientôt temps de monter dans le bus à destination de Fleurie. Le moment est venu de me mettre en tenue... La réflexion a été longue et compliquée et j'en suis arrivé à la conclusion que je me déciderais le moment venu. Mince, c'est l'heure du choix et je suis toujours aussi indécis: collant long ou corsaire? T-shirt à manches longues? Courtes? Manchons? Veste légère? Ceinture pour ranger des gels? Je regarde ce que fait David: chaud en haut, léger en bas. J'opte pour la solution légère: corsaire en bas avec une poche dans le dos pour mettre un gel et une pâte de fruit en cas de coup de pompe. En haut j'enfile un t-shirt à manches longues près du corps ainsi qu''une veste fine sans manche avec une petite poche à la poitrine pour ranger ma fiche avec mes temps intermédiaires. A tout ca j'ajoute mon buff de l'UT4M autour de mes oreilles et celui des templiers autour du cou. On n'oublie surtout pas la montre qui pourrait s'avérer utile... Ayant oublié le GPS chez le frangin me voilà revenu au chrono basique, pour caler mon allure ça va être compliqué, il va falloir courir essentiellement à la sensation aujourd'hui.

Un petit arrêt au stand et nous filons prendre le bus après nous être renseigné sur la consigne: nous pouvons rester en tenue chaude jusqu'au départ, les sacs seront ramassés à Fleurie et acheminés en bus jusqu'à Villefranche. Excellente nouvelle, je garde mon coupe-vent doublé en moumoute! En allant prendre le bus nous repérons quelques coureurs déguisés: un clown, un travesti en mode alerte à Malibu qui va certainement souffrir du froid, un hockeyeur la crosse à la main, un groupe de filles en costumes moyenâgeux. Je sens que devant on ne va pas être pléthore à courir vite... Par contre derrière l'ambiance promet d'être chaude!

David et moi passons une nouvelle fois le trajet à papoter, étant du coin il me montre par où nous allons passer. Ça a l'air vraiment joli! J'ai également la bonne surprise de constater que la chaussée est sèche et que les récentes chutes de neige ne se rappellent à nous qu'en saupoudrant les hauteurs. Le bus est chargé d'allemands biens décidés à fêter le beaujolais nouveau comme il se doit. Je les soupçonne d'avoir débuté les festivités la veille, les "Vive la France!" rythment le trajet. J'espère que les vignerons locaux auront prévu du stock car nos amis d'outre-Rhin risquent d'avoir un bon mal de gorge à soigner rapidement...

Nous arrivons à Fleurie à travers les vignes, David me montre le cocher ainsi que la chapelle de la Madone qui domine le village du haut de sa colline. Le bus traverse le village et nous dépose devant le gymnase où nous sommes accueillis avec des verres de beaujolais nouveaux: ni une ni deux, les allemands ne se font pas prier et profitent du nectar local à grands renforts de "Vive la France!". Je passe mon tour et file me mettre au chaud, pour le petit verre de rouge on verra après le 40ème kilomètre. Nous passons sous une haie de drapeaux représentants toutes les nations présentes sur ce marathon, c'est vraiment une grande fête, j'ai le sourire jusqu'aux oreilles! Je sais que je vais en baver mais je sens que je vais aussi bien m'amuser, vivement le départ!

A peine entré dans le gymnase voilà que je tombe nez-à-nez avec de nouveaux verres de beaujolais! Décidément, ils veulent que je termine dans un fossé avec 5 grammes dans chaque œil après seulement 12 bornes? Je comprends mieux d'où ce marathon tient sa réputation de difficile, ce n'est pas la montée qui complique la tâche mais la descente de tous ces verres... Le saucisson et le fromage sont aussi de la partie, à 9h du matin l'envie n'est pas immense, en revanche je me laisse volontiers tenter par un morceau de banane et une petite tranche de cake, le départ étant encore assez éloigné je veille à entretenir mes réserves comme me l'a si bien suggéré Paco. Un nouveau détour par les stands et je me réfugie au milieu du gymnase, bien au chaud après avoir déposé mon sac à la consigne. Cette fois plus le choix: si je veux retrouver mes papiers il va falloir que je cavale jusqu'à Villefranche.

Dans la salle les déguisements sont de sortie, on trouve de tout: un cochon, quelques super-héros, des moines, un serveur, des sorcières... Les attitudes sont très diverses: certains sont là pour faire la fête, d'autres au contraire veulent faire un temps. On les repère rapidement aux mines crispées. Pour ma part je savoure, je suis excité par l'ambiance et l'idée de courir un marathon mais pas du tout stressé. Mentalement je suis dans les dispositions idéales, pourvu que le corps soit sur la même longueur d'onde...

Pour tuer le temps avant le départ les organisateurs nous ont préparés quelques animations: séance d'échauffement, déjà que l'aérobic n'est pas ma tasse de thé, à 50 minutes du départ c'est sans moi! Une fille du coin essaie de nous faire rire mais très peu de monde se prête au jeu. Le speaker reprend alors les commandes et nous donne quelques informations intéressantes: 58 pays sont représentés, 1954 coureurs sont inscrits et... il va faire froid! Ça j'avais remarqué... Il est l'heure de sortir les grands noms: Annette Sergent et Stéphane Diagana sont les parrains de la course, ils courront respectivement le 12km et le semi, dommage, j'aurais bien aimé faire un bout de route avec eux. Encore quelques recommandations et informations sur le déroulement de la course et il est temps d'y aller!

David dépose son sac à la consigne, pendant ce temps je tombe sur un rouleau de sacs poubelles qui traîne à côté de la sortie, génial! J'en enfile rapidement un afin de me protéger du froid, David suit l'exemple et nous voilà partis. Une dernière pause technique et nous partons en trottinant en direction de la ligne de départ. Tant que je bouge je ne ressens pas le froid, c'est plutôt encourageant pour le reste de la journée! En chemin je tombe sur un maillot du club (honte à moi je n'ai pas le mien...) Jean-Claude et Claude ont également fait le déplacement, je leur souhaite bonne course et reprends mon chemin. David s'arrête là et termine en marchant, nous nous souhaitons bonne course, je ne le reverrais plus. Il terminera finalement en dessous de son objectif en 4h15, certainement victime du mur. J'espère que sa fin de course n'a pas été trop rude...

Après une petite boucle dans le village où nous nous sommes vu présenter toutes sortent de spécialités, de la brioche au saucisson chaud, me voilà dans le sas, apparemment pas moyen de passer par les côtés pour enjamber les barrières. Entre un bon échauffement accompagné d'une place en milieu de peloton et un départ pratiquement à froid aux avants postes j'opte pour la seconde solution. Les routes ne sont pas larges et la masse de coureur importante, on attendra d'être sur les pistes de ski pour s'essayer au slalom...

Encore un quart d'heure à patienter, je commence à me refroidir. Je suis placé juste derrière la barrière, seul le sas élite s'interpose entre la ligne de départ et moi. Je suis tenté de demander aux bénévoles si je peux m'insérer dans le sas mais le jeu n'en vaux pas la chandelle pour gagner une ou deux places au départ... De plus je suis serré comme une sardine entre superman et un coureur qui a l'air d'aller pas mal, légèrement protégé du froid. C'est toujours ça de gagné... Parmi les élites je repère un visage connu, celui de l'ougandaise qui m'a explosé au semi de Beaune la semaine passée. Je prendrais bien ma revanche, mais sur marathon le risque d'exploser n'est pas le même que sur semi, si je suis capable de gérer une surchauffe sur semi, le coup de pompe sur marathon n'est pas du même acabit...

Je profite de l'attente pour faire un dernier point sur le profil.

Marathon du Beaujolais

Un départ ultra rapide avec une bonne descente pour se mettre en jambes puis on enchaine sur une succession de petites bosses et de faux-plats descendants avant la grosse difficulté: une belle bosse du 32ème au 37ème ponctuée par une jolie descente jusqu'à Villefranche. Je note bien les points chauds dans ma tête: les petites bosses des 4ème, 9ème et 17ème kilomètres. Pour la dernière bosse pas besoin de rappel, celle-ci est marquée au fer-rouge dans mon esprit... Un petit point sur les ravitos: 5ème, 9ème, 17ème, 21ème, 25ème, 28ème, 31ème, 35ème et 40ème. Avec tout ça je ne devrais manquer de rien!

Dernière piqûre de rappel: mes temps de passage. L'idée est de profiter de la première descente pour mettre du rythme et partir avec une petite avance pour arriver au second kilomètre en 8 minutes puis de profiter des faux plats descendants pour compenser les bosses et arriver au dixième kilomètre en 42'10. Le profil étant roulant ensuite je compte courir en 4'15 jusqu'au pied de la bosse, lever légèrement le pied dans la montée puis récupérer le temps perdu dans la descente jusqu'au semi pour arriver aux alentours de 1h28'40. Ensuite le programme est simple: rester régulier jusqu'au 32ème en touchant du bois pour éviter les crampes puis advienne que pourra, il faudra gérer la montée au mieux. Je prévois une baisse de rythme de 10 secondes au kilomètre environ, le profil n'étant pas monstrueux avec 80m de dénivelé répartis sur 4.5km environ. Une fois en haut il sera temps de faire un point sur mon état pour déterminer la conduite à suivre: si tout est perdu m'arrêter à tous les stands de beaujolais, si l'objectif est toujours en ligne de mire envoyer tout ce qu'il me reste dans les jambes pour terminer sous les 3h00.

L'attente est longue, j'ai froid. Je me frictionne pour conserver un peu de chaleur, remue les jambes, tape des mains puis me débarrasse de mon sac poubelle quand l'heure arrive. Les bénévoles retirent les barrières, nous nous avançons et nous mêlons aux élites. Une minute de silence est observée en hommage à des membres de l'organisation décédés puis il est temps de lancer la traditionnelle musique d'avant course avec un petit coup de black eyed peas. Rien de bien original.

Cette fois c'est la bonne, nous voilà partis! J'ai toujours le sourire jusqu'aux oreilles. Le sas élite n'est pas si rapide que ca, je suis obligé d'en dépasser quelques uns pour pouvoir lâcher mes jambes. Superman est devant moi et me gêne avec sa cape, j'essaie de l'écarter quand un virage que je n'ai pas vu arriver me permet de me faufiler sur le côté. Nous voilà dans la descente, je suis bien lancé et passe au bord du fossé pour dépasser. je veille à ne pas faire le moindre écart, si mon pied dévie de 10cm à gauche je vais me prendre une jolie gamelle... Je me replace au centre de la route maintenant que j'ai trouvé mon rythme. L'ougandaise est juste devant moi, je me place à sa gauche et commence à discuter. Je lui dis qu'on a fait un bout de route ensemble à Beaune et qu'elle m'a lâché avant le 13ème. N'ayant pas mon chrono habituel je lui demande sur quelle base elle part aujourd'hui afin de voir si je peux calquer ma foulée sur la sienne ou s'il faut que je trouve un autre compagnon de route. Elle répond par des syllabes, semble se la jouer pas mal et me prend un peu de haut, l'attitude ne me plait pas du tout: je passe devant. Elle me mettra certainement une pilule très bientôt mais pour l'instant elle se contentera d'admirer mon postérieur!

Marathon du Beaujolais

Le premier kilomètre arrive: 3'45! Je ne fais pas semblant! Je me sens vraiment bien et les conditions sont avec moi: entre la descente et le vent dans le dos je me dis que ralentir serait une erreur, au contraire mieux vaudrait profiter de cette belle rampe de lancement! Nous descendons au milieu des vignes et de ses couleurs chatoyantes, du jaune et du rouge de tous les côtés, le soleil s'est levé et nous réchauffe. Je retire le buff que j'ai autour du coup et le passe à mon poignet, j'entrouvre ma veste. Malgré le froid j'ai peur d'être trop couvert et de perdre de l'eau rapidement, j'aimerais à tout prix éviter les crampes.

Autour de moi tout le monde cherche encore son rythme, les dépassements vont bon train. Le trafic est maintenant devenu fluide, il n'y a pas foule à l'avant de la course. Entre le groupe de tête qui est parti sur une allure supersonique et moi il doit y avoir qu'une grosse cinquantaine de coureurs éparpillés aux quatre vents. Nous sillonnons une petite route entre les vignes, le terrain s'aplanit peu à peu. J'ai un coureur à côté de moi depuis quelques centaines de mètres, je lui demande quel temps il vise: autour de 3h00 me répond-t-il. Aurais-je trouvé un compagnon de route? Un peu tôt pour le dire.

La seconde borne ne tarde pas, 7'36 à la montre. J'ai pris une jolie avance sur mes prévisions, maintenant il est temps de lever le pied et de commencer à gérer ma course. Mais avec le vent dans les voiles difficile de ralentir, mon allure diminue mais je sens que je vais plus vite que prévu. Pas d'inquiétude pour le moment je laisse les jambes s'exprimer, le rythme est naturel. Je verrais mon état après 5 bornes...

Nous arrivons à Lancie, premier village traversé. Les habitants nous réservent un accueil des plus chaleureux, un orchestre nous accompagne tandis qu'un premier ravitaillement pas vraiment programmé nous attend, il y a de tout, mais surtout du beaujolais histoire de ne pas partir à froid... Je passe mon tour et continue la route en remerciant tout le monde.

Nous repartons dans les vignes, le terrain est plutôt plat. J'ai du mal à trouver quelqu'un dans mon allure, je reprends des coureurs, fais quelques foulées en leur compagnie avant qu'ils ne lâchent. Des vététistes caladois nous accompagnent, un des coureurs semble bien les connaitre puisqu'il leur confie son coupe-vent. L'ougandaise passe en trombe, un ou deux autres coureurs ne tardent pas à faire de même. Un petit groupe commence à se constituer autour de moi, nous sommes une huitaine mais personne ne décroche un mot. Je me porte à l'extérieur afin de ne pas me faire couper du vent avant que nous n'effectuions un virage à 90° nous donnant un aperçu splendide des monts du beaujolais enneigés.

Le panorama ne dure pas, nous basculons dans un petit chemin boueux, c'est très glissant et je sens que l'effort est tout de suite plus intense. A l'heure actuelle j'apprécierais d'avoir quelques crampons sous les pieds... Je passe à la corde où le terrain semble le moins fourbe et passe rapidement en tête du groupe. Nous passons rapidement sous les arbres avant d’atterrir au beau milieu des vignes et de découvrir la première montée qui nous tend les bras. Rien de bien méchant mais le terrain gras ne favorise pas l'ascension, mes pieds glissent et je lâche des forces pour rien. Malgré mes déboires je constate que je ne m'en sors pas si mal, j'ai creusé un petit trou derrière moi. Comme quoi le trail a quand même de bons côtés!

Le haut de la bosse nous conduit dans le premier château de la journée, superbe! Nous voici à Corcelles, accueillis par les cors de chasse. Les spectateurs nous encouragent, je leur répond d'un signe. Nous contournons le bâtiments et pénétrons dans son enceinte en passant sous une grande arche. Un ravitaillement nous attend dans la cours, je passe tout droit.

Marathon du Beaujolais
Marathon du Beaujolais

Me voilà sorti du château, je bascule dans la descente et franchis le panneau des 5 kilomètres. Ma montre m'indique que j'ai déjà une petite minute d'avance sur mes prévisions, je tourne assez nettement plus vite que sur le plan, j'espère que je n'aurais pas à le payer en fin de parcours... Me revoilà parti dans les rangs de vigne, l'ougandaise dans le viseur, quelques coureurs sont intercalés entre nous. Les vététistes caladois sont toujours là, les coureurs qui m'accompagnaient en début de course, eux, ne le sont plus, les rangs commencent à s'éclaircir, plus personne avec qui faire un bout de route.

Rapidement nous arrivons dans Corcelles où un nouveau ravitaillement improvisé nous attend, décidément! Un virage un peu sec nous fait repartir en sens inverse et me permet de mesurer le vent qui me souffle à présent dans les naseaux. Rien de très puissant, mais mieux vaux l'avoir avec soit. Une rapide ligne droite et nous revoilà dans le sens de la marche. Une dame à sa fenêtre m'encourage, "Bravo mon petit!", "Merci madame!". On sent que c'est un des gros événements de l'année dans le coin, tous les gens sont contents de nous voir passer, un vrai plaisir!

Nous sortons rapidement du village, un nouveau virage à angle droit nous projette une seconde fois face aux monts du beaujolais sous la neige. Si ce n'était les vignes qui m'entourent je pourrais me croire dans les alpes! Je ne peux m'empêcher de lâcher un "Waouh c'est beau!" émerveillé. Cette fois j'ai le temps de profiter du panorama avant de revirer dans le sens de la marche sur une longue route serpentant entre les vignes. Le soleil s'est à présent caché et l'ougandaise me précède toujours de deux bonnes centaines de mètres, on dirait qu'elle s'est trouvé un lièvre. De mon côté je cours seul, reprenant de temps en temps un coureur qui ne cherche pas à suivre ma cadence.

Marathon du Beaujolais

J'avance tranquillement, l'écart entre l'ougandaise et son lièvre et moi est stable, tout va bien, le souffle est régulier, je sens que j'ai du jus. Seul petit souci, mon mollet gauche est plutôt raide depuis le début, j'espère qu'il va se détendre après quelques kilomètres... J'ai envie d'accélérer mais je refrène ma pulsion, j'ai encore de la route et il va falloir penser à gérer pour ne pas être à la rue en fin de parcours! Je passe un bosquet d'arbres avant de bifurquer sur la droite et de repartir dans les chemins.

Pendant la ligne droite j'ai repris un petit peloton de coureurs qui vient me gêner au moment où il faut naviguer entre les flaques d'eau et chercher le bon terrain, les bonnes trajectoires pour garder le plus d'adhérence possible. Pour pimenter l'ambiance nous abordons la seconde montée, plus raide et plus marquée que la précédente. L'avantage de la grimpette est que pendant ce temps là on évite les flaques! En revanche je sens le cœur qui grimpe peu à peu dans les tours. Même scénario qu'à la première bosse: derrière personne ne suit la cadence et voilà que je reviens sur deux vétérans et l'ougandaise qui a baissé de régime.

Nous arrivons en vue d'un second château, celui de Pizay, après une dernière petite côte et quelques encouragements bienvenus nous pénétrons dans les jardins à la française et faisons un petit tour entre les bosquets avant de filer en direction du caveau. Une bénévole me dit de faire attention dans les escaliers, je la fais rire en répondant que "ça marche!". J'arrive dans une immense cave, des tonneaux sont sur les côté et l'odeur de vin m'agresse les narines. Des officiels ont déjà attaqué la dégustation, pour ma part je m'arrête du côté du ravito et descend un verre d'eau. Un petit merci et je reprends ma route avec une volée de marches à avaler. J'évite tout effort inutile et passe l'obstacle en alternant une marche puis deux marches.

Marathon du Beaujolais
Marathon du Beaujolais

En sortant du caveau je vois le panneau des 10 kilomètres qui se rapproche, je suis vraiment curieux de voir ma montre. Je passe devant lui, mon cœur manque un battement: 40'26! Moi qui voulait partir sur de bonnes bases, me voilà servi!

Je ne tarde pas à engloutir les deux vétérans et à repartir sur les talons de l'ougandaise. Je redescend assez calmement, lui laissant l'occasion de se faire la belle. Je fais quelques coucous aux spectateurs, je suis bien entré dans ma course et je profite à fond de l'ambiance, parfait!

En bas de la descente je reçoit des encouragements nettement plus appuyés qu'à l'accoutumé, je jette un regarde éberlué à ma groupie: Catherine! Elle m'encourage encore, "Aller, c'est super!". Je lui fais un petit coucou, super content de tomber sur un visage connu et continue sur mon petit train finalement assez confortable.

Me voilà une nouvelle fois en train d'arpenter les rangs de vigne, après les côtes de Beaune ça va finir par devenir une habitude... L'effervescence des premiers kilomètres est derrière moi, je commence à être assez seul sur la route: pas grand monde devant moi, et comme je ne regarde jamais en arrière me voilà bien limité question conversation. Rien de bien gênant, je suis enfermé dans ma bulle, plongé dans mes pensées. J'ai quelques idées fixes en tête: terminer en bon état, mettre un bon taquet derrière les oreilles de la barre des 3h00, battre Vincent au challenge ou encore aller boire un godet de vin chaud ce soir pendant que les copains crapahuteront dans la boue et à la neige de la montée du Mont Thou...

Derrière moi les deux vétérans doublés tout à l'heure papotent, ils se disent que le niveau à considérablement baissé par rapport aux années 80, d'après ce qu'ils racontent il y a 25 ans plus de 300 personnes par an passaient en moins de 3h00, je suis un peu sceptique sur le chiffe. Ils justifient la baisse de niveau par l'émergence du trail qui détourne les jeunes de la performance. L'un d'eux continue de palabrer en expliquant qu'il termine tous les ans dans les 50 premiers. Vu l'allure actuelle, pourquoi pas? Cela-dit je ne sais pas bien où j'en suis dans le classement. Nous passons devant un énième ravito, un petit orchestre est là, l'ambiance est toujours aussi sympa.

Les kilomètres s’enchaînent rapidement, les paysages défilent, j'alterne entre les rangs de vignes et les petits hameaux. Je garde l’œil rivé sur les monts qui m'entourent, je suis vraiment surpris en découvrant le coin, c'est superbe! Habitant à deux pas il faudra que je revienne faire un saut par ici... Voilà un moment que je n'ai plus doublé ou été doublé, l'ougandaise a repris quelques centaines de mètres d'avance et trouvé un nouveau lièvre, je suis vraiment tout seul à présent. L'effort commence tout doucement à se faire sentir, certainement l'effet du manque de vie sur cette portion du parcours. Je navigue entre vignes et champs dans une longue ligne droite, j'ai hâte de retrouver un village. Derrière moi j'entends un léger bruit de pas et un souffle, pourtant personne ne passe.

Mon vœux est finalement exaucé lorsque j'arrive à Pissevieille, un peu de chaleur humaine nous accueille et ne nom du hameau me fait marrer. La distraction n'est que de courte durée, j'emprunte une portion tenant plus du chemin que de la route qui me conduit au château de la Terrière, moins chouette que les précédents mais que je ne suis pas mécontent de découvrir. Je fais une rapide pause boisson avec un verre d'eau fraîche et je commence à m'alimenter en avalant deux morceaux de banane qui doivent sortir tout droit du congélo, j'ai la bouche glacée!

Marathon du Beaujolais

Je repars en traversant le domaine avant de retrouver la route, les virages se succèdent, je ne sais plus dans quelle direction je me dirige, seul le vent me donne une indication. On me crie des encouragements "Aller l'UT4M, c'est bien!" ah oui, c'est vrai que j'ai mon buff bien ancré autour des oreilles, me voilà transformé en pancarte publicitaire. Quelques spectateurs sont là pour nous encourager, ça fait du bien de voir quelques visages! On m'annonce aux alentours de la 40ème place, génial! Etant parti vite je me prépare psychologiquement à devoir diminuer ma cadence dans la dernière partie de course et à devoir céder quelques places. J'aimerais tout de même terminer dans les 50 premiers si possible...

Encore un petit virage pour la route et je file sur une piste cyclable, j'ai deux coureurs en ligne de mire alors que l'ougandaise se rapproche petit à petit. La longue ligne droite passe à merveille, je reprends rapidement les deux coureurs et les distance aisément. J'entends à nouveau un bruit de pas dans mon dos et m'attends à revoir l'un des deux revenir sur moi mais non, c'est un coureur que j'ai dépassé en tout début de course qui m’enrhume. Mon allure est déjà plus élevée que prévu, je ne cherche pas à accrocher.

Je talonne le coureur de devant au moment d'entrer dans Cercié, un gros accueil lui est réservé, il doit être du coin. A peine le temps de négocier un virage qu'une grimpette se profile. Mince, déjà le 17ème kilomètre! Je ne vois plus le temps passer... Cette petite côte un peu sèche tire les cuisses mais passe encore assez bien. J'en garde sous la pédale et laisse le local s'échapper. Ma copine ougandaise a levé le pied et court avec un gars de son club. Je remonte peu à peu sur eux, il n'a pas l'air au mieux. Nous retrouvons une route un peu large en faux plat montant puis bifurquons pour pénétrer dans le château des Ravatys. Alors que je coureur de Rispoli capitule et s'arrête devant le portail sa copine repars de l'avant juste devant moi. Nous faisons le tour du bâtiment, je m'arrête boire un coup et reprendre un morceau de banane congelé puis repars par une longue allée sous les arbres, l'ougandaise un peu devant moi.

Marathon du Beaujolais

Après la dernière bosse j'ai droit à un répit, une petite descente me permet de retrouver le rythme le temps d'entrer dans Saint Lager. Nouvelle succession de virages, je suis à nouveau désorienté. Un nouveau ravitaillement nous attend au village, je m'arrête boire un verre d'eau au risque de me transformer en citerne et repars en direction de la sortie du village. Un panneau "Attention, bouchons à 100m" est planté au milieu de la route, un groupe d'énergumènes est en effet stationné un peu plus loin et fait la ola à tous les coureurs qui passent. En approchant je constate que ceux-ci sont vêtus de jupes tissées en bouchons de liège et m'attendent , bien éméchés, un verre de blanc à la main. Je joue le jeu et fais la ola avec eux avant de continuer ma route. Décidément je me marre bien!

Me voilà sorti du village et de nouveau au cœur des rangs de vigne, le semi approche à grand pas, je n'ai pas jeté un œil à ma montre depuis le 10ème kilomètre, j'ai hâte de voir mon temps! J'emprunte une longue ligne droite en profitant toujours des bénéfices du vent, devant moi l'ougandaise s'est de nouveau fait la belle, le coureur local a lui aussi pris une petite avance. Je ne sens toujours pas la fatigue venir, mais mon mollet est toujours raide et mon genou droit commence à être douloureux. Pas d'inquiétude pour le moment, je continue ma route dans les vignobles.

Devant moi deux vététistes caladois semblent avoir à coeur de servir de gardes du corps à l'ougandaise et lui ouvrent la voie, ils ne la lâchent pas d'une semelle. Les kilomètres passent toujours aussi vite, cependant ma douleur au genou s'accentue petit à petit et commence à m'obnubiler alors que je passe devant le panneau des 20 kilomètres. Mine de rien, je suis remonté sur les deux lascars qui m'avais distancés il y a peu! Je serre les dents, la gêne est légère et la douleur plus que tolérable, je verrais en fonction de son évolution. Je recolle et fait un bout de route avec ces deux olibrius tandis que nous pénétrons dans Charentay sous les encouragements des spectateurs. Il ne fait pas bon courir avec le première féminine, il n'y en a que pour elle, nous ne récoltons que les miettes... Je lance un regard insistant à une spectatrice qui fini par ajouter un "Bravo les garçons!" contraint et forcé mais que je prend avec plaisir.

Nous traversons rapidement le village et passons le panneau des 21km. J'ai la montre qui me démange mais j'attend encore 100m et l'arche du semi. Le verdict ne tarde pas à tomber: 1h26'30 tout rond alors que je passe sur le tapis de chronométrage. J'ai beau avoir mal au genou, je ne mets pas longtemps à me rendre compte que je suis sur une base de 2h53! Je relativise tout de même, la seconde moitié sera fort probablement plus difficile, la fatigue aidant, sans compter l'ultime bosse qui fera office de juge de paix.

Me revoilà guilleret, je m'arrête brièvement au ravitaillement qui nous attend à la sortie du village et cherche un morceau de banane à avaler: impossible d'en trouver, il y a de l'orange, du chocolat, du sucre, du saucisson mais pas de banane. Zut! Tant pis j'attrape le premier truc jaune que je remarque sur la table. Mais quel boulet, me voilà avec un morceau de gruyère dans la bouche, c'est pâteux, j'ai du mal à marcher et encore plus à avaler, je perds du temps bêtement. Tant pis, je bois un verre d'eau en gardant le fromage dans un coin de la bouche et je repars en mâchonnant. Pfiou, c'est sec!

Mes deux comparses du moment n'ont pas fait de pause eux, je repars pied au plancher, bien motivé par ce chouette chrono qui commence à s'esquisser. Je remonte rapidement sur eux et passe en trombe à l'issue d'une petite bosse. Mon compatriote prend le train en marche et repasse devant, visiblement il n'a pas envie de se laisser doubler. En parlant de train il commence à faire un vacarme de locomotive... Nous descendons rapidement en direction du dernier château du parcours, celui de Sermezy. Nous traversons une petite cours et pénétrons dans le bâtiment, des assiettes de bonbons nous accueillent alors que la musique est à fond. J'apprécie toujours autant cette atmosphère bon enfant.

Marathon du Beaujolais

Nous ressortons dans le parc avec quelques marches à descendre et un talus à dévaler, attention à la chute! Une petite bifurcation et nous quittons la propriétés par une petite allée boisée parsemée de pancarte réalisées par les enfants de la région avec les noms des villages traversés. La locomotive qui m'accompagne semble prête à exploser et décroche petit à petit, me voilà de nouveau seul. Cette fois cependant la lassitude ne va pas me reprendre, je sens que je suis en train de faire quelque chose de chouette, d'autant plus qu'on vient de m'annoncer dans les 30 coureurs de tête!

Et hop, retour dans les vignes! Je pourrais m'en lasser mais non, les paysages évoluent et sont toujours aussi jolis, les monts qui m'entourent à présent sont nettement moins hauts et le vert domine parmi les couleurs automnales. Tous les signaux sont au vert, ma douleur au genou s'estompe, plus trace de ma raideur au mollet et l'envie me prend d'accélérer. Je ne change pas d'allure mais envisage sérieusement de mettre le pied au plancher passé le 30ème kilomètre. J'ai encore un bout de chemin d'ici là, j'avance calmement sans m'exciter. Pas de quoi s'énerver, je n'ai plus personne dans le viseur, à présent c'est entre moi et le chrono. Je n'ai fait que dépasser depuis le 5ème kilomètre mais je à présent commence à envisager le retour de bâton, quand je n'aurais plus personne à dépasser seule la situation inverse pourra se produire, la montée d'Arnas risque d'être terrible moralement...

En parlant de fin de course, voilà que je tombe sur un ravitaillement alors que je traverse Saint Etienne des Oullières et arrive au 25ème panneau kilométrique. Une pause s'impose: un verre d'eau, un morceau de banane toujours aussi froid et me voilà reparti. J'expédie mon gobelet au fond d'une poubelle en repartant, panier! Les bénévoles m'encouragent, je les remercies leur fais signe que tout se passe bien pour moi. Petite pensée pour ma collègue Annick qui vient d'ici et tient un ravitaillement sur le semi, dommage pour moi je ne passerais pas par celui-ci...

Je ne sais pas s'il s'agit du froid, de l'âge ou de l'intensité l'effort mais depuis le début de course le calcul mental n'est pas mon fort. J'ai un mal fou à calculer mon nombre de kilomètre restants... J'arrive tout de même à la conclusion qu'il serait intéressant de regarder le chrono au 28ème, pour être dans les clous je dois être en dessous des 2h00 de course.

Les paysages alternent entre vignes et champs, toujours personne en ligne de mire. Les hameaux se succèdent et la bonne humeur est toujours au rendez-vous. Les animations sont de la partie, pas un village traversé n'a oublié son orchestre, tous les styles sont représentés de la petite fanfare municipale au groupe de rock.

Ca y est, plus de douleur, mon genou a cessé de m'ennuyer! J'aperçoit un coureur loin devant moi, je n'espère pas trop réussir à aller le chercher avant un long moment mais sait-on jamais... Etant surchargé d’endorphines je ne change rien à mon rythme, je suis vraiment bien à présent, je sens que l'objectif est à portée de main et le moral est au plus haut. Me voilà au 28ème en 1h56, je suis parfaitement dans les clous!

J'arrive dans un nouveau village, Saint Georges de Reneins. Toujours la même bonne ambiance dont je m'abreuve pour affronter les prochains kilomètres. Un petit verre d'eau au passage, je ne suis pas à l'abris d'une crampe... C'est d'ailleurs ma plus grande crainte alors que j'aborde les kilomètres décisifs, le scénario d'Albi me cours dans la tête et je compte bien tout faire pour l'éviter. J'aimerais également repousser l'arrivée du mur autant que possible mais je sais que je serais capable de gérer ce type de douleur, après l'UTTJ et l'endurance trail je pense être relativement immunisé contre ses effets.

Je sors du village et après quelques lacets aborde une longue ligne droite en sous-bois particulièrement roulante, le coureur qui me devance n'est plus qu'à quelques encablures, je suis en train de le croquer progressivement! Je commence à croiser des coureurs sur le bord de la route, j'approche du 30ème kilomètre et du départ du semi. Ceux-ci me lancent des regards admiratifs et m'encouragent vivement. Des ailes me poussent quand un coureur me dit que j'ai l'air vraiment plus frais que les autres. Je remonte de plus en plus sur le coureur de devant et fini par le dépasser avant la fin de la ligne droite.

Les spectateurs se font de plus en plus nombreux alors que j'arrive dans un virage qui va me conduire tout droit vers la ligne de départ du semi. Un vététiste en train de se faire sermonner car il gêne les coureurs. En effet, il est stationné au milieu du virage et m'oblige à prendre l'extérieur, je grommelle un peu en passant, pas franchement ravi de devoir faire un écart. Je retrouve rapidement le sourire, des files de coureurs sont en train de se rendre sur la ligne de départ. Depuis le départ j'ai constaté que les encouragements étaient plus nourris quand je faisais signe aux spectateurs. Je mets cette expérience à profit en répondant à leurs encouragements en levant les bras et en criant avec eux, l'effet est bien au delà du résultat escompté, c'est la folie!

Je remonte la file de coureurs en jouant avec eux, en regardant leurs costumes et en m'imprégnant de l'ambiance, je suis sur un nuage. La fatigue des 30 premiers kilomètres est pratiquement oubliée, je sens l'arrivée toute proche, plus rien ne peut m'arrêter. Tout va tellement bien que je manque le panneau des 31 kilomètres et c'est tout surpris que je découvre celui des 32 alors que je viens de retrouver la rue principale d'Arnas. Des coureurs sont encore au bord de la route en train de s'échauffer ou se dirigent vers la ligne de départ, je continue mon manège en jouant avec eux et en profitant à fond de l'ambiance.

Marathon du Beaujolais

La ligne droite passe elle aussi à toute vitesse et me voilà déjà au ravitaillement d'Arnas. Je m'arrête prendre un verre d'eau, remercie le bénévole me le tendant. Celui-ci semble surpris de mes bonnes manières, les autres coureurs ont du passer toutes voiles dehors en lui arrachant le gobelet des mains sans un mot. "Ah bah ca alors! Aller on l'applaudit!" Et voilà que j'ai droit à une ovation de tous les bénévoles, j'étais déjà sur un nuage, cette fois me voilà roi de l'Olympe! Je fais encore preuve d'adresse avec une poubelle à 3 points et file vers Villefranche.

Je descend d'un étage quand je constate que le terrain commence à monter. Oups, je me suis tellement laissé grisé par l'ambiance que j'en ai oublié la bosse du 32ème kilomètre! Pas de panique cependant, mes jambes répondent encore bien et j'ai prévu une petite perte de vitesse sur cette section. L'important est de ne pas hésiter à diminuer la cadence pour repartir sur les chapeaux de roues une fois au sommet. Un orgue de barbarie marque le début de cette dernière difficulté.

Dès les premiers mètres de montée j'aperçoit un coureurs quelques dizaines de mètres devant. Je ne tarde pas à le reprendre et à le déposer sur place. Je grimpe à un bon rythme mais je sens tout de même que l'allure a franchement diminuée. Pour une fois je suis content de ne pas être armé de mon gps, au moins je ne peux pas mesurer la détérioration de ma vitesse...

La montée n'est pas raide pour un sou, mais après 32 bornes je sens une grosse différence. Le sourire m'a temporairement quitté, le cœur tape plus vite, les cuisses chauffent. J'ouvre un peu plus ma veste pour ventiler au mieux. Je dépasse le 33ème kilomètre, plus que 3 ou 4 comme ça et je serais au sommet! Je serre les dents et prends mon mal en patience, j'ai certes ralenti mais ce que je vois devant moi me permet de relativiser, après le coureur à la peine que je viens de dépasser, celui que je m'apprête à reprendre est en totale perdition, il n'avance plus! Je le double avec un petit mot d'encouragement tant j'ai mal pour lui. La grimpette s’intensifie un peu à l'entrée d'un hameau, la sono est à fond, me voilà entraîné au son de Kiss, je me mets à chantonner "I was made for lovin' you" au rythme de la musique et passe devant le ravito sans m'arrêter. On m'indique le prochain en haut de la bosse, je remercie tout ce petit monde avec le sourire et repars en direction de la sortie du village.

Un coureur est pris d'une crampe juste devant moi, ne pouvant rien pour lui je continue ma route avec quelques encouragements. Le pourcentage revient à un niveau plus agréable. 34 bornes au compteur, je tiens le bon bout! Un petit virage à angle droit et voilà que je retrouve le vent dans mon dos, parfait! J'aperçoit le ravito un peu plus loin et un peu plus haut, tout va bien je gère! Après quelques foulées je parviens jusqu'à lui, m'arrête quelques secondes boire un verre d'eau, profitant une nouvelle fois de la gentillesse des bénévoles. Un orchestre se charge de l'ambiance.

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Me voilà reparti, me sachant presque au bout de l'effort. Deux coureurs sont à présent à portée de tir, ils avancent plutôt bien mais je remonte rapidement sur eux. Je reprends le premier d'entre eux qui arbore une cape jaune agrémentée du lion de Belfort, Arriver jusqu'ici à ce rythme dans cette tenue, je suis admiratif! Le second cours accompagné d'un vététiste caladois, ils sont vraiment partout! Les kilomètres se suivent et se ressemblent, celui-ci est aussi pris d'une crampe au moment où je le dépasse, décidément...

Cette fois me voilà en haut, je bascule dans la dernière descente après un virage en épingle à cheveux. Un coureur me précède de 300m, je ne me fait pas d'illusion, sauf gros problème pour lui j'en ai fini de doubler pour aujourd'hui. Les jambes repartent sur une bonne allure, je cale mon rythme sur une vitesse confortable alors que je commence à sentir quelques signes de fatigue et une douleur naissante à mon orteil gauche. Mince, ça sent l'ampoule! Deux ans que je n'en ai pas eu, j'aurais bien aimé que la série continue... Pas de quoi me faire ralentir cependant à cinq kilomètres de l'arrivée. Je commence à regarder de nouveau ma montre, il n'y a plus grand monde sur la route et le temps devient long. il me reste environ 26 minutes pour arriver, sur mon allure actuelle cela ne devrait pas poser de gros problèmes...

Marathon du Beaujolais

La descente est plutôt monotone et il n'y a plus personne pour me motiver, l'écart avec le coureur qui me précède est stable, les sources de motivations se font rares... Je repense soudain à la page des records du club, pour inscrire mon nom au palmarès des meilleurs marathons il me faut passer sous les 2h55, l'objectif est réalisable! Je mets un léger coup d'accélérateur.

Plus que 4 kilomètres et 22 minutes pour les boucler. Sur une base de 4'10 au kilomètre j'estime que j'arriverais entre 2h54 et 2h55, ça devrait le faire! Je vois mal ce qui pourrait m'empêcher d'aller au bout, la crampe est désormais quasiment exclue et le coup de pompe ne va pas me prendre en traître, je peux voir venir. Je cours sereinement, tenant les 3h00 pour acquises. La grande question maintenant est de savoir combien de minutes je vais gagner par rapport à cette barre mythique, je savoure, plus vraiment frais mais toujours lucide et relativement bien musculairement.

On ne peut pas franchement parler de descente mais plutôt de léger faux plat descendant. Je ne me sens pas voler comme je l'aurais souhaité mais je sens que les jambes dégagent encore une bonne vitesse de croisière sur cette petite route qui serpente. Je me contente d'avancer, le syndrome de fin de course qui a une fâcheuse tendance à me couper les jambes n'apparaît pas aujourd'hui. Je passe devant de le dernier ravitaillement, quelques gobelets d'eau et un peu de beaujolais. Je m'étais dis que je descendrait peut-être un gobelet de l'élixir local avant l'arrivée mais je sens l'exploit possible, je n'ai pas envie de tout gâcher si près du but juste pour avoir une bonne anecdote à raconter. Encore 3km tenir, pas question de lâcher maintenant!

Une part de moi a envie de mettre le pied au plancher pour terminer comme un avion, une autre a envie de terminer sur cette allure confortable en appréciant chaque instant. Je pense aussi à Paris, l'idée étant de faire une perf et d'améliorer mon record je vais terminer sans rien changer. Contre toutes attente j'ai encore la patate, certes la fatigue se fait sentir mais je suis loin d'avoir dit mon dernier mot, une dizaine de kilomètres supplémentaires ne me feraient pas peur! Soit j'ai couru en deçà, soit je suis me mega-surcompensation de l'endurance trail.

J'arrive à Gleizé, l'arrivée est à deux pas à présent! Me voilà en ville et le coureur qui me précédait de 300m est maintenant à portée de fusil, je n'ai pourtant pas eu la sensation de remonter sur lui au cours des dernières minutes... Aller, moins de dix minutes à tenir! Je serre le poing et savoure l'instant, on ne pulvérise pas son record au marathon tous les jours... Je remonte doucement mais sûrement sur lui dans cette longue ligne droite, nous croisons des voitures tandis que nous courons sur une voie qui a été neutralisée pour la course. Plus que vingt mètres! Voilà que je le dépasse, je n'ai pas cherché à calculer ma place mais j'ai hâte de voir le résultat!

Un petit rond point me barre la route, je le contourne au prix d'un virage serré à pleine vitesse, mes muscles hurlent pour tenir cette trajectoire, je commence à sentir le poids des kilomètres... Encore un bout de ligne droite à l'ombre des platanes, un spectateur m'encourage, "Aller ne lâche pas! Il est juste derrière toi!". Il se serait accroché? Un virage à angle droit me permet de constater les dégâts: c'est bon, j'ai déjà une trentaine de mètre d'avance sur lui!

Fini la route, me revoilà sur une longue allée. Du ru-balise a été déployé de tous les côtés, il y en a tellement que j'ai du mal à bien voir où aller! J'arrête d'essayer de me projeter et je ne tiens compte que des dix mètres à venir. Une bénévole me fait signe de prendre à gauche, je suit les indications et entre dans la cours d'un superbe bâtiment. Un panneau "Attention sol glissant" me prévient, de même que deux petites blondes que le hall que je vais traverser comme un bolide risque de me mettre les quatre fers en l'air. Je mets un petit coup de frein, négocie le virage et descend quelques marches. Je suis persuadé d'avoir vu un coureur tourner à gauche et prend la même direction en dévalant les escaliers. Ma vision me joue la berlue, du ru-balise me barre la route, un nouveau signe de fatigue? Probable... Pas grave, je continue tout droit et repars sur la route, quelques bénévoles m'indiquent la route à suivre, à gauche cette fois. Une petite relance rapide et je bifurque de nouveau à droite dans un espace vert. C'est plutôt mignon mais il n'y a personne pour m'encourager, c'est un peu tristounet.

Retour sur la route, une nouvelle petite ligne droite, quelques escaliers improvisés à coups de caisses en bois et j'entre dans les halles de Villefranche. On m'avait bien dit que l'odeur allait être surprenante pourtant rien ne m'avait préparé à ce fumet de poisson qui vient me prendre le nez. Outch! Au moins je n'ai pas envie de m'attarder, je traverse rapidement sous les applaudissements des quelques courageux stationnés ici et ressors à l'air frais. J'entend le speaker, vois des ballons de partout, ça sent bon la fin de l'aventure! Les hauts parleurs annoncent mon arrivée: "Et voilà le dossard 1759 qui arrive avec une belle et longue foulée!" Waouh! Je rêve? Une longue ligne droite et ça y est, j'aperçoit l'arche d'arrivée de l'autre côté de la place!

La foule n'est pas au rendez-vous, j'arrive sans-doute trop tôt, c'en est presque dommage d'avoir couru si vite. Tant pis, trop tard pour faire demi-tour... J'arrive au bout de la place, négocie le virage et aborde la dernière ligne droite. A nouveau je joue avec le public pour en tirer un maximum d'applaudissements. A l'autre extrémité de la place un groupe de pom-pom girls m'attend de pied ferme, me faisant une haie d'honneur, j'attend l'instant propice pour lever les bras avec elles et savourer ces derniers mètres. C'est parti pour la ola sous les froufrous verts. Cette fois ça y est, la ligne d'arrivée me tend les bras, les secondes défilent au chrono. Je passe sur le tapis et tombe nez à nez avec le tableau des résultats: 19ème en 2h54'30! (Temps puce 2h54'25) Incroyable! Autant je m'étais fait à l'idée de terminer en moins de 2h55, autant je suis un peu scotché d'arriver dans le top 20!

Voilà, c'est fait! J'entre dans le club des moins de 3h00, je rayonne! On m'enroule dans une couverture de survie, on me passe ma médaille finisher autour du cou, assez originale puisqu'il s'agit d'une petite timbale. Un dernier cadeau: une bouteille de beaujolais nouveau!

Je me laisse guider par les barrières pour aller chercher mon sac et me glisser dans des vêtements chauds. Un petit tour par le ravitaillement le temps de boire un coup et je file me faire masser par les kinés. Les bénévoles me posent plein de questions sur la course, le parcours, l'ambiance... Je me fais une joie de leur répondre et ne traîne pas trop pour aller prendre un train et rentrer à Lyon.

Je m'étais inscrit en touriste, voilà que je repars avec une grosse perf, je ne suis pas mécontent mon coup! Paysages superbes, ambiance de folie et organisation au top, vraiment je ne vois pas comment critiquer ce marathon du Beaujolais! Au moins je n'ai pas perdu ma journée. Plus qu'à prendre une bonne douche bien chaude et à retourner dans mes pénates avant d'aller voir les copains se mettre dans le rouge sur la montée du Mont Thou!

Quelle satisfaction! Boucler ce beaujolais en gagnant 5 minutes par rapport à l'objectif avec des sensations fantastiques d'un bout à l'autre, le résultat est bien au delà de mes espérances... Cela me laisse entrevoir de jolies perspectives pour Paris, d'autant plus que le parcours sera nettement plus roulant et que j'aurais du monde pour m'emmener. Autre constat particulièrement positif: ma fameuse ougandaise dépassée au semi boucle le marathon en 2h59'30 après avoir gagné le marathon de Lyon en 2'48. J'ai vraiment hâte de m'attaquer à Paris avec une vrai préparation dans les jambes, il y a la place pour faire un gros temps!

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