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SaintéLyon

Publié 9 Décembre 2013 par Tom in trail

SaintéLyon

Une petite dernière pour bien terminer l'année! Malgré une TFL contractée sur le marathon du beaujolais qui me tient à l'écart des baskets, je suis engagé en relais avec le frérot, pas question de me désister au dernier moment... Le temps d'une nuit les deux frangins vont repartir sur les sentiers de la sainté pour son soixantième anniversaire en espérant secrètement faire aussi bien que l'année passée malgré une cinquantaine d'équipes supplémentaires!

Après une semaine de tentatives infructueuses soldées par de méchantes douleurs au genou et un séjour chez l'ostéo pas franchement réussi, la semaine d'avant course est consacrée au repos total en touchant du bois pour que l'inflammation recule un maximum...

Samedi 7 décembre, nous y voilà! Le jour tant attendu est arrivé! Oubliée la TFL, l'excitation de la course est là! Un petit dej' rapide, un dernier contrôle du sac en espérant ne rien oublier à Lyon et je saute dans le premier train en direction de Saint Etienne. Eric est là pour me récupérer, fidèles à nos habitudes nous filons chercher nos dossards à parc'expo lorsque, Ô surprise, nous trouvons la salle déserte. Seul un technicien en train d'installer la sono est là, malheureusement il n'a pas la moindre idée d'où s'effectue le retrait des dossards... Voilà que la journée commence bien!

Après vérification du site internet nous nous apercevons qu'il y a eu du changement cette année: plus de retrait sur le lieu de départ, tout se déroule au palais des sports de Gerland! Pas vraiment convaincus du bien-fondé de cette décision, nous faisons le trajet vers Lyon et arrivons aux alentours de midi. Le fléchage est d'assez piètre qualité et nous parvenons finalement à déposer la voiture à l'arrière du palais des sports sans trouver le parking "officiel"... Sans trop savoir comment nous entrons dans la salle par la porte arrière, il n'y a pas foule à cette heure et évitons la queue pour retirer nos dossards. Un petit tour sous la tente des sponsors pour récupérer nos cadeaux, des livres sur l'histoire de la SaintéLyon d'assez belle qualité, bien illustrés, que je me ferais un plaisir de dévorer dès que possible.

Après cette petite aventure nous rentrons à Sorbiers le sourire de nouveau attaché aux lèvres, soulagés. Ma belle-sœur et mes neveux nous accueillent avec une croziflette, le carburant idéal pour une nuit de folie! J'aimerais ne pas abuser afin de partir léger mais c'est un régal, je suis contrains de piocher plusieurs fois dans le plat, le frérot n'est pas en reste...

L'après-midi est passée à buller, à regarder les prévisions météo, à étudier une sempiternelle fois le parcours et à aller déposer une voiture à Sainte Catherine afin de ne pas dépendre des navettes une fois arrivés. Sur le trajet nous repérons l'état du terrain et tachons d'évaluer les principales difficultés. Il y a encore pas mal de neige une fois Sorbiers passé, les prévisions n'annoncent pas des températures trop basses mais le ciel dégagé laisse augurer du contraire, il faudra faire attention aux plaques de verglas... Sur le trajet Eric repère des pancartes indiquant que le tracé reprendrais finalement celui de l'année passée, j'aurais donc peut-être droit à une réduction du parcours? Si tel est le cas nous convenons que je lui envoie un texto une arrivé au hameau du Morreau après une petite montée sur route aux alentours du 25ème kilomètre.

Une fois arrivés j'essaie de me décider sur l'équipement à emmener. Niveau tenue j'opte pour la version légère mais pas trop: corsaire, tshirt à manches longues pour garder une bonne température auquel j'ajoute un second tshirt à manches courtes cette fois et une veste sans manche pour me couper du froid. Un buff autour du cou pour ne pas geler sur la ligne de départ et un second sur les oreilles, sans oublier les gants. Dans le sac je pars léger également: une réserve d'eau d'un demi litre, un gel, une pâte d'amandes et une barre de céréales un coupe-vent en cas de pépin et ma paire de yacktrax au cas où le terrain serait trop mauvais.

Une petite sieste d'une heure ponctue cette journée fort éreintante. Un dernier repas, plus léger cette fois: une bonne soupe chaude, un peu de riz blanc, une pomme et nous entrons dans les 4 dernières heures précédant le départ, la pression commence à monter! Pendant qu'Eric dépose la petite famille dans le train à destination de Lyon pour qu'ils aillent profiter de la fête des lumières j'entreprends de regarder un film sur la haute montagne et l’ascension du Grand Capucin. Me voilà des étoiles plein les yeux... Une dernière petite pause le nez dans un bouquin et je n'y tiens plus, je saute dans ma tenue de course! Eric fait de même et nous filons à Sainté retrouver d'autres illuminés de la nuit chez les parents de Jean-Seb. Outre notre stéphanois, Marylène, Chris et Seb sont déjà là, bien motivés par le défi qui nous attend. Marylène et Jean-Seb partent sur la grande avec des espoirs de top 10 pour madame tandis que Chris et Seb nous défient sur le relais. Les paris sont ouverts, l'ambiance monte, ça chambre, ça taquine dans la bonne humeur générale alors qu'il est l'heure des derniers réglages.

SaintéLyon

Pratiquement 23h00, il est temps de partir pour parc'expo après avoir remercié les parents de Jean-Seb pour leur accueil. Cette fois la salle est loin d'être déserte, nous devons nous faufiler pour entrer, tant et si bien que le groupe s'en trouve dispersé aux quatre vents. Par pur hasard je tombe nez à nez avec Régis, mon collègue qui s'aventure sur la grande, une première pour lui. Assez excité et un brin terrifié Il ira au bout en 12h28 malgré de grosses douleurs aux genoux et un plaisir bien amputé après 4h de course... Dure nuit!

Petite pensée les copains qui viennent de s'élancer sur la Saintexpress, vieux de la vieille de l'événement comme Vincent ou néophytes comme Aymeline, j'espère que tout le monde y trouvera son compte et prendra un maximum de plaisir dans cette nuit magique...

Nous finissons par retrouver l'ensemble du groupe, l'équipe des relayeuses est là, composée de Sandra, Cécile, Anne et Virginie pour qui ce sera la première course nocturne, voir le premier trail pour Sandra, elles ne vont pas être déçues du voyage! S'ajoutent aux festivités Julien et Romain (Dédé pour les intimes) qui partent sur le long ainsi que Fred, notre photographe officiel. Le repas étant déjà loin derrière moi j'avale une barre de céréale afin d'éviter le coup de pompe.

SaintéLyon

Le temps passe très vite à discuter, les habitués donnent des conseils aux nouveaux, la logistique des voitures se met en place, il va être temps d'y aller... Une dernière photo et nous allons rejoindre la ligne de départ avant que la foule ne l'envahisse. Derniers encouragements, ultimes accolades et nous nous séparont pour nous placer en fonction de nos objectifs. Je reste en compagnie de Chris et Julien dans le sas préférentiel afin d'éviter de devoir dépasser les 10 000 coureurs engagés dans les grandes artères stéphanoises...

Cette fois nous y sommes, plus question de reculer! Il fait froid mais l'ambiance monte en flèche. Nous commençons à être serrés et à retrouver un semblant de chaleur. Encore une petite photo pendant que nous écoutons le speaker nous rappeler les consignes de sécurité. Les rôles s'inversent, Julien habitué de la prise de risque va la jouer prudents tandis que Chris et moi, préférant généralement placer nos pions optons pour la prise de risque. Une dernière minute d'applaudissements pour un coureur habitué de l’événement décédé dans l'année et nous allumons nos frontales pour débuter la ola, c'est la fête avant d'aller affronter les éléments... Il est plus que temps d'aborder le décompte des secondes alors que les hauts parleurs commencent à diffuser ultraviolet de U2. J'ai le sourire jusqu'aux oreilles, impatient d'en découdre, Julien et Chris sont dans le même état! En avant!

SaintéLyon

Pour moi le programme va être simple (du moins sur le papier), je vais envoyer la sauce pour sortir de Saint-Etienne sur les grands axes et profiter de cette partie route pour me placer. Ensuite la montée sera omniprésente jusqu'à Saint Christo au 16ème kilomètre, je mettrais cette portion à profit pour gérer mes forces en calmant un peu le jeu, je m'attend à trouver des conditions pas évidentes: boue et neige mêlées donc attention à ne pas se griller! Après le ravito il restera quelques kilomètres à grimper jusqu'à l'hopital par le GR7 puis je pourrais lâcher mes dernières forces dans la bataille après le 20ème pour profiter pleinement des crètes et filer à Sainte Catherine. La grande inconnue de la nuit est l'état du terrain, il y a un peu de neige sur les collines, mais les chemins semblaient dégagés dans l'après midi, j'ai plutôt bon espoir! Question chrono je pars dans l'idée de terminer autour des 2h15, mais bien sûr tout dépendra de l'état des chemins.

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Cette fois c'est parti! Julien privilégiant un départ prudent nous ne nous sommes pas glissés trop à l'avant du sas, tant et si bien que je me trouve enfermé dans le flot de coureurs. J'essaie vaille que vaille de me faufiler mais tout le monde zigzague également, difficile de trouver une ouverture! J'essaie de passer à gauche le long de la barrière avant de me faire coincer, je repique à droite ayant repéré une faille puis suis de nouveau coupé dans mon élan. Je commence à ronchonner, détestant toujours autant les départs... Finalement je profite d'un élargissement de la chaussée pour cavaler le long de la barrière et dépasser en trombe autant de monde que possible. La route se resserre mais je suis parvenu à passer, je peux enfin caler mon rythme et aborder ces quelques kilomètres de route sereinement.

Fini les barrières, la route nous appartient! Un relief du troupeau est encore devant moi, sans hésiter je saute sur le terre-plein et cours un peu dans l'herbe le temps de remonter la file. Quelques mètres devant moi j'aperçois la double frontale caractéristique de Marylène, un petit coup d'accélérateur pour remonter à sa hauteur, une petite tape sur l'épaule accompagné d'un "Aller championne!" et je trace ma route, manquant de tenir ma promesse à Jean-Seb de la pousser dans le premier buisson venu. Devant tant de témoins j'ai quelques scrupules...

SaintéLyon

A présent je sais que je ne croiserais plus de connaissances avant Sainte Catherine, il va falloir envoyer! J'essaie de me caler à allure marathon, aux alentours de 4'00 au kilomètre. La chaussé est légèrement glissante, un poil gelée, m'imposant un léger effort supplémentaire. Ma montre ne tarde pas à biper le premier kilomètre après 3'59 de course, parfait, je suis exactement dans le bon rythme! Après ma série de dépassements je dois être en léger surrégime, je diminue très légèrement la cadence.

Le paysage n'a pour l'instant rien de bien palpitant, c'est urbain, le long de bâtiments industriels et autres stations-service... Ces 6 kilomètres vont me paraître bien longs... Je ne me pause guère de questions et continue de reprendre quelques coureurs. Je commence à avoir chaud et retire précautionneusement le buff que j'ai autour du cou en veillant à ne pas arracher ma frontale que j'éteins au passage. Les impôts stéphanois vont m'être utiles, je vais profiter de l'éclairage public et économiser mes piles.

Le second kilomètre ne tarde pas, je suis toujours parfaitement calé, cependant je sens que le rythme n'est pas aussi fluide qu'escompté, je suis loin de mes sensations de facilité des dernières semaines, la faute à la coupure? Peu importe, je suis bien déterminé à faire un joli temps! Les motivations ne manquent pas, j'ai annoncé vouloir faire un top 10 sur mon relais, Eric va se cailler à Sainte Catherine et l'honneur de la famille est en jeu, Chris et Seb vont ramasser! J'ai beau avoir fait plusieurs fois la route en voiture, à pied et dans l'obscurité je suis totalement perdu, j'avance benoîtement, sidéré du nombre de coureurs me précédant et encore plus estomaqué par le nombre de solos...

Nous sommes à présent sur la route de la Talaudière, le profil commence à s'élever légèrement. Rien de bien gênant, je garde la cadence mais mes dépassements commencent à se raréfier. Lorsque la route s'aplanie de nouveau je repère une bandelette de bitume plus claire au bord du caniveau, synonyme d'absence de gel. Je m'engouffre dedans et savoure ma sensation de vitesse qui augmente sans toucher l'intensité.

Le paysage est toujours aussi inintéressant en ce début de course, je regarde les coureurs qui m'entourent, cherchant à repérer des dossards rouges de la série 2xxx (relais 2) histoire de trouver une petite motivation mais rien à l'horizon. Tant pis, je garde la cadence en serrant les dents, assez pressé d'arriver dans les chemins.

Une voiture arrive en face de nous à grands renfort de klaxon, impossible de savoir s'il s'agit d'encouragements ou de signes de mécontentement. Je ne m’appesantis pas trop sur la question et poursuis mon effort. J'en bave plus que prévu alors que j'ai à peine effectué 3km, la route est longue et monotone, je navigue de petit groupe en petit groupe au fil de ma remontée dans une ambiance glaciale, personne ne desserre les dents... Après sept jours sans courir je suis ravi de me dégourdir les jambes mais quand même, un peu de bonne humeur ne serait pas de refus... Dans mon dos un solo souffle comme un bœuf, je ne donne pas cher de lui à Sainte Catherine...

Alors que nous coupons un rond point un panneau lumineux nous donne la température: -6°! Et dire que les prévision météo nous annonçaient une nuit pas trop froide... Au moins je suis conforté dans mon idée de ne pas trop traîner en route... Le long chemin de croix se poursuit alors que les bosses se succèdent. Ça cavale toujours aussi fort devant alors que mes sensations se dégradent petit à petit, j'ai du mal à tenir le rythme, le souffle plus court que prévu et le ventre pas vraiment d'aplomb. Un coup fourré de la croziflette? Ma gourmandise me perdra...

Une petite descente me permet de retrouver un peu d'aisance et de relancer la machine avec un kilomètre en 3'50, le sourire reviens! Sorbiers ne devrait plus tarder à présent, je me réjouis à l'idée de quitter cette longue ligne droite... Nous commençons à croiser quelques spectateurs perdus dans la nuit, je suis presque surpris de m'apercevoir que je suis déjà au croisement du carrefour market de Sorbiers alors qu'un peloton de spectateurs nous réserve une haie d'honneur. Je ne l'attendais pas si tôt... Cette fois la course commence!

Pour être déjà passé là à vélo je sais à quoi m'attendre, même s'il s'agit de bitume la montée vers le centre-ville est assez sèche et plutôt longuette avec de jolies rampes, je m'attend à un bon coup d'arrêt de la part de nombreux coureurs mais il n'en est rien, tout le monde cavale bille en tête relayeurs comme solos! Moi qui espérait lever le pied... Tant pis, je serre les dents et garde le rythme en essayant de rester légèrement au dessus de la moyenne bien que quelques coureurs commencent à envoyer la sauce et passent comme des balles. L'éclaire public n'est pas aussi puissant que sur les artères stéphanoises, ça y est, j'envoie les watts de ma frontale! Enfin... les quelques lumens qu'elle consent à me fournir malgré les piles neuves... Au moins je vois mes pieds, c'est déjà pas mal!

Je grimpe sans me mettre trop dans le dur jusqu'au rond point près de la poste où une nouvelle ovation nous est réservée, puis nous repartons en direction de la sortie du village à travers les lotissements. Un petit virage à gauche nous conduit vers une rampe un peu plus musclée que les précédentes, je commence à avoir du mal à pousser, pas vraiment en jambes cette nuit. Je marche quelques mètres sur le haut alors que le pourcentage s'accentue encore un peu afin de retrouver du souffle et de soulager les cuisses.

La difficulté passée une portion plane me tend les bras et me permet partir à la relance. Je me remémore le conseil d'Eric: ne repars pas trop fort, derrière ça remonte sec! Je me cale donc à une allure confortable et récupère les quelques places perdues pendant me courte pause avant de reprendre la grimpette. Comme promis je suis accueilli par un joli raidillon que je franchis au petit trot. Voilà un moment maintenant que je n'ai plus travaillé la vélocité en montée, je sens que les sensations ne sont pas celles des grands jours, je suis à la peine...

J'arrive dans les petits chemins que j'ai repéré il y a maintenant trois semaines qui devraient me réserver une succession de petites montées descentes assez casse-pattes jusqu'à Saint Christo. Le paysage de coureur est maintenant assez clairsemé, ça ne va pas bouchonner sur les sentiers! La route cède sa place à la neige, pas en quantité phénoménale, mais il y a de quoi s'amuser. Elle est assez dure et n'entrave pas trop ma progression, ça me va bien!

Je souffre toujours en montée mais je sais que quelques petites descentes bienvenues vont venir me détendre les muscles dans la route jusqu'à Saint Christo. En parlant de descente... voilà la première qui arrive! J'avais trouvé le passage assez traitre lors de ma reco, j'aborde donc celle-ci prudemment. Cependant, voyant les deux coureurs derrière moi me dépasser je décide de leur emboîter le pas, j'allonge donc la foulée, confiant. Le sol est recouvert d'une fine pellicule de neige, quelques cailloux pointent par-ci par-là et on discerne quelques plaques de verglas. Je regarde tout de même bien où je pose le pied, une chute est vite arrivée... Un cris devant moi me fait lever le pied: l'un des coureurs m'ayant dépassé vient de glisser et s'est retrouvé les quatre fers en l'air. Le coureur qui le suit cherche à l'éviter mais perd le contrôle et chute à son tour de même que les deux suivants. Devant cette hécatombe je pile net, malheureusement mes pieds pourtant bien ancrés par terre continuent à avancer sur la couche de glace et me conduisent doucement mais sûrement sur le lieu de l'accident... Et boum, je rejoins tout ce petit monde à terre en essayant de mettre ma main pour amortir... Mon majeur encaisse le choc, je repars aussi sec après un juron rageur un peu à destination des coureurs m'ayant poussés à la chute, un peu envers la plaque de verglas et tout de même un peu pour moi...

Je reprends une foulée nettement moins aventureuse dans la suite de la descente, un peu marqué par la chute et pas vraiment rassuré quant à ce qui m'attend... Cette fois je quitte le centre du chemin et me rabats sur la bas côté pour profiter au maximum de la petite couche de neige pas encore piétinée qui devrait me permettre de ne pas glisser. Me voilà en bas, je retrouve avec joie le bitume quelques instants alors que nous traversons un hameau, quelques personnes sont là pour nous encourager mais je ne suis plus très réceptif à l'ambiance de la course, un peu sonné par mon gadin.

De retour sur les sentiers un petit raidillon nous attend de pied ferme, rien de très long, rien de très dur et surtout: mes pieds adhèrent! Je le gravis sans difficulté, la descente m'a au moins permis de retrouver un peu de souffle... Un peu de plat à présent mais toujours cette pellicule de neige un peu gelée pas franchement rassurante. Je profite de ce replat pour me refaire une santé et relancer, j'hésite entre le milieu de chemin plus propice à la vitesse et le bord du champ, plus sécurisant. après un essai de chaque côté j'opte pour la prise de risque: et boum! Aie! Je tombe lourdement sur le flanc, la hanche encaisse le gros du choc, nouveau juron. Derrière on me demande si tout va bien, plus de peur que de mal de mon côté mais je commence à en avoir marre de ces conditions, le moral est en berne... Je commence à revoir mes ambitions, tant pis pour la performance, le plaisir n'est déjà pas de la partie, pas question de me casser quelque chose en plus! Je vais essayer d'avancer correctement jusqu'à l'arrivée, objectif: survivre...

La neige reprend du poil de la bête, je saute une espèce de congère et me retrouve les deux pieds dedans, une bonne couche de facilement 30cm recouvre le chemin celle-ci est très dure, je ne m'enfonce pas (trop) dedans. L'effort devient violent pour maintenir un rythme alors que j'essaie de courir entre les trous et éviter ainsi de me faire une cheville. Le coureur devant moi n'avance pas à une allure élevée mais l'envie de le dépasser ne m'habite pas, la motivation m'a déserté, je me contente d'avancer en assurant ma foulée.

Le chemin cède sa place à une route, ouf! Je recommence à courir et retrouve un semblant de rythme, cependant je reste extrêmement prudent et ne quitte plus mes pieds des yeux... Dommage pour le ciel étoilé, pas l'ombre d'un nuage et je n'ose même pas profiter de l'instant... Je dépasse tout de même quelques coureurs après m'être fait déborder de tous les côtés dans la descente. Un panneau m'indiquant le lieu dit de la Borgia me permet un peu de me repérer, j'approche doucement de Saint Christo. J'ai une petite pensée pour Sandra qui doit sérieusement en baver et j'essaie de me remotiver en pensant à Christophe, il faudrait que j'arrive à envoyer la sauce pour creuser l'écart...

Quelques spectateurs nous attendent dans un virage au bout de la route avant que nous ne retrouvions les chemins. Je passe devant eux, hagard, uniquement désireux d'atteindre Sainte Catherine, chaque kilomètre passé est une petite victoire personnelle... Le nouveau sentier est assez pratiquable mais je me sens bien marqué par mes deux bûches, je calme immédiatement le jeu et cherche les plaques de glace au sol. Face à moi j'entrevois le clocher de Saint Christo, bientôt la fin de cette galère! Je reconnais le coin, appréhendant la descente qui vient... Celle-ci tarde à venir mais la voilà... Gloups... C'est parti, je cherche la meilleure trace pour rester debout, diminuant considérablement le rythme, tétanisé par la peur. J'attrape les branches qui dépassent, passe dans les couches de neige un peu épaisse en me faisant déborder de tous les côtés. Le moral prend un nouveau coup, m’enfonçant encore un peu plus...

Miraculeusement je parviens en bas sans incident majeur, une jolie glissade bien rattrapée saluée par un coureur dans mon dos me mets un peu de baume au cœur. Mince, mon lacet vient de se défaire! Je n'ai pas spécialement envie de m'arrêter ici dans la neige, je vais attendre un peu de trouver un coin plus accueillant... Un rapide passage à plat où je relance un peu, un virage à droite, un dérapage et paf, voilà la troisième! Cette fois c'est au tour du genou gauche de ramasser, nouveau juron mi-dépit, mi-frustration et je repars, me disant que celle-ci n'était pas trop mauvaise. Je commence à songer à enfiler les yacktrax, mais je n'en vois pas trop l'intérêt sur la glace. Marylène s'est posé moins de questions, apparemment c'est elle qui a fait le bon choix, je m'en souviendrais la prochaine fois...

Une nouvelle montée assez musclée arrive sans crier gare, celle-ci ne figurait plus dans mon souvenir... En y repensant c'est finalement assez logique, direction le col de la Gachet! J'ai beau connaitre le coin comme ma poche la nuit et la neige me dépaysent totalement. J'aborde la montée au trot, tellement frustré de mes performances ridicules que je me venge dès que possible. La montée est coriace entre la neige et le pourcentage, d'autant plus que je ne suis pas au mieux... Autour de moi personne ne semble décidé à marcher, tant pis, cette fois je lâche, j'en ai plein le dos de cette course! Hop, je marche un peu le temps de me refaire en veillant à ne pas perdre trop de terrain sur les coureurs me précédant. Je relance la machine quand le chemin s'y prête et parviens à ne pas me faire distancer. Un nouveau raidillon me contraint à la marche sur la fin de l'ascension, j'en ai marre de monter. J'en ai aussi marre de descendre et j'en ai rapidement eu marre de courir à plat en ville... Bon, j'ai hâte d'arriver et de tirer un trait là dessus!

Me voilà en haut de la Gachet! Voilà deux bornes que je tergiverse, je profite d'un virage plein de spectateurs pour faire une pause et renouer mon lacet en profitant de l'éclairage local. Je fais un brin de causette avec les autochtones pour me changer les idées et remettre un peu de positif dans tout ça. Ils me demandent comment sont les conditions: infernales! Déjà trois gamelles, série en cours! Je repars, légèrement ragaillardi mais Une nouvelle petite descente se profile, je remets le frein à main et ne tarde pas à me faire dépasser de tous les côtés... Les relayeurs à quatre envoient ce qu'il leur reste dans les jambes, je n'aie ni la force ni l'envie de suivre. Au moins le ravito n'est pas loin...

Un tout petit bout de chemin sans trop de figures de style et me voilà reparti sur un bout de bitume, pas trop tôt! Je rattrape un coureur solo un peu devant moi et lance la conversation. "Finalement, le bitume a du bon!" Et hop, nous papotons tout le long de la montée à travers Saint Christo. Voilà qui fait du bien, je retrouve un peu le sourire, je regarde autour de moi sans avoir besoin de me focaliser sur mes pieds.

Les rues de Saint Christo sont bien animées, c'est l'effervescence chez les relayeurs à 4, un couloir les attend afin qu'ils s'élancent. J'essaie de repérer Cécile dans la masse mais pas moyen, il y a trop de monde. Qui plus est, n'attendant pas Sandra avant un petit moment elle a dû se réfugier au chaud. Dommage, un visage connu m'aurait fait le plus grand bien.

Alors que j'arrive vers la tente du ravito un bénévole nous indique de prendre à droite pour manger ou tout droit pour continuer. L'esprit pas vraiment clair, je repère du rubalise sur ma droite le long de la tente traçant un petit chemin. La dernière version du parcours dont je me souviens faisait le tour du terrain de foot, c'est donc tout naturellement que je bifurque pour me retrouver dans une impasse terminée par des toilettes... Je peste une fois de plus énervé de ce manque de lucidité... Décidément, j'ai connu des jours meilleurs... Vite, demi-tour, j'ai perdu assez de temps comme ça, je trouve une ouverture dans la tente, me faufile, traverse en trombe et reprends la route normale, me traitant de tous les noms...

Encore un peu de grimpette vers le centre du village, j'ai retrouvé quelques sensations et je me raccroche à l'espoir que cette seconde partie de course sera moins traîtresse que la première... Cependant les grosses quantités de neige entrevues dans l'après-midi me laissent présager du contraire...

J'aborde une petite descente sur bitume pour rejoindre la route du col en contrebas, les jambes tournent correctement de nouveau, ce n'est pas la forme des grands soirs mais le rythme est acceptable après ma traversée du désert. Un panneau m'indique que j'ai couru 17km, ma montre n'est pas de cet avis avec seulement 15,5, mais au vu de ses nombreux décrochages j'aime autant me fier à la pancarte. Sur la route les relayeurs venant de démarer passent en trombe devant moi, n'arrangeant en rien mon moral déjà bien amoché. Fini la descente, direction la grimpette. D'après Eric la prochaine est coriace, je suis passé devant plusieurs fois sans jamais la fouler, je vais rapidement être fixé!

Je quitte la sécurité du bitume pour retrouver les chemins et la neige avec l'intime conviction que mes déboires ne sont pas terminés. Je sais que je vais retourner faire des galipettes dans la neige, reste à savoir où, quand, et comment... En effet, le frérot n'a pas menti! La première partie s'avale aisément mais la seconde n'est pas du même acabit, je marche de nouveau pour franchir l'obstacle tout en cherchant d'où me viennent ces mauvaises sensations...

La saison a été longue et bien chargée, plus de 4000 bornes au compteur et je viens tout juste (entre Sorbiers et Saint Christo) de franchir les 100 000m de dénivelé dans l'année. Le marathon d'il y a quinze jours a dû laisser des traces et mon corps a du profiter de ma semaine de coupure pour amorcer un cycle de repos... Bref, plein de bonnes excuses pour ne pas me fouler cette nuit! J'essaie de me faire violence pour faire repartir le moteur mais rien n'y fait, le moteur tourne au ralenti...

La montée se conclue avec un superbe feu de joie allumé au milieu de nulle part par un groupe pas vraiment frileux, bien décidé à passer la nuit à nous encourager, génial! Le chemin s'aplanit et me revoilà à galérer dans la neige, ma position est relativement stable, je ne me fais plus trop dépasser et j'arrive à grappiller un peu. Le chemin repars en sous-bois en légère descente, je me crispe de nouveau de peur de retourner à terre lorsque je vois un panneau nous indiquant une descente dangereuse... Je freine des quatre fers bien avant que la descente annoncée ne débute, scrutant le sol à la recherche de la moindre plaque de verglas. Quand la descente deviens réellement risquée je n'ai plus vraiment de vitesse à perdre mais je parviens toutefois à décélérer en marchant un peu avant de me reprendre en main en courant sur le bas-côté dans une petite couche de neige.

Je parviens en bas sans casse mais en ayant de nouveau perdu des places... Voilà déjà un moment que j'ai commencé mon décompte des kilomètres mais je commence à entrevoir le bout du tunnel, courage! Me voilà au pied de la dernière grosse montée, ensuite je pourrais profiter des chemins de crête qui d'après Eric sont un pur bonheur. Dans les circonstances actuelles j'en doute...

J'attaque la grimpette avec une détermination renouvelée. Voilà un moment que je n'ai plus chuté, le mental commence à se reconstruire. Je repars en essayant de trottiner dans la montée mais c'est plutôt raide, les appuis dans la neige sont mauvais, je manque d'adhérence et laisse encore des forces en route... Devant moi tout le monde cours. J'en ai plein les pattes, ras la casquette: j'arrête les frais et marche un peu en restant peu ou prou dans le même rythme que tout le monde, guettant un moment de calme pour relancer. Celui-ci ne tarde pas à venir me permettant de reprendre quelques places puis le pourcentage regrimpe en flèche, je reprends ma marche jusqu'au sommet. Même à cette allure je manque d'adhérence, l'envie de déposer les armes et de terminer en footing est grande... Je me raccroche à ce que je peut pour garder la foi...

Finalement je viens à bout de cette dernière grosse montée, me voilà au sommet de cette saintélyon avec moins de 9 kilomètres à galérer. Me voilà sur un petit chemin à lutter contre la neige et la glace, je ne tarde pas à suivre un coureur dans le champ d'à côté pour garder un peu d'adhérence. Je ne le lâche pas d'une semelle, pas vraiment désireux de dépasser bien que son rythme ne soit pas trop élevé. J'aime autant rester debout pour le moment, pour la prise de risque j'attendrais les 100 derniers mètres...

Vu mon allure d'escargot, et mes chutes à répétition je désespère de terminer dans le top 10, pourtant je ne vois pas de dossards du relais à deux. Soit je n'ouvre pas assez les yeux, soit les écarts sont relativement stables. Je craignais d'être parti trop vite, finalement au vu de ce que j'endure à présent je pense que j'aurais pu démarrer encore plus fort je souffre bien moins physiquement que moralement...

Me voilà sur une route! Enfin! Tout de suite les jambes repartent à l'assaut me permettant de dépasser un peu en stoppant pour un temps la spirale infernale. J'arrive à dérouler quelques minutes, et à stabiliser le cardio sur un rythme agréable. Les endorphines doivent commencer à faire effet, je commence à me sentir un peu mieux, une légère envie de vomir m'accompagnait jusqu'à présent mais la voilà derrière moi. Par contre pour la faim et la soif on patientera encore un peu...

Le passage sur route n'est que de courte durée malheureusement et nous repartons dans les sentiers pour une nouvelle descente gelée. Après quelques foulées seulement je perds le contrôle, tente désespérément de me raccrocher à une branche et me voilà parti pour mon quatrième roulé-boulé de la soirée, mon intuition était bonne! Nouveau juron, plus fleuri cette fois alors que je constate les dégâts: c'est à nouveau mon majeur qui a ramassé, déjà que je sentais qu'il était réticent à tout mouvement, cette fois je suis convaincu de m'être fait une petite entorse... Pas grave, il ne me sert pas à grand chose pour courir, seules les soirées consoles en pâtiront un peu. Par contre les autres chutes ont aussi prélevé un petit tribu, j'ai une petite douleur au genou et ma hanche commence à être assez douloureuse, elle m'a l'air un peu démise, je sens qu'elle coince un peu à chaque foulée...

Je me relève rapidement tandis qu'un coureur passe devant moi en me donnant un conseil judicieux: éviter les zones noires sur le chemin. Je reprends la descente en gardant l'idée en tête, ma vitesse est toujours assez faible mais j'ai l'impression de sortir d'un long sommeil, je retrouve un peu de lucidité et de longueur dans ma foulée. Je serre à droite pour retrouver de la neige pas trop piétinée au risque de me faire piquer par les ronces. Cela me fait penser à Delphine qui vit sa saintélyon du fond de son lit, après une méchante infection causée par une ronce... Ma situation pourrait-être bien pire...

Finalement la glace cède place à la boue en bas du chemin, je crois que je n'ai jamais été aussi heureux d'avoir les pieds trempés! L'adhérence revient de même que mes jambes. Une petite bosse puis un chemin en faux-plat montant sans verglas, ça y est, je commence à reprendre des places! Pas trop tôt! Le plaisir n'est que de courte durée, je sors des bois et retrouve glace et neige, mes deux vieilles amies...

Je songe de plus en plus à l'arrivée quand un panneau m'annonce à 50km de Lyon, j'ai l'impression que je ne passerais pas par le hameau repéré par Eric, il va falloir que je trouve un passage praticable pour envoyer mon texto. Actuellement, dans la neige c'est hors de question, j'attendrais de retrouver un peu de route ou au moins un peu de terre pour cette manœuvre de haut vol. Je regarde ma montre pour avoir une idée de mon temps de course, déjà 2h15! Je vais être bien loin de mon objectif... Si je passe sous la barre des 2h40 je pourrais déjà m'estimer heureux...

Je retrouve les sous-bois et accessoirement ma vitesse, je me sens enfin dans mon élément, c'est le moment! Je retire l'un de mes gants, dégaine mon téléphone et appuie sur la touche envoyer pour que mon message préparé à Sainté parte. Manque de bol, un message d'erreur s'affiche, message non distribué! Arghh, pas de réseau! Le temps que je comprenne voilà que j'ai retrouvé une barre, je retente la manip, attend l'accusé de réception et range le téléphone dans sa poche alors que j'arrive dans une descente, quel timing! Ouf, ça c'est fait! Ayant plutôt chaud depuis le départ je retire mon second gant, je n'en ai plus pour bien longtemps, pas le temps de souffrir du froid... Plus qu'à foncer jusqu'à l'arrivée!

Rapidement je me retrouve les pieds dans l'eau, Eric m'a prévenu qu'une source perçait dans le coins, en effet! J'ai l'impression de courir dans un torrent de boue glacée... Après ce que je viens de subir je ne vais pas râler pour un peu de boue et des pieds au frais, je garde mon sourire enfin retrouvé et continue de dépasser les quelques coureurs en train de coincer. J'aperçoit enfin un dossard de la série 2000, quel pied! Je file, pas mécontent de gagner enfin une place, les espoirs de top 10 ne sont pas encore envolés...

Pour la première fois depuis le départ la descente se passe sans encombres, je cours enfin naturellement bien que les bobos commencent à se faire plus pesants. Ma hanche bloque un peu et mon doigt est méchamment enflé, par contre ma tendinite n'a toujours pas donné signe de vie c'est plutôt positif mais on fera le bilan demain...

La descente passe on ne peut plus vite et voilà que j'aborde la dernière montée avant Ste Catherine, je tiens le bon bout! Je profite de mon élan pour aborder celle-ci au pas de charge alors que la neige refait peu à peu son apparition. Une petite rampe au milieu me permet de marcher brièvement avant de relancer. Voilà des lustres que je n'avais plus autant dépassé! Soudain une petite musique retenti dans les bois, je tourne la tête dans toutes les directions avant de constater qu'il s'agit de mon téléphone que j'ai rangé en oubliant de le verrouiller, il s'est mis à faire n'importe quoi et a dévié vers les réglages sonores... La fin de la bosse n'a rien d'effrayant, j'accélère encore un peu quand soudain crac, à 10 mètres du sommet, mon mollet se crispe en deux temps: une crampe! Deux bénévoles m'encouragent, me poussant à ne pas lâcher croyant que je suis au bout du rouleau. Je leur explique que j'ai une crampe. Je marche un peu en déroulant bien le pied, expérimentant ma technique découverte sur les templiers. Miracle, c'est rapide et efficace! Je marche une centaine de mètre, râlant et déprimant alors que j'aperçois la tente du ravito en contrebas et que je perds les quelques places durement acquises dans la montée... Je ne cherche pas bien loin les causes de la crampe: je n'ai pas bu une goutte d'eau depuis le départ et les appuis sur la glace ont été plus qu'incertains, m'obligeant à fournir de gros efforts. Dommage, à un kilomètre près c'était bon...

Le mollet un peu étiré je tente de redémarrer tout doucement dans les premiers mètres de descente. Le muscle ne se crispe pas, je remonte tranquillement en intensité en l'écoutant. Finalement je parviens à retrouver une allure normale, j'en viens même à allumer un peu pendant que je cours sur la route et reprends les places perdues. Rapidement je bifurque dans un chemin assez pentu mais la neige tient bien sous le pied, je suis relativement détendu et garde un bon rythme. Je retrouve un petit bout de route avant que des bénévoles ne nous indiquent un chemin "très glissant" en nous faisant signe de passer sur le côté. Je ne me fais pas prier, pas désireux de terminer en civière. Je quitte immédiatement le chemin qui ne m'inspire pas et fais le tour par le champ. Un solo commence à filer sur le sentier puis se ravise et prend ma roue.

Cette fois ça y est, j'arrive auprès des tentes, je détache la ceinture de chronométrage afin de ne pas perdre plus de temps en cherchant du regard le sas des relayeurs. Il y a foule, Eric me repère rapidement et me fait signe, je lui tends la ceinture en lui disant que c'est l'enfer, de prendre son temps et d'être prudent. Il s'harnache, me fait un petit signe de la main et me dit à tout à l'heure, je lui souhaite bon courage alors que Seb vient me récupérer me demandant comment ma course s'est passée. Mal. Je coupe le chrono, un peu moins de 2h35, je suis loin de ce que nous avions envisagé avec Eric!

Je lui fais rapidement un petit débrief, vraiment pas content de moi. Au moins il semblerait que tout le monde ai miséré, la tête de course est arrivée avec un quart d'heure de retard sur les prévisions et tout le monde a terminé dans un état second. Finalement je ne m'en sors peut-être pas si mal... Il me fait aussi remarqué que je saigne pas mal au niveau du tibia. Tiens? Celui-là je ne l'avais pas remarqué... Tout de suite je pense aux ronces, finalement c'est plutôt d'une de mes galipettes dans la neige qu'il faut incriminer.

Je file sous la tente retrouver Anne et discuter un peu, on dirait que j'ai mauvaise mine devant sa réaction, elle prend peur et commence à être terrifiée à l'idée de partir dans la nuit... Mes commentaires ne font rien pour la rassurer, je lui explique que j'ai vécu l'enfer, les impressions positives sont rares, je suis encore choqué. Ma hanche qui ne veut plus rien entendre, mon doigt gonflé et ma jambe recouverte de sang ne font rien pour arranger les choses...

Je récupère mon sac et me mets au sec puis file grignoter un peu et surtout me réhydrater. Chris arrive sous la tente, il n'a pas l'air mieux en point que moi, il est tombé 5 fois pour sa part, pas de hanche en vrac mais un poignet bien explosé et une belle entorse en guise de souvenir, il terminera la journée avec une attelle... Je termine avec 18 minutes d'avance, les paris sont rouverts! Avec 18 minutes d'avance je mets une petite pièce sur Seb, plus rapide qu'Eric sur route. Cependant le frérot, malin, a bien repéré le parcours, cela pourrais jouer en sa faveur. Cela risque d'être serré...

Une fois bien couverts nous laissons Anne au chaud pendant que nous essayons d'aller voir passer les copains sur le solo. Il fait un froid polaire, nous grelotons et nous finissons par constater qu'ils sont passés voilà déjà plus de 10 minutes! Jean-Seb est parti comme un avion en 3h02, Romain n'est pas loin derrière tandis que Marylène n'amuse pas la galerie non plus en 3h10. Pas de signe de Julien. Face au froid nous préférons ne pas traîner et allons chercher la voiture après un dernier mot d'encouragement pour Anne.

Moi qui croyait avoir déposé la voiture à côté du ravito, je suis déçu, cela fait une sacrée trotte dans le froid... Nous faisons le compte des bobos en grelottant de froid tandis que le serpentin de frontales défile au dessus de nous. Nous finissons par arriver, manque de bol il faut gratter le pare-brise pendant que la voiture tourne et que le chauffage monte dans les tours. Quel pied, assis au chaud! En route pour Lyon!

Le trajet n'est pas évident sans GPS, nous passons par la route de Rive de Giers puis sur une bonne inspiration bifurquons sur la gauche en direction de Lyon par les petites routes de campagne pour rejoindre Givors. Nous profitons de la route pour prendre des nouvelles des coureurs de la Saintexpress: Vincent est arrivé de même que Josselin. Pas trop d'informations du côté des autres cependant. Nous avons aussi quelques infos de nos relayeuses: Sandra est arrivée à Saint Christo après deux heures d'effort, Cécile est en route.

Nous finissons par arriver au palais des sports, Chris a le ventre ravagé par le froid et file faire une pause technique pendant que je cherche les autres. Il n'y a pas encore foule dans la salle mais pas trace des coureurs de l'AAAL. Je repère un panneau "ostéos" et file dans cette direction, j'ai vraiment mal à la hanche. S'il n'y a pas trop de queue j'irais voir pour un rafistolage rapide. Pas de chance il y a foule... Je rebrousse chemin et tombe sur le repas d'arrivée ainsi que sur Juliana en train de s'attaquer à des nouilles chinoises. Je file la voir, nous discutons un peu, à ses dires elle n'était pas en forme après un petit virus contracté dans la semaine, a eu mal au ventre une grande partie de la course et a terminé avec un gros mal de jambes. Elle conclue la petite histoire en m’annonçant qu'elle termine 4ème féminine... J'aimerais bien faire aussi bien à chaque fois que je suis en petite forme... Ravi pour elle je la félicite, file chercher ma dose de nouilles chinoises et l'accompagne. Les nouilles ne m'inspirent guère mais finalement une fois que je suis lancé plus possible de m'arrêter! C'est chaud, pas mauvais et le bouillon me réhydrate enfin...

Christophe nous rejoins, puis c'est au tour d'Aymeline et Sophie de nous rejoindre. Elles en ont bavé mais sont venues à bout de cette Saintexpress. Aymeline semble ravie, Sophie accuse le coup, assez marquée. Pendant que tout le monde est attablé Seb nous passe un coup de fil, il est au ravitaillement de Soucieu et tout semble rouler pour lui. Chris regarde où nous en sommes dans la course, Eric est 7ème, Seb 18ème! L'écart n'a pas bougé depuis Sainte Catherine, la différence devrait se faire dans la seconde partie. Je demande à Christophe de regarder nos positions respectives à Sainte Catherine: il termine 22ème, moi 4ème! Pas si mal finalement au niveau du classement.

Les coureurs arrivent au compte goûte, Vincent nous rejoins, très marqué par une crise d'hypo puis nous retrouvons Maud, épuisée mais souriante. Chacun raconte ses petites anecdotes autour de la table, le moment est très agréable. Dans les détails croustillants on peut décerner la palme à Maud qui avait oublié sa frontale. Heureusement que Guillaume a eu le temps de la lui apporter à Gerland... Je commence à m'amuser de mes souvenirs de course: j'ai vraiment souffert mais je suis relativement indemne, j'aurais de chouettes images en tête! Notre autre Vincent se joint à nous, aussi en forme qu'après un footing! Il nous donne des nouvelles de Cécile qui en a terminé en 2h environ également. Elle s'est régalée! Il ne traîne pas et file à Soucieu rejoindre les fille pendant que Anne en termine. Avant de partir il ne manque pas de relever le texto de l'intéressée après 2h de course à mi-parcours: "je suis au ravito, j'arrive dans une heure!". Un peu d'optimisme ne peut pas faire de mal...

Nous filons dans les gradins pour voir Romain en terminer. Après avoir couru un moment avec Aymeline il a été victime de crampes dues au manque d'entrainement, il a souffert le martyr mais a réussi à rallier Lyon en marchant. En allant le chercher nous tombons sur Pierre, assez content de lui, qui fait mieux que l'année dernière avec moins d'entrainement.

Tout le monde est arrivé, il ne manque plus que nos relayeurs et les solos. Eric et Seb ont passés Beaunant, il leur reste moins de 8km. Les écarts n'ont pas bougés depuis Soucieu même si Eric a perdu deux places tandis que Seb en a gagné autant, logiquement la victoire est à nous! En marchant dans le palais des sports je tombe sur une tête connue: Nicolas qui a couru l'UTTJ avec moi cet été. Il me reconnait aussi immédiatement et nous discutons un peu, il a fait la grande et semble complètement vidé. Il termine 17ème en 6h34, impressionnant! Et dire que j'ai réussi à le battre dans le Jura, cela commence à me donner quelques idées...

Chris et moi retournons dans les gradins pour attendre les champions quand je me rends compte que j'ai oublié le sac d'Eric dans la voiture! Vite, (enfin non, j'ai mal partout) je vais à la voiture garée à perpette chercher le sac et reviens quelques secondes trop tard, il vient juste de passer la ligne, épuisé. Je file le rejoindre dans le sas d'arrivée, il a l'air au bout du rouleau, incapable de boire ou de manger comme une grande partie des coureurs que j'ai vus jusqu'à présent. Nous rejoignons Christophe, assoupi dans les gradins. Le temps qu'Eric se change et que nous discutions un peu c'est au tour de Seb de franchir la ligne. Nous filons le rejoindre pendant qu'Eric fini de se réchauffer et s'étire un peu.

Seb est bien cassé aussi mais paraît moins marqué qu'Eric bien qu'il ai été pris de crampes dans les derniers kilomètres avec notamment le passage des escaliers en arrivant vers la confluence. Ce passage semble marqué dans les esprits, tout le monde a l'air d'avoir souffert...

Finalement nous nous retrouvons tous les quatre autour des fameuses nouilles chinoises, Seb a la dalle et Eric a retrouvé un semblant d'appétit. Nous discutons de nos courses respectives, le second relais semblait nettement plus agréable que le premier avec un peu de boue mais pas de verglas. Nos deux finishers n'ont pas été embêtés par les bouchons et ont courus seuls de bout en bout, ils semblent s'être beaucoup plus amusés que Christophe et moi! A l'arrivée Chris et Seb se classent 15èmes, nous 10ème. Chacun semble y trouver son compte, Eric est ravi, nous égalons notre classement de 2012 malgré 50 équipes supplémentaires.

Nous suivons un peu la progression des solos, alors que les premiers sont arrivés depuis un petit moment maintenant Marylène ne va pas tarder de passer la ligne dans le top 10 féminin, suivie de Romain et de Julien. Nous sommes dans les gradins pour lui réserver un accueil triomphal. Je file la rejoindre dans l'aire d'arrivée, elle est avec Romain, elle pimpante et radieuse, lui ravi également mais visiblement épuisé. Je les félicite et discute un peu avec eux. Romain part rejoindre son fan club pendant que je guide notre championne vers son bol de nouilles chinoises.

Cette fois il est temps de rentrer, la petite équipe est lessivée. Une douche bien chaude pas volée et un bon lit douillet seront les plus belles des récompenses pour nous...

Même si le constat n'est pas brillant lors de mon arrivée, avec quelques jours de recul le bilan n'est pas si mauvais. Les sensations de course ont été mauvaises, essentiellement après ma première chute qui m'a mis un gros coup au moral. Cependant en fin de parcours les jambes commençaient à revenir, me permettant de terminer sur une note positive. La fatigue d'une fin de saison très copieuse s'est fait ressentir, l'enchaînement endurance trail - 10km de Bonson - semi de Beaune - marathon du Beaujolais en moins d'un mois a laissé des séquelles... Pour preuve, Nicolas que j'estime à un niveau proche du mien et pourtant engagé sur le solo parvient à me coller 19 minutes à Sainte Catherine. Cette contre-performance est très frustrante bien qu'assez explicable.

Si je ne suis pas content de ma course, le frangin peut-être fier de la sienne! Il signe un superbe chrono de 4h30 qui le placerait aux alentours de la 70ème place de la Saintexpress tout en tenant tête à Seb, intrinsèquement plus rapide et pourtant habitué de l’événement.

Bien que les souvenirs de ma course soient assez douloureux, il ne viennent pas entacher toutes les belles émotions de la nuit. La superbe aventure partagée en famille, les moments conviviaux avec les amis de l'AAAL, la joie, la douleur, les tranches de rigolades et tous les ingrédients de la Saintélyon ont une nouvelle fois rendu cette nuit magique, vivement l'année prochaine!

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