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Course du viaduc de Millau

Publié 19 Mai 2014 par Thomas Diconne in route

Course du viaduc de Millau

Après six mois compliqués à composer avec les blessures je me sens plus cycliste que coureur, pourtant j'ai coché la date du 18 mai dans mon agenda depuis un an déjà pour aller fouler le viaduc de Millau à l'occasion d'une sortie club. C'est avec un immense soulagement que Jérôme, mon kiné, me donne le feu vert pour aller trottiner 35min à 10 jours de la date fatidique. Le test se passe à merveille, les jours qui suivent me permettent d'allonger un peu les distances avec des sensations toujours aussi bonnes. Seule fausse note alors que je répète mes gammes: les mollets ne sont pas vraiment d'accord avec le traitement que je leur inflige et semblent ne pas êtres décidés à sortir de leur retraite anticipée, les courbatures sont énormes mais ne parviennent pas à éclipser le plaisir de la course.

Le moteur est là, la mécanique a l'air de tenir, c'est parti pour mon premier dossard 2014!

Le départ de Lyon est fixé samedi 17 mai à 6h30, le réveil est un peu rude mais j'ai hâte d'aller retrouver les copains de l'AAAL, j'angoisse un peu pour la course à cause de mon énorme carence kilométrique mais l'idée d'un bon week-end entre amis me tire rapidement du lit. Un petit dej' pantagruélique et une bonne douche et me voilà en route, les yeux picotent, j'ai hâte de roupiller au fond du bus!

Finalement la traditionnelle ambiance de l'AAAL me maintient éveillé tout le trajet, ça papote, ça rigole, ça chambre... Les ingrédients d'un bon week-end sont là!

Après quelques heures de trajet nous arrivons sur Millau, le viaduc nous fait de l’œil mais le causse noir de l'autre côté se rappelle à mon bon souvenir. L'arrivée de l'endurance trail... j'en ai encore des étoiles dans les yeux!

Retour à la réalité, la journée de demain sera moins bucolique puisqu'il va falloir cavaler sec sur l'autoroute! Ils sont loin les sous-bois, les chaos rocheux et la grotte du hibou... Nous filons récupérer les dossards, accompagnés des petits cadeaux de bienvenue: un buff, des lentilles et une portion de roquefort.

Place aux réjouissances: il est l'heure de passer à table! Une grosse salade bien garnie de produits locaux avec une petite bière pour faire couler et nous voilà partis pour une petite visite de la ville avant de retourner prendre le bus qui nous conduira à notre lieu de villégiature à quelques 45km de là, à St Geniez d'Olt.

La répartition des chambres ne s'éternise pas, je partage l'appartement avec Patrick, Manon et Régis, la bonne humeur est garantie! A peine le temps de prendre nos quartiers que me voilà déjà en maillot de bain en train de galoper vers la piscine, l'eau est super chaude, je profite sachant que dans 3 jours les lochs écossais ne seront pas à plus de 10°! Le reste de la troupe ne tarde pas à rappliquer pendant que les autres partent visiter le coin. C'est la guerre dans le bassin, les concours de bombes et autres combats de coqs font rapidement fuir les deux touristes venus faire bronzette.

Après une loooongue baignade il est grand temps d'aller reprendre quelques forces pour l'effort qui nous attend demain, j'en viendrais presque à oublier qu'il va falloir enfiler les runnings!

Une fois de plus tout a été organisé de main de maître par Alain et Yamina, les tables sont dressées dehors, les coupes de kir n'attendent plus que nous, le poulet est en train de griller, décidément, pas sûr que j'ai bien envie de me lever demain... La soirée passe très vite, une petite salade, poulet pâtes pour les uns, aligot saucisse pour les autres - je regrette finalement d'avoir joué la prudence avec le poulet... - une petite part de tarte aux pommes avec quelques verres de rosé pour faire couler tout ça. C'est quand on me propose une infusion que je réalise que je n'ai pas vraiment bu d'eau depuis le début de journée, aie aie aie... Pas de panique pour autant, je ne me mets pas la pression! Les jambes répondront comme elles répondront.

La nuit est courte, le réveil sonne à 5h30 car le départ en bus est prévu pour 6h45. Deux jours de suite ça commence à faire mal... J'ai bien envie de traîner un peu au lit mais Patrick se lève pour faire le café, zut! Je m'extirpe péniblement de la chaleur des draps pour aller prendre le - frugal - petit dej': deux madeleines, deux biscottes et une pomme pour chacun, on est loin des fiestas habituelles dans les hôtels! Heureusement que Patrick a eu le nez fin en emmenant quelques gâteaux et en récupérant trois tartines au repas de la veille... Finalement ayant bien mangé la veille j'ai la sensation d'avoir le ventre à peu près rempli, ça devrait faire l'affaire d'autant que les 23,7km ne devraient pas m'obliger à aller puiser dans mes réserves. Un dernier brin de toilette, un peu de rangement et je saute dans mes baskets. On n'oublie pas de récupérer les deux cubis de vin qui traînent dans le frigo en prévision du pique-nique d'après course et il est plus que temps de filer au bus!

Le voyage est un peu plus studieux que la veille, ça discute pourcentage de côte, ravitaillement et sas de départ, mais on n'oublie pas pour autant de se mettre en boite. Le temps semble radieux, le vent ne se fait pas remarquer, tous les voyants sont au vert!

Le bus nous dépose sur le parking d'un centre commercial à deux kilomètres du retrait des dossards et 4km de la ligne de départ, de quoi bien se réchauffer en descendant mettre le sac à la consigne. Il y a déjà du monde dans les rues de Millau, Vincent, Josselin et moi sommes dans le sas vert, c'est à dire le sas derrière les élites, manque de bol 1000 dossards préférentiels attribués par Eiffage s'élanceront entre eux et nous... Nous traversons les rues de Millau en échauffement, Josselin donne le rythme à près de 14km/h, il va tous nous griller s'il continue comme ca! Finalement la masse de coureurs tempère ses ardeurs, nous nous faufilons tant bien que mal jusqu'à l'entrée du sas qui est déjà bondé. Vincent prend le relais en tête et joue un peu des coudes pour se rapprocher au maximum du cordon. Nous échouons à une dizaine de mètres de l'objectif, plutôt pas si mal vu le monde!

Il est pourtant encore tôt, 20 minutes à patienter. Je passe le temps comme je peux: je regarde l'équipements des coureurs autours de moi, je fais quelques ajustements sur ma montre et je sens que la tension commence à monter en moi, voilà bien longtemps que je n'avais pas eu cette petite montée d'adrénaline! José passe à côté de nous et se dirige tranquillement dans le sas élite, j'ai le mince espoir d'arriver à le reprendre dans la montée même si je sais que la tâche risque de s'avérer impossible, tout va dépendre de sa forme du moment et de comment mes jambes vont se comporter après cette longue coupure...

La petite vague d'angoisse prend de l'ampleur, à cinq minutes du départ mes jambes sont en coton, j'ai le nœud au ventre, je me trouve plein de petites douleurs qui n'existent pas, bref toutes les petite joies d'avant course, que c'est bon! Cette fois ça y est, le compétiteur qui sommeillait en moi depuis décembre est sorti de sa retraite, et il a les crocs!

Course du viaduc de Millau

Petit point sur le profil: le départ se fait à plat pendant 5km, cela devrait me laisser le temps de doubler le gang des vip ainsi que les quelques personnes de mon sas qui s'élanceront devant moi. Ensuite c'est là qu'on mesurera réellement l'impact des six derniers mois: une jolie montée plutôt sèche (12,5% annoncés) sous la pile du viaduc pendant environ 2,5km, il faudra alors traverser le viaduc avec une légère montée, pas vraiment mon point fort en général, enfin il ne restera qu'à libérer les chevaux pour la descente en veillant à bien gérer la petite bosse du 16ème au 18ème.

Le coup de feu retenti, nous avançons doucement jusqu'à la ligne, je lance mon chrono en franchissant le tapis et cette fois ca y est, j'étrenne mon premier dossard de l'année, le fauve est dans l'arène! Enfin pour le moment le fauve a les griffes bien limées, il va falloir se faufiler entre les promeneurs du dimanche qui bloquent la route pour laisser le moteur rugir. Je peste, je dis aux gens que c'est de la course à pied et non de la randonnée, plutôt bien remonté et désemparé sachant que pendant ce temps José s'échappe en tête... Au moins j'aurais une bonne excuse pour ne pas réussir à le reprendre aujourd'hui.

Pendant ce temps Vincent et Josselin sont dans le même enfer, nous virons de droite et de gauche à la recherche du moindre interstice. Chacun fait sa sauce mais personne ne prend d'avance, soudain je vois Josselin dévier tout à gauche de la route et tirer dans l'herbe, quelle fouine! Vite je copie la manœuvre et prend sa foulée, cependant le rendement de l'herbe n'est pas optimal et m'oblige à prendre une foulée moins stable, je saute dans la contre allée où d'autres coureurs ont également amorcés une remontée. Je reste à la hauteur de Josselin pour veiller à ne pas me griller, l'impression de vitesse est bonne mais je ne sais pas comment cela va évoluer, cela fait tout juste un kilomètre que nous courons, prudence!

Nous finissons par sortir de la marée humaine, le peloton est à présent à la file indienne, plus facile de doubler! Je me cale avec Josselin, je sens Vincent sur nos talons mais je ne me retourne pas, préférant économiser au maximum mon énergie. Nous dépassons quelques coureurs et je sens Josselin un peu en retrait, ne sachant pas s'il m'utilise comme poisson pilote ou s'il a un peu de mal à tenir la cadence je lui demande comment il se sent mais c'est le coureur à ma gauche qui me répond à sa place. Je réitère ma question à Josselin qui me répond que tout va bien avant de tailler une bavette avec l'autre coureur, un local du sud du Tarn. Nous parlons un peu de la montée qui se profile, je lui raconte un bout de mes aventures aux templiers qu'il n'a jamais fait. Lui est un coureur de route, son record sur semi en 1h15 me laisse rêveur... Nous nous trouvons un point commun: nous effectuons tous les deux notre reprise avec une longue blessure, pour des convalescents je me dis que nous avons quand même fière allure! Derrière nous Josselin a décroché, me sentant parfaitement bien j'hésite entre ralentir, continuer à cette allure ou mettre un petit coup de collier pour me maintenir à la hauteur de mon compagnon du moment. Comme tout semble aller sur des roulettes je préfère ne rien changer et maintiens la cadence en ouvrant bien les yeux sur le paysage en train de se dévoiler sous mes yeux.

Le viaduc émerge et grandit virage après virage, les kilomètres passent et le viaduc devient de plus en plus impressionnant, je commence à appréhender la montée... Comme personne ne discute j'essaie de détendre un peu l'atmosphère avec une blagounette, un pont nous fait face, je demande candidement au coureur que je dépasse lequel des deux est le viaduc, une fois n'est pas coutume: j'arrive à ne pas faire un bide! Avec la cohue du départ je n'ai pas fait bien attention aux routes que nous empruntions tant et si bien que j'ai un peu perdu le fil question orientation, je cherche mon copain le causse noir mais il me semble qu'il est derrière moi. Rien de bien gênant, l'objectif est droit devant... non, droit au dessus maintenant! Je suis bluffé par le gigantisme de l'édifice, je me sens ridicule sous ce monstre... La montre bippe le 5ème kilomètre, pile poil le moment d'attaquer la grimpette!

Une fois encore j'hésite sur la stratégie à adopter, les jambes répondent au quart de tour, le cœur est encore bien loin de tambouriner et j'ai José dans un coin de l'esprit. Cette fois je préfère jouer la sécurité en gardant une intensité assez basse, j'adopte une foulée raccourcie mais dynamique et arrête de dépasser pour me fondre dans le rythme général. Le cœur s'accélère légèrement mais j'en garde sous le pied, il commence à faire chaud, je commence à être assez content d'être parti avec la première vague! J'ai une grosse pensée compatissante pour tous les copains partis derrière qui non seulement devront slalomer beaucoup plus que moi mais qui souffriront aussi nettement plus sous ce soleil de plomb...

La grimpette se poursuit, autour de moi le rythme commence à diminuer et voilà que je me mets à regagner des places, seul un coureur qui s'est arrêté faire une pause pipi parvient à me dépasser grâce à des jambes qui ont repris un peu de fraîcheur. Je le laisse filer sachant que l'acide lactique ne tardera pas à le reprendre. Avec mes 45 000D+ de vélo cette année j'ai l'impression de redécouvrir l'exercice de la montée, je fais la comparaison avec les mines que je me suis mis sur le mont Thou pour améliorer mon record de la montée par Rochecardon et St Didier et l'effort est d'une intensité ridicule, j'ai encore de la puissance et de la vélocité en réserve, l'envie de lâcher la bride à mes cuisses devient difficilement tenable quand j'aperçoit un maillot de l'AAAL 20m devant moi: José est en train de marcher! Je ne change pourtant rien à ma foulée, l'effort est loin d'être terminé, même si nous arrivons en haut de la partie raide il reste la traversée du viaduc qui risque d'être musclée et qui sera plutôt à l'avantage de José. Ce dernier repart au petit trot alors que je suis à 8m, je grappille encore un ou deux mètres avant qu'il ne recommence à marcher. Je cherche un petit mot sympa pour lui, je songe à lui dire que ce n'est pas de la randonnée mais j'ai un peur de le décourager s'il est en train de coincer, finalement j'opte pour une tape sur l'épaule accompagnée d'un "Aller mec!". Il emboîte ma foulée alors que le pourcentage diminue enfin, je lui demande si ça va, il semble marqué mais trottine à mon allure, je m'attend à le voir repartir comme un avion à chaque instant.

Nous redescendons brièvement sur l'aire d'autoroute du viaduc, je libère un peu ma foulée afin de dérouiller un peu les cuisses de la grimpette. Je me retourne dans le virage, José a l'air d'avoir décroché dans les derniers mètres de faux plat, cela me laisse le temps de m'arrêter boire un verre d'eau. Il fait de plus en plus chaud, j'ai l'impression d'avoir sué toute l'eau de mon corps en l'espace de 8km... J'attrape un gobelet et avale ce qui veut bien passer, c'est à dire pas grand chose, seulement quelques gorgées et je repars au pied levé en direction du viaduc. Je remonte la bretelle alors que je commence à être esseulé. Le verre d'eau n'a en rien épongé ma soif, il l'a plutôt attisée... J'ai la bouche pâteuse et je commence à rêver de fraîcheur, de la sueur me coule dans les yeux et je peste d'avoir oublié de prendre une casquette!

Cette fois ça y est, me voilà sur le viaduc, le point d'orgue de la course! Je dépasse encore un petit groupe de coureurs et serre la rambarde à droite. Un hélicoptère tourne au dessus de nous et semble filmer la course. Je suis surpris de ne pas encore avoir croisé la tête de course, je guette le moment où je vais les voir surgir. N'ayant pas vraiment regardé ma montre depuis le début je ne sais pas exactement où je me situe de cette traversée du viaduc. Je décide de me fier aux balises kilométriques de l’autoroute: voilà un je suis au kilomètre 220, je prendrait cette mesure pour point de repère. Moi qui déteste les lignes droites me voilà servit! Je regarde à droite, à gauche, profite de la vue sur la vallée du Tarn. Je tente sans grand espoir la blaguounette éculée du "Mince, on va trop vite" en passant devant un panneau 110km/h, curieusement le coureur derrière moi rigole de bon cœur. Décidément, 100% de réussite sur des blagues douteuses, je tiens la forme de ma vie!

On m'avait vendu le viaduc avec une montée à 3,025%, avec une telle précision d'horloger suisse on n'a pas vraiment envie de douter de l'information, et pourtant... J'ai l'impression de courir sur du plat! C'est curieux cette affaire... Je souffre un peu de la chaleur et un léger vent vient me souffler dans les narines accentuant l'effort. Ca y est, voilà le groupe de tête! Trois blancs grimaçants sont en tête, chacun courant de son côté tandis que cinq africains sont regroupés quelques mètres derrière, ils ont l'air à l'entrainement. Les foulées sont impressionnantes, cependant je suis assez surpris de ne pas être si loin d'eux alors que j'approche de la mi-course. Je dépasse un groupe assez conséquent d'une dizaine de coureurs en me frottant les mains et je file devant, pressé d'attaquer le retour. Encore quelques centaines de mettre d'effort, l'hélicoptère passe au dessus de moi créant des bourrasques qui viennent me compliquer la tâche tandis que je passe devant un cameraman. L'ennui commence à me prendre, j'ai fait le tour du panorama, je n'ai personne avec qui discuter et je commence à gamberger, j'ai mal sous le pied droit, ma chaussure me comprime, par conséquent la plante du pied frotte plus que de raison, j'ai peur de prendre une ampoule à deux jours d'un trek de deux semaines en Ecosse...

J'arrive enfin en vue du demi-tour quand soudain j'entend un "Qui ne saute pas n'est pas lyonnais" venu d'un énorme groupe de supporter placés sur une butte. Il ne doit pas être pour moi mais je le prend comme tel. Jusqu'à présent tout se passe parfaitement, je pense avoir creusé un bel écart sur José, Josselin et Vincent qu'il va me falloir maintenant gérer alors que les prémisses d'une crampe se font ressentir dans mon pied gauche, argh! Petit avantage concernant José, je sais que j'ai une minute environ de marge compte tenu qu'il s'est élancé du sas rouge, si jamais il revenait sur moi il me suffirait alors d'arriver à l'accrocher autant que possible pour ne pas me faire trop distancer.

J'aborde enfin le retour sur Millau, il ne reste plus que 11km! La vue dans ce sens est splendide, toute la vallée s'ouvre devant moi, les couleurs sont saisissantes sous le soleil, encore une pensée émue pour l'arrivée des templiers... On dirait qu'elle m'a marqué celle-là!

Cette fois je comprend que les 3,025% n'étaient pas sortis du néant, des ailes me poussent et me voilà lancé comme un boulet de canon! Je guette les maillots de l'AAAL afin de connaitre ma marge de manœuvre sur les copains. J'estime mon avance sur José à un peu plus d'une minute, Vincent est nettement plus loin, suivi d'assez près par un Josselin proche de la rupture. J'encourage tout ce petit monde au passage, bien content de les voir. Seul José peut encore être dangereux sachant qu'il est excellent descendeur. Je commence à faire des calculs, le départ de crampe qui semble se confirmer: il s'étend au mollet gauche et au pied droit, il va falloir surveiller tout ça en trouvant l'allure juste pour continuer à avancer honorablement sans que l'orage de décharges électriques ne se déclenche pour autant. Je surveille ma foulée afin que le déroulé du pied soit le plus propre possible et advienne que pourra.

Le stress accélérant la déshydratation j'essaie de me calmer en regardant plutôt les coureurs qui passent de l'autre côté en cherchant les visages connus. J'aperçoit dans le désordre Julien, Dom, Juliana, Régis, Mario, Manu, Nath, Christian, Alex mais plus j'avance plus les maillots deviennent difficiles à discerner dans le flot de coureurs, ce sont à présent les autres qui me repèrent et m'encouragent au passage. Je fais encore quelques coucous sans parfois bien repérer qui m'appelle puis repars dans ma bulle alors que nous revenons sur l'aire autoroutière pour le second ravito. Les crampes continuent de s'étendre, cette fois pas question de me contenter d'un demi gobelet, j'attrape une petite bouteille que je descend à moitié, impossible d'en avaler plus. Ca fera le temps que ca fera...

Je veille à repartir en accélération progressive pour ne pas favoriser le terrain aux crampes puis j'alterne petites montées et descentes en me laissant dépasser sans pouvoir réagir, c'est frustrant mais cela me permet également de ne pas trop tirer sur les tendons convalescents. Rapidement je sens que l'eau ingurgitée quelques minutes plus tôt agis sur les muscles qui se détendent légèrement. Voilà qui devrait me permettre de me rapprocher encore un peu de la ligne d'arrivée!

La descente n'est pas bien pentue, je peux toujours courir proprement sans demander d'efforts supplémentaires à mes mollets. La petite bosse ne tarde pas à venir, je retrouve un rythme légèrement supérieur à la moyenne et je récupère quelques places perdues. Seul un passage dans l'herbe avec une petite rampe de 10m légèrement plus raide me donne des sueurs froides à l'idée d'un mauvais appuis. La descente reprend finalement ses droits et file régulièrement vers Millau. Je gère la douleur dans mes mollets mais à présent l'eau du ravito est bien loin derrière moi... Je continue de guetter le maillot de José alors que je fais le décompte des kilomètres, si tout va bien il ne devrait plus pouvoir terminer devant moi: il reste 4km, ma minute d'avance devrait faire l'affaire.

Les spectateurs commencent à se faire plus nombreux, les coureurs me dépassant aussi... Un vétéran commence à discuter avec moi et me pousse à aller plus vite, je lui explique mon problème de crampes: il cherche à me vendre sa solution miracle mais je pense en avoir une meilleure: plus d'eau, moins de rosé et la reprise de l'entrainement!

Je le laisse filer devant tandis que je retourne dans ma bulle pour contenir la douleur. L'arrivée se précise, les encouragements deviennent plus fréquents: malgré la souffrance dans mes mollets j'ai envie de faire la fête, j'adore cette région et le premier dossard depuis six mois ca s'arrose comme il se doit! Je sors de mon arsenal de briscard quelques petits tours pour avoir plus que mon lot d’encouragements: je fais de grands signes au public, je lance une ola, je les remercie quand les applaudissements ne sont pas à la hauteur de ce que j'attend et ca ne manque jamais, ceux-ci redoublent. Cela me passe bien le temps et je commence même à reprendre quelques coureurs quand j'entend un "Encore 500m!". Ma montre m'en indique 1200 mais face à sa fiabilité je décide de donner sa chance à ce spectateur, une fois n'est pas coutume, j'accélère légèrement quand José déboule comme un avion accompagné d'un petit groupe de 4 coureurs, je laisse passer et me cale une dizaine de mètres derrières en veillant à ne pas aller trop vite. Le spectateur avait vu juste, nous y voilà! Le petit groupe lance le sprint et me reprend encore une dizaine de mètres mais peu importe, je sais que le job est fait de mon côté, personne de l'AAAL ne devrait être devant moi aujourd'hui.

Je vais donner une accolade à José et le félicite pour sa superbe fin de course, nous allons récupérer nos médailles et recevons un chouette livre sur la course en Afrique en cadeau car nous finissons dans le top 100.

Il ne reste plus qu'à aller attendre les copains, se réhydrater et pique-niquer!

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