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Tour du Mont Blanc Cyclo

Publié 4 Juillet 2014 par Thomas Diconne

Tour du Mont Blanc Cyclo

A peine quatre jours de récup après les 80Km (ou plutôt 90) du Mont-Blanc me revoilà parti sur les routes pour une belle aventure entre potes, le tour du Mont-Blanc (encore lui) à vélo, à savoir 330km et 8000D+. Autant dire que j’appréhende compte tenu de mon état de fraîcheur même si Jérôme, mon kiné, a fait des miracles sur mes cuisses endolories.

Cette idée débile est partie de Yann et Olivier qui voulaient s’inscrire à la cyclo qui reprend le même parcours en relais à deux. Comme les dates ne collaient pas nous voilà embarqués dans ce périple en mode off, que nous ferons du coup sur deux jours. Le programme est simple : deux journées à 4000D+ avec respectivement 155Km et 175Km, du lourd quoi !

Mardi 1er Juillet.

Nous nous retrouvons tous les trois devant chez Yann pour charger les vélos et les sacs à dos, direction Bourg Saint Maurice où nous passerons la nuit avant un départ à l’aurore. Personne ne fait bien le fier pendant que nous finalisons les derniers préparatifs, l’équipement va être minimal : des vêtements de pluie, une tenue relativement civilisée pour le soir, des barres énergétiques, le téléphone, la carte bleue, un peu d’argent, les papiers d’identité, le chargeur du GPS et une brosse à dent. Tout rentre dans un sac à dos de 20L, ça pourrait être bien pire ! Avant de nous endormir Olivier lâche une bombe qui crée un fou rire général : « Je crois que je vais inverser mes pignons et mes plateaux ! »

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Mercredi 2 Juillet.

Après une nuit bien trop courte à mon goût – je suis en gros déficit de sommeil depuis vendredi – le réveil sonne à 5h15, nous voilà debout, le peu de motivation qui m’habitait la veille a choisi de déserter, je sens que je vais souffrir… Un petit dej’ bien copieux, on boucle les sacs et il est temps d’aller chercher les vélos. Dehors le ciel est bouché, il pleut, ça sent la journée galère. Yann part poser la voiture sur le parking de la gare pendant qu’Olivier et moi allons le retrouver là-bas.

6h15, tout est prêt, cette fois c’est parti ! Aujourd’hui c’est la journée des grands cols, nous attaquerons avec le petit Saint Bernard enchainerons avec son grand frère puis termineront par une belle montée vers Champex où nous passerons la nuit.

Tour du Mont Blanc Cyclo

Direction la première étape, le petit Saint Bernard, ses 31km et ses 1350m d’ascension. Nous abordons le début de la montée tous ensemble sur un rythme assez tranquille, nous papotons, je me fais chambrer sur les filles et mon boulot alors que la petite averse se poursuit. Je pars devant à mon rythme et mets rapidement 200m à mes deux compagnons sur ces pentes assez régulières, les kilomètres sont assez équilibrés entre 4% et 6% sur cette sympathique petite route en lacets.

Après un long moment je constate que les 200m que je maintenais sur Olivier et Yann se sont bien accentués, je ne les vois plus. Tant pis, je suis bien dans mon rythme, je vais poursuivre comme ça jusqu’au sommet. La route ne présente pas de difficulté majeure, les kilomètres défilent assez rapidement sur mon compteur sans que j’ai l’impression de forcer. Je traverse le village de Rosières en croisant une dame en train de sortir son chien, un petit Saint-Bernard, j’apprécie la coïncidence.

Le haut du col est plus sauvage et semble être assez chouette avec de petits cours d’eau qui s’écoulent. Je passe devant l’hospice qui marque le dernier kilomètre à 3%. J’ai les jambes fraiches, je me mets le petit chalenge de boucler l’ascension sans les mains : objectif rempli ! Je ferais certainement moins le malin en haut du Grand Saint Bernard…

La pluie poursuit son travail de sape, voilà maintenant quelques kilomètres que je ressens le froid alors que j’étais en montée ! Je ne perds pas de temps en trouvant un abri à côté du bar de Lancebranlette – au moins on se souvient de son nom ! – et saute dans mon pantalon imperméable pour maintenir un peu de chaleur en attendant mes deux comparses qui ne tardent pas à franchir le col. Ceux-ci me demandent si leurs blagounettes m’ont vexé pour que je parte ainsi dans le col, bien sûr que non ! En fait je n’ai pas réalisé que je partais avant de me retourner et de les voir 200m en retrait. Un petit ravito au sommet et quelques photos plus tard nous repartons dans la descente en passant la frontière italienne alors que seul Olivier m’a suivi dans le choix du pantalon.

Tour du Mont Blanc Cyclo
Tour du Mont Blanc Cyclo

La descente sous la pluie n’a rien d’évident, j’ai un peu les chocottes dans les lacets depuis ma grosse gamelle dans l’Izoard l’été dernier. Je descends donc doucement en assurant mes freinages et en virant large. Bien que prudents les deux loustics de devant descendent plus vite que moi et m’attendent de temps en temps, c’est vraiment sympa. Les italiens sont quand même malins car ils annoncent les grands lacets des panneaux « Tornante » jalonnent la route. Je commence à souffrir sérieusement du froid, j’ai les dents qui claquent, je grelotte, mes pouces n’ont plus la moindre sensation et mes mains sont figées sur mes freins, autant dire que j’ai du mal à apprécier la beauté de ce versant du col… Heureusement, nous passons régulièrement sous de cours tunnels qui nous coupent quelques secondes de la pluie et du froid ambiant, j’arrive un peu à me retaper tandis que je commence à bailler et à avoir les paupières qui se ferment. Je fais tourner mes jambes afin de rester éveillé et de garder l’esprit clair.

Nous voici maintenant dans le val d’Aoste sur une route pas vraiment palpitante. Les voitures passent à toute vitesse à 50cm de nous, nous nous faisons toujours rincer et comme si cela ne suffisait pas le paysage est complètement bouché, nous ne voyons rien en dehors de la grande route que nous empruntons. Bref, cette portion est loin d’être amusante. Heureusement Yann et Olivier impriment un gros tempo, je cravache pour ne pas me faire décrocher, voilà de quoi me réchauffer ! Yann nous expliquera plus loin qu’il était également frigorifié, d’où le rythme plutôt élevé.

Au moins nous arrivons rapidement à Aoste après ces 25Km assez désagréable. Un panneau nous indique le Grand Saint-Bernard sur notre gauche, nous y voilà ! En avant pour 33Km et 1900D+, personne dans la troupe n’a jamais fait un col avec un tel dénivelé, nous allons la jouer modeste.

Après une première rampe un peu sèche et la première accalmie de la journée nous faisons une pause pour enlever nos pantalons et reprendre un peu de sucre. Nos bidons sont vides, il va falloir penser à recharger.

Nous repartons sur cette route assez empruntée, nous avons tous lus que le col n’était pas formidable jusqu’à ce que la route se scinde en deux : l’essentiel du trafic emprunte un tunnel qui coupe à travers la montagne tandis que cyclistes et touristes prennent la petite route qui mène au col.

Cette fois nous roulons tous les trois ensemble, Yann a profité d’une pause pour me briefer : Olivier n’a pas l’air au meilleur de sa forme, il va falloir le ménager aujourd’hui si nous voulons l’emmener au bout. A vrai dire cela m’arrange bien, je commence à sentir la fatigue de vendredi, je ne me sens pas de monter 33Km sur une grosse allure. Nous nous calons donc dans la roue d’Olivier pour qu’il donne le rythme.

Nous faisons une petite pause chez l’habitant pour remplir nos bidons en croisant un italien dans son jardin. Celui-ci, très sympa discute un moment avec nous dans un français impeccable pendant que nous faisons le plein.

Nous sommes contraints de rouler en file-indienne, les voitures nous incendiant quand nous essayons de rouler à deux de front, c’est pourtant une trois voies… La discussion est moins commode mais on fera avec… Olivier semble marqué mais maintiens un bon rythme. Les pentes sont pour le moment assez confortables, on ne doit pas excéder les 5% même si aucun panneau ne vient nous indiquer le profil du col. Néanmoins des balises kilométriques nous montrent notre progression avec un panneau tous les 100m. A défaut d’aller bien vite on a la sensation d’avancer un peu. Olivier, joueur, monte quelques mètres sur le grand plateau, pas bien longtemps certes mais on retiendra qu’il l’a fait.

Nous arrivons à un premier tunnel et marquons une petite pause le temps de ravitailler. Malheureusement ce tunnel ne marque pas la fin de la trois voies… Nous passons dans une zone en travaux quand Yann nous alerte, il y a du verre sur la chaussée !

Nous parvenons enfin à la bifurcation tant attendue, terminé les voitures ! Terminés aussi les petits pourcentages, les rampes commencent à se durcir, de même que nos cuisses… Il ne fait toujours pas chaud mais le niveau de nos bidons diminue à vue d’œil, nous profitons de la traversée de Saint-Rhémy en Bosses pour nous arrêter près d’une fontaine pour faire un nouveau ravitaillement. Olivier semble maintenant bien entamé et commence à regarder les horaires de la ligne de bus, c’est plutôt mauvais signe…

Tour du Mont Blanc CycloTour du Mont Blanc Cyclo

Olivier repart devant, pendant que Yann et moi accélérons un peu pour recoller nous le voyons mettre le clignotant. Ça devait bien arriver un jour, voilà la première crevaison de la journée. M’étant vanter quelques minutes plus tôt d’être devenu un changeur de chambres à air émérite, me voilà condamné à réparer le pneu. Tout se passe assez bien, nous trouvons le trou dans le pneu, retirons les petits gravillons qui s’y sont glissés sans toutefois trouver quelque chose franchement susceptible d’avoir causé la crevaison et changeons la chambre à air avant de nous relayer à tour de rôle pour regonfler le pneu.

Après ces deux pauses la remise en route est rude, les cuisses se sont refroidies, le cœur est redescendu dans les tours, il va nous falloir quelques minutes pour chauffer à nouveau. Après deux kilomètres seulement un petit « pschiiiiiiiiiiiiiiiiiiiit » vient troubler nos discussions. Le pneu d’Olivier est de nouveau en train de se dégonfler ! Nouvel arrêt, nous démontons la roue et cherchons cette fois avec plus de minutie d’où peut provenir le problème : la crevaison se situe au même endroit que la première, après enquête nous trouvons un petit tesson de verre enfoui profondément dans le pneu, nous voilà sauvés ! Nous réparons de nouveau et repartons plus sereins. Néanmoins il va falloir faire chauffer les muscles une nouvelle fois…

Les kilomètres se succèdent mais le rythme commence à ralentir. Il reste moins d’une dizaine de kilomètres et environ 700m de dénivelé, nous ne sommes pas au bout de nos peines alors que nous passons sous le pont / tunnel qui vient déchirer le paysage. De son côté la pluie ne nous lâche pas vraiment en multipliant les averses. Pour ma part j’ai la malencontreuse idée d’exposer ma philosophie de façon un peu bancale : plus c’est raide, plus ça va vite ! Tout ça pour dire qu’avec un gros pourcentage le dénivelé est plus rapidement derrière nous. Je n’ai pas fini de me faire chambrer…

Les kilomètres deviennent de plus en plus pentus, l’altimètre me permet de les estimer entre 8% et 8,5%, en fin d’ascension ça commence à être costaud ! L’allure d’Olivier diminue peu à peu, plus qu’un digit au compteur. Nous restons avec lui pendant ces instants de galère à essayer de l’encourager. Au moins il ne perd pas son sens de l’humour, « j’avais jamais eu de potes comme vous les mecs !», reste à savoir dans quel sens le prendre !

Nous avons tous le ventre vide alors qu’il est maintenant plus de 14h, il fait froid et nous prenons la pluie. Seule l’idée de manger un truc chaud en arrivant au sommet me maintient en selle, il en est sans doute de même pour Yann et Olivier puisque nous parlons de plus en plus de pizzas, cafés, chocolats chauds et autres tartiflettes… Heureusement que les paysages deviennent de plus en plus sauvages et rocailleux, le ciel est un peu moins couvert et nous permet de profiter un peu de la vue. En revanche toujours pas trace du Mont-Blanc, espérons que nous le verront un peu pendant ce tour !

Les derniers kilomètres d’ascension sont un vrai calvaire mais nous y parvenons malgré tout, Olivier est cuit, Yann et moi ne faisons pas les fiers même si nous sommes montés en dessous de notre rythme. 1900m d’ascension avec le froid et la pluie ça creuse ! D’autant plus que la dépense énergétique dans la descente pour maintenir notre température a dû être énorme…

Un superbe lac nous attend au sommet alors que nous en avons plein les jambes. Notre seul objectif est maintenant de nous remplir le ventre : la première auberge venue fera l’affaire ! Nous mangeons installés confortablement, au chaud, côté Italien de la frontière.

Tour du Mont Blanc Cyclo
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Nous sommes accueillis avec le sourire malgré nos allures – et vraisemblablement fumets – de chiens mouillés. Nous commandons tous une tournée de gnocchis. Pendant que nous prenons l’apéro, coca pour Olivier, eau plate pour Yann et moi, on nous amène une corbeille de pain. Nous nous jetons littéralement sur le pain aux figues, affamés alors que nous venons d’avaler des barres énergétiques et que j’ai partagé la mini tablette de chocolat qui me faisait office de carotte depuis le Piccolo San Bernardo. Olivier nous annonce qu’il ne terminera pas la journée de demain, il veut absolument passer le col des Montets pour profiter de la descente sur Chamonix dont il rêve, ensuite il compte prendre le train au Fayet. Yann et moi tentons de le remotiver de notre mieux, nous aimerions vraiment finir l’aventure tous les trois.

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Les plats de gnocchis sont monstrueux, pourtant je suis tellement affamé qu’au premier abord il me semble que le plat destiné à Yann et moi est une portion individuelle ! A vrai dire je me sens capable de l’engloutir à moi tout seul… J’ai l’impression de faire le meilleur repas de ma vie, en tout cas je suis fermement convaincu de n’avoir jamais mangé de gnocchis aussi bons, ils me fondent dans la bouche et la sauce au gorgonzola n’est pas en reste, un pur délice… Au moins j’aurais une bonne adresse la prochaine fois que je voudrais manger italien ! Olivier et Yann prennent un café, j’opte pour le chocolat chaud dont je rêve depuis la descente du petit Saint Bernard, j’en ai trop besoin moralement.

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Nous avons du mal à nous remotiver mais si nous voulons coucher à Champex ce soir il va bien falloir nous mettre en selle à un moment donné… Il est déjà près de 15h et il nous reste de la route… Une quarantaine de kilomètres dont un col de 600D+, rien de bien méchant par rapport à ce matin mais la fatigue se fait sentir…

Nous repartons droit dans la pente après avoir contourné le lac et être passés sous l’hospice millénaire, splendide. Nous voilà en Suisse ! La descente attaque fort avec de gros lacets, la descente humide me pousse à la prudence mais j’arrive à accrocher la roue des deux fêlés. Nous croisons des cyclistes en randonneuses avec des fontes énormes. Ils ont le sourire jusqu’aux oreilles à l’approche du col, comme des enfants un 25 décembre au matin. Ils ont dû en baver !

Les virages sont très impressionnants, la plupart n’ont pas de glissière, mieux vaut ne pas passer tour droit, il y a du gaz en dessous ! Après quelques kilomètres de pur plaisir, c’est facile, j’ai le ventre plein, la fatigue est pratiquement effacée. Je commence à avoir du mal à guider mon vélo dans les virages, et j’entends un bruit curieux au niveau de ma roue avant, zut ! Encore une crevaison… J’appelle Yann et Olivier a pleine gorge une bonne quinzaine de fois mais avec le vent qui leur bat les oreilles ils n’entendent rien… Tant pis, je m’arrête dans l’herbe sur le côté de la route pour réparer cette troisième avarie de la journée en espérant vainement les voir apparaitre en train de remonter à ma recherche… Je ne traîne pas, j’ai peur qu’ils s’inquiètent. Je démonte le pneu et cherche la source du problème : je trouve le trou mais pas la cause de la crevaison, le trouble-fête semble avoir pris la fuite. Je répare en deux temps trois mouvements et repars, un peu inquiet quant à la fiabilité de mon affaire, n’ayant pas trouvé la source exacte de la crevaison.

Je reprends ma route en pestant, j’en ai marre de la pluie, du froid, des problèmes techniques, des copains qui se sont enfuis. J’ai beau savoir qu’ils ne pouvaient ni m’entendre ni me voir et qu’ils avaient plus urgent à faire que de se retourner tous les 100m, j’ai besoin de râler après quelque chose. Après quelques nouveaux kilomètres de descente et être arrivé sous le tunnel en direction de Martigny je croise Yann en train de remonter à ma recherche. Je lui fais signe que tout va bien en criant que j’ai crevé. Il y a pas mal de trafic là-dessous, les camions roulent à 80km/h, pas vraiment le temps de s’arrêter discuter, on verra en bas !

Cette fois je passe devant, on ne sait jamais… Je descends à un rythme pas trop violent histoire de préserver nos jambes déjà bien entamées. Cette partie n’est pas vraiment belle, elle doit même être ignoble à monter avec 10km sous un tunnel plein de circulation, mais dans notre cas j’en viens à l’apprécier, le bitume est d’une super qualité, il n’y a pas de virage sec, on peut descendre à 50km/h sans le moindre effort ! Les kilomètres défilent au compteur jusqu’à ce que nous retrouvions l’air pur du Valais suisse. Encore quelques kilomètres de descente toujours aussi faciles et nous déboulons à Orsières. Le temps de manger une petite barre et d’enlever nos pantalons et nous voilà au pied de la dernière ascension de la journée.

Olivier a l’air d’avoir retrouvé du jus, je fais la montée tranquillement avec lui en discutant pendant que Yann part devant, visiblement les cuisses le démangeaient ! C’est un peu raide, les cuisses sont lourdes mais nous tenons un rythme correct. L’ascension passe finalement assez vite après le Grand Saint Bernard. L’idée de manger un peu, prendre une douche et de nous allonger dans un lit semble nous donner des ailes.

Yann, après être arrivé au sommet redescend nous chercher pour terminer la monté tous les trois. Nous arrivons enfin à Champex-Lac, Olivier lance même un petit sprint pour passer en tête. Cette fois tout le monde a retrouvé le sourire ! Il ne nous reste plus qu’à faire le tour du lac pour aller prendre notre chambre au club alpin. Je fais une petite pause à la supérette du coin pour acheter de quoi faire un petit déjeuner demain matin : quelques brioches et des croquets suisses aux noisettes.

Nous sommes bien accueillis dans notre gite d’étape, tout le confort dont nous avons besoin est à notre disposition : douches chaudes, lits, chauffage pour faire sécher nos chaussures trempées et même une petite pièce où ranger nos vélos pour la nuit. Après avoir passés nos tenues de soirée – attention mesdemoiselles – nous cherchons un endroit où boire un coup et dénichons le seul pub au monde à n’avoir qu’un type de bière en pression. Dans notre état cela fera l’affaire !

Tour du Mont Blanc CycloTour du Mont Blanc Cyclo
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Après nous être jeté un godet et avoir fait la fermeture (19h30 !) nous marchons environ 10m pour aller manger à côté. Nous commandons une pinte chacun histoire d’étancher notre soif ainsi qu’une pizza pour Yann qui en rêve depuis ce matin, de mon côté je convaincs Olivier de prendre une croûte au fromage, le genre de truc léger qui me fait saliver depuis la première descente de la journée. Une tranche de pain, du jambon, un peu de tomate, du fromage et un œuf, voilà ce dont j’avais besoin !

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Pendant le repas, Olivier nous lâche avec fierté « Vous vous rendez compte les mecs, on a quand même enchainé le petit Saint Bernard et le grand Saint Bernard dans la même journée ! ». Une nouvelle phrase culte à mettre dans notre bagage de cyclistes… Une grosse coupe de glace, un café et nous retournons dans notre chambre pour préparer les sacs. Pendant qu’Olivier change ses patins de freins je m’occupe des chambres à air percées. 21h59, il est grand temps de dormir ! J’ai à peine fermé l’œil que je m’endors comme une souche.

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Jeudi 2 Juillet.

5h15, le réveil sonne. Je suis dans le déni de la réalité, je referme les yeux, je ne veux pas y retourner. 5h17, le réveil d’Olivier sonne la seconde semonce, zut, plus le choix… Je m’extirpe des draps chauds et saute dans mon cuissard. Nous avalons notre petit dej’, bouclons les sacs et prenons la route à 6h03.

Curieusement on dirait que nous avons tous assez bien récupéré. Le programme de la journée est costaud mais sensiblement différent de la veille, après les grands cols interminables, place aux cols plus cours mais à répétition : col de la Forclaz dans le Valais, col des Montets, montée à Megève, col des Saisies et enfin Cormet de Roselend. La journée va faire très mal, d’autant plus que l’étape fera 20Km de plus que la précédente et que de la chaleur est prévue.

Tour du Mont Blanc Cyclo
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Les premiers kilomètres sont un plaisir avec une super descente sur Martigny. Les lacets sont secs, il faut faire attention mais tout se passe bien. Nous arrivons en bas de ces premiers 15Km de la journée sans encombre quand la première surprise de la journée intervient : nous sommes 100m plus bas que prévu ! On dirait que nous aurions dû attaquer le col par une autre route. Trop tard pour tergiverser, dans tous les cas il va falloir monter ! Nous laissons Olivier passer devant, je roule en double file mais abandonne bien vite l’idée, un sacré paquet de voitures circulent dans ce col… Le profil de l’ascension coïncide bien avec le profil trouvé sur internet : c’est très régulier avec des pourcentages musclés entre 7% et 9%. 16Km à cette intensité, voilà qui va nous miner les cuisses pour le reste de la journée…

Nous grimpons à une bonne allure, Olivier semble reconnaitre le coin, il passait par là il y a quelques années. Derrière Martigny la vue est magnifique avec le jour qui se lève, pas un nuage à l’horizon, on profite pleinement des montagnes qui se découpent dans le soleil. Question vélo tous les voyants sont au vert, on discute, les jambes tournent bien et on profite encore un peu de la fraîcheur matinale. Sans les voitures tout serait parfait !

Comme il commence à faire bon nous faisons une pause pour tomber les coupe-vent. Nous repartons dans la pente, plutôt vaillants en comparaison avec hier. Les kilomètres passent vite, nous coupons la route que nous avons manqué dans la descente, un panneau indique une rampe à 14%, je suis finalement content d’avoir fait 100m de plus ! A partir d’ici les voitures se font un peu plus rares, la route dessine de chouettes lacets en sous-bois, la fin de l’ascension est des plus agréables. Oliver commence néanmoins à être moins loquace malgré la forte impression qu’il nous fait.

Nous parvenons finalement au sommet un peu plus rapidement que prévu, nous prenons le temps de nous ravitailler en profitant de la vue. La journée va être splendide, on va s’en prendre plein les yeux ! De nombreux randonneurs sont là, ils s’apprêtent à partir pour une étape du tour du Mont-Blanc, encore un truc idiot que j’ai bien envie de faire…

Tour du Mont Blanc Cyclo
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C’est parti pour la descente, celle-ci est comme j’aime : rapide et sans virage avec un bitume comme neuf, pas besoin de réfléchir, je fonce ! Nous descendons par Trient avant d’arriver au Chatelard, c’est le moment de passer la frontière suisse. Nous avions des doutes la veille en regardant la feuille de route et le profil du col des Montets : Si le profil du col nous annonçait une ascension de 377m la feuille de route nous l’annonçait à plus de 500 ! Bonne nouvelle pour nous, c’est les 377m qui sont corrects ! Nous venons de récupérer les 100m du col de la Forclaz.

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La montée du col des Montets n’a rien de compliqué, le pourcentage est plutôt faiblard et la route longe un torrent en sous-bois. Nous prenons assez vite de l’altitude, le moral des troupes est bon, la récompense de la descente sur Chamonix n’est plus très loin ! Nous faisons une petite pause avant Vallorcine pour reprendre de l’eau. Nous en profitons pour discuter avec un mec en train de bosser dans le coin, il était bénévole sur le 80Km de vendredi et bossait sur le ravitaillement du Buet. Il semblerait qu’il s’en soit pris plein la tête quand ils n’ont plus eu d’eau, la faut en reviens à l’organisation qui n’a pas été à la hauteur mais ce sont les bénévoles qui en ont fait les frais, c’est bien malheureux…

Nous repartons vers le sommet du col, j’ai les cannes qui me démangent, je grimpe un peu plus vite pendant que Yann reste derrière avec Olivier. Je suis vraiment excité à l’idée de repasser par les Montets pour apercevoir la tête aux vents et le col des corbeaux. Les souvenirs de vendredi sont encore frais mais j’ai envie de jeter un regard frais sur les lieux que j’ai traversé. Nous marquons une petite pause au col le temps de nous restaurer puis nous repartons en mode 100% plaisir, les mirettes grandes ouvertes pour cette descente magique.

Tour du Mont Blanc Cyclo
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Face à nous le paysage s’ouvre peu à peu, nous découvrons les aiguilles de Chamonix, les Drus et l’Aiguille Verte avant d’enfin apercevoir l’Aiguille du Midi et le Mont-Blanc, l’instant est magique, j’ai du mal à garder l’œil sur la route… Yann décide de faire une petite pose photo à Argentière afin d’immortaliser l’instant. Nous poursuivons la descente le long de l’Arve avant d’arriver à Chamonix.

Tour du Mont Blanc Cyclo
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Nous prenons une petite route qui nous conduit aux Bossons, d’ici la vue sur le glacier est extrêmement impressionnante, on voit bien les séracs se découper. S’il est très beau vu depuis Chamonix, vu d’ici il est splendide, je me sens ridicule face à lui. Il va vraiment falloir que je grimpe faire un tour à la Jonction un de ces jours histoire de profiter un peu aussi du glacier de Taconnaz…

Nous poursuivons en direction des Houches où Olivier nous annonce qu’il va nous abandonner au Fayet, il est cuit et ne se sent pas capable de terminer la journée. Nous essayons de le convaincre de poursuivre un peu, au pire nous viendront le chercher en voiture mais le mal est déjà fait, sa décision est prise. Malheureusement nous allons devoir finir l’aventure à deux, c’est vraiment dommage…

Il nous reste une petite montée vers Vaudagne, pas compliquée sur le papier avec deux kilomètres à 6%, en réalité on approche plus de 1km à 12%... Nous avons les cuisses farcies, ça devient rude ! On nous annonce une route barrée à 3500m, nous prenons tout de même le risque. Heureusement, nous parvenons à passer à pied et à reprendre notre route.

Il nous reste une quinzaine de kilomètres à descendre sur une route ombragée et plutôt jolie par moments, entrecoupée de petites bosses qui achèvent nous cuissots déjà bien entamés. Nous arrivons finalement sur les coups de 10h30 au Fayet où nous nous séparons d’Olivier… C’est vraiment bête quand même !

Me voilà seul avec Yann, cette fois je suis fermement convaincu que je vais prendre cher à un moment ou un autre. Mes jambes ne sont plus de la toute première fraîcheur, il fait chaud et Yann a l’air d’avoir des cannes. Nous entamons la montée vers Saint Gervais au milieu des voitures, je me raccroche à de petits objectifs pour tenir le choc : Yann veut faire le plein des bidons en arrivant au village, ça nous fera une pause dans la montée vers Megève ! J’attrape la roue de Yann et me surprend à ne pas perdre un centimètre, finalement il semblerait qu’il ne soit pas dans un état tellement meilleur que le mien. Nous faisons notre petite pause sur le marché de Saint Gervais, mangeons un morceau et reprenons notre chemin en direction de Megève.

La montée n’est pas trop éprouvante, nous avançons sur un bon rythme en discutant malgré la chaleur. Les kilomètres passent, l’altimètre monte régulièrement. Avoir passé la journée d’hier à rouler en dessous de notre rythme nous a finalement assez bien préservés ! Nous évoquions l’idée de manger à Megève, nous nous disons à présent qu’il serait plus judicieux de manger aux saisies, il ne resterait alors qu’une difficulté en travers de notre chemin.

Après quelques kilomètres nous traversons Megève, pas trop amochés physiquement pour entamer la portion la plus plane de l’aventure. Une bonne dizaine de kilomètres légèrement vallonnés à dominante descendante.

Nous roulons encore pas mal jusqu’au pied du col des Saisies. Les premiers kilomètres sont costauds avec de gros pourcentages. Nous ne roulons pas comme des avions mais le rythme est bon. Le col fait 12Km pour 600m, avec les rampes que nous nous payons en ce début d’ascension la fin risque d’être relax ! Il fait de plus en plus chaud, les cuisses tirent mais l’appel du ventre nous pousse à monter. Yann m’a promis un pâtissier meilleur ouvrier de France au sommet, rien ne pourra m’arrêter ! Les kilomètres défilent et les pourcentages ne diminuent pas, ce col des saisies envoie du lourd !

Une petite descente vient ponctuer l’ascension, Yann arrache son casque et en perd ses lunettes : il avait un insecte qui lui gratouillait la tête. Ce petit intermède relax terminé la pente reprend avec les mêmes rampes musclées qu’au début. Nous discutons toujours en découvrant les paysages, les Aravis nous font face, au sommet nous devrions découvrir la Pierra-Manta, j’ai hâte ! Comme dirait Olivier, quand on est dans le dur on a l’esprit clair, un petit jeu de mot foireux me vient à l’esprit : « Ces paysages sont saisissants ! ». Au moins j’ai le mérite de faire rigoler Yann.

Les cuisses répondent toujours assez correctement et les derniers kilomètres ne posent pas de problèmes majeurs. Nous arrivons finalement au col des Saisie, une petite photo et nous tirons des plans sur la comète : un petit casse-croûte et un dessert de chez le fameux pâtissier et tout sera pour le mieux ! Manque de bol nous arrivons devant la vitrine à 13h04, ce dernier fermait boutique à 13h00 !

Tour du Mont Blanc Cyclo

Tant pis, nous nous rabattons sur la première terrasse venue avec une bonne salade accompagnée de quelques patates et de reblochon fondu. Voilà de quoi nous retaper avant d’attaquer l’ultime difficulté de l’aventure, le Cormet de Roselend, ses 20Km et ses 1200D+. Bien qu’assez amochés, nous sommes encore dans un état de fraicheur plus qu’acceptable à ce stade de l’aventure, nous sommes confiants avant cette dernière ascension.

Tour du Mont Blanc Cyclo

Nous nous lançons dans la descente des Saisies en direction de Beaufort le ventre bien rempli et croisons un cycliste en train d’envoyer du très très lourd dans la fin du col, il a même le souffle pour nous saluer. Yann et moi le regardons passer bouche bée, hallucinant ! La suite de la descente s’effectue tranquillement, nous redescendons sur Hauteluce, traversons le village en admirant le Mont-Blanc et repartons sur une petite route ombragée avant de nous retrouver au pied du monstre, le panneau nous annonce le sommet à 20Km, nous voilà dans la panade ! Nous faisons une rapide pause pour boire un coup et nous découvrir et c’est parti, on va le dévorer ce Cormet !

Tour du Mont Blanc Cyclo

Nous partons doucement en la jouant modeste. Un groupe de cyclistes anglais nous dépose sur place dès les premiers mètres, pas question d’essayer accrocher si nous voulons tenir jusqu’au sommet… La côte est rude d’entrée avec du 8% annoncé. Après quelques kilomètres un replat nous permet de récupérer un peu, un cycliste en profite pour nous dépasser mais semble rapidement à la peine dans la rampe qui suit. Nous le garderons longtemps en ligne de mire en essayant de ne pas faire attention à lui car nous avons tendance à accélérer pour aller le chercher. La montée est légèrement ombragée, c’est bien mais il fait tout de même très chaud en ce début d’après-midi, j’ai la gorge sèche et il est compliqué d’attraper le bidon avec ces fortes pentes…

Les kilomètres s’enchaînent et le pourcentage ne faiblit pas avec un 8% constant. Je commence à peiner, mon double plateau devient difficile à tirer. Voilà deux jours que je garde mon dernier pignon en cas de coup dur, c’est le moment ! Les jambes ne sont toujours pas au mieux mais en 38 – 25 j’ai l’impression de forcer nettement moins, ça va le faire ! J’ai repéré sur le profil un replat à 8km du sommet, je ne pense plus qu’à lui ! Nous montons toujours sur un rythme assez correct quand nous arrivons au replat tant attendu au bord du lac de Roselend, on aperçoit le barrage un peu plus loin, l’endroit est idyllique. Nous posons le pied devant un café, Yann va refaire le plein de nos bidons pendant que je mange un peu et nous voilà repartis !

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Le replat dure pendant deux kilomètres, ceux-ci me permettent de retrouver un semblant de forme. Il nous reste donc 6Km pour 350D+, logiquement cette fin d’ascension devrait être un peu moins difficile, pourtant c’est un panneau 8% qui nous accueille dès les premières pentes… Je repasse mon dernier pignon et reprend une allure tranquille. Devant nous un vététiste est encore plus à la peine que moi, si je parviens à maintenir un petit 11km/h au compteur celui-ci ne doit pas être à plus de 5.

La montée se poursuit en serrant les dents alors que les 8% de moyenne semblent ne pas vouloir diminuer. Enfin un panneau 6% puis un 4% viennent annoncer les deux ultimes kilomètres du col. Yann a accéléré à trois kilomètres de la fin et vient me récupérer pour que nous terminions l’aventure ensemble. Cette dernière ascension est pour nous la plus belle de ces deux jours, nous nous en prenons plein les yeux !

Nous arrivons enfin, ravis, devant le panneau qui marque le sommet en salivant à l’idée de la glace et de la bière qui nous attendent en bas… Nous discutons avec deux cyclistes allemands pendant que nous faisons quelques photos en savourant l’instant puis il est temps d’entamer la descente vers Bourg Saint Maurice.

Tour du Mont Blanc Cyclo
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Il ne nous reste plus que 20Km de plaisir, nous descendons à bonne allure même si mes cuisses hurlent quand j’essaie de relancer. Nous croisons un cycliste qui monte comme un cinglé, impressionnant ! Le début de la descente n’est pas très difficile, les kilomètres passent trop vite à mon goût… La partie se corse un peu alors que nous arrivons en sous-bois, les lacets se succèdent, je descends tranquillement afin d’éviter l’erreur bête si près du but.

Un peu plus bas Yann se déconcentre un peu dans un virage et passe à 10cm d’un camping-car au prix d’un coup de guidon donné in extremis… Mon cœur fait un bond, le sien doit battre la chamade… Nous terminons la descente sans prendre de risque, en gardant l’œil sur la route.

Cette fois ça y est, nous voilà au terme de l’aventure ! Il ne nous reste plus qu’à ranger nos affaires, aller savourer notre coupe de glace bien méritée accompagnée d’une petite bière avant de reprendre le chemin de Lyon.

Tour du Mont Blanc Cyclo

Un immense merci à Olivier et Yann pour l’idée, l’organisation de cette belle aventure et les super moments passés ensemble.

Deux jours fantastiques entre potes, de magnifiques paysages, de gros efforts… Tous les ingrédients qui donnent envie de repartir !

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