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Ancilevienne

Publié 15 Septembre 2014 par Tom in route, run&bike

Ancilevienne

J'avais coché la date dans le calendrier depuis bientôt un an, j'ai failli la manquer pour avoir loupé la date des inscriptions à cause de ma balade écossaise… Heureusement, le forfait de Cécile et Ambre m’a permis de récupérer un dossard pour ce run & bike, ouf ! Les péripéties ne s’arrêtent pas là, Raph, enfin revenu de blessure, qui devait co-véloter avec moi a fait une rechute. C’est à une semaine du jour fatidique que Romain accepte de faire équipe avec moi.

Le principe de la course est simple : effectuer à deux le tour du lac d’Annecy. Pendant que l’un cours, l’autre pédale à ses côtés, et on échange quand l’envie nous en prend. Simple et rigolo sur le papier, très exigeant en réalité.

Nous voilà une jolie délégation de l’AAAL à partir pour Annecy : Anne et Virginie chez les filles, Olivier D et Vincent, Olivier V et Josselin, Romain et moi, enfin. Romain P fait équipe avec un étranger à notre secte, son ami Vincent. Côté supporters Nath et Aymeline font le déplacement, Caro doit nous rejoindre en cours de journée par le train. Le soleil est de la partie, ce dimanche s’annonce sous les meilleurs hospices !

Nous voilà au départ de Lyon, 6h45, les paupières sont lourdes… Romain, Olivier V, Josselin, Nath et moi nous retrouvons. Premier défi de la journée : installer le porte vélo et charger nos montures. Premier constat, nos adversaires ont dû se sont préparer à la dernière minute : si nous avons un vélo tout équipé avec une sacoche de guidon pleine de munitions (barres énergétiques), de quoi réparer en cas de pépin et, comble du luxe, un dessus de selle en gel acheté à la dernière minute, les deux énergumènes n’ont qu’une petite sacoche de selle pas bien accessible avec quelques gels.

Tout le monde est assez excité dans la voiture, on rigole bien, quelques bons mots sortent, « Vincent est remonté comme une pendule, il aurait dû faire le 10 de l’horloge ! ». Pendant ce temps le moteur chauffe dans les montées. Il faut dire que la voiture est bien chargée et la prise au vent des vélos ne doit rien arranger. Une mamie nous dépasse sereinement dans sa petite C1, j’hésite à terminer à vélo pour aller plus vite… A la radio on m’annonce pour horoscope : « Scorpions, vous saurez trouver les mots justes pour motiver vos partenaires ». Je demande à Romain ce qu’il pense de « Tu vas le bouger ton cul misérable lopette ? », bon, il va falloir essayer avec plus de tact !

Nous arrivons finalement à Annecy le vieux et trouvons une place de parking pas trop éloignée de la ligne de départ. Nous passons chercher les dossards et tombons sur le reste du groupe avant de nous diriger vers le bureau des litiges pour remplacer Raph par Romain. Ce dernier a un joli dossard estampillé « Raphaël », je souris déjà à l’idée de l’encourager par son nouveau prénom.

Une petite photo avec le reste de l’équipe et nous retournons à la voiture nous mettre en tenue. Je grignote deux biscuits afin d’avoir du carburant, le départ est donné à 10h30 et mon petit dej’ est déjà loin… Je bois quelques gorgées pour être bien hydraté et nous retournons vers la ligne de départ pendant que Romain me dit qu’il a été malade la nuit dernière. Pas de panique, on est là pour s’amuser ! Une dernière vidange pour courir à l’aise, quelques encouragements à Romain et le voilà qui part se placer avec les vélos. Ces derniers vont partir avant les coureurs pour se positionner 6km plus loin, faire partir les 900 duos dans les petites rues serait une véritable boucherie, mieux vaut que le peloton s’étire un peu avant !

Ancilevienne

Me voici avec Virginie, Olivier et Josselin. Nous encourageons nos cyclistes pendant qu’ils s’élancent tranquillement, Anne et Vincent nous font coucou, Olivier et Romain sont en pleine conversation et ne nous remarquent même pas. Je m’éclipse quelques minutes pour trottiner afin de ne pas partir avec les muscles glacés et rejoins le reste du groupe en train de se placer dans le sas de départ, bien loin de la tête de course, il va falloir slalomer…

Ancilevienne
Ancilevienne

On se chambre un peu dans le sas, Olivier en bon boute-en-train qu’il est me défait mes lacets. Tout le monde veut partir doucement, je pense plutôt partir sur une allure semi un peu appuyée. Chaque équipe a un peu réfléchit à sa stratégie, seuls Anne et Romain P ne partent pas dans l’inconnu, ils ont déjà participé l’an dernier. Romain et moi envisageons de tourner toutes les minutes, j’ai programmé le bip de ma montre afin qu’il nous indique à quel moment inverser les rôles, enfin on verra bien comment cela se passe…

Les minutes s’écoulent alors que nous regardons un peu les déguisements autour de nous, les power-rangers sont dans la place ! Finalement les fauves sont libérés. Comme prévu, le slalom débute, je prends la roue d’Olivier afin de ne pas le lâcher d’une semelle, le rythme n’est pas élevé dans ces premières foulées, c’en est presque frustrant. Un trou se bouche sous mon nez et je perds quelques précieux mètres sur Olivier. Je me décale et dépasse par le bas-côté tant et si bien que je passe devant lui. Une bonne descente me tend les bras, je laisse les jambes tourner en dépassant des wagons de coureurs, ça fait du bien !

Nous traversons un rond-point en coupant dans l’herbe alors qu’Olivier est revenu à ma hauteur, je le laisse une nouvelle fois passer devant pour prendre sa roue. Cette fois le peloton ne le ralenti plus vraiment et il prend son rythme de croisière, je souffre pour tenir la cadence, j’ai le souffle court, ces 6km vont me mettre dans le dur… Aucune idée de l’allure que nous tenons mais en regardant la trâce de plus près il semblerait que nous soyons autour de 3’30 au kilomètre… Autant dire qu’il n’y a pas beaucoup de monde qui nous dépasse !

Côté paysage je commence à sortir le nez du guidon. Nous arrivons au bord du lac, le ciel est bleu, quelques bateaux sont en train de naviguer, le public et les bénévoles nous encouragent, un vrai plaisir ! Nous rejoignons une piste cyclable, la route est un peu vallonnée et enchaine les montées-descentes de courte durée.

Je m’accroche pour ne pas perdre Olivier mais je lâche néanmoins peu à peu du terrain, mon GPS m’annonce que j’approche des 3km de course, j’aurais bien aimé être un peu plus loin… J’aperçois en embuscade Josselin que je pensais avoir décroché à présent, il comptait partir doucement, je savais bien qu’il ne pourrait pas s’en empêcher ! Il passe devant moi en m’encourageant, je ne suis pas au mieux, voilà longtemps que je n’ai pas travaillé la vitesse 10km… Je revois ma tactique de course : si Olivier semble être à une allure raisonnable pour lui, Josselin doit être en train de forcer comme un malade, je vais la jouer modeste en me contentant de gérer les écarts pour ne pas arriver au relais dans un état déplorable. Le tour du lac fait 46km (voir 48 d’après ce que j’ai entendu), il va falloir avant tout tenir la distance.

Les petites montées descentes se succèdent et me permettent de ne pas perdre de terrain tandis que mon état s’améliore. J’aperçois enfin les premiers vélos, ils sont garés le long d’une petite route pas bien large, si ça semble assez bien organisé de prime abord, il s’avère que c’est un vrai bordel ! Les vélos déboulent, parfois sans regarder, sur une route pas assez large pour tout le monde. Je me fais griller plusieurs fois la priorité par des cyclistes, me faisant ainsi perdre pas mal de terrain sur Josselin et Olivier, je râle en remontant la file de vélos à la recherche de Romain. Il a l’air de s’être garé au bout du monde ! Je finis par tomber sur lui, il me tend le vélo et s’élance, il rattrape Olivier et Josselin pendant que j’essaie de sortir le vélo dans le flux de coureurs.

Ancilevienne

J’attends un petit espace et je file dans la mêlée, c’est parti pour le second slalom de la journée, une véritable galère ! J’essaie de dépasser les duos en évitant les autres cyclistes qui, comme moi, tentent de dépasser. « Attention à gauche ! », « A droite ! », « Je passe ! », ça part dans tous les sens, j’ai bien du mal à ne percuter personne, j’en regretterais presque la circulation lyonnaise, c’est plus facile de slalomer entre des voitures qui restent dans leur file… J’arrive enfin à rejoindre Dédé, bien lancé. Je discute un peu avec lui, lui expliquant que je ne me sens pas dans un grand jour. J’ai mal aux jambes d’hier, journée passée à filer un coup de main à l’organisation du 10km de l’horloge à Tassin. La pose de barrières effectuée en trottinant m’a bien calmé. Je ne sais pas dans quel état est Vincent mais j’ai du mal à récupérer, les trois sorties course et les deux sorties vélo de la semaine ne doivent pas être innocentes dans l’histoire…

Je bois quelques gorgées et déjà les jambes semblent retrouver un niveau de fraicheur acceptable. Le cœur est redescendu dans les tours, j’annonce à Romain que je vais pouvoir commencer à prendre des relais. Nous y voilà, il est temps d’expérimenter la technique de transmission du vélo ! Si certains se sont entrainés avant la course, nous ne sommes pas allés au-delà de la théorie… L’idée est simple sur le papier : se placer devant le coureur en se décalant un peu à droite, descendre du vélo en gardant un pied sur la pédale gauche afin de la positionner en bas, commencer à courir à côté du vélo en le tenant d’une main et en tendant d’autre pour prendre le témoin. Une fois le témoin dans la main et la selle attrapée par le néo-cycliste, le coureur prend son rythme de croisière et s’écarte pendant que le cycliste attrape le guidon, fait un petit saut à cloche-pied d’ajustement pour poser le pied sur la pédale et enfourche la monture. Dans la théorie ça tient la route, place à la pratique !

Je descends de vélo comme convenu, Romain attrape ce dernier mais la pédale est plus haute que prévu, nous ralentissons un peu mais il parvient grimper sur la selle sans faire de gros écart ni ralentir plus que ça. On doit certainement pouvoir faire mieux mais pour une première, au milieu du flot de coureurs c’est honorable.

De mon côté les jambes sont dans un bien meilleur état que quand j’ai rejoint Romain mais je sens que j’ai les muscles raides et je suis encore éprouvé de mon effort, je ne sais pas combien de temps ça va tenir… Mon premier relais n’est pas bien long, nous inversons les rôles. Une nouvelle fois la pédale est un peu haute, je perds un peu de temps pour monter sur le vélo avant de revenir sur mon partenaire. Sa foulée est costaud, j’ai l’impression d’être le maillon faible pour le moment. La distance à parcourir commence à m’effrayer au vu de mon état, il faut absolument que je parvienne à me retaper…

Josselin et Olivier tout comme Olivier et Vincent s’échappent, je me fais une raison : ils sont trop forts pour nous aujourd’hui. Je dis à Romain de ne pas s’enflammer mais le message m’est avant tout destiné. Après quelques relais les transmissions commencent à gagner en fluidité, le trafic commence à diminuer et à se stabiliser. Nous doublons régulièrement les mêmes duos qui nous reprennent ensuite à leur tour.

Quelques kilomètres sont déjà passés et nous abordons la grosse difficulté du parcours : la montée vers Menthon Saint-Bernard et ses 100m de dénivelé. Le bas n’a rien de compliqué, le rythme baisse mais nous parvenons à prendre des relais dans les replats. Dans le village c’est la grosse ambiance, tout le monde est dehors à nous encourager, les enfants secouent des cloches, c’est le tour de France ! La fin de la bosse se corse un peu, le pourcentage se durcit, je monte les pignons du vélo pour économiser mes cuisses quand Dédé se met à marcher ! Je regarde un peu mieux son visage que précédemment, il a l’air de souffrir. Mince, il s’est grillé et je n’ai rien vu venir !

Je le laisse terminer la montée en marchant et je prends les choses en main : on est partis trop fort, il faut qu’on arrive à trouver un rythme plus relâché. J’ai réussi à retrouver un semblant de forme, je vais prendre un long relais le temps que Romain se retape la cerise. Nous passons par un petit chemin de terre, bien plat, clairsemé de flaques, j’essaie de ne pas mettre les pieds dedans en esquivant quelques vélos. Je suis encore un peu trop haut dans les tours à mon goût mais l’allure me convient mieux à présent.

Qui dit montée dit descente : nous dévalons une route en lacets en direction du lac, la vue est superbe avec le soleil en toile de fond. Mes jambes vont mieux sur ce type de terrain, je ne lâche pas tout histoire de m’économiser mais je suis content de l’allure. Romain a l’air d’avoir récupéré et me propose de prendre un relais alors que mon lacet se défait, merci Olivier ! Je le refais rapidement, fonce récupérer Romain et prend un nouveau relais dans la descente. Nouvelle transmission : j’attrape le vélo dans un virage alors que nous traversons Talloires, on devrait nous donner une note artistique, la manœuvre était de haut vol !

Romain termine la descente et nous déboulons sur une route ouverte le long du lac, une voie est neutralisée pour la course mais les voitures circulent en face. Heureusement que nous ne sommes plus dans le gros du troupeau, les transmissions risqueraient d’être dangereuses autrement…

Si jusqu’à la montée nous étions dans une spirale assez positive où nous dépassions pas mal, notre nouvelle cadence « relax » est moins efficace. Nous nous faisons régulièrement dépasser tandis que nous ne faisons plus beaucoup de victimes. Quelques équipes sont dans notre rythme : deux courageux en bleu de travail (j’ai chaud pour eux), deux coureurs sponsorisés par TdR, un duo mixte qui tourne pas mal, le mec est une fusée, son équipière n’est pas mal non plus mais a du mal avec les transmissions de vélo.

Ancilevienne

Nous commençons à avoir nos repères : nous tournons toutes les une à deux minutes en nous donnant des repères visuels sur l’endroit où effectuer la transmission. « A l’arbre », « Au poteau électrique ». Je vois deux avantages à la tactique : permettre au cycliste de bien aborder la transition et donner une petite carotte au coureur du type « Je tiens jusque-là ! ». Nous plaisantons un peu, preuve que l’allure nous convient mieux. Nous n’en sommes pas encore à la franche discussion mais on sent que le souffle nous est revenu. Notre objectif est de rentrer sous les 3h00, pour l’instant le rythme soutenu nous laisse à penser que c’est jouable, on verra ce qu’il en est au 30ème…

Je regarde le compteur du vélo, le 16ème kilomètre approche : bientôt le premier ravito ! Encore quelques petits relais et nous apercevons la buvette. Romain prend un relais pendant que je refais le plein de nos deux bidons pratiquement vides. Je pose le vélo et me fait l’impression d’être dans des stands de formule 1 : je sors mon premier bidon qu’un bénévole attrape à la volée, j’ai à peine attrapé le second que le premier est déjà rempli et revissé ! Une dame attrape le second et répète l’opération. Je bois quelques gorgées, refais les niveaux et repars chercher Romain. Je slalome entre les équipes en débordant un peu sur l’autre voie. Entre les cyclistes qui font des écarts et les voitures qui arrivent trop vite à mon goût j’ai l’impression de prendre un peu trop de risques… Je grignote une pâte d’amande en revenant mais elle m’échappe des mains alors que j’en suis à la moitié, zut ! Je parviens à rejoindre mon relayeur de choc et lui passe le vélo pendant que je prends un relais un peu plus long le temps qu’il récupère. Ma remontée m’a quand même un peu fait remonter dans les tours…

Au cours de mon relais mon lacet, fait à la va-vite se défait une nouvelle fois. Je récupère le vélo pendant que je prends le temps de le refaire correctement cette fois, un beau double nœud qui devrait tenir cette fois !

Un duo nous dépasse en trombe, nous l’appellerons « les ptits blancs » en hommage à leur maillot blanc raccord. Nous les gardons en ligne de mire un petit moment mais ils finissent par se faire la belle avec l’équipe TdR. Nous restons avec l’équipe mixte et les bleus de chauffe. La fille a de plus en plus de mal à gérer le vélo, je sens venir l’accident : j’hésite entre le déraillement, la rupture de chaine et la gamelle, c’est finalement cette dernière qui remporte le gros lot : une belle chute juste dans nos jambes que nous parvenons à éviter. Son équipier la rejoint pour s’assurer que tout va bien : nous poursuivons notre route.

Les kilomètres défilent sur le compteur, le cap des 20km est franchi, nous arrivons au bout du lac et entrons un peu dans les terres. Les écarts commencent à être conséquents, nous avons décroché notre petit groupe de tout à l’heure et remontons sur quelques duos qui commencent à peiner. Notre stratégie de ralentir pour terminer dans de bonnes conditions commence à me paraitre plutôt judicieuse. La route est assez plate et un peu monotone alors que nous approchons de Doussard. Nous sommes au milieu de grandes étendues d’herbe, loin du lac. Heureusement qu’il reste les montagnes à regarder et quelques blaguounettes à faire à Romain, alias « Raph ». Nous remontons sur une nouvelle équipe mixte qui tourne à la même allure que nous, une nouvelle fois le mec est une fusée, la fille est aussi très efficace, tant à la course que dans les transmissions. Nous faisons la route ensemble sans échanger un mot. Je papote avec Romain, nous passons un bon moment (moi en tout cas !), un vrai plaisir!

Je suis bluffé par la vitesse à laquelle nous récupérons sur le vélo, nous terminons chaque relais essoufflés et les muscles tendus puis retrouvons une certaine fraicheur en à peine quelques secondes une fois en selle. En revanche j’ai quelques petites craintes chaque fois que je reprends la course, le départ lancé aux alentours de 15km/h est assez violent, c’est typiquement le genre d’effort capable de provoquer des crampes. Bref je veille à bien m’hydrater, les 6 premiers kilomètres m’ont bien durcis les mollets, j’aimerais éviter de dire à Romain de se débrouiller pour terminer…

La route s’élève un peu, je prends un relais un peu plus long afin d’économiser Romain, j’aimerais ne pas réitérer l’incident de la première côte. Finalement nous arrivons au second ravito que j’avais complètement occulté, Romain me laisse le vélo pendant que je refais le plein. Il me demande de lui trouver un truc à manger, coup de chance ils ont des barres de céréales, j’en attrape une pour Dédé, grignote une poignée de raisins secs et file le retrouver dans une petite montée. Il est toujours au contact avec l’équipe mixte, je lui laisse le vélo et reprends la course.

Je commence enfin à avoir de bonnes sensations de course, sans doute le diesel qui se met en marche à moins que l’esprit ne soit plus relâché à l’idée d’être à la mi-course, j’en profite pour durcir un peu le rythme. Nous continuons à tourner à fréquence assez régulière, le relais moyen doit être aux alentours d’1’30, Romain a l’air encore assez bien tandis que je monte en puissance. Nous discutons un peu de la marche à suivre pour la suite : nous sommes d’accord pour continuer comme ça un moment, tout se passe bien, autant continuer ! Si nous pouvons terminer dans cet état je signe immédiatement, Romain commence à envisager de hausser le ton dans les derniers kilomètres. Pour l’instant l’idée ne me séduit pas trop, on verra au moment voulu.

Si j’ai musclé un peu ma course l’équipe mixte n’en reste pas moins à notre hauteur et nous faisons le yoyo. Monsieur met de grosses accélérations et passe devant puis nous grignotons à nouveau Madame. Finalement au bout d’un petit moment le rythme est trop élevé pour eux, ils finissent pas décrocher. La partie de pac-man peut commencer !

Nous avons de gros doutes sur le kilométrage, entre ce qu’annonce le compteur du vélo, nos GPS et les panneaux de l’organisation nous ne savons pas précisément à quoi nous en tenir, je préfère voir le verre à moitié vide pour éviter les mauvaises surprises : je me fie aux panneaux de l’orga qui nous donnent deux à 3km de moins que nos autres instruments de mesure.

Nous voilà maintenant sur la piste cyclable que nous ne quitterons plus jusqu’à Annecy, il y a du monde installé pour nous encourager. En bonne équipe que nous sommes nous prenons des relais pour remercier les spectateurs. Le coureur serre les dents pendant que le cycliste fait coucou. Nous avons quelques équipes en ligne de mire, nous remontons doucement sur eux. Romain m’annonce qu’il commence à en baver un peu, le souffle va bien mais les muscles sont durs. Je l’encourage à boire et à prendre sa dose de sucre, le conseil vaut aussi pour moi car je m’aperçois que je n’ai pas bu depuis un moment…

Il y a pas mal de monde dans le coin, des campings sont à proximité, les encouragements pleuvent, c’est top pour le moral ! Romain repère en passant quelques supportrices qu’il aimerait venir remercier au retour. Pour ma part j’ai l’œil attiré par une piscine sur ma gauche, je lui propose de le laisser terminer seul…

La piste cyclable est interminable et peu variée, il y a de quoi lâcher moralement. Heureusement mon acolyte est avec moi, nous racontons quelques conneries et le changement permanent course / vélo permet de rompre la monotonie. J’ai une grosse pensée pour Raph, lui qui est un champion de la VMA courte il se régalerait sur ce type d’effort !

Devant nous des équipes commencent à coincer, nous les croquons sans arrière-pensée. J’essaie de ménager Romain en tenant mes relais plus longtemps tandis que les siens se raccourcissent un peu mais sont plus incisifs. Je lui fais d’ailleurs remarquer qu’en ce moment il tourne plus vite que moi ! J’essaie de blaguer et de l’encourager histoire de le motiver en multipliant les « Aller Raph ! », « Vas-y champion ! » lors des transmissions. J’expérimente le « mais tu vas le bouger ton cul pauvre gland ? » qui le fait rigoler pendant que nous croquons quelques duos.

Un petit vent joue légèrement contre nous, rien de très gênant mais je demande à Romain de se placer devant moi avec le vélo afin de me couvrir. Ça ne change pas la face du monde, tant pis, on fera avec ! Nous passons sous un tunnel, l’air est bien frais, je savoure d’être sur le vélo, sans m’en rendre compte je commençais à avoir chaud…

Nous ressortons au soleil, une coureuse quelques mètres devant nous nous demande combien de kilomètres nous avons déjà parcouru, 31 répond Romain. Je tente une note d’humour : 12 ! Elle a l’air de rigoler, j’ai évité le bide. Nous la dépassons rapidement, d’autres équipes sont dans le dur, elles ne tardent pas à se faire avaler. Nous sommes en mode rouleau compresseur depuis un petit moment maintenant. Un nouveau ravito pointe son nez, une nouvelle fois c’est à mon tour de prendre le vélo et donc de refaire le plein, j’aurais dû jouer au loto ! Je culpabilise de lui faire prendre des relais longs à chaque fois, j’ai l’impression de me reposer pendant qu’il force comme un malade… Je fais le plein au plus vite et repars en moulinant à bloc sur mes pédales, raté, j’en perds un bidon ! Je pile des deux fers, ramasse le bidon et fonce vers Romain prendre un relais.

Un petit groupe commence à se former, nous sommes 5 équipes sur une centaine de mètres : une équipe mixte, deux mecs en verts, les TdR et « les petits blancs » montrent le bout de leur nez. Nous sommes à la bagarre avec l’équipe mixte, les autres duos sont un peu plus loin mais se rapprochent petit à petit. La relayeuse étant particulièrement mignonne je propose à Dédé de changer d’équipe et de partir avec son compagnon. Il a l’air d’être d’accord à condition qu’on inverse les rôles, bizarre, le mec court plus vite que moi, il y gagnerait ! Nous nous doublons et redoublons un moment avant de les décrocher pour remonter sur les autres équipes.

En effectuant une transition j’entends un « bravo, super technique ! ». J’ai les chevilles qui enflent, j’en profite pour envoyer une bonne cacahuète en prenant mon relais.

Romain regarde régulièrement le chrono pour voir où nous en sommes, je lui demande de ne rien me dire, j’aimerais avoir la surprise du chrono à l’arrivée, de toute façon je n’ai plus besoin de carotte pour avoir envie de lâcher ma foulée. Question kilométrage nous avons toujours du mal à nous repérer précisément. Un bénévole m’indique qu’il n’en reste plus que 11, ça me semble coller, on verra bien !

Nous reprenons les mecs en vert après quelques relais, l’un d’eux a l’air d’être lyonnais et nous commençons à plaisanter. « Ils devraient mettre des stéphanois devant nous en guise de carotte ! » Nous prenons en sandwich les TdR que nous laissons sur place, notre rythme a sensiblement accéléré, je glisse à Romain de faire attention à ne pas nous carboniser en nous tirant la bourre. Je commence à monter dans les tours, mes indications pré-changement se font moins précises « Au piquet en bois ! » en montrant un poteau électrique en bois, Romain met un moment à comprendre.

Nos nouveaux amis commencent à nous charrier en découvrant notre arme secrète : le dessus de selle en gel.

« Mais c’est une truc de gonzesse ! »

« Oui mais nous on aura pas mal aux fesses à l’arrivée ! En plus c’est un stéphanois qui nous l’a filé »

« Justement j’en serais pas fier… »

« Oui mais c’est pour mettre mes fesses dessus »

« Ah oui vu comme ça, ça me plait ! »

Un échange de haut vol…

Après cette bonne rigolade nous finissons par les décrocher, Romain et moi commençons à être chauds bouillants, l’arrivée est à moins de 10 bornes en théorie et notre état est plus qu’acceptable. Nous faisons un point forme, je monte toujours en puissance, Romain a toujours les muscles raides, nous allons continuer la stratégie actuelle qui fonctionne bien : longs relais pour moi, relais plus appuyés pour Romain. Devant nous quelques équipes sont à la peine, et je remarque que nous avons presque rattrapé les ptis blancs. « Mais ils sont là les ptits blancs ! » Au même instant une transmission se passe mal pour eux, c’est la gamelle. « Ah bah non ils sont plus là les ptis blancs ! » Et hop, nous les déposons et continuons la partie de pac-man.

Ça roule bien pour nous en ce moment, mes relais se raccourcissent et deviennent plus incisifs, se rapprochant plus de ceux de Romain qui ne flanche pas. Nous arrivons au dernier ravito, c’est enfin au tour de Romain de faire une pause. De mon côté j’en profite pour sonner la charge, j’ai des maillots rouge dans le viseur, je vais essayer de mettre des mines sur chaque relais jusqu’à l’arrivée. Romain revient rapidement sur moi, je poursuis un peu mon effort pendant qu’il me raconte qu’il s’est pris pour un Schumacher, deux bénévoles ont fait le plein de son bidon en même temps.

Nous arrivons dans Annecy et passons devant le panneau des 40km, plus que 6 bornes ! « J’ai fait les 6 premiers, tu fais les 6 derniers ? » Romain n’est pas convaincu, quel lâcheur celui-là !

Nous passons devant le port, j’ai le regard rivé sur le maillot rouge devant nous, moi qui n’étais pas motivé pour me mettre au carton tout à l’heure…Il y a plein de monde le long de la piste cyclable pour nous encourager, cette traversée de la ville est juste géniale, surtout avec mes sensations ! Romain me dit qu’il est en train de coincer, pas de problème, je vais prolonger mes relais, j’ai retrouvé tout mon mordant en cette fin de course. Je mange un petit morceau de nougat en passant histoire de remettre du sucre dans l’organisme, c’est drôlement pâteux à ce moment de la course… Je rince abondamment et c’est parti pour le sprint !

Nous fondons sur le duo de devant puis passons sur une grande place, un orchestre nous attend, grosse ambiance ! Romain lance une ola pour marquer le coup, je lâche le guidon et suis le mouvement, on se régale ! Les « Aller Raphaël » se multiplient, nous nous marrons comme des tordus.

Retour sur la piste cyclable, je continue à bombarder sur chaque relais, Romain qui coince ne baisse pas pour autant, le duo de devant de tarde pas à passer à la moulinette. Nous passons comme des flèches devant eux, ils n’en oublient pas de nous encourager « Aller les mecs ! C’est maintenant qu’on gagne des places ! ». Super sympa, cela me donne encore de la patate !

Les encouragements ne faiblissent pas et j’aperçois un duo au loin, j’ai envie de les croquer. « Aller Dédé, on doit pouvoir les bouffer ! » Il nous reste 2km à tout casser, c’est jouable. Romain me dit de sourire pour la photo, je lève le nez au dernier moment et découvre Aymeline et Nath juste devant nous, j’ai le temps de lever les bras et de tenter un sourire pour la postérité, ça promet…

Ancilevienne

Les relais enchaînent de plus en plus rapidement, ils doivent être de l’ordre de la minute voir moins à présent. L’écart avec le duo en maillots rouge se réduit peu à peu, nous quittons la piste cyclable, traversons un rond-point et attaquons un faux plat montant au bord de la route, pas très agréable mais il faut en passer par là… Romain a peur de la dernière montée, j’essaie de le rassurer en lui disant que j’en fais mon affaire. Devant nous un des deux coureurs est en train de lâcher prise, c’est jouable !

Nous finissons par revenir sur eux dans un rond-point, les signaleurs n’indiquent pas grand-chose, je manque prendre la mauvaise direction et perds ainsi quelques mètres alors que le relayeur en forme a l’air de ne pas vouloir lâcher le morceau.

Je laisse un dernier relais à Romain, mais celui-ci est de courte durée, nous arrivons au pied de la dernière bosse. Je lui dis de grimper un peu tandis que je me mets en place pour une dernière transmission, pas un cadeau car il va devoir faire repartir le vélo dans la montée… Nous sommes à la lutte avec l’autre équipe qui ne veut pas lâcher, dès que Romain touche la selle je produis mon effort et part bille en tête. Pris de remords je ralentis un peu pour regarder comment il s’en sort, l’autre coureur n’arrive pas à tenir mon rythme, j’hésite entre attendre Romain et enfoncer le clou, je coupe la poire en deux en gardant un bon rythme. Romain finit par me rejoindre quand la bosse se termine, je lui dis de prendre le relais mais il est explosé. « Tu peux tenir 200 ou 300m de plus ? Ah bah c’est l’arrivée ! » Et le voilà qui file devant, argh ! L’autre coureur est à une bonne dizaine de mètres, il accélère, je fais de même alors que la ligne est à environ 150m. Je commence à monter dans les tours, prêt à lancer le sprint, j’ai le souffle court mais les jambes sont là, je vais l’éclater ! Alors que je suis à moins de 30m de l’arche un bénévole se met au milieu de la route en me faisant signe de ralentir, j’hésite quelques secondes, lève le pied et me fait coiffer sur le fil par l’autre coureur qui n’en a rien fait ! Alors là je suis dégoûté, je l’avais bouffé dans la montée ! Romain attrape mon bras pendant que je digère un peu, je retrouve le sourire, on a passé un chouette moment entre potes, c'est tout ce que je veux retenir!

Ancilevienne

On me retire ma puce qui fait un peu de résistance puis nous allons retrouver les autres qui sont déjà arrivés. Olivier et Vincent ont tournés comme des avions, ils sont 19èmes en 2h45, derrière Josselin et Olivier ont explosés dans la dernière bosse et finissent à une minute trente de nous ! Un deuxième tour et on les bouffait, zut ! Pour notre part nous nous classons 39èmes en 2h52.

En discutant j’apprends que Caro était dans le bas de la descente pour nous encourager, j’avais tellement le nez dans le guidon que je n’ai rien remarqué… Romain et Vincent en terminent en 3h10 peu après alors que nous avons commencé à profiter du ravito : melon, pastèque, figolus… C’est royal ! Nous grignotons encore un peu en discutant puis nous nous éparpillons, certains vont chercher les sacs à la voiture, je reste avec Olivier et Caro pour aller nous trouver quelque chose à nous mettre sous la dent. Nous revenons avec des sandwichs et des hot-dogs que nous dégustons à l’ombre avant d’aller chercher notre bière de finishers. Les filles ne tardent pas à arriver, elles sont allé nettement plus vite que prévu et concluent la boucle en 3h46. Tout le monde est content, il fait beau et chaud, nous terminons la journée les pieds dans l’eau de ce fameux lac… Quel pied !

Ancilevienne

Un grand merci à tous pour cette magnifique journée entre amis, tout particulièrement à Dédé qui m’a supporté pendant ces 46km, m’a fait marrer et qui a su trouver les mots qu’il fallait pour me booster. Une grosse pensée pour Raph à qui j’ai bien pensé pendant la course, il va falloir qu’on se rattrape ! Un superbe exercice, idéal au milieu de la prépa marathon, vivement Lausanne !

See you next week au trail d’Albertville pour une nouvelle course en équipe avec Yann. Connaissant l’énergumène j’ai intérêt à être au top de ma forme !

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