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Ultra du Vercors

Publié 9 Septembre 2014 par Tom in trail, relai

Ultra du Vercors

Après deux mois sans dossard suite aux 80Km du Mont-Blanc, les jambes frétillaient d’impatience à l’idée de porter un dossard. Le GR20 en rando-course c’est très chouette (voir même magnifique), mais pouvoir se mettre à l’amende pendant quelques heures ça fait du bien de temps en temps !

L’idée est partie lors d’un entrainement avec les copains, à 4h ce matin, nous y sommes : en route pour l’Ultra Trail du Vercors en relais à 4, on va se marrer !

Le réveil sonne, je ne sais plus où je suis, je crois d’abord à un mauvais réglage de ma part et manque me rendormir. Oups, Vincent doit passer me récupérer en bas de l’immeuble dans 10 minutes ! Vite, je saute dans mes vêtements, j’attrape le sac de sport et en route ! Vincent est déjà là, il a l’air aussi dans la brume que moi. Nous passons récupérer Romain puis Seb. Même si nous sommes ravis d’aller crapahuter dans les montagnes tout le monde a envie de retourner voir Morphée… Nous faisons la route en discutant, la sieste que j’avais initialement prévue tombe à l’eau. Tant pis, je me rattraperais plus tard…

Nous arrivons à Méaudre, l’air est frais pour ne pas dire glacial. Je commence à regretter ma bonne idée de mettre un short et un tshirt ce matin… J’enfile un petit pull mais reste frigorifié le temps de retirer les dossards. Romain part s’échauffer avec Seb pendant que Vincent et moi faisons un petit roupillon de 15 minutes.

Les quatre relais ont chacun leurs particularités, cela nous a permis de les répartir en fonction de nos forces et faiblesses. Le premier (24Km / 940D+), possède le profil le plus roulant et devrait bien convenir à Romain, le moins expérimenté de la bande en montagne. Le second (17Km / 1230D+) se compose d’une grosse ascension et d’une descente équivalente, Vincent et moi n’étions pas motivés, nous laissons la place à Seb. Le troisième relais (26,5Km / 1570D+) est plutôt roulant en début de parcours et se conclue par une grosse ascension suivie d’une longue descente, un profil qui me convient bien. Enfin le dernier relais débute par une grosse montée sèche et se termine avec une longue section roulante, Vincent est tout désigné comme finisher le luxe de notre équipe.

Ultra du Vercors

Vincent et moi sortons difficilement de notre léthargie et nous rendons sur la ligne de départ en petites foulées afin de nous réchauffer. Un stand « petit dej’ » a été installé pour les coureurs, nous en profitons pour grignoter un peu, l’alimentation va être un point essentiel aujourd’hui. D’après mes calculs je devrais partir aux environs de midi, je prévois donc de faire un petit dej’ de bonne heure puis de grignoter des biscuits entre 9h et 10h afin de refaire mes stocks d’énergie. Je complèterais certainement avec quelques carrés de chocolat grappillés sur les ravitaillements…

Après avoir encouragé Romain, alias « Dédé », celui-ci file se placer dans le sas de départ. Ce n’est pas la bousculade avec 106 coureurs à s’élancer. Le speaker à l’accent du midi, peu commun dans les alpes, donne le top départ, nous regardons Romain passer puis prenons la route de Corrençon.

Ultra du VercorsUltra du Vercors

La météo n’est pas encore au top, il fait assez froid et le brouillard est omniprésent, pas trace des montagnes jusqu’à présent, j’espère que Romain va pouvoir passer au-dessus du nuage pour se faire plaisir… Pendant ce temps la route est périlleuse pour nous, le GPS nous fait partir dans le mauvais sens puis nous reprenons la « route » fléchée par l’organisation. Les premiers kilomètres nous rappellent que nous sommes venu courir un trail, on ne parle plus de route mais de chemin !

Nous finissons par arriver à Corrençon, Seb se met en tenue, je fais mon encas de 9h et nous partons nous mettre sur le parcours pour encourager les coureurs. Les solos partis deux heures avant nous sont en train de passer, quelques duos partis une heure plus tard commencent à arriver. Nous attendons les premiers quatuors au soleil en commençant à nous réchauffer maintenant que le brouillard s’est levé. La journée va être radieuse !

Les premiers relayeurs à quatre passent devant nous, ça va très vite ! Je ne m’éternise pas à l’arrivée et je remonte le parcours après avoir encouragé Seb pour son relais à venir. Je vais aller à la rencontre de Romain histoire de prévenir Seb de son arrivée et de le booster un peu dans les derniers mètres.

Je m’aventure dans la dernière descente du relais, ça semble assez caillouteux, il y a moyen de se faire mal là-dedans… J’encourage les coureurs que je croise puis trouve un petit coin au soleil idéal pour patienter quelques dizaines de minutes. Je discute avec deux coureurs venus supporter les copains quand Romain déboule soudain, je prends une petite photo et passe mon coup de fil à Vincent en tentant d’accrocher la foulée de Romain, il avance l’enfoiré ! Je parviens à raccrocher le wagon et je lui demande comment il va, il est assez remonté car il s’est trompé de chemin dans la descente mais il a l’air satisfait de sa course et des paysages traversés, c’est l’essentiel. Seb s’élance pour sa grosse ascension, Vincent nous annonce que Romain est 25ème en 2h30, pile-poil ce que j’avais prévu !

Ultra du Vercors

Retour à la voiture pendant que Romain nous fait le récit de son aventure, direction Côte 2000 cette fois. Nous arrivons sur le parking bondé, le soleil tape fort, je sens que je vais rôtir, moi qui craignait d’avoir un peu froid en altitude… Je continue de faire mes réserves sur le ravito : pâtes de fruit, carrés de chocolat, tranches de cake et grands verres d’eau. J’ai encore du temps avant l’arrivée de Seb, d’après mes estimations il devrait arriver un peu avant midi. Histoire de voir large je prévois d’être paré à partir à 11h30, sait-on jamais. En attendant l’heure fatidique nous allons boire un verre avec Vincent et Romain, je résiste à l’appel de l’apéro et commande un Perrier. On se rattrapera ce soir…

11h10 : je pars m’échauffer en repérant tout d’abord les premiers mètres de mon parcours. Il va falloir se mettre dans le bain rapidement, j’attaque par une bonne montée ensoleillée que le profil ne montre pas spécialement… N’ayant pas envie de me gâcher le plaisir de la découverte je redescends vers le ravito et remonte le parcours en encourageant les coureurs que je croise. Les jambes ont l’ai bien répondre, je redescends attendre Seb sous les encouragements du public, j’ai beau leur dire que je m’échauffe tout le monde veut m’encourager, c’est vraiment une belle ambiance !

Le soleil cogne, je bois un dernier petit coup avant mon départ imminent et pars à la recherche d’un petit coin à l’ombre. Je finis par me poser à l’abri d’un petit chalet juste devant le tapis de chronométrage puis vois Romain débouler, il m’annonce que Vincent est parti chercher Seb qui s’est fait mal à la cheville, aucune idée de la gravité de la blessure. Mince, ça c’est la tuile ! J’espère qu’il n’a rien de grave…

Après de longues minutes d’attente je vois Vincent arriver en trottinant, il me dit que Seb est juste derrière, ouf ! Il trottine sans trop grimacer, c’est plutôt bon signe. Il me passe le bracelet-témoin et s’excuse pour le contretemps, on aura tout entendu ! Apparemment il n’y a rien de trop grave, je lui tape dans les mains et fonce bille en tête dans mon relais, j’ai à l’esprit un petit mot de Romain : il y en a trois à moins de cinq minutes. J’ai dit il y a moins de deux heures que je ne voulais pas me mettre dans le dur aujourd’hui, j’ai déjà oublié ma résolution. La frénésie du dossard…

J’entame ma course avec une petite butte à enjamber suivie d’un replat, les muscles sont vite à température, le cœur monte rapidement dans les tours. Je calme un peu le jeu afin de monter en intensité raisonnablement et éviter de me griller d’entrée. La montée est moins sèche qu’il n’y paraissait, je parviens à grimper en petites foulées en dépassant des solos. J’ai le sourire dans ces premiers mètres, je me fixe un petit challenge supplémentaire : encourager tous les coureurs que je dépasserais aujourd’hui, même si je suis à l’agonie.

La montée se passe à merveille, je gère mon allure pour ne pas me mettre dans le rouge en n’hésitant pas à marcher quelques mètres avant de relancer assez fort. Je me sens vraiment à l’aise sur ce terrain pas trop pentu, toutefois le soleil est omniprésent et, même s’il ne me gêne pas pour le moment je sens qu’il va jouer un rôle important. En dépassant j’essaie de jeter un œil aux dossards pour repérer du rouge mais j’ai l’impression de ne dépasser que des solos… Au bout d’un petit moment je vois un coureur sans sac (et le matériel réglementaire) dont foulée plutôt légère sort un du lot, ma première victime ! Je l’enrhume en ne manquant pas de l’encourager comme il convient, la différence de rythme est assez notable et confirme ce que je sentais, j’ai l’air d’être dans un bon jour !

Le terrain est plutôt vallonné et propose de petites rampes suivies de portions plus roulantes qui me permettent de relancer constamment. Ce profil est idéal pour moi pour reprendre du temps aux autres relayeurs, j’essaie d’optimiser mes relances pour grappiller un maximum. Une petite portion de route vient varier un peu l’effort, naturellement mes jambes se callent à une allure marathon, je remonte une petite file de coureur et avale un nouveau relayeur.

J’essaie de me repérer par rapport au profil que j’ai en tête mais cela ne colle pas tout à fait. Peu importe, j’ai une idée générale du parcours : faux plat montant pendant 6 ou 7 bornes, une petite descente suivie d’une montée de plusieurs kilomètres, une belle descente (450D-) et une section plane jusqu’au ravito de Lans au 16ème kilomètre, enfin on rentrera dans le vif du sujet avec l’ascension du Moucherotte (850D+) et la longue descente d’environ 700m vers St Nizier. Bref, pour le moment je carbure !

Ultra du Vercors

Retour sur les chemins, j’alterne montée et descente, l’altimètre semble en phase descendante. Le nombre de mes victimes augmente en flèche mais je ne sais pas où j’en suis de ma remontée sur les relayeurs. Le terrain commence à remonter, d’après mon GPS j’en déduis que j’aborde la grosse bosse. Une nouvelle fois c’est moins raide que ce que je pensais, je marche très peu et les relances vont bon train. Etant en sous-bois je souffre moins de la chaleur à présent. Le terrain devient humide et boueux, ayant mis les cascadias à la poubelle suite au GR20 je cours avec ma paire fétiche qui manque cruellement de crampons, je lève un peu le pied pour éviter de chuter, d’autant plus que le chemin serpente entre les flaques de boue. Les appuis ne sont pas vraiment sûrs…

Je jette un œil de temps en temps au GPS pour savoir comment gérer mon effort, j’approche de l’heure de course et j’ai déjà atteint les 10km de course. Je vais peut-être avoir de l’avance sur ma prévision de 3h00 ! La descente et le ravito ne sont plus très loin, je commence à me réjouir à l’idée de boire un verre d’eau et de peut-être voir les autres, j’espère qu’ils auront eu l’idée de poser la voiture à Lans.

Ca ne monte pratiquement plus, je suis maintenant sur le plateau plutôt ombragé, toujours en train de dépasser des coureurs. Je retrouve du souffle, j’en profite pour essayer d’avoir un petit mot sympa pour les solos afin de varier un peu, les disques « Aller, courage ! » et « Bravo, c’est super ! » commencent à être rayés… J’approche de la mi-course, les jambes tournes mieux qu’espéré, je prends un plaisir formidable. Pourvu que ca dure… Je commence à avoir des démangeaisons dans les orteils, en voulant partir léger j’ai mis peu d’eau dans mon sac, par conséquent j’économise le précieux liquide pour quand la course va se durcir. Je me rends soudain compte que ma stratégie est totalement stupide, si je veux prévenir les crampes mieux vaux m’hydrater dès maintenant et terminer sur les réserves plutôt que de boire une fois qu’il sera trop tard… Je commence à siroter en espérant ne pas avoir trop trainé…

Les kilomètres passent vite, j’ai l’impression d’être parti il y a dix minutes alors que j’entame la descente, 12 bornes au compteur ! Parti dans mon élan je manque continuer tout droit sur le large chemin quand un solo bifurque en sous-bois une dizaine de mètres devant moi. Je le dépasse rapidement alors que nous nous lançons dans une belle descente raide, accidentée et pleine de racines sur un chouette petit single. Un coureur devant moi fait une grosse descente, il doit être en relais aussi mais je ne parviens pas à voir son dossard. Je reste un peu derrière lui tandis que nous dépassons quelques coureurs qui ont l’air d’en baver. Il me propose de passer mais je décline, je ne pense pas être capable d’aller plus vite. Finalement je me décide à passer quelques minutes plus tard, étant collé dans son dos je n’avais aucune visibilité et je devais souvent réagir très vite pour éviter le gadin. J’étais impressionné par sa foulée mais maintenant que je suis devant je me rends compte que je parviens à tout faire un peu plus vite que lui, je crée rapidement un petit trou entre nous.

Le single rejoint un chemin carrossable le temps d’un replat puis nous repartons en sous-bois sur une nouvelle monotrace du même acabit que la première, je me régale ! Finalement la descente semble se terminer, j’aperçois Lans en contrebas alors que j’arrive sur le domaine skiable, il va maintenant falloir descendre la piste de ski ! J’ai une grosse pensée pour Christophe qui me parle encore de cette montée deux ans après être passé par là. J’ai beau descendre, ce n’est pas une partie de plaisir : c’est monstrueusement raide ! Les genoux dégustent… C’est un peu à l’encontre de mes principes mais je pile des deux fers pour m’économiser dans cette grosse descente.

Une fois en bas je passe une petite bosse en déposant sur place un relayeur puis je file vers le ravito sous les encouragements du public. On m’arrête pour prendre mon numéro de dossard pendant que je dégaine mon gobelet. Je bois deux verres d’eau gazeuse à défaut de trouver de l’eau plate et repars un peu derrière le relayeur doublé juste avant qui ne s’est pratiquement pas arrêté. Je repars en lâchant un énorme rôt, l’eau gazeuse ne me réussit pas…

C’est parti pour la seconde partie de mon relais ! Un peu moins d’1h30 à la montre, il me reste 11km à cravacher et le Moucherotte à grimper. J’ai bon espoir de passer en moins de 3h00. Je traverse une petite route derrière l’autre relayeur qui manque une bifurcation à gauche, je l’appelle pour qu’il ne parte pas dans la pampa. Un dépassement facile pour moi !

Il reste un peu de plat avant d’entamer la grimpette. J’arrive en sous-bois où je croise un bénévole, j’aperçois un transat derrière un buisson et lui demande s’il est d’accord pour me le prêter mais il n’a pas l’air de cet avis… Une petite côtelette et me revoici sur une route. Je commence à être déçu de ne pas avoir vu les copains quand j’aperçois des silhouettes qui me disent quelque chose, c’est eux ! Laetitia, une nouvelle venue à l’AAAL est là aussi, elle est venue suivre sa mère qui est aussi engagée sur le relais. Je passe devant mes supporters heureux comme un pape, Romain me dit que j’ai fait une grosse remontée et que j’ai quelques relayeurs à portée. Son dernier commentaire me fait énormément de bien au moral : « Et ils n’avaient pas ta foulée ! ». Je vais les dévorer en même temps que le Moucherotte !

Ultra du Vercors

Je file vers la grosse difficulté de mon relais, un petit virage à gauche et c’est parti ! Argh, me voilà au pied du mur, au sens propre… Devant moi je vois plusieurs coureurs solos ainsi que des relayeurs pratiquement à l’arrêt. Il va falloir lever les genoux… Mon moral n’est pas entamé, je monte en marche rapide en dépassant ce petit monde. Très vite la fatigue me rattrape et le travail de sape de la chaleur finit par porter ses fruits : je suis dans le même état que le reste de la troupe, chaque pas est une réelle gageure. Je m’agrippe aux cordes à notre disposition et me hisse à la force des bras. Je m’attendais à être plus véloce après ma semaine corse, celle-ci aura au moins le mérite de m’avoir préparé à franchir ce type de difficulté sans trop réfléchir. Quelques spectateurs sont venus nous voir dans ce moment de solitude, je plains sincèrement les solos qui doivent souffrir… Un promeneur m’encourage, il me dit de penser à la fraicheur qui nous attend en haut, je rétorque que je pense plutôt à la bière qui m’attend en bas ! J’ai beau être dans un moment de galère je parviens à garder le sourire, c’est plutôt bon signe !

A défaut d’admirer le paysage je regarde alternativement mes pieds et l’altimètre, ce dernier me permet d’absorber la difficulté sans trop ronchonner, je sais que l’ascension va finir par se tasser. L’altitude monte relativement rapidement, j’ai hâte de retrouver un rythme plus proche de la course…

Je mets un point d’honneur à arriver en haut sans faire de pause, de nombreux coureurs autour de moi s’arrêtent afin de récupérer, je sais qu’en ne coinçant pas je gagnerais un temps précieux. J’ai vraiment du mal, je commence à cuire sous le soleil, j’ai soif… Tandis que je marche je sirote quelques gorgées. Je suis contraint de m’arrêter quelques secondes pour ranger mon tuyau d’eau avant d’attraper une énième corde.

Ca y est, me voilà en haut du mur ! Le chemin retrouve un pourcentage plus humain, je suis assez haut dans les tours mais j’arrive à redémarrer sur une petite foulée. Devant moi les visages sont vraiment marqués, j’encourage tout ce petit monde tandis que je commence à récupérer un peu. J’avais beau avoir tout bien préparé en imprimant les profils de chaque relais, je pensais avoir le temps de bien mémoriser le mien mais la journée a été plus agitée que prévu. Je peste de ne pas avoir noté ce mur en début d’ascension, le moral aurait été moins entamé et j’aurais certainement mieux abordé la difficulté.

La montée continue en sous-bois, je marche encore pas mal dans les parties raides mais les relances deviennent de plus en plus naturelles. Je profite de l’ombre pour refroidir un peu en continuant de m’hydrater régulièrement. Il me reste environ 350m de dénivelé, le plus gros de l’effort est derrière moi.

Je retrouve un peu la parole alors que je double de nouveau quelques coureurs. J’encourage une suissesse qui semble ravie de trouver un peu de soutien puis un couple dont le mari a l’air d’être dans le dur. Depuis le début je suis sidéré par le nombre de solos qui m’encouragent lorsque je passe devant eux. Ils n’hésitent pas à me laisser le passage alors qu’ils fournissent un effort énorme, c’est quand même chouette l’ambiance trail…

Le sympathique sentier ombragé finit par céder la place à un large chemin carrossable en plein cagnard… La pente n’a rien de terrible, j’essaie donc de courir un maximum alors que je suis à 250m du sommet. Je commence à sentir que je suis cuit et la descente qui se profile m’inquiète un peu, ça semble être très raide, pour peu que ce soit technique j’aimerais être aussi lucide que possible. Je lève un peu le pied afin d’économiser mon énergie : j’alterne les portions de course et de marche, je reste assez performant de cette manière sans pour autant me mettre dans le rouge. Je double encore quelques coureurs, personne ne cherche à courir dans cette section. Je passe devant un panneau m’annonçant le sommet à 1,7km soit 45 minutes de marche, je tiens le bon bout !

Je me fixe de petits objectifs pour ne pas me démobiliser : je marche jusqu’au buisson, je trottine jusqu’à dépasser le prochain coureur puis je marche 30 secondes… Je contrôle régulièrement le GPS, j’y suis presque ! Des promeneurs sont là et ne manquent jamais de nous encourager. Malgré mon petit manège je sens que je ne suis pas à bloc, mon cœur n’est pas dans les tours et mes cuisses ne brûlent pas comme dans la première section de l’ascension, pourtant je n’ai pas la volonté d’appuyer sur l’accélérateur…

Le sommet est tout proche, j’ai le point de bascule en ligne de mire. Je rejoins un solo en trottinant et marche un peu avec lui en discutant avant de repartir en courant, bien décidé à en finir. Ce dernier prend ma roue mais abandonne assez rapidement pour ne pas se griller. Il lui reste près de 25Km avant l’arrivée tout de même…

Trop concentré sur mon objectif je me fais rappeler à l’ordre : le balisage nous fait quitter le chemin pour grimper dans l’herbe en direction du sommet. Aie, il faut de nouveau pousser sur les cuisses ! D’après l’altimètre il ne me reste pas grand-chose à avaler, tant mieux car je fais un faux mouvement et une crampe prend sans crier-gare dans ma cuisse droite, c’est une première pour moi ! Pas de panique, il ne me reste que quelques mètres à grimper, il faut juste veiller à éviter de trop mobiliser ce muscle. Manque de bol, le terrain m’oblige à pousser comme un malade en forçant au passage sur la crampe. Je grimace mais continue à avancer avant de passer le sommet, sa table d’orientation et sa station météo.

Si je m’étais régalé jusqu’à présent avec des paysages sympas, me voici face au gros point noir de mon relais : une vue plongeante sur Grenoble. Que c’est laid ! Un amas de béton en contrebas alors que je suis au milieu des montagnes… Tant pis, je regarde le plateau du Vercors de l’autre côté, je bascule mon cerveau en mode descente, plus besoin de gérer, il va falloir envoyer en regardant où je pose les pieds! Avant que les difficultés ne commence je siphonne les quelques gorgées qui restaient dans mon camelbak, j’ai vraiment calculé pile-poil !

Terminé la marche, place à l’instant de vérité : je reprends une petite foulée légère pour aborder la descente. Aucune douleur dans la cuisse, ça passe ! Ouf… J’ai bien envie d’allumer dans ces derniers kilomètres, je vais essayer de monter petit à petit en régime pour voir comment le muscle tient. Les sensations sont plutôt positives et je dépasse toujours quelques coureurs.

Le faux-plat descendant tire sa révérence, me voici dans le vif du sujet avec une grosse descente technique. Le terrain poussiéreux se dérobe sous mes pieds, je suis forcé de mettre les mains pour rester debout, deux solos sont devant moi, c’est tout juste si je vais plus vite qu’eux ! Ils me laissent passer, ils ont l’air encore assez frais par rapport à tous ceux que j’ai vu jusqu’à présent. Je suis ultra-concentré sur mes pieds, malgré tout je passe plusieurs fois à deux doigts de la correctionnelle, je tuerais pour un cramponnage digne de ce nom… La partie technique dure un moment avant de rejoindre un sentier tout aussi raide mais nettement plus roulant, mes jambes se remettent en route, les relances sont plus tranchantes. Pas de quoi s’enflammer cependant, il y a pas mal de petits cailloux qui roulent sous mes pieds et pas mal de petits virages, avec mes chaussures trop lisses, ça glisse !

Je commence à avoir mal aux genoux à force de descendre mais je serre les dents, je n’en ai plus pour longtemps. Je croise quelques randonneurs qui sont en train de monter, ils n’ont pas l’air bien aguerris et ne semblent pas très marqués pour autant, je dois approcher de St Nizier. Je demande à une promeneuse en passant si l’arrivée est proche, elle m’annonce environ 1,5Km. Contre toute attente l’information se révèlera exacte. Je serre le poing, j’y suis presque. Le chemin est maintenant large et pas vraiment technique mais toujours aussi raide, les cuisses et les genoux prennent cher à force de me retenir de dévaler, j’ai hâte d’arriver, de boire un coup et de retrouver les copains.

J’aperçois le village alors que je déboule sur une route bien plate, j’accélère un peu. Je bifurque sur une nouvelle piste de ski moins raide que la première, ce n’est pas une partie de plaisir pour autant… Je descends tant bien que mal en dépassant un dernier coureur au passage. Le public est au rendez-vous pour m’encourager, je Laetitia en bas, c’est bon de voir des visages connus ! Je cherche Seb et Romain du regard mais je ne les vois nulle part… Je relance une dernière fois pour atteindre le ravito et passe le bracelet-témoins à Vincent qui me dit un truc que je ne comprends pas bien, j’acquiesce instinctivement. Le voilà parti en trombe pour le dernier relais !

Je jette un œil à ma montre, 3h00 tout rond ! Mes calculs étaient bons ! Je file au ravito et vide les verres d’eau et de coca jusqu’à ne plus rien pouvoir absorber, je suis sec comme un coucou. Je mange un peu, j’ai sauté le repas de midi avec cet horaire de départ à la noix. Pas de trace de Seb et Romain, je fais le tour du village pour les trouver mais ils ne sont nulle part, zut ! Je refais un tour pour localiser la voiture mais je termine une nouvelle fois bredouille. Je me dis que Romain a certainement emmené Seb à l’hôpital pour sa cheville mais Vincent me l’aurait dit… Naturellement j’ai oublié mon téléphone dans la voiture… Tant pis, je vais attendre qu’ils me trouvent avec Laetitia, au pire elle pourra me déposer à Méaudre.

Finalement j’aperçois Romain qui remonte vers moi, ils étaient bien à l’hôpital. Seb n’a rien de grave, rien de cassé, juste une entorse qui l’obligera à porter une attelle pendant 15 jours. On s’en serait bien passés mais le pire est évité.

Nous reprenons la voiture en direction d’Autrans cette fois pour voir passer Vincent après 14Km de course. Romain a fait un point sur les écarts après mon relais : j’ai remonté 14 personnes, passant de la 27ème à la 13ème place. Les écarts sont maintenant assez conséquents : Vincent doit remonter 18 minutes pour prendre la 12ème place. Nous l’attendons à l’ombre, à côté du ravito, il passe environ 5 minutes après le 12ème qui n’a pas l’air au mieux, il va le croquer ! Il prend une bonne pause pour refaire le plein d’eau, il a les traits tirés à cause de la chaleur mais repart pour les 7 derniers kilomètres assez plats sur une grosse cadence, du grand Vincent !

Ultra du Vercors

Seb et Romain ont la dalle, pour ma part j’ai le ventre un peu en vrac avec la déshydratation et les quantités de liquide ingurgitées au ravitaillement. Nous nous rendons clopin-clopant à la boulangerie du village chercher un sandwich. A bientôt 17h il ne reste plus grand-chose, nous ressortons avec une baguette et des quiches, un régal !

Nous ne trainons pas et reprenons la route de Méaudre, vu le rythme de Vincent le temps nous est compté… A peine arrivés et installés dans un coin à l’ombre pour attendre notre finisher qu’il déboule devant nous, tout sourire, nous tape dans les mains et passe la ligne, 11ème en 10h43’42. Quel finish !

Il ne nous reste plus qu’à savourer la fin de cette belle journée, une petite douche, une bière en regardant passer les coureurs et il est temps de rentrer à Lyon pour récupérer un peu avant le week-end prochain : l’ancilevienne avec Romain. Encore de bons moments de rigolade en perspective !

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