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Marathon de Paris

Publié 15 Avril 2015 par Thomas Diconne in route

Marathon de Paris

Après un début de saison à travailler ma vitesse j’ai enfin revu mes priorités : me préparer pour l’échappée belle. Mon premier test sera dans la Drôme le week-end prochain mais pour le moment je suis à Paris, invité par ASO pour observer l’organisation du marathon. Evidement quand on me propose la veille de prendre un dossard mon sang ne fait qu’un tour, me voilà embarqué pour 42,195km d’effort…

Après le semi de Bourg j’ai enfin axé mon entrainement sur la distance et le dénivelé, les trois premières semaines m’ont laissé marqué avec un gros pic de fatigue et un genou qui commençait à couiner. A deux semaines de la Drôme j’ai jugé sage de lever le pied, une jolie sortie trail à la planche des belles filles, quelques montées dans Fourvière et une petite séance de VMA et basta, 10 jours de repos. Sauf que voilà, je me retrouve avec un dossard de marathon entre les mains. Pas très prudent mais tellement tentant, surtout après mon forfait de 2014...

La journée du samedi est bien agitée, nous courons la breakfast-run et allons regarder la course des enfants en compagnie de Yamina, Alain, Dom, Michel et Vincent. Nous nous rendons ensuite sur le salon du running, nous faisons le tour des stands avant d’aller jeter un œil au retrait des dossards. C’est le même mode de fonctionnement qu’à Lyon, la seule différence est dans l’échelle. Ici tout est gigantesque. Je récupère mon dossard de dernière minute avec un sas 3h00 (merci Michel !), j’ai l’impression d’être un 25 décembre ! Nous sommes invités au repas des bénévoles, une grosse tartiflette nous est servie, pas franchement l’idéal une veille de course mais c’est quand même drôlement bon ! Nous passons le début d’après-midi sur le salon avant de retourner à l’hôtel pour une petite sieste. Pas moyen de roupiller, j’ai le cerveau en ébullition, impossible de me décider sur mon objectif. Jouer la carte de la prudence et me promener, faire un temps honorable aux alentours de 3h ou carrément envoyer la sauce et essayer de faire tomber mon record. Pas moyen de me décider…

Nous sortons boire un verre, les bières des copains me font de l’œil tandis que je sirote religieusement mon perrier tranche puis nous trouvons un italien où ce sont cette fois les pizzas qui m’aguichent quand je commande des pâtes… Je prends mon mal en patience en sachant que la journée de demain vaudra largement ces quelques sacrifices. Je m’autorise une petite glace, légère entorse au règlement, de toute manière je songe à jouer la carte de la prudence demain. Nous filons nous coucher de bonne, la nuit risque d’être courte…

Comme toute bonne veille de course, j’ai l’impression d’avoir mal partout, néanmoins je m’endors comme une souche, bien rincé de ma journée. Dom se lève, c’est déjà l’heure ! Je suis complètement naze, c’est décidé je vais y aller cool. Je regarde l’heure : 4h02, faux départ, je retourne dans les bras de Morphée après avoir cogité un long moment sur ce que j’attends de ce marathon. Toujours pas moyen de me décider, je sais que mon choix se fera dans les premiers kilomètres en fonction de mon ressenti.

6h05, cette fois c’est la bonne ! Je saute du lit, au taquet. J’enfile mon short et mon tshirt, j’ajoute une seconde couche pour ne pas avoir froid avant le départ pendant que Dom prend sa douche et nous filons au petit dej. Le timing est serré, le restaurant n’ouvre qu’à 6h30, pas de passe-droit pour les marathoniens alors que nous avons rendez-vous sous l’arche de départ à 7h30. Nous avons prévu de décoller à 7h45, pas le temps de chômer ! J’attrape de quoi me faire quatre grosses tartines et deux bonnes tasses de thé vert à la menthe. Avec de telles réserves je me sens capable de faire les 42km en autonomie complète.

Nous filon prendre le métro au pas de charge et arrivons à l’heure au point de rendez-vous. La ligne de départ est encore désertique à cette heure bien matinale. A partir de ce point mon quotidien de coureur va subir de grands changements. Le petit badge « Organisation » que nous a remis ASO la veille va nous ouvrir bien des portes… Nous nous rendons dans l’espace VIP situé face à la ligne de départ, il faut d’abord montrer patte blanche mais la suite chamboule mes habitudes. Mon sac à dos est pris en charge avant d’être acheminé dans l’aire d’arrivée, un petit dej’ grand luxe nous est proposé et, fin du fin, les toilettes sont propres et il n’y a pas besoin de faire la queue.

Marathon de ParisMarathon de Paris

Je papote encore un peu avec les copains, récupère mes lunettes oubliées au fond de mon sac et file me mettre sur la ligne de départ. Cette ambiance huppée ne me convient guère, j’aime autant être au milieu des coureurs afin de me mettre dans ma bulle. Une nouvelle fois mon petit badge magique fait des miracles, je rentre dans le sas préférentiel comme dans un moulin. J’étais sensé être dedans en 2014, vu ma forme actuelle je pense que je ne vais pas gêner grand monde.

Marathon de Paris

Il n’y a pas grand monde dans le sas pour l’instant, j’essaie de faire un peu chauffer mes muscles mais l’espace est trop restreint. Tant pis, je vais garder du jus pour la course, je partirais tranquillement le temps que le moteur se mette en route. Ce se remplit peu à peu, bientôt je me retrouve entouré de coureurs top-fashion aux allures de grosses brutes. J’ai un peu l’air d’un touriste avec les quelques bricoles que j’avais glissé dans mon sac, à l’origine je pensais faire un petit footing de 10km relax samedi soir. Je me retrouve entouré de l’élite d’un marathon international avec mon short decat à 5,90€, mon tshirt finisher de la saintexpress et mes chaussures roses pas du tout assorties. J’ai un peu l’impression d’aller bosser avec une paire de tongs… J’essaie de discuter un peu avec les mecs autour de moi, personne ne répond, si courir vite rime avec devenir autiste la prochaine fois je partirais dans le sas de derrière. Je relativise, je m’apprête à vivre un super moment sur l’un des plus grands marathons, le soleil brille, ma déception de 2014 va bientôt être oubliée !

L’heure du départ approche, je suis le mouvement général et retire le poncho biodégradable donné par l’organisation, en revanche je garde ma petite bouteille d’eau à la main, non pas que je veuille la garder à tout prix mais je ne vois pas de poubelle à proximité et j’ai peur de blesser quelqu’un si je la jette par-dessus la foule… Le flot de coureur s’avance un peu, je repense à mon début d’année 2014 et à la chance que j’ai d’être là ce matin, l’émotion me rattrape, j’en ai la larme à l’œil… Le décompte commence et je retrouve mes esprits, cette fois c’est parti !

Une fois n’est pas coutume, aucun bouchon au départ, tout le monde part à une grosse cadence. Je me surprends même à m’écarter sur le côté pour laisser passer les coureurs pressés et profiter tranquillement de la descente des champs. Après 500m ma montre m’indique que je suis à 15,0km/h, autant pour le départ pépère. Je jette ma bouteille maintenant qu’il y a un peu de place autour de moi et j’essaie de me caler sur un rythme plus relax.

Je discute brièvement avec un mec, nous nous délectons de l’ambiance de départ et de l’énormité de la chose. Nous nous souhaitons mutuellement bonne course alors que le premier kilomètre est déjà avalé. Mon rythme n’a pas bougé d’un iota, c’est plaisant d’aller à cette cadence mais cette base de 2h48 me semble très ambitieuse… Il faut vraiment que je lève le pied !

Je m’aperçois que je prends une mauvaise trajectoire, la ligne bleue a été matérialisée, je vais essayer de la mettre à contribution. Je prends un virage à la corde et débouche sur la place de la concorde. Décidément ca a de la gueule ! C’est parti pour la rue de Rivoli et un passage le long du jardin des Tuileries puis du Louvre. Les bâtiments grandioses se succèdent et les kilomètres défilent sans même que je n’y fasse attention.

La rue est découpée en deux voies séparées par un bout de trottoir. Tout le monde court dans la voie de droite sans aucune raison apparente, m’y sentant à l’étroit je saute dans la voie de gauche, le contraste est assez rigolo : des centaines de personnes à droite, un illuminé tout seul à gauche. En attendant l’illuminé remonte la file de coureurs, pas forcément très prudent comme stratégie ! Les jambes déroulent toutes seules, j’essaie de me canaliser sans grand succès.

Les premiers orchestres font leur apparition, il y a pas mal de spectateurs le long du parcours, des dizaines de touristes asiatiques, fidèles à leur réputation, nous bombardent de photos, les pompiers de Paris ont sorti un camion et déployé l’échelle au-dessus de la rue pour nous regarder passer. Ce départ est vraiment festif, je suis vraiment en train de prendre mon pied !

J’aperçois un panneau indiquant le premier ravito, déjà le cinquième kilomètre ! Je passe le premier point de contrôle en un peu moins de 20 minutes, pile les bases de 2h48. Les premiers kilomètres passés j’en sais un peu plus sur ma forme du jour et sur ce que je suis venu chercher aujourd’hui : mes jambes tournent bien et le cardio m’a l’air vraiment bas, la météo est optimale, tant pis pour la Drôme, je vais essayer de faire quelque chose de chouette aujourd’hui. J’ai plusieurs temps qui me trottent dans la tête, mon record de 2h54, le record d’Olivier en 2h50, ou encore 2h48, chrono qui m’obsède depuis maintenant 18 mois… Toutefois je ne m’enflamme pas, je vais courir au feeling sans m’imposer de tempo. J’aimerais prendre du plaisir le plus longtemps possible, sans me mettre de pression. Je vais continuer un petit moment comme ça, je ferais un point au 10ème kilomètre.

Le ravitaillement de la place de la Bastille arrive, j’attrape une bouteille d’eau préalablement débouchée. L’initiative est excellente, pas besoin de se fatiguer à l’ouvrir, cependant j’aimerais bien garder ma bouteille un petit moment afin de la siroter tout doucement. Même en faisant attention à ne pas trop balancer le bras l’eau gicle dans tous les sens, je me retrouve vite trempé et pas franchement hydraté. Je siphonne rapidement ce que je peux avaler en courant et jette la bouteille dans une des dernières poubelles placées le long de la route. J’espère que les prochains ravitos seront équipés de bouchons…

La Bastille franchie c’est un peu moins chouette visuellement, en revanche l’ambiance est toujours au rendez-vous, les orchestres se succèdent, tous les styles sont représentés, c’est vraiment agréable. Je continue ma petite remontée et trouve mes premiers coureurs essoufflés, même pas 1/8ème de la distance parcourue que ceux-ci sont déjà à la peine, je leur souhaite bien du courage… Je critique, je critique, mais à la cadence que j’emmène je risque d’être rapidement dans le même état ! J’oscille entre 3’50 et 4’00 au kilomètre, je sens que je vais prendre peur en voyant le chrono du dixième kilomètre…

A chaque attroupement je guète le public en cherchant les copains, j’ai eu des messages sympas de Aymeline et Florian qui devraient eux-aussi être sur le parcours pour encourager les quelques lyonnais montés à la capitale. Je suis d’humeur joyeuse, je fais un saut de cabri en passant devant un groupe de photographes, les coureurs derrière moi (à juste titre ?) ont l’air de me prendre pour un dingue. Le 8ème kilomètre arrive, un panneau le matérialise de même que le 5ème mile. Je tente une boutade, « C’est plus facile en mile quand même, on dirait qu’il y en moins ! », choux blanc, évidemment.

Le moteur carbure toujours à l’orée du bois de Vincennes. Le troupeau de coureurs du début s’est bien fluidifié, j’ai l’impression d’être en sortie longue alors que nous retrouvons un calme relatif après être passés devant le palais de la porte dorée. Nous longeons un lac avant de bifurquer sur une petite route en faux plat montant. Le second ravito nous attend au détour du virage après quelques centaines de mètres. Je passe devant le panneau 10km et fait bipper ma montre : 39’25, c’est juste monstrueux, jamais je ne tiendrais à cette cadence ! Il faut vraiment que j’arrive à réguler mes jambes.

Je repère sur le ravito une bouteille qui n’a pas encore été débouchée, je me jette dessus avant que quelqu’un ne la remarque et sirote mon eau doucement le long du parcours. Manque de bol les poubelles disposées à la sortie du ravito sont sur une zone assez réduite, je me vois contraint de la jeter en dehors de la zone prévue. Le petit trailer en moi me houspille…

Une petite troupe s’est formée devant moi, je reconnais un groupe de coureurs en jaune et bleu qui était devant moi sur la ligne de départ. Je leur demande sur quelle base ils sont lorsque j’arrive à leur hauteur, 3’57 au kilo me répond-on. Un autre me dit un peu moins de 2h48. C’est ambitieux mais par rapport à ma cadence actuelle c’est un peu plus raisonnable. « Je viens avec vous les gars ! » Je me cale dans leur roue et commence à discuter avec eux, ils sont du coin et semblent avoir un niveau plus qu’honorable. Si certains semblent parfaitement à l’aise d’autres semblent plus à la peine, à mon avis il va y avoir de la casse…

Nous passons ensemble devant le château de Vincennes et sans trop savoir comment me voilà à faire le train. Un coureur à l’arrière nous dit que nous avons ralenti, ce n’est pas vraiment mon ressenti, je maintiens ma cadence alors que j’amène notre petit train à dépasser un autre groupe. Mon rythme s’accélère naturellement et je m’extirpe du troupeau sans y faire attention, me revoilà en solitaire. Décidément mes jambes doivent être en pleine crise d’adolescence, pas moyen de leur faire entendre raison… Je ne m’affole pas pour le moment, tous les voyants sont au vert même si j’ai les mollets légèrement raides, sans doute des restes de ma séance de 8x600m de vendredi.

La longue ligne droite le long du parc floral s’avale comme un bol de chocapics, il y a toujours quelque chose à regarder entre les orchestres, les spectateurs, les joggeurs du dimanche et les grand-mères à vélo qui nous coupent la route. Un orchestre entame Satisfaction des Stones, je passe en chantant avec un petit signe de la main. Un petit virage sec à droite rythmé par un groupe de cors de chasse et je relance. C’est assez léger mais je commence à sentir que ça grimpe. J’aperçois le sommet de la bosse alors que nous longeons l’hippodrome, vu ma cadence actuelle ça promet d’envoyer sévère dans la descente !

Je fais la bascule juste avant le ravito, j’attrape une nouvelle bouteille déjà débouchée, avale ce que je peux sans trop m’en mettre partout et la jette dans la première poubelle disponible. Nouveau point chronométrique, 58’58. J’ai un peu d’avance sur les 2h48, tout se déroule toujours à merveille, prochain checkpoint au semi ! Les jambes déroulent toutes seules dans cette petite descente, c’est un vrai bonheur !

Après ce sympathique passage au vert nous retrouvons la civilisation, j’ai l’impression que j’ai encore accéléré la cadence. J’essaie régulièrement de prendre la roue d’un coureur mais rien n’y fait, après une centaine de mètres je décroche pour retrouver mon allure naturelle. J’ai du mal à comprendre ce qu’il se passe, je suis en moins de 3’50 au kilomètre sans avoir l’impression de fournir un effort. Je me surprends même à siffloter un air que j’ai dans en tête depuis quelques bornes. Je sens que d’ici une heure l’addition va être salée…

Un petit orchestre joue dans le coin, ils entament un air plan-plan, vite, je file avant de m’endormir… Un peu plus loin la large artère que nous empruntons se réduit à un mince couloir à cause des spectateurs amassés là, l’ambiance est énorme, on se croirait à l’arrivée d’un col du tour de France !

J’ai des pensées plein la tête ; Laurence a parié que je ferais un gros truc ce matin, je pense à Anne qui mourrait d’envie d’être là et à qui j’ai promis de profiter pour deux, aux copains qui m’attendent derrière la ligne d’arrivée, à Christophe qui m’a permis de passer un gros cap cette année, à mes six mois de blessure dont le souvenir commence à être moins cuisant… Trop d’émotions d’un coup, derrière les lunettes j’en ai les larmes aux yeux. Je me reprends vite, il faut que je garde la tête froide.

Il y a à nouveau du monde sur la route pour nous encourager, je me sens pousser des ailes en constatant que tous les coureurs que je dépasse semblent essoufflés. De mon côté je me sens encore assez frais, je fais de petits signes aux orchestres et remercie de temps en temps les spectateurs. Les kilomètres passent à vitesse grand V, je suis dans ma bulle, totalement détendu alors que l’allure ne faiblit pas. Le 20ème kilomètre arrive déjà, il y a foule pour nous encourager ! J’aperçois Yam, Alain et Dom qui ne semblent pas m’avoir repéré, je leur fait de grands signes en arrivant et tape dans la main de Dom pendant que Yam fait une photo. Quelques mètres plus tard je passe devant le panneau des 20km, 38’36 sur cette portion, gloups !

Marathon de Paris

Un peu de soutien et ce gros chrono qui commence à se dessiner me rendent euphoriques, j’ai à peine le temps d’attraper une nouvelle bouteille au ravito que j’arrive à l’arche du semi. Me voilà rendu en 1h22’06 ! Le calcul n’est pas compliqué, je suis sur une base de 2h44 ! Le chiffre me paraît totalement surréaliste, je suis persuadé que je vais vivre une fin de coure apocalyptique, perclus de crampes. J’ai l’impression de gérer ma course comme un débutant en me laissant totalement porter par l’ambiance, pourtant mes jambes me crient de continuer bien que mes mollets tirent un peu. Je me réservais la possibilité de m’arrêter au semi afin de ménager la monture avant la Drôme, mais je me rends bien compte à présent que ce n’était que du vent, je me sens vraiment trop bien, pas question de changer quoi que ce soit.

Une petite pensée me traverse l’esprit, les derniers coureurs viennent seulement de s’élancer, les chiffres de ce marathon sont purement hallucinants… Je continue de dépasser des coureurs, j’essaie d’en encourager quelques-uns en passant. Je suis sur un nuage, je lâche un « Aller, plus qu’à rentrer » en doublant deux mecs, pas de réponse. Je passe devant un nouveau stand d’épongeage, ceux-ci sont placés deux kilomètres après chaque ravitaillement, certains en profite pour boire un coup, personnellement je les évite religieusement, je me fais déjà bien assez arroser comme ça par les bouteilles non bouchonnées !

L’euphorie me guète, je fais un gros écart de ma route pour aller taper dans la main de quatre gamins, je fais lever les bras à un groupe de pompom girls en chantonnant… Encore un petit passage sur une place de la Bastille transformée en stade de foot tellement le public est au rendez-vous, l’ambiance est vraiment énorme, une énième ligne droite et en route pour les quais de Seine !

La foule est de retour, je me laisse porter par les encouragements et les orchestres en suivant la ligne bleue. J’ai l’impression de revivre les 20km de Paris, Une longue ligne droite le long de la Seine, des encouragements à la pelle et la même sensation de marcher courir sur l’eau. Je joue la carte de l’expérience et lance une petite ola en passant sous une trémie. Jusqu’à présent tout baigne mais les prochains kilomètres peuvent me faire très mal, la succession de trémies qui arrive va me faire enchainer les descentes / montées, gare aux crampes sur les changements de rythme !

Le ravito du 25ème est juste derrière, une nouvelle bouteille d’eau que j’ingurgite au plus vite, je la jette dans une des premières poubelles que j’aperçois et je file dans une petite descente vers la Seine.

La vue sur Paris est splendide avec la tour Eiffel et Notre-Dame en toile de fond. Après cette première trémie je me lance à l’abordage d’un long tunnel. Premier constat : ça pue sévère là-dedans ! Je retire mes lunettes pour voir mes pieds et fait fit de l’odeur, de toute façon je n’ai pas vraiment la possibilité de passer ailleurs… J’ai deux coureurs devant moi sur qui je grignote petit à petit, un peu plus loin des écrans nous montrent des gens aux couleurs de Schneider en train de nous applaudir alors qu’on nous balance de la musique à fond dans les oreilles, c’est finalement plutôt rigolo. Ce tunnel, au premier abord pas franchement sympathique permet de couper un peu la monotonie des quais que je retrouve avec un grand plaisir.

Mes mollets tirent pas mal à présent, j’ai une légère douleur au genou droit et le spectre de la blessure au beaujolais ressurgit. Je prends un petit coup au moral et songe vaguement à lever le pied quand j’entends qu’on m’appelle. « Thomas ! Vas-y champion ! » C’est Florian qui est au bord du parcours, il tombe à point nommé, ses encouragements me font un bien fou et rallument la petite flamme qui commençait à se voiler. C’est vraiment dommage de ne pas pouvoir mettre le chrono en pause pour discuter cinq minutes avec lui… J’essaie de le remercier de mon mieux et lui fait un signe de la main en m’éloignant. J’ai retrouvé l’envie d’envoyer dans les derniers kilomètres ! Merci Flo !

Mes jambes ont retrouvé la pêche et les trémies qui se succèdent me permettent de varier mon allure. J’ai un peu de mal à comprendre le fonctionnement des autres coureurs qui semblent au contraire essayer de lisser leur allure en freinant dans les descentes puis en accélérant dans les montées quand je cherche au contraire à garder une intensité constante en jouant avec le relief. Nous arrivons dans un second tunnel, moins malodorant cette fois, un DJ est placé au milieu, des lasers éclairent le bitume au rythme de la musique, on se croirait en boite. Plus le temps passe et plus je m’amuse ! Cette partie sur les quais me plait bien, le public est omniprésent et entre les monuments qui se dessinent devant nous, le passage devant le pont neuf puis le pont royal et la tour Eiffel qui se profile c’est un régal pour les yeux…

En passant devant un groupe de rock plutôt pas mal je secoue la tête au rythme de la musique, j’arrête rapidement quand je commence à voir quelques étoiles, les premiers signes de fatigue se font remarquer…

En passant devant le Trocadéro je repense à Michel qui m’a répété qu’il y avait un mur dans le coin, à l’approche du 30ème kilomètre je me sens encore en assez bon état, j’attends de voir le chrono sous l’arche. Un rapide ravitaillement où je constate que mon ventre commence à rechigner à ingurgiter de l’eau et me voilà rendu sur le tapis de chronométrage : moins d’1h56 ! Les derniers kilomètres sont passés entre 3’45 et 3’50, j’ai l’impression d’être en plein rêve ! Je fais rapidement le calcul, il me reste seulement 12km à tenir, en tablant sur une baisse de régime et une allure de 4’00 je devrais boucler ce marathon aux alentours de 2h44 ! Si jusqu’à présent mon rythme tenait plus de la grosse blague que d’autre chose, je commence à croire que je peux arriver à le maintenir jusqu’au bout. Bien sûr le coup de pompe et les crampes ne sont pas exclus mais mon état me laisse entrevoir un gros chrono. Un mur de brique a été représenté au niveau de la 30ème borne, c’est assez rigolo. Je passe en me disant « Poum, prend ça le mur ! », tout en sachant que je risque de le prendre de plein fouet d’ici quelques minutes maintenant.

Encore une petite ligne droite et nous bifurquons en direction de Boulogne, je commence à avoir une sensation curieuse dans les orteils, je crains un départ de crampe… Je me suis pourtant hydraté régulièrement et en quantité suffisante, c’est étrange. Je fais jouer mes doigts de pieds dans la chaussure pour essayer de les décrisper. Ca ne ressemble pas tout à fait aux prémices d’une crampe, je boirais encore un petit coup au 35ème et advienne que pourra. Je ne vais pas me prendre la tête pour ça, c’est indépendant de ma volonté à présent.

J’arrive vite au 32ème, plus que 10 bornes, moins de 40 minutes à ma cadence actuelle ! Cette fois je suis convaincu que plus rien ne m’empêchera d’aller au bout. Ca s’agite dans ma tête, je sais que même si je prends des crampes les 2h50 sont acquises, j’arriverais toujours à tenir du 13km/h pour rallier la ligne.

Le 33ème kilomètre tarde à arriver, je commence à être moins fringuant… Le petit faux-plat en direction de Boulogne commence à me faire du mal, le rythme ne faiblit pas mais je sens que l’effort commence à se faire sentir. Le fil de mes pensées commence à se réduire, je suis moins attentif à l’environnement, je me contente d’avancer en attendant le prochain panneau kilométrique. 34km, bientôt le dernier ravito – je compte faire l’impasse sur celui des 40km. Je suis conscient d’être en train de me prendre le mur, ou plutôt le muret, j’ai connu bien pire comme sensations. Même si je commence à souffrir je suis à peu près certain de réussir à tenir le rythme jusqu’à l’arrivée

J’ai l’impression de reconnaitre une section du 20km de Paris mais je n’en suis pas certain. Le ravito pointe le bout de son nez, une dernière bouteille dont je ne bois que deux gorgées, mon ventre refuse d’en absorber une troisième, je remercie une dernière fois les bénévoles qui semblent apprécier ces quelques mots et je file vers l’arrivée.

L’arche du 35ème est là, moins de 2h15, il me reste 30 minutes d’effort tout au plus ! Il n’y a pas foule dans Boulogne mais les quelques spectateurs présents nous encouragent de bon cœur. Côté coureurs c’est de plus en plus éparpillé, je parviens toujours à avoir un lièvre par-ci par-là mais je commence à être seul. Pour la première fois depuis le début de la course je commence à me faire dépasser de temps en temps. Si la majorité des marathoniens est en train de se prendre le mur, quelques privilégiés parviennent à lâcher les chevaux. En observant autour de moi je parviens à relativiser sur mon état, certes je commence à être cuit mais j’ai toujours une bonne foulée, je me sens même capable d’accélérer un peu. Je ne m’enflamme pas pour autant, je songe au trail de la Drôme dimanche prochain… Je ferais le point au 38ème.

Une section pavée vient me scier les jambes, Dom et Vincent m’avaient mis en garde contre Boulogne : peu de public et un léger faux plat montant à ce moment de la course c’est dur ! Je m’accroche à ce que m’a dit Vincent : une fois sorti de Boulogne rallier la ligne d’arrivée n’est qu’une formalité. Les lignes droites sont particulièrement longues mais j’arrive encore à apprécier le parcours, je suis dans la verdure, il fait beau, les parisiens venus faire leur promenade dominicale nous regardent passer d’un œil admiratif, je continue de dépasser quelques coureurs, je vais y arriver ! Je passe devant un groupe qui joue du Pink Floyd, le moral remonte !

A l’abord d’une nouvelle ligne droite un spectateur me dit que ça redescend bientôt, l’information me va droit au cœur. Je passe le 38ème kilomètre dans un état mi-figue mi-raisin, je me sens capable d’accélérer un peu mais la tête ne suit plus, 4 bornes à tenir, soit un tour de parc de la tête d’or à bloc, c’est trop. Je vais essayer de ne pas faiblir, si j’en suis capable j’accélérerais dans le dernier kilomètre.

La descente tarde à pointer le bout de son nez, à moins que je ne sente plus vraiment la différence… Je commence à avoir mal partout, mon genou recommence à tirer, j’ai vraiment hâte d’arriver ! Je me raccroche aux quelques encouragements du publics et aux pancartes des sponsors qui nous disent que l’arrivée est proche. Un américain est tout seul au bord de l’allée pour nous encourager, il hurle « Come on ! You can do it ! » à mon passage, contrairement à nombre de spectateurs je sens de la conviction dans ses mots, il arrive vraiment à me redonner de l’élan. On pourra dire ce qu’on voudra sur les américains, ils ont une culture sportive et du dépassement de soi assez fantastique. Un dernier spectateur arrive à me rebooster dans ces derniers kilomètres en me faisant remarquer que je suis dans un bien meilleur état que les autres coureurs. Je lui fais un petit signe de la main

Ca y est le 40ème est là et je suis toujours en moins de 3’50 au kilomètre ! Plus que 8 minutes à tenir. J’aperçois la défense dans le fond, de loin ça a quand même de la gueule… Je n’ai toujours pas l’impression de redescendre mais l’arrivée est toute proche, je serre le poing en snobant le ravitaillement, je passe sous l’arche sans vraiment prêter attention au chrono. Un panneau nous indique que nous sommes filmés, pourquoi pas mais pour le moment j’ai d’autres choses à penser que faire le beau. Continuer à mettre une jambe devant l’autre me semble plus urgent.

Il y a à nouveau du monde au bord de la route mais je sens que la fatigue me rattrape, je n’ai plus l’envie de pousser le moteur dans cette dernière ligne droite, je me contente de courir en me sentant bien, juste heureux d’en terminer bientôt et conscient d’être à un doigt de pulvériser mon record.

Je passe le panneau du 41ème kilomètre en 3’54, le rythme a baissé ! Pas question d’avoir de regrets, au point où j’en suis-je peux fournir un dernier effort ! J’accélère le rythme et passe devant une porte Dauphine surchauffée avant d’aborder la dernière ligne droite, j’aperçois le chrono à 200m : 2h41’40. Sachant pertinemment que je ne passerais pas sous les 2h42 et que les 2h43 sont acquises je termine sans trop forcer. Me voilà au bout de mon 4ème marathon avec un chrono de 2h42’20 totalement improbable, je sais que c’est un gros temps mais j’ai du mal à réaliser, je suis ravi de ma course mais on est loin de l’hystérie. Quelques mètres plus loin la petite équipe est là à m’attendre, ils ne m’ont pas encore repéré. Je vais les rejoindre en leur faisant signe, apparemment ils ne m’attendaient pas si tôt ! Je leur annonce mon chrono avec un sourire goguenard, je pense avoir bluffé tout le monde aujourd’hui, moi le premier !

Marathon de Paris

Je leur raconte brièvement ma course puis ils me disent d’aller me changer dans l’aire d’arrivée. C’est vrai que j’ai droit au traitement VIP aujourd’hui ! Je retourne sur mes pas pour entrer dans l’espace réservé à ASO, je tombe sur Michel en passant et lui annonce mon résultat, il n’en revient pas non plus. La suite est royale, après avoir marché moins de 50m on me remet mon t-shirt finisher et ma médaille, un petit buffet nous attend avec des boissons, des toasts au saumon, des muffins et autres réjouissances. On me met une serviette sur les épaules pour que je ne prenne pas froid avant que des kinés ne me prennent en charge pour me remettre en état, on me propose une séance de compex que je refuse poliment pendant que je reçois des petits messages de félicitations sur mon téléphone, cette fois c’est certain je suis au paradis ! Je sors de la tente pour aller grignoter avec les copains, je ne ressens pas encore la faim à proprement parler mais je sais que je dois manger. Après m’être explosé la panse je retourne dehors voir les coureurs passer, je prends des nouvelles de Romain auprès d’Aymeline, il semble être en train de coincer. Florian me passe un petit coup de fil pour me féliciter avant que Brigitte et Claude, Romain puis Maëva ne passent devant nous.

L’aventure parisienne s’achève, si je partais sans grande motivation je rentre à Lyon enchanté. J’ai vécu une course magique avec un résultat que j’ai toujours du mal à m’expliquer. L’absence de préparation spécifique et le manque de fraîcheur n’auront pas joué en ma défaveur, le travail sur la vitesse accompli pendant l’hiver combiné à l’augmentation du volume des trois dernières semaines semblent être un cocktail explosif. Le fait de ne pas avoir d’objectif clairement défini au moment du départ à probablement joué également, j’ai ainsi pu courir sur un rythme naturel en toute décontraction et terminer dans un état tout à fait acceptable.

A présent il va falloir récupérer rapidement, les 41km du trail de la Drôme se profilent dans moins de 7 jours…

Marathon de Paris
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