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Trail de la Drôme

Publié 21 Avril 2015 par Thomas Diconne in trail

Trail de la Drôme

Une semaine seulement après le marathon de Paris me revoilà déjà avec un dossard, non pas que l’idée soit des plus judicieuse mais la sortie avec le club était prévue de longue date. Bien évidement j’ai signé pour le grand format, 41km et 1700D+, pas certains que mes gambettes soient bien d’accord…

La semaine m’a semblé courte : des bûches à la place des jambes pendant 3 jours, un micro-footing pour contrôler qu’il n’y a pas de bobo jeudi suivi de jambes de bois et d’un coup de pompe post-marathon vendredi et nous y sommes déjà, départ pour Buis les Baronnies samedi à 8h30. Je me demande dans quoi je m’embarque…

Le samedi se déroule dans la bonne ambiance habituelle de l’AAAL, petite balade en bus, pique-nique pas forcément diététique, retrait des dossards puis promenade en ville sous le soleil avant le repas du soir et son apéro. Si certains finissent un peu avinés, à notre table nous restons sérieux : un verre de rosé à l’apéro puis à l’eau ! Je me gave de pâtes histoire de refaire mes réserves bien entamées le week-end dernier et au dodo. Réveil prévu à 5h00, outch…

Le réveil sonne, re-outch, j’ai mal partout et aucune envie de partir… Je saute dans mon short, direction le petit dej’ où je retrouve le reste de l’équipe, Aurore, Eric et Jonathan qui semblent encore moins emballés que moi. Face au buffet tout le monde semble hésitant, je me prépare un bol de thé et un autre de muesli avec du fromage blanc et quelques raisins secs. Le reste de la troupe m’imite. Mince, c’est moi le plus expérimenté de la bande ! Si maintenant on compte sur moi pour les conseils diététiques nous voilà bien… Vincent nous rejoint, son régime a l’air nettement plus pro : quelques tartines, un peu de thé et des pastilles de spiruline.

Le sujet de conversation est assez basique : comment va évoluer la météo ? Après le beau soleil de samedi on nous annonce des orages, reste à savoir quand ils vont démarrer… La température est fraiche mais agréable, le ciel a l’air bien nuageux. J’opte pour ma tenue favorite : short / tshirt avec des manchons sur les bras pour me couvrir dans les hauteurs. Je boucle mon sac : le coupe vente et une petite veste en accès rapide, mon téléphone bien emballé en prévision de la saucée qui s’annonce et mes lunettes de soleil pour forcer le soleil à se montrer.

Tout le monde a fini ses petits réglages, nous partons rejoindre la ligne. Un petit kilomètre en trottinant et nous y sommes, je sens que je l’apprécierais moins avec 40km dans les cuissots… En arrivant Vincent me montre mon « Lièvre » du jour, le vainqueur de l’Ultra du Vercors en 2012. On dirait qu’il y a du beau monde…

J’ai un peu mal au ventre ce matin, je file aux toilettes publiques pendant qu’il n’y a pas trop de monde, des goutes commencent à me tomber sur le coin du nez pendant que je fais la queue… Me voilà face à un dur dilemme : courir au frais et peut-être faire une pause pour enfiler mon coupe-vent ou l’enfiler dès maintenant et risquer d’avoir trop chaud ? Je regarde un peu tout le monde autour de moi, les mecs taillés pour aller vite sont bras nus, les autres ont mis une couche supplémentaire. Ne sachant pas trop dans quel état sont mes jambes j’opte pour la sécurité. J’aime mieux avoir un peu trop chaud et préserver mes calories que de brûler mon énergie à me réchauffer.

Le speaker nous invite à nous approcher pour le briefing d’avant course, j’écoute d’une oreille, plutôt concentré sur mon équipement. Nous voilà prêts à y aller, il ne manque que le coup de pistolet qui tarde à arriver. Curieusement je suis totalement détendu, je pars sans ambition, je prendrais ce que mes jambes voudront bien donner aujourd’hui.

Trail de la Drôme

Le profil promet une gestion de course rigolote : un peu de plat et une petite bosse pour se mettre en jambe, une petite partie roulante puis on entamera la première difficulté avec la montée à la Nible. Une petite descente vers le premier ravitaillement du 15ème kilomètre et la seconde ascension nous fera face. Une fois au sommet, la fin de parcours devrait être plus roulante avec deux ravitaillements avant d’attaquer la descente vers Buis les baronnies. En résumé une première moitié qui va pomper les organismes puis une seconde partie où il faudra avoir du jus en réserve pour faire tourner les jambes aussi vite que possible.

Ca y est le départ est donné ! Je ne sais pas trop pourquoi j’ai suivi Vincent dans le sas, nous sommes placés juste derrière la ligne au milieu des favoris. Pour mes jambes habituées ces derniers temps à aller vite, ce départ sur bitume sonne comme une invitation. Un petit virage à gauche, un autre à droite et me voilà lancé sur une longue ligne droite le long de l’Ouvèze au milieu du groupe de tête, je regarde rapidement autour de moi : 7 coureurs sont avec moi, un autre semble se donner à fond pour se maintenir à notre hauteur, deux autres sont en embuscade. La dernière fois que j’ai fait ce genre de départ canon j’ai miséré pour rallier l’arrivée… Vu mon état de fraicheur je commence à me dire que j’ai fait une grosse erreur ! Je relativise, j’ai les jambes pour aller vite sur le plat en ce moment, je ne vais pas me carboniser en courant à 15km/h, par contre j’ai intérêt à calmer le jeu quand ça va grimper…

Le premier kilomètre bipe à ma montre, 4’00, tiens, ça me rappelle le week-end dernier à Paris ! Pas certain que les prochains soient aussi rapides… Une voiture nous ouvre la route, je sais que ce n’est que le départ mais la sensation d’être à l’avant du peloton est assez grisante. Un petit virage à gauche et la route commence à s’élever légèrement, le rythme ne faiblit pas, je me laisse dériver à l’arrière du groupe pour trouver mon allure et ne pas me laisser entrainer, j’aime autant jouer la carte de la prudence aujourd’hui. Je jette un œil derrière moi, nous avons déjà fait un gros trou avec le reste du peloton, c’est assez curieux après 1,5km de route.

Nous voilà enfin sur les chemins, un petit single en sous-bois qui serpente bien en alternant petits coups de cul et relances, tout le monde cours alors que le chemin est encore long, je ne mange pas de ce pain-là et passe en mode randonneur dès que l’occasion se présente. Je navigue entre les branches en essayant de ne pas m’étaler, le sol est rendu glissant par l’humidité. Un petit trou s’est formé entre les 7 coureurs de devant et moi, un maillot orange est toujours en embuscade quelques dizaines de mètres derrière moi. Un coup de cul un peu plus violent que les autres me force à mettre les mains dans la boue pour me hisser sans perdre mes appuis, j’en ai plein les doigts mais ça fait partie de la fête. Outre cette petite difficulté le chemin est assez roulant et s’élève doucement, c’est franchement courable mais mes jambes refusent de suivre le train du groupe de tête. A peine deux kilomètres au GPS et je ressens déjà les effets post-marathon, la journée promet d’être longue… Je sens qu’enchainer deux longues distances à quelques jours d’intervalle n’est pas une grande idée, je n’ai absolument pas envie de me faire mal ce matin. J’ai mis du temps à redescendre de mon nuage de particules fines parisien, j’ai réussi à me projeter sur la Drôme il y a seulement deux jours, la motivation ne veux pas se montrer. J’aurais du mal à passer la seconde aujourd’hui…

Malgré mes jambes pas franchement flamboyantes j’arrive à rester à peu près dans le rythme général, je cède un peu de terrain mais beaucoup moins que ce que je craignais. Mon objectif du jour n’est pas habituel, il faut que je termine à la meilleure place possible pour jouer le challenge interne du club. On fera ensuite un calcul sur les trois distances pour savoir qui marque le plus de points. Bref, aujourd’hui je ne vais pas apprécier de me faire doubler !

Je grimpe sans trop de conviction en direction de la chapelle St Trophisme qui nous regarde du haut de la première bosse, je passe en trottinant devant les quelques bénévoles venus nous accueillir, un petit coucou suivi d’une brève relance et me revoilà en train de grimper. J’essaie de forcer mes jambes à courir mais rien n’y fait, ça ne répond pas, pas de jus… Je poursuis l’ascension en alternant la marche et la course, le maillot orange remonte à mon niveau sur un single en forêt, je lui propose de passer mais il me dit que mon rythme lui va bien. Un aiguillage marque la séparation du 10km, petite pensée pour les copains qui passeront par là tout à l’heure…

Trail de la Drôme

Nous débouchons sur un chemin carrossable en faux-plat, nous nous mettons côte à côte et commençons à discuter. Mon compagnon d’aventure vient de Grenoble, il s’entraine plutôt dans Belledonne et a tenté deux fois l’échappée belle, le première s’est terminée en 47h entre amis, la seconde s’est soldée par un abandon après des problèmes digestifs. Nous devrions nous y retrouver cette année, chouette ! Côté tactique de course c’est parti fort dans la montée, nous préférons tous les deux nous économiser. Ça va être la stratégie du ramasse miettes aujourd’hui : attendre que ça pète devant pour grappiller quelques places (en espérant ne pas être celui qui pète le premier)…

Nous profitons du panorama pendant que les nuages nous le permettent encore, le Ventoux, saupoudré d’un peu de neige nous fait face. J’ai l’impression d’avoir déjà emprunté ce chemin il y a deux ans mais rien n’est moins sûr. Le kilométrage monte tranquillement pendant que nous papotons, ce trail prend des allures de sortie longue… Maintenant que le sentier ne monte pratiquement plus je sens que les jambes me reviennent, les sensations sont bonnes. C’est juste les montées qui semblent poser problème, ça promet !

Le terrain est très gras, à certains moments nous nous retrouvons avec 2kg de boue sous chaque pied. Ce me rappelle les sorties en raquettes cet hiver… Nous finissons par arriver à une bifurcation qui nous indique que le chemin va s’élever. Aie, ca va piquer…

Mon compagnon d’aventure passe devant et grimpe en petites foulées, j’essaie de suivre mais les jambes ne veulent pas, décidément… Je suis en galère aujourd’hui, aucune patate dans les cuissots, toujours un peu mal au ventre et je commence à avoir envie de vomir. Je ne sais pas comment je vais arriver au bout… Je le laisse filer et reprends mon allure de randonneur en m’évertuant à trottiner quand le terrain redevient plat ne serait-ce que pour quelques mètres. Je parviens à rester à portée pendant un bon moment, le chemin passe en sous-bois mais les arbres sont beaucoup plus épars qu’en bas. Non pas que j’attende la pluie avec impatience mais je commence à baigner dans mon jus, je cuis dans mon coupe-vent… J’hésite à faire une pause pour le retirer. Je regarde les nuages noirs et je me rappelle que nous grimpons à 1370m un peu plus tard, je vais peut-être rester au sec finalement…

Le maillot orange s’éloigne peu à peu alors que j’ai le nez rivé à l’altimètre. 850m, 900m, 1000m, bientôt le sommet et une petite descente pour relâcher un peu. C’est rageant, cette petite montée n’a rien de difficile, je repense à mes sorties des dernières semaines dans Fourvière et les monts d’Or où tout allait si bien. J’en regretterais presque d’avoir couru à Paris ! J’ai franchement hâte d’arriver, je n’arrive pas à m’éclater pour le moment… Un petit replat m’amène à une pancarte nous indiquant que le 22km et le 40km se séparent ici, j’approche de l’heure de course, les copains doivent être en train de se préparer.

A peine quelques mètres de faits sur le grands parcours que la technicité augmente, de grosses dalles de pierres forment des marches naturelles pour nous conduire au sommet de cette première ascension. Etrangement ce terrain me convient mieux, les sensations me reviennent peu à peu alors que mon altimètre m’indique que j’arrive en haut. Le chemin redescend un peu sous les arbres, c’est plutôt bucolique, mes jambes retrouvent de la vigueur avec cette section plutôt roulante. Je commence enfin à m’amuser après plus d’une dizaine de bornes !

Tiens, je n’ai toujours pas bu une goute, il serait grand temps que je songe à m’hydrater… Je descends quelques gorgées de mon bidon pendant que le terrain n’est pas technique, mon ventre grogne un peu, pas forcément un bon présage pour la suite de la journée… C’est assez roulant mais je ne me sens pas encore au top de ma forme, je commence à me demander si je ne me suis pas vu trop beau… Ça n’a pas l’air de se bousculer derrière moi, pas l’ombre d’un dossard depuis le début de l’ascension, seul le bruit du vent qui vient faire claquer les morceaux de rubalise qui jalonnent le parcours perturbe le calme. Si le reste de la course pouvait se dérouler dans ces conditions je signerais tout de suite !

Trail de la Drôme

J’arrive dans une jolie descente un peu caillouteuse et j’aperçois le maillot orange de tout à l’heure, il a creusé un joli trou le bourricot ! Je serais surpris de le revoir, il a passé l’ensemble de la montée au petit trot, il semble vraiment à son aise. Je profite de la vue dégagée pour vérifier que je ne suis pas suivi, j’y tiens à ma neuvième place ! Tout baigne, rien à l’horizon.

La descente est suivie d’une petite remontée pas franchement compliquée, mes jambes semblent avoir retrouvé un peu d’énergie, je passe l’obstacle sans ressentir le besoin de marcher. Une rapide descente et j’aperçois le ravito en contrebas, c’est plus tôt que ce que je croyais ! Je m’étais basé sur le profil fourni par trace de trail qui annonce 43.6km, mais on m’a dit avant le départ qu’ils seraient erronés. Ce ravito placé après moins de 15km tendrait vers un parcours de 41km, la nouvelle est assez bonne !

Les bénévoles m’accueillent avec le sourire et me proposent de me refaire le plein d’eau, ma gourde étant à peine entamée je décline la proposition. Je n’ai pas spécialement envie de manger, je me contente d’un verre d’eau, je remercie tout ce petit monde et leur souhaite bon courage pour la suite.

A présent direction la seconde bosse, moins de 400m, même pas un mont Thou. Facile. Le parcours est un peu vallonné à l’approche de la montagne de Banne, mes jambes tournent enfin bien, les kilomètres passent tout seuls, pourvu que ces sensations durent !

En arrivant au pied de la montée j’aperçois quelques coureurs qui commencent l’ascension, on dirait que le groupe de tête a explosé. Je ne m’attends pas à revenir sur eux mais ce petit écart me réconforte, malgré ma méforme du début de parcours je suis loin d’être à la rue ! Cette seconde montée a l’air plus technique, sur le flanc de la montagne. Je fais un signe de la main à mon ami en orange qui passe en trottinant au-dessus de moi au détour d’un lacet et j’entame la grimpette à mon tour. Cette fois la montée est plus franche, je marche sans aucun remord : je sauve un peu de jus sans perdre de temps pour autant. Le sentier se rétrécit et me voilà sur le flanc de la montagne, c’est vraiment étroit, caillouteux et rendu glissant par la pluie. Je regarde un peu à ma gauche comment ça se présente si jamais je glisse, bon, mieux vaux regarder à droite et éviter la chute ! J’avance aussi vite que la prudence me le permet en alternant marche et course. Cette petite portion technique me laisse le temps de me refaire une santé, je n’avance pas mais je ne vois pas bien comment on pourrait raisonnablement aller plus vite, ce petit répit est une bénédiction !

Un lacet m’amène au-dessus de la falaise que je longeais jusqu’à maintenant, retour sur l’herbe et fin de la section glissante, j’aborde la dernière section de l’ascension. 1200m à l’altimètre, les 1370 ne sont plus très loin ! Le parcours longe la ligne de crête en serpentant entre les buis, avec la pluie qui commence à me cingler le visage et le vent qui se joint à la partie c’est plutôt rude, je tente de trottiner mais j’ai souvent besoin de marcher pour récupérer un peu. Le sentier n’est pas bien loin de la paroi, je fais bien attention à ne pas glisser, la chute voudrait faire très mal…

Trail de la Drôme

Cette fois j’arrive au sommet, je serre le poing, je sais que les grosses difficultés sont derrière moi, il ne me reste qu’à tenir la distance. Je débouche sur une grande prairie où deux bénévoles m’attendent pour pointer mon dossard dans des conditions apocalyptiques, j’ai beau courir, je sais que je serais congelé sans mon coupe-vent, j’ai mal pour eux… Je leur souhaite bon courage pendant qu’ils m’indiquent une descente glissante. Je ne suis pas bien inquiet, je me sens vraiment zen ce matin, j’ai confiance dans mes appuis, je suis lucide, ça devrait bien se passer. La prairie est assez plane et me permets de remettre les jambes en route, malheureusement je suis obligé d’avancer doucement, le marquage est pratiquement invisible sur cette portion. A défaut de repérer le balisage j’essaie plutôt de lire le terrain à la recherche de traces. Coup de bol j’arrive à m’en sortir sans perdre trop de temps et sans erreur d’orientation. Un petit coup d’œil dans mon dos me permet également de constater que je suis suivi, j’ai un gros 300m d’avance sur un tshirt rouge. C’est confortable mais sur 22km ca ne pèsera pas bien lourd…

Je mets un coup de collier à l’abord de la descente, les jambes vont de mieux en mieux, idem pour le moral, c’est le moment de faire le trou sur mon poursuivant. Si la première partie de la descente se négocie facilement entre les quelques cailloux et les innombrables crottes de moutons, la seconde portion est plus musclée, sans doute la « descente glissante » annoncée. Je ne m’affole pas et essaie de dérouler les jambes sans toutefois prendre trop de vitesse sur ce chemin boueux, heureusement quelques cailloux permettent d’assurer un peu les appuis. Un flot de feuilles masque un peu le terrain, j’essaie de ne pas trop m’y aventurer pour éviter toute mauvaise surprise. Je me suis embarqué du mauvais côté du chemin, en plus de lutter pour rester debout je dois faire avec les branches et autres ronces qui viennent me griffer les bras et le visage. Pas très agréable tout ça… Je retrouve finalement un sentier plus roulant et laisse à nouveau mes jambes reprendre de la vitesse. Tout baigne !

J’arrive à la mi-course, même pas 2h15 à la montre, je suis en avance sur mes prévisions ! J’avais annoncé environ 4h30, au vu du profil je devrais pouvoir aller plus vite à présent, chouette ! Le 22km ne va pas tarder à partir, je pense à Laurence qui doit être sur la ligne de départ. Je touche du bois pour que les conditions ne se dégradent pas, son coupe-vent n’a rien d’imperméable, elle pourrait passer un sale moment…

Je sors brièvement du couvert des arbres et aperçois un coureur arrêté, je lui demande si tout va bien en passant, il me répond qu’il quitte simplement son coupe-vent. L’idée ne me vient même pas à l’esprit, après la caillante du sommet je préfère garder ma petite enveloppe protectrice. Chouette, une place gagnée sans faire d’effort, me voilà 8ème !

Le sentier est vraiment roulant à présent, les kilomètres passent à toute vitesse, je tourne entre 14km/h et 15km/h, je commence à me dire que cette fin de parcours est faite pour moi. Moi qui préfère d’habitude les grosses montées sèches me voilà en train de me lécher les babines à l’idée de longues bornes toutes planes…

J’arrive en bas de la descente, il va falloir remonter à présent. Me voilà face à ma hantise du jour : une petite côte tout à fait courable mais sur laquelle mes jambes refusent de répondre. Je me sens néanmoins un peu plus combatif qu’en début de matinée, je me force à grimper au trot en me ménageant de petites phases de récup, pas question de rendre la 8ème place sans me bagarrer ! Les kilomètres sont bons mais je ne relâche pas le rythme, l’altimètre ne monte pas beaucoup mais je sais que je n’ai pas plus de 300m de dénivelé pour 17km à avaler jusqu’à l’arrivée. Une fois la bosse franchie je n’aurais plus qu’à dérouler.

Je profite d’un virage à angle droit pour mesurer mon avance : entre 100m et 200m sur le maillot vert de tout à l’heure, je crains de le revoir sous peu… La montée s’éternise mais il semblerait que je ne lâche pas de terrain. Voilà un moment que j’ai de petits cailloux dans les chaussures qui viennent me gratouiller les orteils, ça commence à picoter, j’hésite à faire une pause pour les retirer et éviter les ampoules mais je me dis que je tiendrais bien encore une quinzaine de kilomètres comme ça. Relativisons, mes orteils sont nettement moins douloureux que mes mollets ! Je commence à être certain d’aller au bout sans trop de difficulté, j’ai juste la crainte de prendre des crampes quand je voudrais faire tourner les jambes à plein régime, j’ai très peu bu jusqu’à maintenant et je commence à avoir de petits signaux d’alerte.

Je débouche sur une petite route bordée d’arbres en fleurs, malgré la pluie c’est magnifique ! C’est le premier bout de bitume que je vois depuis le départ, pas forcément plat mais ça me permet de dérouler les jambes. Je rêve ou c’est un maillot bleu que j’entrevois en train de grimper une centaine de mètres devant ? Je suis tellement surpris de remonter sur quelqu’un compte tenu de mes sensations de tracteur que je suis me demande s’il ne s’agit pas d’un traileur venu s’entrainer dans le coin. Je ne m’affole pas, je verrais bien une fois que je l’aurais rattrapé. Je bifurque dans la petite montée et retrouve un sentier bien agréable sous les arbres. Je marchotte un peu le temps que le pourcentage se calme et je repars en trottinant. Un spectateur m’encourage et m’indique le ravito à 300m. Chouette ! Si mes souvenirs sont bons il n’y a quasi plus rien à grimper après. Mon altimètre m’indique 1600D+ sur les 1700 prévus, je tiens le bon bout !

J’arrive dans le hameau du Poët en Percip, ça sent bon le ravito ! Les bénévoles ont installé des tables sous une petite grange, ils ont bien raison de se mettre au sec… La pluie s’est arrêtée mais je sens que je vais en reprendre une sous peu ! Ce ravito est au top, les bénévoles sont aux petits soins avec moi, je leur fait remarquer qu’ils ont même des sandwichs au saucisson, le grand luxe ! Je faisais la remarque pour la forme mais ils m’en proposent un pour la route, sans façon ! Quelques calories ne me feraient pas de mal néanmoins pour aller au bout… J’avale un verre de coca pour les glucides, un verre d’eau pour l’hydratation et faire passer le goût sucré, je remercie chaleureusement tout ce petit monde et repars porté par leurs encouragements.

Trail de la Drôme

Me revoici sur un chemin carrossable sans difficulté, le maillot bleu de tout à l’heure est à portée de tir à présent, je crois reconnaitre mon « lièvre » désigné par Vincent, j’imagine déjà sa tête quand je vais lui raconter ça ! En attendant je commence à me demander sérieusement combien de temps il me reste à courir, j’ai toujours un doute sur le nombre de kilomètres… Je sors d’une poche le profil que je m’étais imprimé, comme il est bien imbibé j’ai un mal de chien à le déplier, je marche quelques secondes le temps de parvenir à mes fins. Le ravito devait se trouver à 28.1km sur la trace, je n’en ai que 26.8 au GPS, je vais tabler sur 41km comme indiqué sur le site.

Je reprends mon petit train et remonte doucement sur mon lièvre, arrivé à sa hauteur je constate que je n’ai pas la berlue, c’est bien lui ! Je ne sais pas ce qui m’arrive aujourd’hui, les sensations ont varié de médiocres à moyennes au gré du parcours et j’ai l’impression d’avoir couru à l’économie tout le long, pourtant à présent le moteur ronronne et je remonte au classement en me payant le luxe de dépasser du très beau monde. Je n’y comprends plus rien, je vais me contenter de profiter !

Je me place à sa hauteur et je tâte le terrain pour voir si la discussion est possible, il semble souriant, c’est quand même un autre esprit que la course sur route ! Nous bavardons un peu, il me confirme qu’il a bien remporté l’UTV dans une autre vie, avant d’avoir deux enfants. C’est donc ça le secret pour continuer à cavaler, je prends note dans un petit coin de ma tête ! Nous bavardons encore un peu, puis il me dit de filer, mon rythme a l’air un peu trop rapide pour lui qui a plutôt un profil de grimpeur. Dommage, il avait l’air drôlement sympa, j’aurais bien fait encore un bout de chemin à ses côtés… Il me dit qu’il y a un autre coureur pas très loin que je devrais pouvoir rattraper.

« Un coureur en orange ?

Oui ! »

Vu son rythme dans la première partie de course je ne pense pas le revoir. Je lui dis à tout à l’heure et je file. Me voilà 7ème, c’est complètement improbable !

Les kilomètres défilent bien, me voilà au 29ème, je regarde ma montre : 3h00 de course, la semaine dernière j’avais déjà bouclé les 42km depuis plus d’un quart d’heure ! Je me demande bien pourquoi je suis plus lent aujourd’hui… Tiens, la pluie a repris ! Je suis complètement dans ma bulle, hermétique à la fatigue et la douleur, je profite du paysage, une odeur de thym me monte aux narines. Pour la première fois de la journée je n’ai plus envie que la course se termine. Un mauvais appui me ramène à la réalité, les crampes ne sont vraiment pas loin ! Je sirote un peu d’eau en prévention, j’espère que les mollets vont tenir !

L’altimètre reste figé entre 1000m et 1100m, si cette section assez plane me va bien j’ai tout de même hâte de laisser les jambes dérouler dans la descente. Le parcours bifurque vers un single en sous-bois, j’ai le sourire jusqu’aux oreilles, me voilà sur l’un de mes terrains de prédilection ! Je m’autorise une petite relance afin de me faire plaisir, j’esquive les branches en filant sur ce chemin, c’est trop bon ! Après quelques encablures me voilà derrière mon premier compagnon de route, j’ai l’impression de revivre la scène du second kilomètre avec des rôles inversés ! Je lui fais un petit signe de la main, il sourit en me voyant arriver, il me dit qu’il était sûr de me revoir avant l’arrivée. Ah bon ? Moi j’avais de gros doutes… Tout à l’air de bien se passer pour lui, de toute manière il ne reste qu’une heure Il me laisse passer, nous nous souhaitons bonne course. Une heure ? Nous sommes presque au 32ème, j’espère mettre un peu moins que ça !

Fin du single et retour sur le sentier, je dépasse un petit groupe de promeneurs qui m’encouragent en passant. Je commence à sérieusement croire à cette sixième place, j’ai les ressource pour tenir le rythme jusqu’au bout, sauf si les crampes me rattrapaient je ne vois plus ce qui pourrait m’arrêter. Une petite descente sèche est suivie d’une remontée un peu raide. Ce n’est que l’affaire d’une trentaine de mètres mais je préfère marcher pour préserver mes mollets. Je relance doucement pour ne pas brusquer mes muscles et j’aperçois des bénévoles un peu plus loin. Je profite de leurs encouragements et poursuis ma route. Je commence à faire de petits calculs, il reste un peu de route quand même, j’ai intérêt à ne pas me déshydrater… Fort à propos, le dernier ravitaillement pointe le bout de son nez ! Je range le bidon que je viens tout juste de dégainer et file vers la petite tente.

Deux bénévoles m’attendent avec des bouteilles d’eau, ils me proposent de refaire le plein de ma gourde. J’ai encore un peu de réserve, ça suffira bien pour aller au bout. J’attrape une bouteille que je descends aux deux tiers et je leur demande combien de kilomètres il me reste avant l’arrivée. Sept ou huit me répond-t-on. Outch ! J’aurais préféré entendre cinq ou six, je commence à être un peu crevé… Je reprends ma route bien requinqué par cette petite pause. Je fais un rapide calcul dans ma tête, j’ai bientôt 34km dans les guiboles et environ 700m à dévaler qu’il reste six ou huit kilomètres, je ne devrais pas avoir de gros efforts à fournir pour arriver à Buis !

Je profite d’un virage pour regarder un peu dans mon dos, mon maillot orange préféré arrive juste au ravito, j’ai creusé un petit trou qu’il va falloir maintenir dans la descente. Je mets un petit coup de collier pendant que le chemin ne présente aucune difficulté technique, c’est ça de gagné !

J’aperçois en contrebas la roche dentelée qui surplombe le village, elle me semble encore loin mais ça commence à fleurer bon l’arrivée… Un petit rayon de soleil est parvenu à percer les nuages pour se poser sur Buis les Baronnies, serait-ce un signe ?

Cette fois j’attaque la descente, si jusqu’à présent je trouvais que ce trail n’offrait rien de technique je vais enfin pouvoir m’amuser ! Le chemin très étroit serpente à flanc de montagne, la roche est rendue glissante par la pluie, c’est limite casse-gueule. Je descends sans prendre de risques mais en essayant de ne pas trainer en route, les montagnards qui me collent aux fesses ne doivent pas être bien angoissés par ces maigres difficultés… Je surveille bien mes pieds afin de rester en piste, une chute ici voudrait être rude… Je lève les yeux une seconde pour regarder l’altimètre, grossière erreur, je manque de peu de passer cul par-dessus tête. Je vais me contenter de regarder ma paire de cascadia flambant neuves…

Maintenant que je me suis reconcentré la descente se passe à merveille, la fatigue se fait sentir mais je reste lucide, je m’amuse franchement sur ce terrain précaire. J’entends des bruits de pas dans mon dos, mince, on dirait que je n’avance pas assez vite ! J’essaie de mettre un petit coup d’accélérateur mais rien n’y fait, les bruits se rapprochent. Je me retourne et vois débouler un tshirt bleu lancé à plein régime, je m’écarte pour lui céder la place. Il passe comme un avion et manque de m’enrhumer de peu. « Gros finish ! » Il me baragouine une réponse que je ne comprends pas alors qu’il m’a déjà collé 10m dans la vue. Qu’est-ce que c’est que ce mec? J’ai tendance à chercher à accrocher quand on me double mais ce coup-ci je laisse filer, c’est de la pure démence ! Je ne serais pas surpris de le retrouver en sang un peu plus loin… Je poursuis ma descente en me disant qu’une septième place me conviendra parfaitement ! J’ouvre encore un peu les yeux pour profiter du panorama, nous passons au-dessus de la roche qui surplombe notre camping, il n’y en a plus pour longtemps.

La descente technique arrive à son terme, me voilà en sous-bois. Des spectateurs sont montés jusqu’ici pour nous voir passer, le village ne doit plus être loin. Je profite de ce petit passage sympa pour laisser rouler. Le GPS m’indique que les 39km sont tout proches, ça sent bon ! En passant un virage en lacet j’entrevois le tshirt vert de tout à l’heure une centaine de mètres dans mon dos, c’est pas vrai ! Pas question de me faire croquer maintenant, d’autant plus que nous arrivons dans le village… Coup de bol nous revenons sur le bitume, sur ce terrain je devrais avoir l’avantage vu ma grosse vitesse des dernières semaines. Je lance mes jambes à corps perdu dans la bataille alors que j’aborde une petite bosse, je souffre et j’entends des bruits de pas dans mon dos, argh ! Je tourne la tête et vois un nouveau tshirt bleu. Mais d’où sortent-t-ils tous bon sang? Je prends un bon taquet derrière les oreilles alors que je le vois passer devant moi. Il me signale qu’il est sur le 22km. Ouf ! Finalement je suis toujours sixième, chouette ! Je regarde derrière moi, le tshirt vert n’est plus dans ma ligne de mire, ce petit coup de chaud m’aura au moins permis de faire le trou même si je sens que je suis proche de prendre une crampe… Je vais continuer à un rythme plus naturel, ça devrait le faire !

Je commence à être pressé d’arriver, j’ai vraiment mal aux pattes et ces mecs du 22km qui me déposent sur place me mettent le moral en charpie. Je demande à un bénévole si l’arrivée est proche, il me répond laconiquement 3 ou 4 kilomètres, nouveau coup derrière les oreilles alors que le 40ème kilomètre vient de bipper sur ma montre. Mes jambes tiendront le choc, je serre les dents.

Une petite descente sur le dernier sentier de la balade et nous arrivons au bord d’un cour d’eau, je serre le poing, j’y suis presque ! La route descend légèrement mais je ne sens plus vraiment la différence. Un nouveau coureur du 22km passe en trombe devant moi, il me propose d’accrocher mais je sais pertinemment que je n’en suis plus capable. Tiens, il vient de St Priest, c’est marrant !

Un nouveau virage et me voilà face à la route qui mène au camping ! Plus que 600m, c’est gagné ! Je colle une petite relance histoire d’être certain de ne pas me faire dépasser et je file sur l’ultime ligne droite le sourire aux lèvres. A quelques encablures de l’arche je crois entendre mon prénom, puis des encouragements au mec derrière moi. « Vas-y tu vas l’avoir ! » Mon sang ne fait qu’un tour, je pars au sprint avant de remettre une seconde couche dans les dernières dizaines de mètres, je passe la ligne sans me faire reprendre, le soulagement est double ! Je me retourne et constate que j’étais suivi par un nouveau coureur du 22km… Décidément ils m’auront mené la vie dure en cette fin de parcours !

Après avoir rendu ma puce je file au ravito où mes compagnons d’aventure me rejoignent rapidement. Le fameux tshirt vert est bien de la partie, plusieurs fois j’ai cru avoir rêvé mais il me talonnait bel et bien. Les autres ont l’air contents d’en terminer eux aussi, nous buvons un petit coup et il est temps de filer prendre une douche chaude bien méritée !

Aussi invraisemblable que cela puisse paraître j'ai réussi à tenir bon aujourd'hui malgré un évident manque de fraîcheur et d'envie en début de parcours. Mes jambes me donnaient des sensations de tracteur: peu de punch mais une bonne résistance, en montée mon rythme de marche était finalement tout à fait correct et économique, bien adapté à un terrain plus alpin. C'est de très bonne augure alors que la prépa échappée belle ne fait que commencer! Vivement les premières virées montagnardes...

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