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Triathlon de Belfort

Publié 1 Juin 2016 par Thomas Diconne

Triathlon de Belfort

La fin d’année 2015 a été compliquée pour moi, une succession de blessures toutes plus improbables les unes que les autres avec en point final une saintélyon, courue avec mon frère qui aura mis mes ménisques à rude épreuve. Je termine 2015 et entame 2016 en faisant un break, des douleurs plein les genoux, y compris au repos.

Les semaines sans course à pied défilent, heureusement que l’hiver est plutôt doux : je peux me rabattre sur le vélo. Les sensations sont plutôt bonnes sur les pédales et je commence à faire mon deuil d’un gros trail cette année. J’ai néanmoins une idée qui me trotte dans la tête depuis quelques temps maintenant : m’essayer au triathlon. Et si c’était le bon moment ? Mes problèmes de ménisques me laissent un peu de temps pour travailler le vélo et apprendre à nager correctement. Après m’être informé sur le sujet, j’ai bien envie de me lancer sur un triathlon L ou half-ironman, la distance de natation ne me semble pas inatteignable, la partie vélo est un peu courte à mon goût mais représente déjà un bel effort et la petite distance en course à pied me laisse la possibilité de ne pas m’entrainer beaucoup si mes problèmes de genoux perdurent. J’opte pour le triathlon de Belfort, fin mai qui me laisse 4 mois pour me préparer et qui devrait être pratique logistiquement parlant vu que ma belle-famille est à deux pas du départ. C’est parti pour mon premier objectif 2016 !

La prépa

Me voilà lancé dans l’inconnu : trois sports à gérer, la course à pied que je connais par cœur, le vélo que je pratique en amateur sans avoir jamais participé à une cyclosportive et où mon niveau est une grande inconnue de l’équation et la natation où je pars approximativement de zéro. Bref, j’ai du pain sur la planche !

Voilà mon plan de bataille initial :

  • Natation : apprendre à nager correctement, puis gagner en endurance.
  • Vélo : Travailler la vitesse dans un premier temps avec des sorties courtes, essayer de progresser sur le plat, ma grosse faiblesse, puis commencer à augmenter la distance et le dénivelé pour retrouver du foncier.
  • Course à pied : Reprendre tout doucement, laisser le temps de se remettre à mon corps.

La natation

Les premières séances de natation sont plutôt rassurantes : je ne nage pas vite mais j’arrive à survivre plus de 30 minutes dans le bassin. J’ai du boulot mais je devrais pouvoir y arriver. Je passe pas mal de temps sur youtube entre chaque séance à regarder des vidéo de natation, à décortiquer le mouvement pour essayer de l’appliquer ensuite. Je progresse rapidement, mon rythme de nage augmente en même temps que ma résistance. Pendant quelques semaines je me surprends même à attendre ces séances avec impatience ! Puis vient le moment où je plafonne, où je sens que j’aurais besoin de cours pour améliorer encore ma technique ainsi que de renforcer pas mal le haut de mon corps : j’ai l’endurance, pas la puissance. Pour un premier triathlon on ne va pas trop en demander, je vais continuer de m’entrainer sur cette lancée, on verra si je peux m’améliorer plus tard. En attendant je trouve celui qui sera désormais mon nouveau meilleur ami dans les bassins lyonnais : un petit lecteur mp3 étanche qui me permettra de passer des séances où le comptage de carreaux ne sera pas systématique. J’arrive à nager 2 à 3 fois par semaine, à chaque fois 1,5km que je divise souvent en 3x500m, cela me donne un bon repère de vitesse et me permet de ne pas trop me démoraliser dans le bassin en comptant les longueurs. De temps en temps quand l’envie m’en prend je pousse jusqu’à 2km pour me donner une idée de comment je sortirais de l’eau le 28 mai prochain. Je suis assez confiant : j’arrive à passer mon kilomètre en 20’30" sans forcer, j’atteins les 2km dans un état plus qu’honorable et la combinaison devrait vraiment me faciliter la vie. Mes seules appréhensions résident dans la partie que je ne connais pas : est-ce que je vais tenir le choc au milieu de 400 à 500 nageurs qui vont me donner des coups et me mettre la tête sous l’eau et comment peut-on s’orienter dans un lac, en eau trouble, sans ligne d’eau et avec des longueurs de 450, 350 et 150m ?

Le vélo

Côté vélo j’entame la préparation sur les chapeaux de roues. Je commence par des semaines avec trois sorties : une sortie VTT où je privilégie les montées raides sur bitume, une sortie route de 30 à 35km avec essentiellement du plat et une sortie longue de 80km plus vallonnée. Tout se passe bien pendant un mois puis c’est la tuile : une petite lésion au quadriceps qui m’empêche d’appuyer sur les pédales. Tant pis, j’arrête le vélo pendant une dizaine de jours et augmente le volume de course à pied pour compenser. Je passe la fin du mois de mars à faire de petites sorties vélo sans forcer pour tester le muscle. Je reprends les sorties longues courant avril mais l’entrainement vélo est un peu tronqué : j’ai remonté drastiquement le volume en course à pied pour un petit objectif début mai, avril se résume donc à une sortie longue et beaucoup de petites sorties vallonnées de 30km. Le mois de mai venu je reprends les sorties longues sérieusement : deux sorties de 160 et 100km qui m’emmènent de Lyon à Besançon où je laisserais mon vélo jusqu’au triathlon et une petite sortie de 70km. Je passe mes deux dernières semaines de préparation sur mon VTT faute de mieux. La partie vélo ne me fait pas peur sur le plan personnel : je sais que j’irais au bout sans grande difficulté. En revanche mon niveau sur le plat est assez consternant, j’ai l’impression que malgré le travail effectué je n’ai absolument pas progressé. En montée je suis par contre très à l’aise, je manque juste de grands cols dans les jambes, je n’ai rien avalé de plus de 450m d’une traite au cours de ma prépa. Le ballon d’alsace n’a pas l’air trop effrayant, je devrais m’en sortir sans trop de problèmes, j’aurais juste un peu mal aux cuisses en passant au sommet.

La course à pied

Je ne partais pas très confiant sur cette partie vu l’état de mes genoux, dans un coin de ma tête j’étais même résigné à ne m’entrainer qu’au cours du mois de mai. J’avais pourtant une petite carotte : mon frangin voulait faire la foulée printanière de Sorbiers début mars en relais à deux avec moi pour viser le podium. Après un petit footing encourageant mi-février je décide de tenter le coup. Je me contente d’une petite séance de fractionné par semaine dans mon coin pour limiter le nombre de kilomètres : travailler le cardio sans solliciter les articulations. Je me contente d’une dizaine de kilomètres par semaine jusqu’à fin-février puis j’essaie d’augmenter la charge en ajoutant des séances légères. La foulée printanière se passe bien : pas de douleurs et la victoire au bout (faute d’adversité plus qu’autre chose). En revanche les sensations de course me montrent bien que je suis loin de mon niveau : je souffre en montée et les relances sont poussives. Au moins j’ai retrouvé l’envie de m’entrainer avec un nouvel objectif en ligne de mire le 1er mai : le premier trail de la Chaume à Givry, mon fief. J’augmente rapidement le volume de course à pied : je passe progressivement de 10 à 50km/semaine en ajoutant des séances de vitesse semi de plus en plus longues, des séances où je travaille le dénivelé et de temps en temps quelques 30"/30". Les progrès sont assez rapides mais la confiance n’est pas encore là : je manque de compétition, de repères. Le trail de la Chaume se passe assez bien, même si je manque encore un peu de puissance en montée. Je parviens à terminer deuxième grâce à une course bien gérée. J’enchaine avec une 12ème place sur le 19km du trail des forts de Besançon où je me suis inscrit sur un coup de tête trois jours plus tôt. Cette fois c’est bon, j’ai à peu près retrouvé mon niveau. Le moral est bon : j’ai hâte de poser le vélo pour courir ces 20km !

Bilan

J’ai bien travaillé les trois sports : j’ai appris à nager correctement, les sensations sont bonnes sur le vélo et je suis de retour en course à pied. Je n’ai plus beaucoup d’inquiétudes : je sais que j’irais au bout sans trop de problèmes. Si tout se passe bien j’ai même une bonne idée de mes temps de passages : 35 à 40 minutes dans l’eau (tout dépend du gain que j’aurais avec la combi), environ 3h30 à vélo au vu de mes sorties longues et 1h25 à 1h30 pour la course à pied, en fonction de l’état de mes jambes après le vélo. Au rang des oubliés, je n’ai pas réussi à travailler les transitions par manque de temps. J’espère que mes muscles ne s’adapteront pas trop mal…

La course

Ca y est, le jour J est déjà arrivé. Je me lève un peu avant le réveil, je commençais à angoisser en pensant au départ de la natation. Je prends mon petit déjeuner tranquillement, une tasse de thé et quelques tartines avant d’aller enfiler ma combi et de mettre mes affaires dans le coffre. La maison se réveille tranquillement, je vais avoir droit à une équipe de supporters digne d’un champion du monde : Laurence, Anne sa sœur et Léane sa fille, mes beaux-parents et les miens qui devraient nous rejoindre un peu avant le départ. Autant dire que j’ai intérêt à assurer et à ne pas abandonner au premier tour de lac !

Nous partons avec Laurence au retrait des dossards, le reste de l’équipe nous rejoindra un peu plus tard. Premier constat en arrivant sur le parking : le triathlète moyen a du sacré matos ! J’avais pourtant préparé psychologiquement Laurence à voir des vélos qu’on pourrait trouver dans des films de science-fiction, elle est tout de même sidérée par ces machines de guerre. Je vais avoir l’air d’un sacré rigolo avec mon vieux tromblon déniché 140€ sur un trocathlon il y a huit ans de ça, d’autant plus que je ne l’ai pas nettoyé depuis 2 ans et que j’ai remplacé un embout de guidon perdu il y a quelques temps par un bouchon en liège…

Nous récupérons le « dossard » ou plutôt le package du triathlète : un immonde bonnet de bain vert avec le numéro 253 griffonné au feutre, un autocollant pour le vélo, un autre pour le casque, une puce à mettre à la cheville, un bracelet et enfin le fameux dossard. Avec tout ça si on ne me retrouve pas il y a un problème !

Retour à la voiture pour récupérer mon équipement. Encore une fois c’est une sacrée logistique… Je sors le vélo du coffre, regonfle un peu mes pneus, colle mes autocollants, accroche le dossard sur la ceinture qui lui est dédiée, prépare mes barres énergétiques et glisse tout ce dont j’aurais besoin dans des sacs imperméables. Seul souci : ma guidoline se barre et je n’ai pas de scotch sous la main, ça commence bien… J’essaierais d’en trouver en chemin. En route pour la ligne de départ !

Dernière étape : passer au contrôle pour entrer dans le parc à vélo. Ca ne rigole pas : on vérifie rapidement mon vélo, j’ai peur qu’il ne passe pas vu son état de décrépitude comparé aux autres mais on me demande seulement de mettre ma puce à ma cheville gauche et de resserrer un peu la jugulaire de mon casque. Ouf ! J’entre dans le par cet trouve mon emplacement au milieu de toutes les machines de guerre. Je pose mon équipement en essayant de faire au plus logique : le casque sur le guidon, prêt à être enfilé, mes gants de chaque côté de ce dernier et mes chaussures au pied avec les chaussettes dedans. J’ajoute ma ceinture porte dossard et une petite sacoche avec des barres énergétiques à grignoter sur le vélo. A côté je prépare mes chaussures pour la course ainsi qu’une bouteille d’eau et une banane si besoin. Je garde deux trois bricoles (coupe-vent, veste chaude, chaussettes sèches…) au sec dans mes sacs imperméables en cas de pluie. Je n’aurais plus qu’à enfiler la combinaison pour la natation. Je suis vraiment paumé au milieu de tout ce cirque, j’ai peur de faire une connerie sur une transition. Comme il y a des arbitres de course partout j’en interpelle un qui répond gentiment à mes quelques questions. Me voilà rassuré.

Il me reste 45 minutes avant de partir je mange une banane pour ne pas avoir faim en sortant de l’eau et je retourne voir Laurence quelques minutes avant d’enfiler ma combinaison. Mes parents sont arrivés, nous discutons un peu de la logistique de la journée avant que je ne les sollicite pour m’aider à fermer ma combi. J’aurais quand même pu m’y intéresser un peu avant : je ne sais même pas comment elle ferme. Ça promet…

Quelques derniers encouragements plus tard j’enfile mon bonnet et mes lunettes et me dirige vers le lac pour me jeter à l’eau un peu avant le départ. L’eau est super bonne, en revanche je découvre avec effroi que nager en lac et en piscine ce n’est pas tout à fait la même chose : je vois à peine le bout de mes doigts ! J’ai l’impression de suffoquer dans cette eau sombre, je suis pris d’une grosse bouffée de stress… Je barbotte un peu afin de m’habituer à cette sensation désagréable puis sors de l’eau pour repérer un peu les lieux. Je sens que ça va être compliqué : la plage est noire de monde et il n’y a rien de matérialisé entre les bouées, j’ai intérêt à ne pas me perdre… La première bouée est située à 450m, la seconde est à 350m puis il faudra revenir vers la plage au niveau d’un ponton, courir un peu pour revenir au point de départ et repartir pour une seconde boucle.

Natation

Le speaker invite les nageurs à s’approcher du point de départ. J’essaie de me placer intelligemment : pas trop devant pour ne pas gêner les bons nageurs mais surtout pas derrière pour ne pas me faire trop secouer. J’essaie de me mettre avec des nageurs plus forts que moi pour me faire dépasser sur les premiers mètres puis me retrouver un peu isoler et pas trop balloté. Encore une fois je sens que je suis un touriste, on nous demande d’avoir notre numéro de dossard à gauche de notre tête, naturellement je l’ai mis à droite… Autour de moi l’ambiance a l’air assez sympa, les coureurs plaisantent entre eux. Les autre triathlètes sont tous en combinaison, heureusement qu’Eric m’a prêté la sienne, j’aurais encore plus eu l’air d’un rigolo autrement ! Quatre minutes avant le départ, la musique du triathlon est lancée. Ca faisait bien longtemps que ça ne m’était pas arrivé sur une ligne de départ : je retrouve ce déchainement d’émotions que j’éprouvais lors de mes premières courses, mélange d’excitation, d’appréhension, d’envie d’en découdre et de plein d’autres choses. La musique s’arrête, cédant la place à des battements de cœur martelés par la sono. La tension monte encore, ma vessie défaille.

Pan ! C’est parti. J’ai à peine le temps de comprendre ce qu’il se passe que déjà tout le monde se rue dans l’eau. Je lance mon chrono et m’empresse de suivre le mouvement. J’essaie de ne pas tomber en courant dans l’eau et me jette tête la première dans un enchevêtrement de bras et de jambes qui gesticulent dans tous les sens. Le terme qu’on emploie régulièrement pour décrire un départ de triathlon me revient soudain en mémoire : une essoreuse. C’est ça, il n’y a pas d’autre description possible. Tout le monde bat des bras et des jambes en essayant de ne pas prendre trop de coups. La visibilité est nulle, le bruit des remous est assourdissant, je suis à moitié sur le dos de quelqu’un, un autre nageur m’attrape une cheville… Je passe plusieurs minutes à tenter de nager sans trop me préoccuper du tumulte qui m’entoure, j’essaie d’avancer dans le même sens que les autres, c’est déjà bien. La fréquence des contacts diminue, je risque un œil hors de l’eau : la première bouée est en vue. Naïvement je pensais qu’une fois la première bouée passée le calvaire serait terminé, que je pourrais commencer à nager proprement. J’ai été un peu tendre sur ce coup-là, j’aurais dû penser que l’approche de la bouée ferait effet d’entonnoir ! Me revoilà empêtré dans une masse de nageurs à tenter de contourner l’obstacle, nous sommes tous incapables de nager, quasiment debout, contraints de faires des brasses pour avancer un peu. Puis c’est à nouveau le grand bazar, chacun essaie de repartir le plus vite possible pour s’extirper de cette galère. L’avalanche de coups reprend de plus belle…

Je commence à stresser, c’est trop violent, je ne tiendrais pas 40 minutes dans cet enfer ! Je n’attends plus qu’une chose : la fin de ce premier tour. L’idée d’abandonner me traverse rapidement l’esprit, à défaut de me motiver elle a le mérite de m’apaiser : j’ai une porte de sortie possible. Puis je pense à mon équipe de supporters, je ne peux pas laisser tomber, j’ai envie d’assurer pour eux ! Je me remets dans la bataille, j’essaie de me caller sur les nageurs que j’aperçois devant moi en sortant la tête de l’eau. Au moins je n’ai pas de souci pour m’orienter jusqu’à présent, c’est déjà pas mal ! Ces 350m ne passent pas très vite, le combat est moins rugueux et me laisse plus de temps pour cogiter. C’est à se demander ce qui est préférable… La bouée finit par arriver sans trop prévenir, nous revoilà au point mort pour la contourner. Plus que 150m et j’aurais le temps de respirer un peu ! Cette fois l’objectif est bien en vue : l’arche rouge située au bout du ponton face à nous. Je file dessus avant de constater que je sors du flux de nageurs. Tiens ? Mince ! Le speaker a bien dit de sortir à droite du ponton, j’avais oublié… Je vire et sors finalement du bon côté, le souffle court et un peu secoué par ce premier tour. Je profite des quelques mètres de course pour vidanger mes lunettes qui commençaient à prendre l’eau. Annick, la mère de Laurence me fait de grands signes lorsque je passe, je retrouve un peu le sourire avant de retourner au casse-pipe.

Nouveau passage dans la lessiveuse, tout le monde se passe dessus, la fatigue en plus. Cette fois j’en ai marre, ce tour a des allures de chemin de croix. La bataille est moins longue qu’au premier tour, cependant j’ai moins de monde devant moi pour m’orienter, je fais des erreurs de trajectoire, je passe de la gauche à la droite du flux de nageurs sans vraiment savoir comment mais je parviens à corriger le tir. Pour la première fois depuis le départ j’ai l’occasion de penser un peu à ma technique de nage, vu les conditions je ne m’en tire pas si mal, c’est loin d’être parfait mais ça reste assez propre. Le passage de la bouée est assez calme cette fois-ci, j’arrive enfin à la contourner en nageant.

C’est désormais assez étiré dans l’eau, j’aperçois de moins en moins de bonnets verts. J’ai l’impression d’être en toute fin de peloton. J’essaie de repérer la prochaine bouée : impossible de la voir, j’essaie de suivre les nageurs mais je dévie de plus en plus. Je rentre dans le flanc d’un nageur, puis encore d’un autre, je n’ai aucune idée d’où je vais, je commence à stresser à nouveau. J’ai peur de me perdre. Je ne comprends plus rien à ce qu’il se passe, je suis coincé derrière deux nageurs, je n’arrive pas à m’en dépêtrer, je prends quelques coups de pieds au passage. Je les ai bien cherchés ceux-là. Mon cerveau se remet en route l’espace d’une seconde : je peux les contourner ! Me voilà passé mais j’erre toujours à la recherche de la bouée. Cette longueur est sans fin dirait-on… J’avance néanmoins en essayant de suivre les bonnets verts, résigné à me sortir de l’eau d’une manière ou d’une autre. La bouée apparaît soudain devant moi, sortie de nulle part, ouf !

Je n’allais tout de même pas m’en tirer à si bon compte, la densité de nageurs augmente d’un seul coup ! La motivation de tout le monde a l’air de remonter en flèche, l’intensité aussi : c’est reparti pour le déchainement de violence ! Un talon me heurte sous le menton, une main tire sur ma jambe, mes lunettes prennent l’eau… Je mets moi aussi le moteur en marche pour m’extirper de là. J’arrive enfin au ponton tant attendu, prends une grande bouffée d’air et pars en courant en direction du parc à vélo, groggy mais pas mécontent. Mon groupe de fans m’attend près des barrières, je suis dans le gaz mais parvient tout de même à savourer ce moment.

Vélo

Pas le temps de réfléchir, je trottine sur le tapis en direction de ma monture. En regardant autour de moi j’aperçois des bonnets verts par terre. Mince ! C’est vrai que je dois profiter de ces quelques dizaines de mètres pour me préparer ! J’essaye désespérément d’ouvrir ma combi, je galère à trouver la lanière puis me retrouve coincé au niveau des mains, ça ne veut pas sortir. J’arrive à mon vélo toujours empêtré dans ma combi, je prends le temps de sortir mes mains avant de tout arracher. J’en profite pour jeter un œil à ma montre : 35 minutes ! Avec le temps passé sur la transition j’ai dû sortir de l’eau en 33 / 34 minutes. Malgré ma galère sur la fin du parcours c’est nettement mieux que ce que j’avais imaginé ! Je m’essuie un peu les pieds avant d’enfiler mes chaussettes et le reste de mon attirail, je bois un bon coup d’eau et c’est parti ! Je cours avec mon vélo jusqu’à la sortie de la zone de transition, passe la ligne qui signale le début du parcours vélo et saute sur ma selle pendant qu’un autre concurrent bataille avec un arbitre pour monter sur le vélo 10cm avant la ligne. J’ai bien fait de m’informer un peu avant de partir !

On nous annonçait une météo catastrophique aujourd’hui, pour l’instant c’est plutôt pas mal du tout, le ciel est tout bleu et il fait plutôt bon. Ma combi va sécher rapidement ! Les premiers coups de pédale me font un bien fou au moral, me voilà enfin dans un environnement que je connais, cette fois on va s’amuser ! J’avale une petite pâte d’amande dans les premiers mètres pour éviter le coup de pompe et je commence à appuyer plus sérieusement sur les pédales.

Je pars avec un braquet plutôt léger le temps de réveiller mes jambes en douceur. Le début de parcours est assez roulant, j’ai un coup de pédale fluide, le plaisir est de retour. La cycliste à côté de moi me crie « Ca y est, on s’en est sortis ! » On dirait que je ne suis pas le seul à avoir mal vécu la natation ! Après un virage la route grimpe un peu, je teste un peu mon coup de pédale, plutôt correct ! Je ne m’emballe pas, j’ai 88km et 1200m de D+ à avaler avant d’attaquer la course à pied, j’ai intérêt à me préserver.

Je vois des mecs me doubler sur leurs vaisseaux spatiaux dans les portions planes et les descentes, en revanche je gagne des places à chaque fois que le terrain remonte un peu. Je ne sais pas si c’est ma gestion qui est mauvaise ou mes jambes qui sont efficaces en montée. J’ai 88km pour le découvrir, pour le moment mes sensations sont vraiment bonnes, on verra plus loin sur le parcours ! Pour le moment je dépasse plus que je ne suis dépassé. Je ne suis pas trop dans les choux sur cette partie assez plate.

Je jette un premier coup d’œil à mon gps, déjà 7km de faits. Il serait temps de songer à ma stratégie alimentaire. J’ai intérêt à être bien hydraté lorsque je poserais le vélo pour éviter les crampes sur la course à pied. Je vais essayer de boire un coup tous les 5km et de manger une petite barre tous les 20. J’aurais peut-être besoin de refaire le plein d’eau sur un ravito pour ne pas tomber en panne sèche mais une micro-pause ne fera pas forcément de mal.

Ce début de parcours nous conduit à Plancher-Bas que je pensais passer à la fin. Zut, je m’étais basé sur le parcours de l’année dernière mais qui a été inversé cette année. J’espère que ma famille n’aura pas de problèmes pour me suivre sur le parcours… J’arrive au rond-point de Plancher et nous bifurquons en direction d’Auxelles-Bas. Cette fois on va grimper un peu, je vais en savoir un peu plus sur mes jambes. Les premières pentes me donnent le sourire, les autres cyclistes sont scotchés à leur selle tandis que j’ai l’impression de m’envoler dès que je passe en danseuse. J’ai intérêt à tirer profit de mon point fort vu mon niveau sur le plat. Je double un paquet de monde dans la montée avant d’en revoir passer la moitié dans la descente. Si je tiens ce ratio jusqu’au bout je devrais grappiller un bon paquet de places ! Les kilomètres passent bien, nous traversons Auxelles avant d’entamer la fin de la montée vers Giromagny. Un hurluberlu remonte sur nous comme un fou en criant des encouragements, c’est vraiment sympa !

Le passage dans le village me donne de super sensations, entre la police qui fait la circulation, le public et les motos de l’organisation qui passent prêt de nous j’ai la vague impression d’être sur une étape du tour. Je bois un petit coup au passage du 20ème kilomètre après m’être envoyé une petite pâte d’amande. Nous voilà à présent sur la grande boucle en direction du gros morceau : le ballon d’alsace. La route est plus jolie à présent, plus boisée, moins urbaine. Ce début de parcours très vallonné me convient à merveille, je suis de plus en plus à l’aise en montée et je relance plutôt bien dans les portions planes malgré mon vieux biclou. La descente qui suit Giromagny passe toute seule et me conduit à Grosmagny. J’essaie d’être vigilant dans les villages pour ne pas me tromper de chemin, ne pas me prendre une voiture et ne pas décoller sur un ralentisseur.

Une pette bosse à passer jusqu’à Petitmagny, une descente sur Etueffont et nous attaquons une nouvelle difficulté. La montée est plus pentue que les précédentes, je passe en danseuse et monte sans trop forcer tandis que je grappille pas mal de places. Au sommet de la bosse les rouleurs relancent moins fort que d’habitude et peu de monde me redouble. Décidément, ils ont beau avoir des vélos à 5000€, ce ne sont pas des grimpeurs ! La descente en sous-bois est super jolie bien qu’assez glissante, d’ailleurs je croise 3 mecs le cuissard en sang. Ils sont déjà pris en charge, pas besoin de m’arrêter.

Me voilà à Rougemont le Château où le premier ravitaillement m’attend. J’attrape un bidon de boisson énergétique, franchement pas bon. J’en descends la moitié tout de même, un peu de sucre ne devrait pas me faire de mal après 35km de vélo.

La route redescend doucement jusqu’à Masevaux et nous voilà en Alsace. Tout de suite l’architecture change, on prend des rues pleines de pavées. Le mec devant moi n’ose pas appuyer sur ses pédales de peur de dérégler son précieux vélo, au moins moi je ne suis pas gêné ! Viennent ensuite une dizaine de kilomètres en faux-plat montant, j’en profite pour prendre ma pâte de fruit du 40ème kilomètre. Le ballon d’alsace est proche, ce n’est pas le moment d’avoir un coup de mou !

A chaque village je cherche du coin de l’œil mon équipe de supporters mais impossible de les voir, j’espère que je ne les ai pas ratés ! On avait évoqué la partie entre Auxelles et Giromany où je dois passer deux fois mais ils n’y étaient pas. Je ne sais pas où ils sont passés ! En tout cas avec ce beau temps pas vraiment prévu ils doivent passer une bonne journée !

La route est maintenant en faux plat montant avec un léger vent de face, pas de problème, depuis mon Lyon – Chalon avec le vent de face toute la journée je sais gérer. J’essaie de mouliner au maximum comme depuis le début pour préserver au maximum mes cuisses. Le moral est vraiment bon.

J’attrape un bidon pour boire un coup au 45ème mais manque un peu ma manœuvre, le bidon m’échappe des mains et s’écrase sur la route. Zut ! Bon, il était presque vide et j’ai encore 500mL dans mon second bidon. J’en chopperais un autre en haut du ballon.

Je passe mon temps à doubler le dossard 283 avant qu’il ne relance un peu et me repasse devant. C’est assez amusant et me permet de penser à autre chose qu’à la montée du col qui approche à grands pas. Nous discutons brièvement, j’en profite pour lui donner les quelques informations que j’ai pu glaner sur le ballon avant d’entamer l’ascension. Les sommets vosgiens nous font maintenant face, avec la verdure du printemps ils sont superbes, j’ai hâte de m’y aventurer…

Nous voilà à Sewen, véritable point de départ du col. Mon ami 283 me dit qu’il va relancer un petit coup, je lui souhaite donc une bonne grimpette. Au détour d’un virage j’entends des voix qui ne me sont pas étrangères : ma famille m’attend là, au bord du lac de Sewen. Je crois que je ne pourrais pas être plus heureux ! Je passe trop vite, j’ai à peine le temps de leur faire un coucou et me voilà déjà dans les premières pentes du col. Leurs encouragements m’ont fait un bien fou, je relance de bon cœur et reprend un paquet de coureurs dont le 283. Les jambes vont rudement bien, je continue sur ma lancée avec une danseuse toute en puissance, les premières pentes passent comme une lettre à la poste. Après quelques lacets j’arrive rapidement au lac d’Alfeld. Les pentes sont plus raides que ce que j’imaginais mais il y a de nombreuses parties qui me permettent de récupérer. Autour de moi tout le monde est rivé sur sa selle et tire la langue. Des belges sont installés dans un virage et nous encouragent chaleureusement, je suis en train de prendre mon pied !

Le lac passé, nous nous engouffrons dans la forêt, cette fois plus de lacets ni de temps morts, ça grimpe entre 8 et 9%, c’est costaud. Je reste sur le braquet embarqué au pied du col qui me convient plutôt bien et je remonte la file de coureurs scotchés au bitume, j’ai vraiment l’impression de voler ! Seule ombre au tableau, le nombre de motards qui passent par-là juste pour brûler du carburant. Vivement la pénurie…

Je m’amuse comme un fou dans cette montée, j’ai un bon coup de pédale et je me délecte de voir les milliers d’euros de matériel que je cloue sur place. Je rattrape et dépasse la première fille qui a l’air un peu moins à la peine que le triathlète moyen et poursuis ma route en sous-bois. Une moto d’arbitres de course nous dépasse et nous dit de bien serrer à droite pour laisser passer les quelques voitures autorisées à monter. Je regarde les panneaux kilométriques qui nous indiquent aussi l’altitude, le sommet est maintenant tout proche.

Les dernières pentes sont plus douces, je me rassieds sur la selle et constate que j’ai dû forcer un peu trop : j’ai des débuts de crampes dans les cuisses. Mince, quelle poisse ! Je savais que j’y allais trop fort…

Un bref replat et une dernière petite bosse à passer et nous voilà en haut. Le ravito nous tend les bras. Pas mal de coureurs posent le pied le temps de se retaper. Pour ma part hormis les crampes je me sens vraiment bien. J’attrape un bidon d’eau que je garde avec moi après avoir bien bu et je me lance tête baissée dans la descente en espérant que celle-ci laissera un peu de temps à mes cuisses pour récupérer et me laisser boucler le parcours en toute sérénité.

Je sens que je suis moins dans mon élément que dans la montée, j’ai beau relancer assez bien selon mes références, je sens que mon vélo ne fait pas le poids : il me manque un très gros braquet pour pouvoir avancer, je me retrouve à mouliner dans le vent. Je songe à arrêter des mouliner et à m’assoir sur le cadre pour rechercher la vitesse mais mes débuts de crampes m’en dissuadent. Mieux vaut perdre un peu de temps dans la descente et être capable de pédaler dans les derniers kilomètres du parcours. 65km de passés, avec une dizaine de kilomètres de descente il m’en restera une douzaine. Si les crampes me rattrapent je risque de passer un mauvais moment…

Je descends aussi vite que possible dans ces conditions, la route est facile avec de très longues lignes droites conclues par de beaux virages en épingle. Le bitume est aux petits oignons, je n’ai pas à forcer. J’ai juste un peu de mal dans les relances, les crampes sont vraiment toutes proches et viennent me chatouiller lorsque je repasse en danseuse. J’appréhende vraiment le retour au plat ainsi que le passage à la course à pied. J’ai intérêt à m’hydrater autant que possible d’ici là…

J’ai beau descendre mieux qu’à mon habitude, ça n’empêche pas quelques avions de me dépasser à des vitesses impressionnantes. Ceci-dit, je m’attendais à me faire dépasser par des wagons de cyclistes, pourtant seulement cinq me reprennent avant d’arriver au pied du ballon. La montée a du faire de sacrés dégâts…

J’arrive à nouveau sur des routes ouvertes, et constate avec plaisir qu’une voiture me fait une magnifique queue de poisson avant de rouler comme un escargot. Un vieux. Naturellement. Je peste copieusement avant de voir une flic le pourrir copieusement à un rond-point. J’ai un petit sourire en coin…

Le retour sur le plat se passe mieux que prévu, j’ai un gros coup de pédale. Je passe une petite bosse pour sortir de Giromagny et retrouve les coureurs qui m’ont enrhumé dans la descente. Me revoilà en danseuse pour passer la difficulté, les cuisses vont un peu mieux mais je sens encore mes muscles ultra-tendus. Je vais souffrir pendant la course à pied… Un mot d’ordre pour la fin du parcours vélo : boire.

La fin de parcours est en faux-plat descendant. J’ai eu l’occasion de le repérer ce matin en venant en voiture. La route est jolie et sans surprise, c’est bon pour mon moral. Je suis scotché par ma vitesse en cette fin de parcours, mon compteur oscille entre 35 et 38 km/h, les rouleurs avec leurs vélos-spatiaux me lâchent progressivement mais j’arrive à remonter sur les deux cyclistes qui me précèdent. Je compte les kilomètres jusqu’à l’arrivée en serrant le poing. J’y suis presque.

Je traverse la Chapelle sous Chaux avant de quitter la route principale, ça sent bon l’arrivée. Je me sens vraiment au top de ma forme, j’ai hâte de courir. J’en profite pour remettre un peu de jus dans les pédales dans les dernières encablures. Je m’arrête juste avant la ligne jaune, trottine un peu jusqu’au parc à vélo et saute dans mes baskets. Je regarde rapidement ma montre : 3h01 sur le vélo ! J’avais prévu 3h30, j’ai roulé comme un malade ! Je n’en reviens pas.

Course à pied

Je meurs de faim ! Il faut dire qu’avec un départ à 11h, il n’était pas possible de faire un vrai repas à midi… Me connaissant, on est pas loin de l’incident diplomatique ! Avant de partir courir j’avale la banane que j’avais prévu en cas de petite faim, je rince avec un peu d’eau. Mince, la bouteille est restée en plein soleil, c’est répugnant !

Cette fois c’est parti pour la troisième épreuve de ce triathlon. Je cherche ma famille du coin de l’œil mais je ne les aperçois nulle part, dommage. Je trottine calmement pour sortir de la zone de transition pendant que le speaker annonce mon arrivée et je relance dès que j’arrive sur un terrain plus normal. Mes jambes ne répondent pas, j’ai mal partout, le cardio a du mal à se mettre en route… J’aurais dû travailler les transitions pour m’habituer à cette sensation. On ne m’y reprendra pas… Il fait une chaleur torride, je ne m’en étais pas aperçu sur le vélo ! Un premier ravito nous attend, j’avais prévu de passer tout droit mais vu mon état j’ai intérêt à boire un coup.

Je repars avec des jambes lourdes et le ventre explosé par la banane et l’eau. Les premiers mètres sont douloureux. J’aperçois un premier panneau qui m’indique le 13ème kilomètre prévu au 3ème tour. Je crois que l’information m’achève, je suis en train de réaliser que j’ai 20km à courir.

Le début du parcours est agréable, en sous-bois sur un petit chemin. Normalement je devrais bien m’amuser mais je souffre comme un malade. Je passe le premier kilomètre, seulement… Ça va être très long !

Nous sortons du sous-bois pour entamer une petite montée en plein cagnard. J’ai de bonnes douleurs aux lombaires dues à la position sur le vélo, je sue à grosses gouttes, je suis à deux doigts de marcher. Je ne tiendrais jamais 3 tours comme ça !

J’arrive en haut de la bosse et bifurque à gauche en direction du second ravitaillement. Ça fait du bien de retrouver un peu de plat ! On me propose de m’arroser avec un jet d’eau, je saute sur l’occasion ! Je fais le tour du rond-point et je repars en sens inverse en m’arrêtant boire un verre d’eau.

J’arrive dans la descente, je retrouve un semblant de foulée mais très vite mes douleurs aux cuisses me reprennent. Chaque impact est un calvaire, courir en excentrique ne me réussis pas, vivement le retour du plat… J’essaie d’attaquer au maximum sur les talons pour protéger mes muscles, un comble… Mes muscles se tétanisent un peu mais tiennent bon. Retour sur le plat, ça va mieux. Je me traine en passant le panneau des trois kilomètres et pourtant je ne fais que doubler, les autres coureurs sont encore plus mal en point que moi.

Je commence à me résigner à ne pas faire une course à 14 / 15 km/h comme je l’avais envisagé sur le vélo, je ferais avec ce que mes muscles voudront bien me donner. Après tout j’ai gagné pas mal de temps sur le vélo et j’ai été un peu plus rapide que prévu en natation, je dois avoir près de 30 minutes d’avance sur mes estimations. Le chrono de 5h30 que j’envisageais devrais tomber sans trop de problèmes à présent, il faut juste que j’arrive à empêcher les crampes d’arriver.

Le chemin serpente un peu en sous-bois avant de revenir vers le point de départ. Un troisième ravitaillement nous attend à la sortie de la forêt, je m’arrête boire un verre pour essayer de me réhydrater un peu. Je repars doucement en direction de la petite route au bord du lac par où nous sommes rentrés à vélo. Il y a beaucoup de spectateurs au bord, je guète mon équipe de choc sans succès. Je commence à me demander s’ils ne m’attendent pas quelque part sur le parcours vélo en espérant me voir passer. Mince ! J’espère qu’ils ne poirotent pas pour rien, d’autant plus que j’aurais bien besoin de les voir moi aussi !

Après avoir longé le lac nous repartons faire une petite boucle en sous-bois et revenons en sens inverse. On me temps un bracelet que je m’empresse d’attraper afin de signaler que j’ai déjà fait un tour. Je reviens vers le parc à vélo, passe devant l’arche d’arrivée et repars pour un tour.

Bon, je suis dans un sale état mais ce premier tour n’était finalement pas si terrible, je devrais pouvoir en refaire deux sans trop de souci. Je m’arrête au ravitaillement boire un verre de coca et un verre d’eau. Un peu de sucre ne peut pas me faire de mal. Je repars ragaillardi, je ne sais pas si c’est l’apport en sucres ou de me dire que l’effort n’est plus si insurmontable mais mes jambes sembles plus légères, j’ai retrouvé de la souplesse dans ma foulée. Je me sens prêt à retourner à me battre.

Je passe rapidement le panneau des 7km et file vers la petite montée qui me sèche à nouveau. Décidément, j’appréhende le prochain passage… J’arrive en haut à un rythme lamentable mais avec un moral toujours correct, je file me faire arroser, fais mon tour de rond-point, m’arrête boire un coup et repars en direction de la descente. Cette fois mes cuisses me laissent en paix. Alléluia !

Je ne vais toujours pas bien vite mais je dépasse régulièrement des coureurs qui sont dans le même tour que moi. Si le circuit n’a plus beaucoup de surprises pour moi il a au moins un avantage : tous les coureurs sont réunis, ça me permet d’avoir toujours quelqu’un à dépasser et de voir que mon état n’est pas si catastrophique qu’il n’y paraît. J’avance sereinement jusqu’au prochain ravitaillement, je m’arrête à nouveau boire un verre avant de repartir. Je dépasse la 1ère féminine sur la route au bord du lac avant d’entendre au loin un « Thomas ! ». Je me retourne, c’est Laurence qui vient d’arriver, génial ! Je lui crie qu’il ne me reste plus qu’un tour à boucler, mon moral remonte en flèche ! Plus qu’un tour, l’arrivée me semble à présent atteignable, je commence à réaliser que je vais y arriver.

Je mets une petite accélération dans la ligne droite et fais ma boucle dans les bois en avançant bien. J’attrape un second bracelet vert avant de repasser une dernière fois devant la ligne d’arrivée. Je tape dans la main de deux enfants devant le speaker qui commente mon geste, moi qui craignait que l’ambiance ne soit pas sympa, ce triathlon est vraiment une belle surprise ! Me voilà dans le dernier tour. Un arrêt au ravitaillement pour un énième verre d’eau et c’est parti pour les 6,3 derniers kilomètres. Cette fois les panneaux « 3ème tour » sont pour moi. Je serre le poing.

La patate qui m’animait au deuxième tour commence à diminuer, je remonte sur un coureur qui m’a dépassé pendant le ravitaillement et j’aborde la montée avec lui. Il a une bonne foulée et semble vouloir me tirer la bourre, ça pourrait me motiver pour la fin de course ! Manque de pot, mes mollets ne sont pas du même avis, les crampes me rattrapent dans la montée. Dans un sursaut de fierté j’essaie de poursuivre l’effort mais rien n’y fait, je suis obligé de ralentir dans le dernier coup de cul. Je trottine tant bien que mal jusqu’au ravito où je suis contraint de m’arrêter pour m’étirer. Je repars délicatement pour ne pas forcer sur les muscles et je m’arrête boire un dernier verre d’eau. Plus que 4km, je peux tenir.

Je me remets en route en essayant d’avoir la foulée la plus délicate possible pour préserver mes mollets mais la descente me fait face. Cette fois-ci c’est une boucherie : toutes les douleurs reviennent à la charge. Mes cuisses se tétanisent, les crampes dans mes mollets reviennent, je commence à avoir un sévère mal de tête, signe que je suis déshydraté et mes épaules ne veulent plus faire le moindre geste. Je m’arrête à nouveau pour étirer mes mollets en jurant copieusement. Je suis ulcéré de ne plus être capable de courir malgré l’énergie que je sens encore en moi. Je pourrais aller vite, vraiment vite, je le sens. Et pourtant mon corps en a décidé autrement… Je peste mais je n’ai d’autre choix que de repartir doucement en prenant mon mal en patience. Je dépasse pour la troisième fois un petit groupe de coureurs qui me double à chaque fois que je m’arrête pour m’étirer et essaie de trouver la foulée qui me permettra de terminer la course sans avoir à m’arrêter.

La partie plate me sied plus, les douleurs s’éloignent, j’accélère inconsciemment et les crampes reviennent encore une fois. Je peste une nouvelle fois en m’étirant et repars plus prudent que jamais en doublant une quatrième fois le petit groupe. La première féminine en a profité pour me repasser devant, je ne la reverrais pas.

Cette fois j’ai trouvé la bonne formule, une petite foulée courte avec une attaque à plat, sans extension de la pointe du pied. J’essaie d’avoir un mouvement de l’avant vers l’arrière pour étirer le muscle en courant. On dirait que ça fonctionne bien.

Toute ma famille m’attend un peu plus loin, je suis vraiment ravi de les voir. Je fais un petit coucou à tout le monde mais mes épaules me brûlent trop pour être plus démonstratif… Je continue sur cette longue ligne droite pendant que l’émotion me rattrape, je suis à 1,5km de l’arrivée et tout le monde est là pour m’encourager, il faut vraiment que je savoure ces derniers instants.

Je passe le panneau des 18km en serrant le poing. Cette fois ça y est presque, mes muscles meurtris me laissent même accélérer un peu. J’arrive à la distribution de bracelet, je fais ma fashion victim en demandant un bracelet bleu, histoire de changer un peu. Ouille, j’ai mal à l’épaule juste en l’enfilant, la natation a fait du dégât !

La dernière ligne droite passe presque trop vite, je remonte une dernière fois dans l’herbe pendant que toute ma famille accoure pour me voir près des barrières. C’est fou, ils ont l’air encore plus heureux que moi ! J’ai presque envie de m’arrêter là et de profiter de ce moment avec eux mais un coureur que j’ai dépassé une centaine de mètres plus tôt me dépasse en trombe, s’il veut jouer à ça avec moi il va trouver à qui parler ! J’accélère une première fois pour le dépasser mais l’énergumène relance très fort, j’essaie de contrer mais les crampes me rattrapent et me crucifient à 10m de l’arche. Je l’ai bien cherché ! Je passe la ligne clopin-clopant en 5h11’04, nettement mieux que ce que j’imaginais !

Je vais taper dans la main du sprinter fou qui a l’air de s’être bien amusé également et me dirige vers le ravitaillement retrouver ma famille, sans oublier de prendre au passage mon polo finisher chèrement gagné.

Bilan

Ce premier triathlon était vraiment une bonne expérience. Non seulement j’ai pris beaucoup de plaisir le jour de l’épreuve mais il m’aura aussi permis de m’entrainer différemment. Jamais dans un entrainement course à pied je n’ai réussi à caser 9 à 13 entrainements par semaine. La préparation est vraiment ludique, non seulement on ne fait jamais le même sport mais on peut également varier les types d’efforts, par exemple travailler le plat ou les montées sur le vélo, faire du long ou du moins long, voire même sortir à VTT. En revanche cette préparation a un gros inconvénient : c’est une logistique de tous les instants. Il faut jongler entre la récupération, la météo, les horaires des piscines, la durée de certaines sorties, sans même parler de la vie personnelle.

Côté performance je suis assez content de moi, même si la contre-performance en course à pied me reste un peu en travers de la gorge. Je sors de l’eau en 34’14, sachant que je ne nage que depuis 4 mois et vu mon noviciat sur ce type d’épreuve je trouve que je m’en tire assez bien. J’ai tout de même intérêt à progresser si je veux me frotter à un ironman. Je suis bluffé par mon passage sur le vélo, 3h01, moi qui ai d’habitude du mal à tirer un misérable 30km/h de moyenne sur de petites sorties plates, voilà que je sors 88.5km et 1200D+ à 29.3km/h de moyenne avec de super sensations de bout en bout. Ma seule erreur je pense est de ne pas m’être suffisamment alimenté, ce qui a provoqué mes crampes. Enfin sur la course à pied, 1h28’33, à défaut d’avoir pu m’exprimer comme je le souhaitais j’ai réussi à limiter la casse grâce à mon expérience sur longues distances. Il y a pas mal de points que je peux encore améliorer mais pour une première je suis vraiment satisfait. Je garderais un super souvenir de cette journée, contre toutes attentes, ensoleillée. L’épreuve de natation m’a bien refroidi mais j’ai tout de même envie de m’essayer sur ironman d’ici un an ou deux…

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