Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Trail des forts 2017

Publié 17 Mai 2017 par Thomas Diconne

Même s’il ne tombe pas au meilleur moment dans mon calendrier, maintenant que je suis bisontin et que je connais les chemins sur le bout des doigts je n’ai plus d’autre choix que de participer au trail des forts. J’étais très tenté par le 48km, mais à deux semaines de la maxi-race j’aime mieux jouer la sécurité, je me lance donc sur le 28km que j’aborde comme une sortie longue.

Trail des forts 2017

Au niveau de l’entrainement je sens que j’ai la grosse caisse, j’ai un peu de vitesse depuis le marathon de la côte chalonnaise et déjà 50 000D+ dans les jambes cette année. Par contre, ayant décidé de courir cool, au niveau de l’avant-course j’ai un peu tout fait à l’envers. Bilan : 5 sorties course et 2 sorties vélo au cours de la semaine plus une sortie longue de 45km la semaine précédente.

N’ayant pas fait de cette course un objectif j’ai un peu de mal à me plonger dedans, la journée de samedi n’est pas d’une grande aide. Après un petit footing de 6km sous le soleil qui m’a montré que j’avais la patate je déchante rapidement quand un gros orage s’abat sur la ville l’après-midi. J’avais fait un dernier petit repérage du parcours avec Laurence lundi après-midi : c’était déjà très gras. La semaine n’ayant pas été trop pluvieuse j’avais bon espoir de trouver des chemins dans un état correct mais vu les trombes d’eau qui descendent je sais que nous allons courir dans une mer de boue… Le peu d’envie que j’avais vient de me passer !

Après une petite sieste nous allons retirer nos dossards en fin d’après-midi. J’aurais préféré y aller de bonne heure pour éviter la cohue mais nous devons retrouver des amies là-bas. Manque de bol elles ne sont pas encore arrivées, par contre la foule est au rendez-vous et ils semblent avoir un problème technique à la remise des dossards. Voilà qui entame encore un peu plus ma motivation…

Nous finissons par retrouver les lyonnaises et partons faire la pasta-party chez Anne et Romain. La soirée me permet de me mettre un peu plus dans l’ambiance de course mais l’envie n’est toujours pas franchement au rendez-vous… Je me laisse même tenter par un fond de bière et un verre de rosé, j’ai bien changé !

L’avantage de ne pas me mettre de pression est que je passe une super nuit ! Nous nous réveillons à 6h15, Laurence et Clem sont inscrites sur le 18km et partent à 8h30. Pas le temps de trainer pour elles, moi j’ai un peu plus de temps, mon départ est prévu à 9h15. J’abuse un peu du petit dej et file préparer mes affaires et celles de Laurence. Le ciel est menaçant, météo-France nous annonce de rares averses. Ca sent le sapin… Finalement je suis plus inquiet de l’après que de la course elle-même, je mets un stock de vêtements secs dans mon sac pour ne pas me geler à l’arrivée. Les filles mettent plus de temps que prévu à se préparer, nous pensions descendre à pied à 7h30 mais il est déjà 7h45, nous prenons finalement la voiture, ce que je préférais éviter : ça va être un sacré bordel pour se garer ! Nous parvenons à trouver une place sur un petit parking éloigné de la ligne de départ et arrivons dans les temps pour le départ des filles. Nous n’avons pas une beaucoup de marge pour que les filles se préparent mais elles semblent nettement moins stressées que moi ! Je croise quelques copains du team Gab&Sport, c’est agréable de voir des têtes connues.

Nous retrouvons toute la petite équipe ainsi que les parents de Laurence et Anne venus encourager les deux frangines malgré la pluie. Nous ne sommes là que depuis 10 minutes mais nous commençons à être bien trempés, ça promet… Les filles partent se mettre sur la ligne de départ, elles veulent se mettre dans le 3ème sas sur 4. Nous regardons les deux premières vagues partir et les cherchons dans la 3ème mais elles ont l’air de s’y être mis trop tard et nous finissons par les retrouver dans la 4ème. Elles vont se retrouver dans les bouchons, j’espère qu’elles ne vont pas trop galérer…

Après avoir encouragé les filles, Anne, Sophie et moi partons nous préparer pour le 28. Nous nous mettons en tenue et donnons nos sacs à la consigne. Manque de bol j’ai un peu mal au ventre ce matin et j’ai vraiment besoin de faire un tour aux toilettes qui sont prises d’assaut… Anne a l’œil du lynx et nous déniche une petite cabine planquée que personne ou presque n’a vu, ouf ! Me sentant plus léger je souhaite bonne course aux filles et cours m’installer dans le sas déjà rempli… Tant pis, j’enjambe la barrière pour me placer dans la première vague, malheureusement je suis au milieu du peloton, je vais devoir partir au sprint et sans échauffement pour attraper le bon wagon… Je repère Annick avec son appareil photo à côté du sas et lui fait un petit coucou en attendant le coup de feu. L’envie n’est toujours pas là mais j’ai encore moins envie de me retrouver coincé à ne pas pouvoir courir à mon rythme, au moins je commence à être motivé par un départ rapide. Le speaker essaie de chauffer le sas et nous fait faire le « AHOU » des supporters islandais, à défaut de me motiver un peu plus ça a le mérite d’être rigolo. Au moins il ne pleut plus et il ne fait pas froid, ça pourrait être bien pire !

Cette fois c’est l’heure, le décompte commence, 3, 2, 1… 0 ! Moi qui n’aime pas les départs rapides je suis servi : je me retrouve coincé ! Je fais l’extérieur pour pouvoir doubler un maximum de monde avant le premier chemin. Mes jambes tournent toutes seules, je suis dans le top 40 avant d’arriver sur le premier chemin, ouf ! Je rigole devant la pudeur de gazelle de la majorité des coureurs : tout le monde contourne la flaque au milieu de la route quand il nous reste 200m de bitume avant de nous plonger dans un océan de boue.

Je dépasse encore deux coureurs avant de virer sur le chemin le long du doubs. C’est encore pire que ce que je craignais : le chemin est non seulement imbibé d’eau, mais il a en plus été labouré par les 1600 coureurs du 18km ! C’est une véritable patinoire, heureusement que c’est plat… Nous arrivons quand même à courir à une belle allure mais j’appréhende la suite, surtout la fin du parcours que je connais un peu trop bien… Après seulement quelques centaines de mètres je sens ma flasque sauter de ma poche, j’arrive à la rattraper avant qu’elle ne se fasse la belle et la prends à la main. Pas très confortable mais c’est mieux que d’être sans eau… Pendant ce temps la boue gicle dans tous les sens, j’en ai déjà plein les jambes sans compter les projections que m’envoient les autres coureurs. Moi qui déteste la boue je sens que je vais passer une bonne matinée…

Autour de moi ça souffle assez fort, ma respiration est régulière, je prends ça pour un signe positif, surtout au moment de dépasser la seconde féminine qui fait un bruit d’avion en plein décollage. J’arrive à gagner quelques places malgré le chemin modérément praticable et nous voilà sur la passerelle de la Malate. Nous enjambons le doubs sous les encouragements des courageux qui ont bravé le mauvais temps. Je profite du bitume pour boire un coup : la flasque prend maintenant moins de place, je peux la bourrer dans la poche sans craindre qu’elle ne se sauve à nouveau. Je n’ai pris que quelques gorgées mais ça ne passe pas bien, j’ai une petite boule au niveau de l’estomac juste avant d’attaquer la montée. Ça commence bien… Je profite du virage de la passerelle pour regarder comment je suis placé, malgré tout je suis parti comme un missile, je suis remonté aux abords du top 20. J’ai encore 26km à tenir, il va peut-être falloir que je songe à mettre le frein à main…

J’avais un doute sur le parcours, il a bien été modifié depuis 2015, nous n’empruntons plus le chemin de traine-bâton qui cassait déjà bien les jambes, à présent nous passons par un chemin privé derrière l’usine de traitement des eaux que je ne connaissais pas. C’est plus direct qu’avant, mais c’est aussi plus raide. Ca a le mérite de calmer mes ardeurs et de me faire reprendre un rythme plus normal ! Je cours les premières encablures avant de me mettre à marcher. Certains persistent à courir, je ne vois pas bien l’intérêt. En tout cas cette première montée donne le ton : le chemin est impraticable, il faut passer dans l’herbe pour retrouver un soupçon d’adhérence. J’ai une petite pensée pour Anne et Sophie qui vont passer après plusieurs centaines de coureurs, ça va être encore plus dur pour elles…

J’ai les jambes qui fonctionnent bien dans cette côte, je remonte sur la première féminine qui souffle presque aussi fort que la seconde. Je traverse la route qui monte à Montfaucon avant de repartir sur un single. On m’annonce que je suis 18ème, c’est super mais vu le terrain j’ai intérêt à me préparer à perdre des places…. Ce nouveau single monte assez doucement, il serait tout-à-fait courable si ce n’était qu’il est incroyablement glissant ! Le sentier est en léger dévers et, comme les précédent, est ultra boueux : un véritable enfer, j’ai du mal à tenir debout ! Je fini par trouver le truc, je cours au bord du chemin en prenant appuis sur l’ail des ours qui pousse ici. Non seulement ça sent bon mais en plus il me permet de courir sans trop galérer, ma nouvelle plante préférée !

Malgré ma nouvelle technique pas trop mauvaise je me fais dépasser par un coureur plus à l’aise que moi. J’arrive néanmoins à gagner une place, je suis toujours 18ème. Nous arrivons au bout de cette première vraie galère, coupons la route traversée plus bas et repartons sur un single que je connais bien. Il est tout aussi boueux que le précédent mais la terre est plus collante de ce côté, le début de la descente est assez agréable. Je profite de l’occasion pour grappiller une petite place avant d’être rappelé à l’ordre par une petite glissade bien rattrapée. Nous arrivons aux abords du château de Montfaucon mais nous prenons un chemin que je ne connais pas (ou plus) qui se révèle un véritable enfer : glissant, raide, étroit et sans grand-chose à quoi se raccrocher. La galère du trail des allobroges 2013 me revient à l’esprit et me met un sacré taquet derrière les oreilles, ma confiance en moi baisse sérieusement, je me verrouille légèrement, c’est suffisant pour que je sois en difficulté. Je tourne au ralenti, et ça revient déjà derrière. Je prends sur moi et me force à aller droit dans la pente sans me poser de questions. Malgré l’appréhension je m’en sors assez honorablement, je ne fais pas trop d’embardées, mes cascadias n’ont pas d’énormes crampons mais ils font du bon boulot. J’arrive sur une petite descente vers un ruisseau qui me revient à présent en mémoire, la note de style ne doit pas être bien élevée mais je m’en tire sans gamelle. J’ai plaisir à remonter un peu après ça mais l’accalmie n’est que de courte durée. Je laisse passer un coureur revenu sur moi et m’accroche pour prendre sa roue. Je perds un peu de terrain mais je limite mieux la casse que ce que je pensais.

Même si je m’en sors mieux que prévu sur ce terrain hostile j’ai le moral dans les chaussettes (et vu la tête des chaussettes, c’est pas chouette…). J’appréhende toujours la fin du parcours qui sera bien pire que les conditions actuelles, j’ai toujours cette petite boule au ventre qui ne passe pas et, malgré tout ce que j’ai pu dire je réalise à présent que j’ai des attentes de résultat sur ce trail qui m’empêchent de relâcher la pression.

Nous quittons ce single infernal et arrivons cette fois au château. Pas de corps de chasse cette année mais un groupe de percus. Le cadre est magnifique et la musique lui donne un côté magique malgré la météo tristounette. Je remonte sur le coureur qui m’a dépassé dans la descente et nous entamons le dernier assaut vers le sommet de Montfaucon ensemble. Les 150D+ qui nous attendent sont assez roulants et nettement plus praticables que ce que nous avons eu jusque-là. J’en profite pour repasser devant mais mon compagnon de route s’accroche. J’essaie de trouver un chemin pas trop glissant entre la boue et la roche lisse. Mon altimètre monte assez rapidement sans que je n’aie l’impression de faire un gros effort, c’est assez agréable ! Il ne reste plus que 50m à grimper quand nous bifurquons pour monter à travers champ. C’est plus raide et plus glissant, je passe dans l’herbe pour ne pas glisser mais l’effort est rude, j’ai hâte d’arriver au sommet…

Nous arrivons à deux en haut de la bosse et retrouvons un peu de plat avec le chemin qui fait le tour du fort. Un bénévole et son âne nous indiquent le chemin de gauche et nous partons dans une petite descente rapide. Je manque la sortie de piste de peu quand il faut faire un virage à presque 180° et nous remontons vers l’antenne de Montfaucon. J’en profite pour tenter une blaguounette « Finalement c’est plus un mud-day qu’un trail ! » Mon compagnon au t-shirt vert me fait répéter 3 fois, je crois qu’il n’a pas pigé, dommage, moi ça m’a fait rigoler (il m’en faut peu).

Nous déboulons sur la route de l’antenne, les spectateurs sont là en force, ça fait du bien de tirer de la force de leurs encouragements ! Un brouillard assez épais nous entoure, dommage pour la vue normalement magnifique… Un spectateur me dit de profiter du paysage, je lui demande si c’est bien les Alpes qu’on aperçoit en face. Enfin quelqu’un qui rigole ! Je sens que le public est chaud, je lance un petit « Allez, plus qu’à redescendre pour l’apéro ! ». Tout le monde se marre bien, Yohann Métay n’a qu’à bien se tenir ! Ce petit moment de détente m’a fait du bien, j’aborde la descente avec la patate. Je manque de me planter de chemin tellement le brouillard est épais, heureusement que deux bénévoles me réorientent mais ce petit contretemps n’entame pas mon moral retrouvé. Je pars sur ce nouveau single avec mon compagnon du jour en essayant de comprendre pourquoi on ne repart pas dans la direction du ravito. J’ai déjà 11km au gps et seulement 58’ au chrono, 11,5km/h alors que le parcours monte, ça avance quand même pas mal !

Je pige enfin que le parcours passe par le chemin sous le fort, chouette, je l’adore celui-là ! J’ai les jambes qui commencent à frétiller. J’aperçois deux coureurs un peu devant nous qui abordent la descente, je négocie le virage et je pars à l’abordage. Les jambes tournent comme un coucou suisse, le moteur ronronne mais j’ai ce fichu point à l’estomac qui se fait plus pressant que jamais, j’en ai du mal à respirer ! Je force mon souffle à se calme, je prends de grandes inspirations et vide tout l’air de mes poumons pour me purger de tout le CO2. Ça me prend toute la descente mais le résultat est là. J’ai perdu un peu de temps et j’ai maintenant trois coureurs qui me talonnent mais je sens que quelque-chose s’est débloqué en moi, j’ai retrouvé du punch, de la hargne et cette fois je n’appréhende plus la suite du parcours, au contraire j’ai hâte de m’y frotter.

Je relance un peu dans la traversée de Montfaucon en direction du ravito et passe devant les bénévoles sans m’arrêter. Je n’ai rien bu depuis le second kilomètre mais maintenant que je me sens mieux je ne vais pas prendre le risque de tout ficher en l’air. Derrière moi j’entends que tout le monde ne s’arrête pas, je décide de remettre un coup de collier histoire de tenter de faire le trou. Me voilà sur la petite route qui rallie Morre, j’adore la prendre à vélo, j’ai tout autant de plaisir à la prendre en courant aujourd’hui, elle est superbe et vraiment roulante. On nous fait bifurquer un peu avant la fin et me voilà dans une petite montée de rondins. J’ai vraiment retrouvé la forme, je monte les marches en courant à une bonne vitesse avant de me retrouver dans un mur de boue. Je coupe dans la végétation pour ne pas perdre de temps sous les encouragements de quelques spectateurs qui ont bien choisi leur emplacement, ils doivent bien rigoler !

En haut de cette petite butte je me retourne pour voir où en sont mes poursuivants, on dirait que le dernier petit effort a payé, j’ai créé un petit trou, ça fait plaisir ! Je descends retrouver une portion de route où les spectateurs sont venus en nombre, voilà qui fait vraiment du bien alors qu’une petite pluie s’est invitée à la fête. J’aperçois un coureur un peu devant moi qui bifurque sur un chemin que j’ai découvert lundi dernier, je suis ravi de le retrouvé, il est assez roulant et un peu technique, vraiment agréable à courir. J’avais juste oublié que les 1600 coureurs du 18km sont passés avant nous. Autant pour le chemin agréable, me  voici dans un marécage… J’arrive à limiter la casse, mes appuis ne sont pas trop mauvais et j’ai vraiment retrouvé du jus : la cadence est bonne et pourtant je me sens encore proche de ma zone de confort. J’ai une sensation bizarre dans un mollet, une petite décharge qui me fait tout de suite penser à un départ de crampe. Après un petit moment de stress je me rends compte qu’il s’agit juste de la croute de terre qui commence à sécher dans mes poils qui se craquelle, fausse alerte ! Je perds le coureur de devant de vue avec les méandres du chemin, d’autant plus que mon regard est surtout porté sur mes pieds…  Je dérape et manque de m’étaler tête la première, impossible de savoir comment j’arrive à me rétablir, j’ai eu chaud ! Je fini par revenir sur lui juste avant une petite cuvette qui nous amène sur le GR59, il a l’air d’être en train de coincer. Je fais même coup double : un autre coureur a été trahi par sa vessie et repars juste derrière moi. Je me rappelle de lui dans la première montée, il cavalait sévère, je pense qu’il ne va pas tarder à repasser devant moi. Le terrain est relativement plat et pas trop technique pour le moment mais je m’étais planté de chemin lors de ma reconnaissance, nous abordons une portion bien plus technique. Mon rythme baisse un peu alors que j’essaie d’éviter de m’embrocher le pied sur les cailloux qui jonchent ce chemin. C’est un peu délicat mais ce chemin me plait bien, il faut pas mal de vivacité, c’est ludique.

J’arrive au bout du sentier, je coupe une route et j’arrive sur la route de la chapelle de buis. Je suis ravi de retrouver un peu de bitume, manque de bol la route est ouverte et on nous aiguille sur la bande de terre sur le bas-côté. Je commence à faire une indigestion de boue ! Après quelques foulées on nous laisse fouler la route, quel plaisir ! Miraculeusement j’ai réussi à faire un petit trou sur le chemin technique, j’ai un peu de mal à en revenir, normalement c’est le type de terrain où je suis mauvais. Un point de plus pour ma confiance !

Encore une fois mon repérage n’était pas optimal, nous bifurquons sur un chemin que je n’avais pas pris. Un coureur est à l’arrêt au bord du chemin, il a l’air d’avoir des crampes. Je lui demande si tout va bien, il me répond que oui mais grimace pas mal, il doit avoir bien mal… Un virage et j’arrive dans ce qu’il reste d’un champ, un peu labouré par les vaches et encore plus par les coureurs du 18km. Pour moi qui suis habitué à me perdre à l’entrainement et à me retrouver dans toute sorte de galère ce n’est pas le gros dépaysement : je prends immédiatement l’extérieur pour passer dans les traces des vaches, je m’enfonce mais ne glisse pas trop. J’avale la bosse sans trop peiner et me lance dans la descente qui est dans le même état. Mon pied ripe sur une plaque un peu lisse et vient butter dans l’autre jambe, me faisant une petite béquille. Un réflexe miraculeux m’épargne d’atterrir tête la première dans une bouse, ouf ! Je me trouve face à un petit problème : je suis un peu au-dessus du chemin et il faut à présent que je traverse toute la trace labourée pour sortir du champ. J’attaque assez franchement du talon pour limiter le risque de glissade et arrive en bas sans trop de soucis. Un coureur est un peu devant, je suis vraiment dans une bonne dynamique !

Nous rejoignons le chemin des mercureaux et remontons à présent vers le ravito de la chapelle des buis. La première section du chemin à travers champs est dans un état encore correct, la seconde est nettement moins à mon avantage, bien plus glissante. Le coureur que j’étais en train de rattraper prend la poudre d’escampette pendant que je râle après mes crampons, même si les cascadias font le boulot je regrette d’avoir éventré mes puregrit qui auraient été au top dans cette fange. J’en ai un peu marre de ces conditions, je suis trempé, couvert de boue, jamais bien loin de la chute et je n’arrive même pas à profiter du paysage tant je suis concentré. Heureusement que la course n’est pas longue ! Je commence à me projeter sur l’X-alpine, si les conditions sont les mêmes j’arrêterais les frais à la première occasion…

Je rejoins maintenant le chemin qui mène au ravitaillement, ça ne glisse pas trop, je remets un peu de vitesse avant d’aborder la portion que je redoute depuis le départ. La tension est vraiment retombée, j’ai hâte de voir à quel point les conditions seront dantesques ! Je passe tout droit devant les tentes du ravitaillement en profitant des encouragements des bénévoles et j’attaque la montée au monument de la libération avec une bonne foulée, le coureur aperçu tout à l’heure n’est qu’à une centaine de mètres devant moi. Au moment de bifurquer vers Morre je demande aux bénévoles si je peux plutôt prendre le chemin direct vers le centre-ville pour aller plus vite mais ils ne sont pas de cet avis, dommage !

Je termine la bosse et entame la première petite descente de cette section qui passe comme une lettre à la poste. Ça aide de connaître le terrain, je me sens comme à l’entrainement ! J’avale le faux-plat montant qui suit plein gaz et j’arrive enfin dans la portion redoutée. Pour l’instant le terrain est plat, truffé de cailloux pointus et ravagé par les coureurs du 18km, c’est compliqué mais pas bien dangereux au moins. Je prends mon temps, j’aimerais mieux arriver en un seul morceau. Pour la première fois je me retrouve vraiment seul, je suis dans mes pensées et prends une allure d’entraînement. Je reconnecte assez rapidement quand j’aborde la partie descendante : ça glisse dès le début et je sais que la suite sera encore plus compliquée. Le dossard a un effet très bénéfique sur moi, je me sens en sécurité, j’ai la sensation que rien de fâcheux ne peux m’arriver : je descends sans vraiment me poser de questions, je m’agrippe à ce qui me passe sous la main. Deux filles, la queue de peloton du 18km sont empêtrées dans le dernier mur qui ressemble plus à une piste de bobsleigh qu’à un chemin, elles sont cramponnées à un arbre et n’osent pas y aller. Je leur suggère de descendre sur les fesses, vu la quantité de boue elles ne devraient pas se faire bien mal. Pour ma part je repère une trajectoire qui m’a l’air praticable avant de faire l’extérieur et de passer dans la végétation pour les cinq derniers mètres. Manque de bol mon pied dérape juste avant d’arriver en bas, plutôt que de tenter de me rattraper je plonge dans un buisson en contrebas et fais une chute-avant, seul souvenir de mes six-mois de judo quand j’étais môme. Bon réflexe, aucun bobo et je repars immédiatement, dans le mouvement de la roulade. J’explose de rire, le plus dur est passé et la cascade devait être jolie !

La suite de la descente est bien moins technique mais incroyablement grasse, je m’enfonce jusqu’à la cheville, mes chaussures tiennent difficilement à mes pieds… J’entends des cris juste devant moi, je déboule dans l’arrière-garde du 18km sur un single où tout le monde semble en grosse difficulté. Je me signale et remercie les gens qui s’écartent pour me laisser passer. Je perds du temps dans ces bouchons mais je ne serais pas le seul dans ce cas. Je dois être à la 13ème place si ce qu’on m’a dit est juste, quoi qu’il arrive à présent j’aurais au moins la satisfaction d’avoir été très bien classé jusqu’à ce que la donne soit faussée.

La descente se termine et nous remontons par mon chemin préféré, j’ai l’habitude d’y voir des chamois lorsque je passe en fin de journée mais je n’y crois pas du tout aujourd’hui… Je passe la première partie en trottinant en faisant quelques écarts pour esquiver les coureurs puis arrive devant une immense chaine humaine : tout le monde est arrêté dans cette montée en lacets. Effectivement il y a de quoi, il ne reste rien du chemin en dévers, totalement défoncé, il ne reste aucun appui à aller chercher sur le côté, le seul espoir est de s’agripper aux arbres, eux-mêmes couverts de boue par tous ceux qui ont déjà utilisé cette technique. J’abandonne toute velléité et me résigne à suivre tout ce petit monde jusqu’en haut, je ne peux pas dépasser, personne ne pourra se décaler sans risquer de chuter 10m plus bas… Je remonte un peu la file mais pas assez vite à mon goût. En remerciant une coureuse qui s’écarte je reconnais Aline et l’encourage en passant, elle me crie un « Allez Thomas » dans les oreilles, repris en chœur par d’autres voix. Hein ? Je lève un peu la tête et aperçoit Aline, Clem et Laurence ! Je suis mi-figue mi-raisin, à la fois ravi de les voir ici et dégouté pour elles qu’elles soient dans une telle galère… Je les encourage également mais après un lacet à piétiner sur place je finis par me dire que ce n’est pas possible de continuer comme ça, je mets une tape sur l’épaule de Laurence avec un dernier encouragement et me transforme en homme-araignée : je me couche dans la pente, enfonce mes doigts dans la terre et me hisse le plus directement possible vers le haut. La technique n’est pas très agréable ni très conventionnelle mais a le mérite d’être efficace, j’arrive rapidement en haut de la côte en même temps que le coureur avec qui j’ai fait un bout de route à Montfaucon qui s’est posé beaucoup moins de questions que moi et a commencé l’escalade dès le début. Nous nous lançons un petit sourire entendu et nous voilà repartis.

Le chemin est assez roulant à présent mais toujours dans le même état, une vraie patinoire ! Je slalome entre les coureurs, pressé de retrouver la route un peu plus loin. Toute la pression m’a abandonné, je suis en pleine forme à quelques kilomètres de l’arrivé et toutes les difficultés techniques sont passées. Je relance dans les derniers mètres de ce simulacre de chemin alors qu’un méchant garrot s’abat sur nous.

Me voilà sur la route à présent et j’aperçois à nouveau le maillot violet pâle du coureur de tout à l’heure. La fin est proche et je suis sur mon terrain d’entraînement, tous les voyants sont au vert, je lâche les chevaux et remonte petit à petit sur lui. A présent je connais par cœur chaque chemin, chaque bosse, je ne me réfléchis plus et avale les difficultés les unes après les autres, la boue que nous retrouvons dans un petit raidard ne me ralentis presque pas, je suis euphorique et j’arrive à reprendre le coureur lorsque nous arrivons sur le fort Tousey. Je vois à peine passer la petite descente qui suit et nous attaquons la dernière petite bosse avant le passage de la citadelle sur un bon rythme. Manque de bol un bouchon s’est créé dans la descente qui suit et cette fois impossible de dépasser ou de couper. Nous nous retrouvons trois coureurs du 28km bloqués juste avant la dernière difficulté. Le coureur que je viens de dépasser me dit que le coureur qui nous précède lui semble trop loin pour que j’aille le chercher. J’en déduis qu’il ne se sent pas capable de m’accrocher sur la fin du parcours.

Nous retrouvons la route, les spectateurs sont toujours très nombreux dans ce virage juste avant la dernière montée, l’ambiance est excellente alors que le ciel commence à se dégager. J’entame la côte en courant, en trois éditions c’est la première fois que j’ai autant de jus à ce moment de la course, je me permets même d’accélérer pour faire le trou. Dans le premier virage un spectateur m’encourage, « bravo, ça tabasse ! ». Ca fait bien des années que je n’avais pas entendu ce mot ! Je me sens pousser des ailes et continue sur un bon rythme, quel pied ! J’arrive dans le zoo de la citadelle un peu essoufflé mais en pleine forme. Nous serpentons un peu dans ce lieu magnifique et montons sur les remparts. Je me retourne et constate que j’ai creusé un bel écart dans la côte, je vais pouvoir terminer en relâchant. Je profite un peu de la vue depuis le rempart en remontant la file de coureurs du 18km, malheureusement le paysage est toujours bouché. J’aperçois la ligne d’arrivée juste en dessous de nous, plus qu’une borne à tirer ! C’est parti pour la descente, je prends mon temps pour descendre les escaliers de la tour du roi et relance fort pour sortir de la citadelle. Me voilà dans les petits escaliers du parc sous la citadelle, je passe dans l’herbe, moins glissante que les marches humides avant d’attaquer le dernier escalier qui descend vers Rivotte. Les marches sont hautes, courtes et irrégulières, je prends mon temps pour éviter la mauvaise surprise.

Cette fois ça y est, plus qu’un petit bout de plat à avaler. Je commence à avoir la tête qui tourne, je dois être un peu déshydraté à n’avoir rien bu depuis le départ. Bientôt le coca frais ! Je fonce jusqu’à la passerelle et regarde derrière moi pour savoir si je vais avoir besoin de finir au sprint ou non : j’ai de la marge, je peux savourer ! J’aperçois Annick, ma belle-mère qui nous attend à l’abri sous la Rodia, je lui fais coucou en passant et file vers la ligne d’arrivée où Denis m’attends également. Je passe la ligne d’arrivée, coupe mon chrono : 2h20’46, quasiment le même temps qu’il y a deux ans, j’ai du mal à y croire ! Je jette un œil à l’écran pour voir mon classement : 14ème ! (Après coup je suis 13ème sans trop savoir pourquoi). Pour une sortie longue c’est un super résultat ! Je félicite mon compagnon de route au tshirt vert qui arrive peu de temps après moi et file me jeter quelques verres bien frais avant de me mettre au sec.

Je retrouve Denis et nous attendons les filles. La pluie s’est arrêté, il commence même à faire chaud ! Les filles terminent le 18km pratiquement ensemble aux alentours de 3h20, la montre de Laurence n’a que 2h38 d’activité ca a dû bouchonner sérieusement ! Nous rejoignons finalement Annick pour attendre Anne et Sophie qui sont en train d’en finir avec le 28km et encourageons les coureurs qui en terminent sous le soleil.

Malgré le manque de motivation et le terrain apocalyptique je fais une excellente course sans jamais me mettre dans le dur, je sens que j’ai encore une grosse marge en passant la ligne d’arrivée. Cerise sur le gâteau : pas la moindre courbature le lendemain matin ! A deux semaines de la XL-Race et à un mois et demi de l’X-Alpine on dirait que toutes les pièces de l’entrainement de ces derniers mois s’assemblent, tout fonctionne à merveille : la vitesse et l’endurance sont là, le mental est solide et j’ai surtout acquis une grosse technique depuis que je cours quasi-exclusivement sur chemins, jamais jusqu’à présent je n’aurais pu faire une course aussi solide dans de telles conditions. Quel pied, j’étais venu chercher un peu de volume et je repars avec une médaille finisher et le plein de confiance à l’abord des deux gros morceaux de la saison !

Commenter cet article