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XL-Race

Publié 31 Mai 2017 par Thomas Diconne in trail, montagne

XL-Race

Le gros objectif de la saison approche à (trop) grands pas, afin de valider ma préparation j’avais callé une dernière grosse étape d’entrainement en mode week-end choc sur la XL-Race. Le principe est vraiment sympa : on reprend le parcours de la Maxi-Race, à savoir le tour du lac d’Annecy par la montagne, mais on le découpe en deux étapes de 42km et 2500d+ environ. La course à étapes permet de limiter les traumatismes à 6 semaines de l’échéance et c’est un bel effort de gestion car il faut terminer la première étape dans un état acceptable pour repartir le lendemain sur un rythme équivalent. Pour ne rien enlever au plaisir nous allons vivre ce week-end entre frangins, j’ai réussi à motiver Eric pour cette belle balade, ça va nous changer de la Saintélyon !

Vendredi 26

Nous y voilà, J-1, il fait beau, il fait (très) chaud et je suis excité comme une puce de chronométrage. Voilà pratiquement un an que je n’ai pas fait une course de montagne et ça commence à me peser, j’ai besoin de retrouver les Alpes, je rêve d’ascensions interminables, de descentes techniques et de ravitos à la tomme de Savoie…

Nous avons rendez-vous avec Eric à 14h30 au retrait des dossards, je pars de bonne heure de Besançon afin de prendre les petites routes, c’est légèrement plus long mais tellement plus agréable que l’autoroute… J’arrive plus tôt que prévu, à peine 13h et c’est déjà l’affluence autour du lac, j’avais oublié un détail : c’est un week-end de pont, il fait beau et Annecy est hyper touristique. Je me jette sur le premier parking venu, grossière erreur, me voilà embarqué pour 40 minutes de bouchons sur ce même parking. Galère… Je prends mon mal en patience et mange ma petite salade en attendant de pouvoir sortir de cet enfer. Je fini par trouver un petit bout de place pour mon carrosse et prends la route du retrait des dossards.

A peine arrivé sur le village départ on sent que ce n’est pas la petite course du village, tous les sponsors sont là à essayer de nous vendre leurs derniers produits. M**** ! Dans ma précipitation j’ai oublié la moitié de mes affaires dans la voiture : pas d’eau, pas de casquette et surtout pas de portefeuille. Un véritable débutant…

Eric n’est pas encore arrivé mais je vais tenter de récupérer mon dossard, vu que je n’ai pas ma carte d’identité sur moi j’ai peur de devoir faire un aller-retour à la voiture… Je me glisse dans la fille, on contrôle ma couverture de survie et on m’envoie chercher mon dossard. Pour l’instant tout roule mais je me heurte à la seconde phase de contrôle, il faut bien une pièce d’identité, argh… Heureusement je me souviens que j’ai ça quelque part dans le cloud, ça passe, ouf ! Me voilà à la tête de mon beau dossard 12024 et d’un décapsuleur Maxi-Race. J’ai maintenant de quoi travailler la montée et la descente ! J’aperçois Eric juste derrière moi, il récupère son dossard et nous allons chercher notre bouteille de bière à l’effigie de la course, la grande classe !

Il fait une chaleur impressionnante, nous décidons de nous enfuir pour aller au frais, direction notre camping à Sévrier. Nous trouvons un petit emplacement à l’ombre avec une vue panoramique sur le lac et les montagnes qui le ceignent. Gloups, vu d’ici ça a tout de suite l’air plus impressionnant que sur le papier… Nous installons le campement, sautons dans nos maillots de bain et allons faire trempette dans la piscine en appréciant la vue. On est plutôt pas mal là, j’ai de moins en moins envie d’aller me faire mal demain… Il nous reste un dernier problème à régler : nous avions prévu de faire le bivouac mais Eric a oublié de cocher la case lors de l’inscription, il va donc dormir au camping de Doussard mais il n’a aucun moyen de transporter ses affaires là-bas. Nous parvenons à tout faire rentrer dans mon sac mais nous devons tous les deux retirer pas mal d’affaires pour que ça passe.  Nous mangeons de bonne heure, une petite soupe, quelques pâtes et un yaourt et direction le dodo, il va falloir se lever tôt… Je m’endors comme une souche.

Samedi 27

3h30, le réveil sonne. Je sors de mon duvet comme un ressort. Eric a été encore plus rapide que moi, je l’entends qui est déjà en train de replier sa tente. Je m’active pour démonter le camp également. On est assez efficace pour une heure aussi matinale : en moins de 15 minutes les tentes sont rangées, les duvets pliés et les tapis de sols dégonflés et roulés. Nous avalons nos petits dej’ tout aussi rapidement et nous penchons et bourrons toutes nos affaires dans le sac de bivouac, ça rentre du premier coup, miracle ! Nous sautons dans la voiture et filons vers la ligne de départ, cette fois plus moyen de reculer. Eric me dépose devant le sas pour que j’aille déposer le sac pendant qu’il cherche une place de parking.

Nous nous retrouvons un peu avant que la Maxi-Race ne parte. Il n’est pas 5h du matin et deux mondes se rencontrent, les coureurs, dans leur bulle, prêts à aller morfler sur les sommets, et les fêtards qui sortent de boite. Un mec à l’haleine qui sent plus le rhum que le menthol vient me serrer la main en me souhaitant bonne course. J’aurais peut-être mal aux jambes à midi mais lui aura certainement encore plus mal à la tête.

Le départ de la Maxi-Race est donné et tout le monde se précipite dans le sas de départ, nous prenons notre temps et nous retrouvons un peu loin de l’avant. Je n’aime pas bien cette position, je vais devoir doubler pas mal de monde sur des chemins pas nécessairement très larges mais j’essaie aussi de me mettre dans le crâne que je ne suis pas là pour faire une grosse perf mais avant tout pour trouver mon rythme avant l’X-Alpine. Les minutes passent vite dans le sas, nous essayons de comprendre le système de dossards : ceux de la XL-Race sont violets et épinglés à l’avant, ceux des relais sont dans le dos (généralement), vert foncé pour les relais à deux, vert clair pour les relais à 4.

5h18, le départ est donné avec un peu d’avance. C’est inhabituel mais ça me convient très bien, je ne vais pas cracher sur deux minutes de fraicheur de plus sachant qu’on annonce un soleil de plomb et qu’il fait déjà bon. Eric et moi nous souhaitons bonne course et je pars sur un rythme un peu plus rapide que les coureurs qui m’entourent afin d’en mettre un maximum derrière moi pendant que les dépassements sont aisés. Nous longeons le lac par la piste cyclable, c’est chouette et nettement plus calme qu’hier après-midi ! Nous enjambons le pont des amours et croisons une bande de jeun’s avinés qui nous demande si nous avons du feu. Un petit virage et nous partons dans les hauteurs d’Annecy, les choses sérieuses commencent !

XL-Race

Comme j’aime bien maitriser tous les paramètres sur ce genre de course où la gestion est essentielle j’ai bien fait mes devoirs et mémorisé le profil ainsi que les emplacements des ravitaillements. La journée va être assez binaire : une longue montée qui semble roulante jusqu’au Semnoz suivie d’une longue descente avant de remettre ça avec une belle montée au col de la Cochette et une descente qui semble raide. La dernière portion ne me fait pas bien peur sur le papier, il faudra juste avoir encore un peu de jus pour ne pas décrocher. J’ai essayé de déterminer le temps que je mettrais entre chaque ravitos pour avoir une idée de la quantité d’eau à avoir sur moi en partant sur une base de 0,5L / heure : 2h15 pour atteindre le sommet du Semnoz puis 50’ pour descendre au point d’eau, le col de la Cochette a l’air costaud, je pense qu’il me faudra environ 1h30 pour le boucler et enfin une heure pour rallier Doussard. Si tout se passe bien mes deux flasques de 0,5 (une d’eau plate, l’autre avec de la boisson énergétique) devraient suffire mais j’ai tout de même ajouté 0,5L dans ma poche à eau afin de jouer la sécurité.

La montée commence doucement, la pente n’est pas violente et personne ne semble enclin à marcher, je fais comme tout le monde et grimpe en trottinant. On commence à sortir de la ville, les façades cèdent peu à peu la place à la végétation alors que la luminosité commence à augmenter. Nous faisons quelques foulées sur la route qui monte au Semnoz et mon âme de cycliste me rappelle qu’il faudra que je me frotte à ce mastodonte un de ces jours. Le balisage nous fait quitter la route, place aux sentiers !

Ca grimpe assez tranquillement dans ce sous-bois, par contre on dirait qu’on nous a coupé la lumière ! Certains ont sorti la frontale mais pour 15 minutes d’utilisation elle ne me semblait pas vraiment nécessaire. Je grappille quelques places lorsque le chemin le permet tout en essayant de repérer les dossards violets. Peu de kilomètres sont passés et les rythmes sont encore très divers, certains sont en surrégime, d’autres sont en train de faire la même opération que moi, ça déboite dans tous les sens sur un chemin pas vraiment adapté aux dépassements.

Il fait encore bon sous les sapins mais je sens déjà la température grimper, je ne traine pas et commence à m’hydrater, il faut que mes deux flasques soient vides lorsque j’attendrais le sommet. Les kilomètres passent relativement vite pour l’instant, il faut dire que la montée est plus que roulante : on enchaine les montées descentes très douces sans prendre d’altitude ou presque, mon altimètre oscille longtemps entre 750m et 850m. J’ai commencé à repérer des coureurs dans le même rythme que moi, en revanche nous avons des façons de courir très différentes : un dijonnais monte tout doucement et relance comme un cinglé dans les replats, un autre coureur a la stratégie inverse. Pour ma part je me situe entre les deux et me retrouve à faire le yo-yo entre eux deux.

Le paysage n’est guère varié pour l’instant, voilà des kilomètres que nous serpentons entre les sapins mais la forêt est assez claire et le sentier vraiment agréable, je passe un bon moment pour l’instant. Nous débouchons dans une sorte de clairière et me voilà devant une sorte de tente / cabane. Hein ? Une autre ! Nous sommes dans une sorte de petit camping au milieu des bois, l’endroit à un côté magique, c’est mignon comme tout. J’y reviendrais volontiers passer quelques jours ! Les résidents sont levés pour nous encourager, il n’est pourtant même pas 6h30 !

Nous grimpons encore un peu sur des pentes douces et nous retrouvons les dossards orange de la Maxi-Race après 12km, nos parcours divergeaient sur 10km afin d’éviter les bouchons. On commençait enfin à y voir un peu plus clair, nous revoilà dans la mêlée ! Au moins le chemin est large à présent, je peux prendre le rythme qui convient à mes jambes. Nous ne sommes plus trop abrités par les sapins, le soleil pointe le bout de son nez et sa chaleur se fait doucement sentir.

Les bornes se succèdent assez régulièrement, je suis à une cadence qui oscille entre 7 et 10 minutes au kilomètre.  Cette fois l’altimètre grimpe régulièrement, les montées descentes ont laissées la place aux montées replats : c’est nettement plus agréable, j’ai l’impression d’avancer enfin vers le sommet.

Nous sortons de la forêt et pouvons pour la première fois contempler le sommet : il est complètement pelé, on devrait avoir une belle vue ! Nous repartons sur un petit chemin qui grimpe bien. Il ne nous reste plus que 150m à gravir et je me sens en pleine forme, j’en profite pour trottiner dans les dernières pentes en savourant l’air frais. Je ralentis à l’approche du sommet pour me retourner et apprécier le panorama à 360°, on a une belle vue sur le lac et les montagnes de l’autre côté, le ciel est encore un peu voilé et nous protège de la chaleur du soleil. Je suis tellement bien que j’arrive à ne pas voir les pistes de ski qui nous entourent !

Le ravitaillement est légèrement en contrebas, j’attaque la descente doucement pour voir dans quel état sont mes quadriceps. Malgré un rythme peu soutenu ils viennent d’ingurgiter 1400m de dénivelé et je les sens déjà légèrement raidis. J’arrive au ravitaillement, bois un coup, refais le plein d’eau et cherche un petit truc à grignoter mais il n’y a pas grand-chose qui me fait envie, le jambon blanc et le fromage n’ont pas l’air terribles, les tucs et le chocolat vont me donner soif, je jette finalement mon dévolu sur des quartiers d’orange avant de reprendre ma route. Je repars en un peu moins de 2h15, pile dans mes prévisions. C’est parti pour la première descente !

Je repars avec un coureur avec qui je discutais au sommet et nous reprenons notre conversation. Il n’aime pas bien descendre, moi non plus mais depuis quelques temps je constate que j’ai retrouvé du plaisir à cet exercice. Après un petit bout de route ensemble je me décide à accélérer, les quadris chauffent un peu mais l’effort n’a rien de désagréable, je me surprends même à dépasser un peu de monde ! Je descends plutôt bien selon mes critères mais cela ne m’empêche pas de me faire enrhumer par des relayeurs morts de faim qui débutent leur course comme des fous-furieux. La descente est longue, 1000m depuis le sommet et seule une petite bosse un peu après la moitié permet de récupérer un peu.

La fin de la descente avant le point d’eau est plus exposé au soleil et on sent que celui-ci est passé sur le thermostat 6. Je surveille toujours mon hydratation avec attention mais la chaleur commence à se faire sentir. J’arrive à Saint-Eustache, un panneau m’indique le point d’eau à 200m. Il n’y a pas foule à la rampe à eau, j’en profite pour recharger, boire un bon coup et manger une pâte de fruit avant de repartir. Je ne m’en rends pas compte sur le moment mais je commence à avoir de mauvaises sensations à cause de la chaleur.

26km de faits, il n’en reste plus que 16 et une bonne bosse à franchir, ça commence à sentir la fin de course ! Je repars dans la petite montée qui suit en trottinant mais rapidement je me remets à marcher, assommé par le soleil. Il n’est que 9h mais il fait une chaleur étouffante. Le petit chemin ensoleillé laisse place à une fange immonde qui me rappelle le trail des forts 15 jours plus tôt. Et dire que mes chaussures commençaient enfin à être propres ! Le chemin monte tranquillement en sous-bois et offre quelques portions courables où il faut bien faire attention à la pose du pied tant il a été labouré.

Après un petit passage où j’ai été seul pour la première fois je retrouve une portion de bitume en même temps que d’autres coureurs. On dirait que certains commencent à coincer, ils ont mis le clignotant et se sont assis juste à côté du début de la montée au col de la Cochette. J’entame la côte bien remonté, motivé à l’idée de doubler le plus de monde possible avant le sommet. Je ne m’enflamme pas pour autant et grimpe à mon rythme. Je me cale derrière un petit groupe le temps de récupérer avant de dépasser et de revenir sur le suivant. Je peine un peu et dépasse de moins en moins de monde. La montée est soutenue, contrairement au Semnoz il n’y a pas de relances, impossible de se refaire une santé dans cette monté exigeante. Je regarde mon altimètre régulièrement, j’approche du sommet, chaque cinquantaine de mètre de dénivelé avalée est une petite victoire.

Me voilà en haut, ouf ! Plus qu’à descendre sur le ravito ! C’est vite dit… Finalement les choses se compliquent : nous surfons un petit moment sur le sommet mais le chemin est très technique et pas franchement roulant. Nous sommes en file-indienne, personne ne se risque à doubler sur cette portion usante. Nous débouchons finalement dans la descente et le petit groupe qui s’était formé vole en éclats, chacun descend à sa manière, les relayeurs qui ont encore des jambes lâchent la sauce, les solos se ménagent et les descendeurs les plus frileux sont en difficulté. La descente est raide et technique, je suis assez content, non que ce soit mon péché mignon mais c’est l’un des points que je voulais travailler ce week-end. Je m’en sors finalement assez honnêtement et commence à compter les kilomètres avant le point d’eau. Il doit rester à peine 4km depuis le sommet. Cette fois je sens que mes cuisses chauffent pour de bon mais je double toujours du monde, je souffre mais le moral tient bon.

Plus j’approche du ravitaillement, plus l’altitude baisse et plus je sens la chaleur m’assaillir. Je commence à ne plus me sentir bien, j’ai un peu envie de vomir, les paupières qui se ferment et les jambes qui poussent de moins en moins. Le ravitaillement est tout proche, il faut que je m’accroche. J’arrive au bout du chemin, nous passons derrière une étable à l’odeur intenable en même temps que nous retrouvons le plein soleil. J’ai l’impression de ressentir ce qui vit un steak en train de passer sur le grill. Ça remonte légèrement, les 200 derniers mètres avant la rampe à eau sont un calvaire. Cette fois il y a du monde qui se ravitaille. Je me fraie une petite place près d’un robinet, m’arrose copieusement la tête et bois tout mon saoul en essayant de récupérer un brin. Je recharge une flasque avant de partir pour les 7 derniers kilomètres.

Le passage sous l’eau m’a rafraichi mais les mauvaises sensations demeurent néanmoins, j’ai toujours envie de rendre le peu qu’il reste dans mon estomac et je commence à me faire dépasser. Le moral en prend un coup… Pour m’achever j’ai une chanson nulle dans la tête depuis près de 4h et je n’en connais même pas un couplet entier. Les seules paroles qui me reviennent sont « on ne peut pas continuer longtemps ça… », pas très encourageant dans ma situation…

Le terrain monte un peu, je marche à l’ombre des sapins. Cette fraicheur relative me permet de récupérer légèrement, la nausée reflue et le rythme remonte légèrement. Mon cerveau commence un peu à reconnecter, je souffre de la chaleur, il faut que je réagisse. Je me force à boire pour faire baisser ma température, il n’y a que ça à faire… Les kilomètres deviennent à rallonge mais j’avance quand même un peu, l’arrivée est proche.

J’arrive en haut de la dernière côte et bascule dans la descente. Une nouvelle fois c’est raide et cassant, mes quadris sont au supplice et une crampe commence à démarrer à droite. Ca sent mauvais pour demain… La descente à le mérite de ne pas me demander trop d’efforts et je commence à retrouver le moral lorsque je sors de la forêt : plus que 3km !

Le couvert des sapins avait du bon, si tout à l’heure le four était en préchauffage, cette fois-ci il a atteint sa température optimale. Ça cogne… Nous descendons vers un village, ça sent l’écurie ! Après avoir passé quelques pâtés de maison un panneau indique que nous sortons de Lathuile, il porte bien son nom celui-là… Je recommence à me sentir mal, mon moral tombe en morceaux. J’en ai plus que marre, je rêve juste d’une glace bien fraîche les pieds dans l’eau après une grosse sieste que j’envisage sur le bitume 1m derrière la ligne d’arrivée. Je suis motivé pour revendre mon dossard à l’X-Alpine et à me limiter à de petites courses en forêt désormais. Quelle idée de s’infliger une souffrance pareille ? Je continue à courir pour en finir au plus vite mais l’envie n’y est plus, je me traine sur un petit 5’16/km en me faisant dépasser par des coureurs. C’est rageant, d’habitude j’encaisse bien la chaleur à condition d’avoir le temps de m’acclimater un peu mais aujourd’hui c’est la cata…

J’aperçois enfin le gymnase tant espéré, encore un petit effort et j’y serais. Les relayeurs qui attendent leur partenaire sont sur le côté et nous encouragent pendant que nous en terminons, je suis trop rôti pour les remercier, c’est vraiment mauvais signe… Coup de grâce, alors que nous arrivons au gymnase on nous fait repartir en sens inverse dans un pré en plein soleil pour faire une dernière petite boucle aux doux parfums de torture… Une bonne ligne droite de 400m inutile, méchante, gratuite… Je passe enfin sous l’arche et fonce droit sur la rampe à eau m’arroser autant que possible pour faire tomber la température. J’ai la tête qui tourne, je sens que l’évanouissement n’est pas bien loin… Je me rabats sur le ravitaillement où je bois tout ce que je peux avaler avant de m’empiffrer de pizza froide, tucs et autres sandwichs jambon fromage…

Le bilan de la matinée n’est pas bien positif, j’ai le moral à zéro, les pieds qui ont chauffés, de grosses irritations à l’entrejambe, je suis bien déshydraté et le paysage était loin d’être à la hauteur de ce que j’attendais. Seul point positif, musculairement je me sens plutôt pas mal. Au niveau du classement ça pourrait être pire, je termine 36ème bien que j’ai explosé. C’est quand même décevant, l’attribution des dossards était faite d’après la côte ITRA, du coup terminer au-delà de la 24ème place sonne comme une contre-performance. Plus qu’à me retaper avant l’étape de demain même si j’ai autant envie de repartir que de me faire arracher des dents sans anesthésie…

Je file me faire masser chez les kinés pendant qu’il n’y a pas trop de monde, si je dois retourner dans cet enfer j’ai intérêt à mettre toutes les chances de mon côté. Il n’y a pas beaucoup de monde mais les kinés ne sont que deux et passent pas mal de temps sur chaque patient. J’en profite pour aller me chercher des trucs à grignoter et passer quelques coups de fil qui me remontent un peu le moral. Eric finit par arriver un peu avant que ce ne soit mon tour. Il a l’air cuit mais nettement moins que moi, il a bien géré la chaleur. Nous discutons un peu de sa course avant qu’on ne m’appelle pour le massage, ça fait un bien fou. Je me sens presque en état de repartir.

Eric et moi discutons de nos courses respectives, il a nettement mieux géré que moi : il a suivi de petits groupes qu’il dépassait quand il se sentait bien, s’est calé sur le rythme des premières féminines qu’il trouvait plus régulier que celui des mecs et a surtout bu en quantité suffisante, il doit être à près de 4L. Avec mes 2,5L à tout casser je suis loin du compte. Nous nous reposons encore un peu, profitons du frais du gymnase et prenons une douche avant d’aller chercher le camping d’Éric, juste à côté du lac. Nous passons l’après-midi à nous retaper : sieste, trempage de mollets, petit verre et barquette de frites en terrasse ; c’est bien mieux que de courir sous une chape de plomb…

Nous mangeons de bonne heure pour avoir le temps de digérer et pouvoir nous coucher tôt. Le menu est assez basique, soupe, riz, taboulé, yaourt. Déjà 18h30, je souhaite une bonne nuit à Eric et repars en direction du gymnase où mon bivouac m’attend. J’avais oublié que le repas du soir était compris dans mon inscription, les autres coureurs qui dorment au gymnase sont invités à manger. Je suis assez content d’avoir mangé de mon côté finalement, ce qu’ils servent ne me fait guère envie et je peux profiter de ce temps pour me plonger dans un bouquin et me vider un peu la tête de ce qui m’attend demain matin. Malgré tout je cogite un peu, je n’ai pas envie de revivre le calvaire du jour et j’ai surtout besoin de me rassurer avant l’X-Alpine que je suis actuellement certain de ne pas pouvoir terminer. Je suis partagé entre plusieurs stratégies : partir avec Eric et faire la course entre frangins ou partir un peu plus rapidement mais sans prendre le moindre risque. En tout cas je suis certain de ne pas vouloir attaquer, je vais juste essayer de profiter. Les lumières du gymnase s’éteignent enfin, il est quand même 21h45. Manque de bol il reste 4 spots que personne n’arrive à éteindre… Heureusement que j’ai mon petit buff noir du trail des forts à me mettre sur les yeux ! Je m’endors rapidement.

Dimanche 28

Il y a un peu de bruit dans le gymnase, les bénévoles sont en train d’arriver, j’ouvre un œil et regarde l’heure : 4h30. Je réajuste mon buff et essaie de redormir un peu.

Je me réveille en sursaut lorsqu’un bénévole annonce que le petit déjeuner est servi. J’ai oublié de mettre mon réveil ! Il est 5h15, et le départ est dans 1h15 ! Je saute dans mon short, plie le camp et file manger un morceau. Ma faim n’est pas dévorante, je me contente d’un thé, de deux petites tranches de pain et d’un morceau de gâteau, je mangerais sur le parcours si j’en ressens le besoin.

Eric me rejoins à 6h00, nous bourrons toutes nos affaires dans le sac à destination d’Annecy et nous nous dirigeons à l’extérieur pour profiter de la fraicheur relative du matin. Un coureur commence à discuter avec nous, il est sympa. Il m’a suivi une bonne partie de la journée d’hier et a coincé un peu avant moi. Lui aussi revoit ses ambitions à la baisse pour la journée à venir. Eric a la tête des mauvais jours, les traits tirés et n’est pas bien loquace. Je le laisse dans sa bulle, il m’expliquera après qu’il s’inquiétait pour son genou qui l’a pas mal gêné hier, il appréhende les descentes. Pour ma part je me sens bien retapé même si mes quadris sont un peu durs. Je vais partir doucement sur le plat, ensuite je ferais en fonction de l’état de mes jambes.

Le départ est donné à 6h30, notre petit groupe de trois se souhaite bonne course et chacun fait sa route. Je suis un peu bloqué car nous nous sommes placés assez loin dans le sas. Je fais l’extérieur et commence à dépasser sur un rythme assez doux. Malgré la journée d’hier le rythme est élevé devant, je pressens que beaucoup vont le payer. Il y a beaucoup de monde devant moi mais je ne m’en formalise pas, j’ai réussi à ravaler mon ego depuis hier matin. Deux kilomètres de plat ont passé, je tourne sur un bon 12km/h qui me va à merveille. Pas mal de coureurs commencent à ralentir, certainement partis trop vite. Tout va bien pour moi, les muscles commencent à chauffer, je me sens d’attaque pour la première ascension du jour.

XL-Race

Le programme va être encore plus binaire qu’hier : montée, descente, montée, descente, baignade. J’ai encore une fois mémorisé les altitudes importantes et la distance ainsi que le dénivelé entre chaque ravitaillement. Je ne devrais pas avoir de problèmes d’eau avant le ravitaillement de Menthon St bernard, à ce moment il faudra bien faire le plein pour ne pas avoir de coup de chaud avant Annecy.

Nous arrivons à la fin de la portion plane, j’aperçois un panneau « doucement, lapins » qui me fait sourire puis nous bifurquons à droite pour trouver les premières pentes de la montée au col de la Forclaz. J’aimerais bien connaitre un jour ne nombre de cols qui portent ce nom dans les alpes… Pas mal de monde continue à courir dans le début de la montée, je ne m’enflamme pas et me remémore un petit dicton fort utile en montagne : aborde la première montée comme tu penses prendre la dernière. Bref, j’y vais mollo ! Je marche un peu et relance un peu quand le terrain redevient plat. Je dépasse le coureur avec qui nous discutions dans le sas, il a l’air d’aller pas mal ce matin. Je continue ma route et remonte sur un binôme, la fille parle de la seconde place, le mec devant l’emmène en chasse, leur cible se situe une vingtaine de mètres devant nous. Je repense à la stratégie d’Éric la veille et me dit que c’est le moment d’essayer. Je me calle confortablement derrière eux et me laisse tirer. Les sensations sont excellentes pour l’instant, je ne fais pas d’effort, le rythme est fluide et sans grosses relances, je peux même profiter de la vue : à travers les sapins on aperçoit régulièrement le lac et les montagnes, c’est très beau.

Contrairement à hier dans le Semnoz l’altimètre progresse régulièrement. Nous évoluons sur un joli single aux pentes douces qui offre quelques replats. Il ne fait pas encore très chaud mais je transpire déjà à grosses gouttes, j’ai les mains tellement poisseuses que sans les dragonnes je serais bien incapable de tenir mes bâtons ! Je me sens bien, presque trop bien et au bout de quelques centaines de mètres de dénivelé l’envie de dépasser me vient. J’attends un peu d’approcher du sommet, j’ai vraiment peur de me griller, et arrivé à 1050m d’altitude je déboite et remonte rapidement sur la fille de tête que je dépasse également. Je termine la montée de la Forclaz un peu plus rapidement mais sans me mettre dans les tours pour autant. J’ai de bonnes sensations pour l’instant, j’ai bien surveillé mon hydratation, j’attends juste de voir dans quel état sont mes cuisses pour être fixé sur mon état.

Je passe le col sous les encouragements des spectateurs venus nous voir, j’apprécie nettement plus qu’hier ! Je me lance dans la première descente en prenant mon temps, mes cuisses tirent un peu mais rien d’anormal, le rythme est correct. Ça revient un peu derrière moi mais je ne me formalise pas, nous retrouvons un bout de route et prenons la direction du premier point d’eau que nous atteignons rapidement. Déjà 8km et 700d+ dans les jambes ! Ça se passe mieux que prévu, j’ai le sourire. Je m’arrête boire un coup et recharger en eau, les autres coureurs qui me suivaient passent devant moi sans s’arrêter, ça me semble un peu ambitieux avant la grosse portion qui nous attend. Je prends le temps de m’asperger copieusement la tête et les cuisses en préventif, la chaleur ne s’est pas encore fait sentir mais je préfère anticiper, on ne m’y reprendra pas.

Je repars sur un sentier roulant et retrouve le coureur du sas de départ qui prend ma roue lorsque je dépasse les coureurs qui ont sauté le ravitaillement. Pour l’instant nous avons du bol vis-à-vis du soleil, bien que le terrain soit exposé il est sagement caché derrière la Tournette, la montagne qui nous fait face. Nous sommes encore au frais et pouvons profiter des couleurs du lever du jour, la vue est splendide.

Après une petite descente la montée reprend de plus belle, nous sommes aux alentours de 1050m, il faudra atteindre les 1650m pour passer le sommet du roc Lancrenaz. La montée est moins raide que ce que je craignais, j’avance à un rythme satisfaisant, marqué à la culotte par mon nouveau compagnon d’aventure. Nous commençons à discuter un peu de la course, de nos sensations, de la façon dont nous voulons gérer aujourd’hui… Le temps passe plus vite et les kilomètres également, je me sens parfaitement dans mon élément et nous commençons à dépasser du monde. L’altimètre grimpe rapidement et nous arrivons aux chalets d’Aulps où nous reprenons une bonne dose d’encouragements.

Après avoir croisé un troupeau de chèvres nous bifurquons sur un sentier qui monte doucement vers le sommet, j’ai la patate et le moral est au beau fixe, je trottine sans efforts suivi par Pierre avec qui nous finissons par échanger nos prénoms. Nous ne nous emballons pas pour autant et calmons le jeu après quelques centaines de mètres.

Nous redescendons un chemin assez sauvage et ombragé au bord d’un torrent, nous tombons sur un névé, j’ai du mal à y croire par cette chaleur mais je saute sur l’occasion : je mets les deux pieds dans le torrent et mouille ma casquette. Nous repartons à présent à l’assaut du sommet, les choses sérieuses vont débuter, nous voyons le soleil poindre au-dessus de la Tournette. Une bande de lumière nous attend dans une centaine de mètres, j’appréhende la température que nous allons trouver… Je me concentre sur mon ressenti au moment de basculer dans la lumière : je sens une différence notable mais rien d’intenable pour l’instant, il est encore tôt et nous sommes suffisamment en altitude pour être protégés. Les signes sont vraiment encourageants ce matin, je m’autorise une cadence que je n’aurais pas pensé oser aujourd’hui. Nous avançons vraiment à un bon rythme tout en discutant de choses et d’autres, de nos courses passées et à venir, de vélo, ou encore du réconfort d’avoir des nouvelles de nos proches au milieu de l’effort… Sur notre train de sénateurs nous arrivons même à dépasser un peu de monde. J’arrive même à être serein pour la suite malgré la débâcle d’hier !

Nous arrivons sur les dernières pentes de l’ascension, c’est très raide et accidenté, le genre de terrain que j’apprécie, Pierre quant à lui a l’air d’avoir un coup de mou. Je conserve mon rythme de peur de le perdre. Je dépasse encore quelques coureurs avant de passer le sommet et de pouvoir profiter d’un point de vue magique sur le lac. La baignade promise à l’arrivée commence à me trotter dans un coin de la tête…

Je bascule dans la descente, c’est très caillouteux mais pas encore bien pentu. Il faut juste faire attention à la pose du pied pour ne pas se faire une cheville. Pierre ne tarde pas à me rejoindre et nous reprenons la discussion là où nous l’avions laissée. Cette fois nous sommes en plein soleil, je veille à m’hydrater correctement. Le niveau de mes bidons baisse régulièrement et je ne ressens pour le moment aucune fatigue. Nous traversons un torrent où nous nous arrosons à nouveau joyeusement.

La descente s’accentue rapidement, les quadris vont être mis à rude épreuve… Il reste environ 4km et 900d- avant le ravitaillement. J’essaie de descendre sans trop forcer sur les muscles, en me crispant le moins possible. Je sens les bénéfices de mon entrainement sensiblement plus trail de cette année, j’ai vraiment retrouvé de l’aisance en descente, j’arrive à lever le nez et à profiter du paysage dans cette grosse pente. Le sous-bois est superbe, nous longeons un petit torrent, mon œil s’attarde sur certains détails. L’altitude descend très vite et bientôt nous retrouvons un peu de bitume.

Nous passons un panneau indiquant que Villard-Dessus est tout proche, le ravitaillement aussi ! Un panneau nous signale que l’arrivée est à 20km, d’après mon GPS l’étape devrait faire autour de 40.5km, bonne nouvelle ! En effet, après un virage nous débarquons dans le hameau où un point d’eau nous attend. Je bois de grandes rasades, refais le plein et me passe à nouveau entièrement sous le tuyau d’arrosage. J’étais un peu frileux à l’idée de mouiller mes pieds mais finalement l’eau à l’air de ramollir ma peau et me protège des frottements, je finirais l’étape avec des pieds de bébé.

Nous repartons en compagnie d’un autre coureur qui avait fini un peu devant moi hier, nous sommes vraiment sur une belle dynamique ! Nous courons toujours en discutant joyeusement, tous deux ravis du scénario de la journée. La section qui vient ne doit pas être très longue avant le dernier ravitaillement, nous craignons juste l’impact de la chaleur maintenant que nous sommes redescendus dans la plaine. Le parcours est très roulant, on enchaine les petites montées et les descentes roulantes un peu ombragées.

Nous arrivons dans la dernière descente sans efforts, cette portion est vraiment reposante finalement. Nous faisons face au mont Baron, dernière difficulté de cette XL-Race. Nous le regardons avec un peu d’appréhension et, pour ma part, l’envie de me prouver quelque-chose. Nous entrons dans le village où quelques spectateurs nous encouragent et bifurquons vers le ravito. Je ne déroge pas à mes habitudes du jour et m’asperge généreusement avant d’aller me réhydrater au ravitaillement. Je commence par descendre une grande flasque de coca cul-sec avant de m’occuper de refaire le plein en liquide. Pas d’eau plate sur la table, il faut retourner à la rampe à eau. Tant pis, je fais avec ce que j’ai sous la main. Un bidon de St Yorre, un bidon de coca. J’avale quelques quartiers d’orange en attendant Pierre et nous repartons.

A peine sorti du ravito je sens une pression anormale sur ma poitrine : mes deux flasques sont en train de gonfler à cause du gaz ! Merde ! Je ne l’ai pas vue venir celle-là… J’essaie de mordre dans la pipette pour faire sortir le trop-plein et me prend un méchant jet de coca dans la tronche, pouah ! Je fais de même avec la St Yorre, rebelote… Je réitère l’opération une ou deux fois et le gonflage intempestif a l’air de s’arrêter. Ouf, je me voyais mal repartir pour 14km avec juste le demi-litre de ma poche à eau…

Nous reprenons un coureur qui attrape notre roue et commençons à présent à grimper en direction du château de Menthon, j’ai retrouvé le désir d’attaquer et je donne un tempo élevé à notre trio. Pierre me prévient qu’il ne pense pas pouvoir tenir la cadence, je suis vraiment partagé entre l’idée de l’attendre, ce serait vraiment chouette de boucler l’étape à deux et l’envie de me prouver que je suis capable de faire un beau résultat avant cette fichue X-Alpine. Les conditions sont trop bonnes, je pars à l’assaut du mont-Baron. Accrochez-vous bien devant, j’arrive !

Je passe devant le château où un paon m’accueille de son traditionnel « Léon », talonné par Pierre et son nouveau compagnon de route. Je profite encore un peu de la vue sur le lac et m’enfonce dans la végétation. J’arrive bientôt sur un petit chemin en plein soleil où j’aperçois des coureurs en train de peiner. Je ne reviens pas de ce retournement de situation d’un jour à l’autre, hier j’étais ce coureur en train d’être assommé par la chaleur, aujourd’hui j’arrive à peu près à passer au travers.

A défaut de faire une remontée fulgurante je reviens petit à petit sur lui, arrivant à courir là où lui ne peut plus. Je passe dans un petit tunnel envahi par une substance à mi-chemin entre la boue et la bouse, heureusement que d’autres coureurs sont déjà passés par là pour faire la trace ! Je ressors sur une petite route ombragée qui grimpe régulièrement. Je sais que ce n’est pas bien prudent mais je ne peux pas m’empêcher de trottiner, trop de voyants sont aux vert pour que je me refuse ce petit plaisir. Mes cuisses tiennent bon, je sens que les crampes ne sont pas à l’ordre du jour. J’entends Pierre m’encourager une centaine de mètres derrière, « Allez Tom ! ». Je l’encourage également, il est vraiment sympa ce petit gars ! Je continue mon effort et l’aperçois un lacet plus bas, je lui crie encore quelques encouragements avant que la pente ne commence à s’accentuer.

Après un virage je commence à marcher, j’ai deux coureurs dans le viseur mais je m’aperçois rapidement que pour ce qui est de la marche je suis un peu moins efficace. J’arrive quand-même à maintenir l’écart. Le chemin grimpe de façon assez régulière pour le moment, je m’aide des bâtons pour ne pas trop solliciter mes cuisses. Même si la pente n’est pas très violente je garde en tête qu’il reste une longue descente pour rallier Annecy. Il y a de plus en plus de portions courables à présent, j’essaie de ne pas perdre de vue le coureur qui me précède. Je remarque que mes chaussures sont presque propres, un vrai miracle ! Soudain me voilà face à une portion spongieuse qu’il n’y a pas moyen de contourner. Mon karma me jouerait-il des tours ? Tant-pis, j’y vais franchement. La vache, je ne passe pas loin d’y laisser une pompe ! Un peu derrière moi j’entends Pierre parler avec un autre coureur que je finis par apercevoir au détour d’un virage, je ne l’ai jamais vu celui-là et il a l’air d’avancer comme un avion ! Je me souviens alors que le marathon est parti une heure avant nous, je pensais les voir plus tôt que ça, du coup je les avais complètement oubliés ! Il me dépasse dans une portion roulante et je suis assez surpris d’être au même rythme que lui lorsque la pente se durcit à nouveau. Il fait la différence dans les portions roulantes où mes relances sont aussi affutées qu’un couteau à beurre. J’essaie quand même de m’accrocher, j’ai encore un peu de jus à griller. Je fini par être décroché mais je suis presque revenu sur le coureur de tout à l’heure. Le deuxième du marathon passe devant moi, je l’encourage, la tête n’est pas loin. Les troisième et quatrième déboulent à leur tour. C’est marrant d’être dans cette situation, je crois bien que c’est la première fois que ça m’arrive ! Je pensais que ça faisait plus mal moralement.

Je remonte sur deux coureurs que je dépasse sur le côté du chemin juste avant d’arriver sur un petit bout de route, si j’avais su j’aurais attendu… Après avoir été seul un long moment nous nous retrouvons à 5 ou 6 sur cette route qui grimpe doucement. On sent la fin de course, tout le monde fait l’effort de courir et personne n’a l’air de vouloir perdre sa place. Je reconnais le coureur d’hier matin qui grimpait comme un furieux et ne relançait presque pas. J’ai l’air un peu plus frais que tout le monde, j’arrive à virer en tête du groupe au moment de retrouver le chemin.

Nous finissons par déboucher au pied de la dernière montée. Nous voilà devant une belle illustration de l’expression « le meilleur pour la fin ». C’est très très raide et le chemin n’est pas franchement marqué, il faut naviguer dans la roche en choisissant l’itinéraire le plus facile. Je tiens mes bâtons d’une main, de l’autre je cherche des prises pour me hisser. Ça a beau être dur, c’est un de mes exercices préférés. Il faut rester concentrer, j’en oublie l’effort et la durée. Je dépasse des gens très lent, il doit y avoir une autre petite course qui est partie avant nous. J’atteins finalement le haut du mur en ayant presque rattrapé un coureur. Il me reste une petite passerelle à passer avec un balcon sur le lac. Magnifique ! Pas de bol, un type assez âgé s’y engage juste devant moi, impossible de doubler et il avance littéralement à 2km/h. Il s’affale sur la rambarde le temps de souffler. Je me signale et dépasse en lui souhaitant bon courage. Me voilà au sommet, plus qu’à avaler la crête et je pourrais descendre prendre mon bain.

Je déchante légèrement, la crête est assez technique et la progression n’est pas bien rapide. Je commence à avoir une dalle phénoménale mais je sais que je n’ai pas à craindre de faire une hypo, j’ai encore un peu de coca dans mon bidon. J’avance sereinement en profitant une dernière fois des panoramas qui nous sont offerts et je bascule finalement dans la forêt pour 800d-. Curieusement mes quadris répondent encore présents. Je descends prudemment pour éviter la blessure mais le rythme est vraiment plaisant, les virages serrés se succèdent, c’est légèrement technique mais juste ce qu’il faut, un vrai régal ! Je reprends un coureur, qui emboite ma roue et nous descendons à plein régime vers la baignade tant attendue tout en dépassant des coureurs du 15km qui ont l’air d’en baver.

Je surveille l’altimètre, ça descend bien ! Par contre la chaleur commence à monter… Je fais le décompte des kilomètres jusqu’à l’arrivée. On y est presque ! Nous finissons par sortir du couvert des arbres et la chaleur m’assaille. J’essaie de me caler dans une petite bande d’ombre mais elle est squattée par des randonneurs, dommage. Nous traversons une route et nous sommes déjà au lac ! Je n’ai pas vu la descente passer ! Nous voilà dans la dernière ligne droite avant l’arrivée, on m’a dit qu’elle ne faisait qu’un kilomètre mais vu la chaleur de plomb c’est bien suffisant ! (32° apparemment) J’essaie d’avancer mais comme la veille je me retrouve assommé. Mon compagnon de descente s’accroche derrière moi, j’espère qu’il va réussir à suivre. Nous dépassons encore quelques coureurs du 15km et profitons des encouragements des spectateurs mais le cœur n’y est plus, j’en ai marre de cuire et cette portion n’as pas grand intérêt. Les mètres ne passent pas vite mais je m’accroche, comme la veille je continue uniquement pour en finir le plus tôt possible. Nous arrivons à la hauteur du village départ dont on nous fait faire tout le tour. Calvaire suprême… Un petit virage et nous repartons en sens inverse, encore une grosse centaine de mètres avant la ligne d’arrivée. Mon dernier compagnon de route est toujours derrière moi, je ralentis un peu pour que nous puissions passer la ligne ensemble, cette fois c’est fait !

Le soleil m’a encore explosé la tête, je file me rafraichir au ravitaillement mais celui-ci est en plein soleil. Tant pis, j’avale un peu d’eau, récupère une petite bouteille ainsi que ma veste finisher et file me vautrer dans le lac frais. Quel pied !

Eric termine bien, il est allé également un peu plus vite que la veille, son genou ne l’a pas fait souffrir. Nous terminons notre aventure annecienne par un bon trempage de guiboles, une bière et des barquettes de frites en appréciant enfin ce beau temps.

D’un point de vue comptable c’est plutôt satisfaisant, je boucle la première étape en 5h26 à la 36ème position, je suis plus rapide sur la seconde en 5h12 en allant chercher la 14ème place ce qui me permet de remonter à la 17ème au général.

Je rentre finalement à Besançon avec des sentiments partagés, j’ai eu une grosse défaillance dans la première étape qui m’a bien rappelé que l’X-Alpine allait être un énorme défi, en revanche la journée de dimanche m’a aussi rappelé qu’avec le moral et une bonne gestion de mon alimentation je peux être très résistant. Musculairement je me sens vraiment en confiance, jamais mon corps ne m’a fait défaut ce week-end et j’ai énormément récupéré entre les deux étapes. Je vais essayer de mettre dans un petit coin de ma tête tout ce que j’ai appris sur moi-même au cours de ce week-end pour m’en resservir au moment opportun.

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