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Trail des Forts

Publié 2 Novembre 2020 par Thomas Diconne in Trail

Trail des Forts

En cette année particulière, difficile d’avoir des repères sur mon état de forme. Si j’ai de bonnes sensations à l’entrainement, j’ai été plus qu’échaudé par mon abandon à l’ultra 01 après seulement 50km. J’ai également tenté de faire les 56km de la ceinture bisontine qui se sont soldés par des vomissements et un rapatriement en voiture après 32km de plat, autant dire que le moral n’est pas au beau fixe avant ce trail des forts…

La météo a été calamiteuses ces dernières semaines et mon repérage du terrain à J-6 ressemblait plus à du patinage artistique qu’à de la course à pied, bref, je sens venir la grosse galère cette année... Mon niveau de motivation n’est pas au mieux, je vais partir sans me mettre de pression et essayer de prendre autant de plaisir que possible.

Le retrait de dossard la veille du départ me permet de me mettre un peu dans le bain. Un cafouillage dans la communication de l’organisation m’a mis le doute sur le parcours emprunté cette année : ils ont réussi à mettre deux parcours différents sur la page de présentation du 53km. Je profite du trajet pour passer au pied du mur de Planoise : pas de balisage. Ouf, c’est bien le nouveau parcours avec une seule montée à ce fort ! Je sais enfin à quelle sauce je vais être mangé, je crois que c’est ce dont j’avais besoin pour entrer enfin dans ma course. De retour à la maison je me mets enfin à la préparation de mon matériel. Ils n’annoncent pas de pluie dans les deux premières heures de course puis de petites averses. Les températures devraient être comprises entre 5°C et 10°C, plutôt un bon temps pour courir. J’opte pour un short, un débardeur, une verte fine sans manches et des manchettes. Je garderais le coupe-vent dans le sac tant que je n’aurais pas froid. Après avoir longtemps hésité sur les chaussures je décide de partir avec mes fidèles cascadia, bien qu’elles ne me satisfassent pas dans la boue et la pierre humide, elles sont assez polyvalentes et je sais que je serais bien dedans et que je n’aurais pas les pieds broyés à la fin du parcours.

Nous y voilà, le réveil sonne à 5h après une assez bonne nuit. Je fais le plein de carburant et termine mes préparatifs. J’ai 15 minutes d’avance, j’ai le temps de me rallonger un peu. J’ouvre un œil en constatant que j’ai raté mon heure de réveil après une mauvaise manip. Il est 5 minutes plus tard que prévu, rien de grave mais je m’en sors bien ! Vite, je file à la voiture et c’est parti. 4°C dehors, j’ai beau avoir mis un pantalon et un pull pour le trajet, ça pince ! L’attente sur la ligne risque d’être sympathique…

Me voilà sur place, je suis garé à côté du panneau indiquant le dernier kilomètre. C’est marrant, j’ai toujours pensé l’arrivée était moins longue que ça. Je grelotte en me rendant au départ malgré le coupe-vent, encore 30 minutes à attendre… A peine arrivé, on nous annonce que le sas de départ est ouvert, je file m’y installer pour ne pas manquer la première vague. Protocole sanitaire oblige, des points orange ont été dessinés au sol pour maintenir la distance règlementaire. On ne va même pas pouvoir se tenir chaud… Les minutes passent doucement, je sautille pour me tenir chaud mais les muscles se crispent à cause du froid. Au cours d’un briefing sans intérêt, une fois que le speaker a fini de flatter l’ego de Thibault Baronnian on nous annonce qu’il ne devrait pas pleuvoir avant le début d’après-midi. L’information est confirmée par météo-France mais je vais rester sur ma première impression : on va se faire saucer… Malgré les points au sol il y en a toujours pour gratter dans le sas et se glisser vers l’avant, pourtant ce ne sont pas forcément les plus affutés... Plus que 5 minutes avant le départ, je quitte à regret mon coupe-vent mais mieux vaut ça que de faire cocotte minutes pendant 50km.

Trail des Forts

C’est parti ! Autant pour la distanciation sociale, ça bouscule autant que d’habitude pour se faufiler et gagner quelques chères places dans la première ligne droite. Pour ma part je me mets à l’extérieur pour prendre mon rythme, vu ce qui nous attends, pas la peine de s’énerver maintenant ! A peine 300m courus et nous voilà dans la première montée. J’y ai passé pas mal de temps à l’entrainement et je sais à quel point elle peut faire mal aux cuisses si on force trop dedans. Je trottine la première moitié avant de marcher dans la seconde, nettement plus raide. Comme tous les ans j’ai l’impression d’être un extra-terrestre à marcher alors que tout le monde semble bien décidé à courir jusqu’en haut de cette côte bitumée. Je repère quelques coureurs qui me dépassent et qui semblent déjà en surrégime, je vais me faire un malin plaisir à les croquer dans les prochains kilomètres. La fin de la montée se profile, nous arrivons sur un petit chemin avec quelques marches et pas mal de gros cailloux. Une coureuse s’évertue à courir en soufflant comme un bœuf alors que tout le monde s’est résigné à finalement marcher.

Nous voilà en haut, c’est parti pour la petite descente des échenoz de St Paul. Je relance assez fort, bien décidé à reprendre un maximum de places avant d’arriver sur les chemins. Je ne regrette pas une seconde d’avoir marché quand j’entends la majorité des autres coureurs souffler péniblement pour se remettre de leur effort. Nous arrivons sur le premier chemin, direction le sommet de Bregille. Cette fois-ci pas question de marcher, ça monte modérément pendant 600m, je vais pouvoir tester un peu mes jambes. Le terrain est un peu gras, les appuis ne sont pas fabuleux mais ça passe. Les muscles répondent bien et une belle partie de pac-man se profile jusqu’au pied de Chaudanne, je commence à être content d’être là.

La montée arrive à son terme, nous rejoignons le parcours santé de Bregille, la prochaine partie va être assez roulante, attention à ne pas trop s’emballer ! Je rebranche soudainement le cerveau, il serait temps de penser à mon alimentation ! Après mes déboires de fin août je vais tenter d’éviter au maximum la nourriture solide pour limiter les risques de problèmes digestifs. Je suis parti avec deux bidons de boisson énergétique, ils ne suffiront pas pour l’ensemble du parcours mais ils devraient me tenir jusqu’au deuxième, voir troisième ravitaillement. Je vais essayer de boire une gorgée tous les 1km ou 2km en fonction de l’envie du moment.

Trail des Forts

Les kilomètres dans Bregille passent bien mais j’ai l’impression d’être parti un peu fort, il faut dire que cette année la confiance n’est pas au rendez-vous. Je ne change pas de rythme pour autant, je l’ajusterais après Chaudanne en fonction de mes sensations. Nous voilà au grand désert, puis c’est la descente vers le fort. Le terrain est étonnamment bon, je vais essayer de faire une grosses descentes pour prendre un peu de confiance avant les parties compliquées, ça m’évitera peut-être de trop me crisper. Je commence à avoir trop chaud à présent, je retire mes manchettes.

Nous traversons le fort à présent, je grappille quelques places avant de déchanter un peu dans la première descente caillouteuse, j’ai l’impression d’avoir des savonnettes sous les pieds. Il va falloir faire gaffe… J’évite les flaques à la sortie du fort, profite rapidement de la vue sur Besançon, la citadelle et Chaudanne en arrière-plan, j’ai beau la connaître par cœur, je ne m’en lasse pas. C’est parti pour la première descente, comme prévu j’essaie d’envoyer un peu. Je rattrape rapidement un coureur mais je ne trouve pas la place pour dépasser, les sensations sont là, c’est l’essentiel ! Retour au plat, je relance, les jambes tournent toujours un peu trop bien. Je sens que je vais déchanter en fin de parcours…

La descente vers le fort de Beauregard me tend les bras, je ne force pas mais je laisse la gravité faire son travail, c’est du bitume, je peux tout lâcher sans risque. Je prends rapidement de la vitesse, que c’est bon ! Encore un petit point de vue sur la ville et nous voilà dans les travées du fort. Une petite montée d’escaliers vient me rappeler que ce n’est pas les vacances. Nous redescendons maintenant le long de l’ancien funiculaire et allons retrouver les bords du Doubs pour 4km de plat, une de mes portions favorites. Déjà plus de 6km au compteur, j’ai l’impression qu’on vient juste de partir…J’ai complètement oublié de m’hydrater depuis un petit moment !

Trail des Forts

Nous rejoignons le parc Micaud, il y a encore une bonne densité de coureurs autour de moi, j’ai une belle brochette qui me devance. Bien que je ne me sente pas au sommet de ma forme en ce moment, j’ai quand même de bons restes côté vitesse, ma cadence s’accélère peu à peu et je commence à grappiller quelques places. Nous passons le pont, descendons quelques marches et nous voilà sur les quais. On m’annonce autour de la 70ème place, super ! Je reprends un trio de filles qui jouent la gagne, je risque de les revoir en cas de coup de moins bien. Pour éviter les pavés nous courons en file indienne sur les pierres lisses au bord de l’eau. Je suis un peu trop près du coureur qui me précède et je bute dans une boucle d’amarrage que je n’avais pas vu, le plongeon n’est pas passé loin… Le rythme ne me convient plus, je retourne sur les pavés pour dépasser tout ce petit monde. Nous voilà à la gare d’eau, clignotant à gauche pour monter sur le pont Charles de Gaulle et la dernière relance avant la montée au fort de Chaudanne, j’en profite pour calmer un peu le jeu et récupérer.

Nous y voilà, finie la rigolade, le trail des forts commence vraiment avec un gros enchainement de montées / descentes jusqu’à Avanne. J’entame cette première côte doucement, en trottinant quand il y a peu de pente et en n’hésitant pas à marcher le reste du temps. Quelques furieux s’échinent toujours à courir du début à la fin, je ne cherche pas à accrocher, en espérant, si tout se passe bien, pouvoir compter les morts dans la seconde partie de course. La deuxième partie de la montée est plus raide avec des marches en rondins, j’essaie de ne pas trop forcer sur les cuisses. J’arrive au sommet en assez bon état, la relance ne pose aucun problème, encore une petite butte à passer et nous arrivons au ravitaillement. On sent que le covid est passé par là : on nous a encouragés à être pratiquement auto-suffisants pour éviter les attroupements sur les ravitos, personne ne s’arrête, les bénévoles nous regardent passer derrières leurs tables sans rien avoir à faire.

Trail des Forts

Je continue ma route comme tout le monde pour redescendre Chaudanne sur un chemin sans difficulté. Je ne tarde pas à reprendre les coureurs qui m’ont dépassé dans la montée. Je commence à reconnaitre des visages le long du parcours qui suivent des coureurs proches de moi et que je croise régulièrement. Après des chemins faciles les choses vont se corser à présent avec le passage de petit Chaudanne : un coup de cul suivi d’une descente bien technique dans un pierrier. Je suis assez surpris de ne pas trop glisser cette année, je ne sais pas si la sensation va durer mais je me sens vraiment bien sur ce trail des forts ! Pas de chance, je tape un caillou avec l’extérieur du pied, je pousse une volée de jurons. Je ne sais pas trop ce que j’ai fichu mais je n’ai pas fait semblant, le pied a dégusté. La douleur est acceptable pour le moment, je croise les doigts en espérant que ça passe. Les cailloux cèdent la place à la boue, cette fois-ci c’est une véritable patinoire. Je dérape jusqu’en bas de la pente où deux enfants et leurs maman nous encouragent depuis leur jardin. Je retrouve un peu de bitume qui me permet de me remettre de mes émotions. Encore un peu de descente en direction de Velotte et à droite toute, direction le fort de Rosemont.

Encore une fois, pas question de se fâcher là-dedans, ça monte fort. Je préfère lâcher quelques secondes maintenant que de longues minutes en fin de parcours. J’avance tranquillement dans les escaliers de rondins, une marche après l’autre pour ne pas massacrer mes cuisses. J’arrive à présent dans la deuxième partie de la montée, ça grimpe un peu moins fort sur une portion bitumée qui se transforme peu à peu en chemin. Je continue à marcher d’un bon pas. Je perds à peu près autant de places que j’en gagne. Je pense être entre la 50ème et la 60ème place, logiquement je devrais naviguer dans ces eaux jusqu’à l’arrivée, je vais éviter de m’emballer si je ne veux pas me griller. La fin de la montée est plus roulante, j’en profite pour relancer un peu.

Trail des Forts

Voilà le fort, place à la deuxième descente compliquée, même par temps sec je la déteste, alors dans ces conditions… Mon rythme n’est pas élevé et baisse petit à petit, mes chaussures n’adhèrent pas du tout dans ce mélange de pierre lisse et de boue, je préfère jouer la sécurité et éviter la faute de carre. Une des filles du trio de tout à l’heure me rattrape, je m’écarte pour la laisser passer. J’ai à peine le temps de tourner la tête qu’elle a déjà disparu ! J’aurais dû regarder ce qu’elle avait aux pieds en prévision de l’année prochaine… Je continue ma descente en m’accrochant à tout ce que je trouve, elle me paraît plus longue d’années en années… J’arrive péniblement en bas, puis j’entame la remontée sans m’énerver, au moins je sens que j’ai récupéré un peu de souffle après ce passage à vide. Personne devant, personne derrière, c’est la première fois que je me retrouve isolé si tôt sur le trail des forts, ça fait du bien ! Je bascule dans la deuxième partie de la descente, nettement plus facile cette fois. La fille qui m’a déposé n’est qu’à une centaine de mètres, j’ai réussi à limiter la casse. Je descends sans me mettre dans le rouge, encore une fois je suis agréablement surpris par la qualité du terrain, la terre est lourde et un peu collante. Je ne vois personne jusqu’en bas où je suis accueillis par un troupeau d’ânes, des bénévoles et les têtes désormais connues venues encourager leurs coureurs.

Je rattrape un coureur dans la petite bosse qui nous mène à la Malcombe, j’attends de rejoindre la route pour le dépasser et relancer un petit coup avant la grimpette à Planoise. La montée commence fort avec des escaliers, personne ne cherche à courir, ça change ! Un petit faux plat oblige à relancer ensuite et c’est une longue montée régulière jusqu’au sommet qui prend le relais. Ça commence à peiner autour de moi, je reprends encore quelques places avant de me faire dépasser par un allumé bien résolu à courir encore une fois. Il me semble reconnaitre Yann lorsqu’il me dépasse, mais de dos je ne suis pas certain. Je commence à avoir trop chaud, j’hésite à enlever ma veste. On verra à Avanne. Un relayeur a l’air en difficulté, j’essaie de l’encourager en passant. Il pense qu’il y a deux montées à planoise cette année, je le rassure en lui disant qu’il n’a plus qu’à redescendre une fois le sommet passé. J’espère le revoir dans la descente, mais il ne me reprendra pas. Le sommet se dessine, je me sens en pleine forme, j’en profite pour relancer et rattraper le coureur s’avèrera être Yann. Il n’a pas l’air d’humeur à tailler une bavette, je le dépasse en lui souhaitant bonne course. Bientôt le ravito d’Avanne, je me réjouis à l’idée de voir Denis et peut-être Anne. Grosse pensée pour Laurence qui doit-être au petit déjeuner avec Gaël. Je mets le faux-plat qui conduit à l’aire d’envol des parapentes à profit pour récupérer un peu avant la descente.

Trail des Forts

Je profite de mon belvédère favori sur la vallée du Doubs avant de me lancer dans la descente. Je suis assez serein avant de m’attaquer à celle-ci, je l’ai faite et refaite pas mal de fois ces derniers mois à l’entrainement, j’en connais la moindre pierre par son prénom. Je rattrape un coureur et la fille de la descente du Rosemont. Pas facile de dépasser sur ce single, je reste derrière, en profitant pour récupérer pendant que la fille prend la poudre d’escampette. Je sens que je suis en confiance aujourd’hui, je prends beaucoup de plaisir sur ce chemin piégeux. Nous approchons du bas, encore quelques racines glissantes à passer et il ne reste qu’une petite portion facile avant les premières maisons d’Avanne. Ça me fait tout drôle de passer ici sans le chien ! Nous traversons la route et montons les escaliers de la mairie d’Avanne, j’en profite pour dépasser le coureur de tout à l’heure. Nous passons devant l’école du village et descendons les dernières marches vers le ravitaillement, je guette les visages connus, il y a plus de monde que ce que je pensais ! Denis m’attend juste avant l’entrée du ravitaillement, il me dit que les premiers sont passés il y a une vingtaine de minutes. Sur le coup j’ai l’impression de prendre une piquette formidable mais en y repensant ils ne sont QUE 20 minutes devant, j’ai fait un bon début de course ! Je profite de la pause pour manger une pâte de fruit, finir mon premier bidon de boisson énergétique et confier ma veste à Denis. Il me dit que Gaël a dormis tard et que Laurence n’a pas pu venir, tant mieux pour le petit ! Il me demande où ils pourraient venir me voir ensuite, je suis un peu pris de court… Je lui propose le fort de Fontain ou la Chapelle des Buis sans trop y croire. Déjà 21km de passés, il en reste encore 29, un beau morceau ! J’avais dit que je pensais passer au mieux en 2h05 si je partais comme un crétin, idéalement en 2h15. Je repars du ravito en 2h03, oups… Les sensations sont assez bonnes mais je sens que j’ai quand même lâché un peu de jus, j’espère que je ne vais pas exploser…

Je ne m’arrête pas pour reprendre de l’eau, il me reste 500mL, bien assez pour faire les 13km qui me séparent de Fontain. Si cette petite pause m’a bien revigoré, je sens à nouveau le froid me picoter de partout ! Je repars juste derrière Yann à l’assaut du rocher de Valmy, une montée assez aisée d’un gros kilomètre. Je trottine dans la première portion qui nous emmène sur les hauteurs d’Aveney, nous doublons un coureur puis c’est la montée plus raide vers la N83, cette fois-ci je marche. Nous traversons la route, je relance un peu pour ne pas me faire dépasser par le coureur de tout à l’heure puis j’alterne marche et course selon le terrain. Je remonte sur un autre coureur tandis que Yann fait à nouveau son numéro il semble bien décidé à courir de bout en bout. Il se fait la belle tandis que je suis l’autre coureur en marchant d’un bon pas. Je le dépasse en arrivant au rocher alors que les bénévoles nous annoncent de la descente. Je pense surtout aux petites montées casse-pattes qui se profilent derrière ces 300m de descente glissante… Si sur le papier la première partie du trail des forts a l’air nettement plus compliquée que la seconde, il n’en est rien ! La deuxième portion est très cassante et enchaine les difficultés techniques, il faut relancer en permanence en gardant du jus pour la dernière grosse montée de la voie Romaine.

Ça remonte en direction de la roche trouée, je commence à sentir les kilomètres dans mes jambes, j’ai un peu de mal à courir quand la pente augmente. Pas de panique, j’alterne marche et course pour conserver un peu de fraicheur. Le sentier est technique et sinueux, un régal ! Je passe devant la roche et je bascule dans la petite descente qui nous ramène vers le chemin principal, le coureur devant moi se crispe, je passe en roues libres. Ça fait du bien de ne pas être celui qui galère en descente aujourd’hui ! Je commençais à sentir quelques gouttes, maintenant c’est sûr, on se prend une averse sur le coin du nez. Au temps pour météo-France…  Me voilà sur le chemin qui mène à la Maltournée, ça monte doucement mais sûrement, j’aperçois à nouveau Yann un peu devant moi, impossible de le rattraper, il est costaud le bougre ! Je commence à me faire un peu de souci, la partie qui arrive va être musclée…

Me voilà à la Maltournée, je retrouve les supporters habituels et quelques bénévoles pour m’encourager. Une petite descente le long des champs et les hostilités commencent avec une petite bosse qui dévie rapidement à travers champ pour une pente raide dans la boue. J’essaie de trouver le passage le moins labouré par les vaches mais c’est loin d’être évident. A peine arrivé en haut, un coureur me dépasse, s’excusant presque d’être en relai. Pas de souci, j’aime mieux qu’il me dépose maintenant, pendant que je suis encore bien, que plus tard, lorsque je serais dans le dur. Voilà le haut du champ, une petite descente ultra-boueuse et on bifurque à gauche, direction le fort de Pugey cette fois. Ce chemin me donne des cauchemars, je me prends quasiment toujours une pelle en passant là. Je fais bien attention à ne pas riper dans le dévers, j’enjambe un tronc, j’attends le moment où ça va devenir l’enfer mais le chemin est dans un état acceptable, je n’en crois pas mes yeux ! Me voilà dans le dernier mur avant le fort, ce passage est magique, incroyablement sauvage. On monte dans la roche, entourés d’une végétation luxuriante, avant de déboucher sur une petite grotte et de terminer la montée en pénétrant dans les travées du fort. J’entends un « putain, c’est raide ! » un peu devant moi. L’avantage de connaitre le parcours c’est qu’on évite les mauvaises surprises !

Trail des Forts

J’entre dans le fort, il faut baisser la tête pour passer. Le coureur que je viens de rattraper à une tête connue, je suis à peu près certain de l’avoir dépassé sur l’ultra 01. Ce n’est pas contre lui mais j’ai très envie de lui mettre une piquette histoire de me venger un peu de cet abandon. Pour l’instant je cours derrière lui dans le fort. Je profite de ce moment, c’est vraiment chouette de pouvoir passer dans ces couloirs faiblement éclairés. Encore un escalier à grimper pour s’extirper de là, il est nettement plus long que dans mes souvenirs !

A peine arrivés en haut mon compagnon de l’ultra 01 met le clignotant pour me laisser passer. J’ai Yann en ligne de mire, je profite de la descente un peu sinueuse pour relancer mais je ne lui reprends pas le moindre mètre. Une bénévole nous fait traverser la route, nous voilà maintenant dans la montée à travers champs en direction de la crête d’Arguel. Je me sens solide dans cette portion, je cours sans trop réfléchir, évitant le chemin boueux pour avoir de meilleurs appuis dans l’herbe. J’ai fini par revenir sur Yann mais il relance aussi sec. Je m’accroche derrière lui, nous dépassons un coureur et filons sur la crête, enchaînant brèves montées et descentes techniques, je me régale ! C’est la première fois que je prends autant de plaisir sur ce parcours. Seule ombre au tableau, j’ai de gros doutes sur la fiabilité de la trace fournie par l’organisation, j’ai peur que deux grosses galères supplémentaires soient de la partie… Je ne serais totalement serein que dans les cinq derniers kilomètres. Nous attaquons la dernière descente vers Arguel, c’est glissant mais j’arrive à freiner sans trop déraper. Nous allons maintenant découvrir la nouvelle portion de ce tracé. Pas de descente directe à Beure cette année, on remonte un peu plus haut dans le village, l’occasion pour Yann de me décrocher à nouveau.

Nous traversons la route où les traditionnels supporters nous attendent. Il y a de plus en plus de monde pour nous encourager sur le parcours, ça fait vraiment du bien en cette période bizarre ! Nous commençons à monter dans une petite rue, les gens sont devant chez eux ou à la fenêtre pour nous regarder passer, c’est vraiment un bon moment. La pente se durcit petit à petit, Yann carbure toujours devant, pour ma part je vais marcher et m’économiser un peu. Une relayeuse me dépasse, sans doute Manon Bohard. Petit coup au moral. J’aimerais bien être en état d’envoyer un peu dans cette bosse… Si seulement j’avais 20km de moins dans les guibolles… Soudain Yann lâche le morceau et marche un peu, ça me remonte le moral, il est humain finalement ! Le chemin cède la place à un champ que les vaches se sont fait un plaisir de ravager en attendant notre passage, encore une fois j’essaie de trouver l’itinéraire le moins mauvais en croisant les doigts pour ne pas laisser une basket en route. La galère n’est que de courte durée, nous retrouvons un chemin praticable avant qu’un bénévole ne nous indique une petite montée dont je ne soupçonnais pas l’existence en direction du fort Roland. Cette fois c’est moi qui pourrais lâcher un « Putain, c’est raide ! », nous montons dans de la roche humide et pas bien stable, il y a de quoi se faire une cheville si on ne fait pas gaffe, par contre c’est superbe ! J’aurais plaisir à repasser par-là à l’entrainement. Nous débouchons devant le fort après un dernier raidillon. Je ne sais pas ce que va donner la suite mais cette portion valait la peine de faire un détour.

Nous redescendons par un chouette chemin que je ne connaissais pas, assez sauvage, au-dessus de la route que j’ai l’habitude de grimper à vélo. J’ai un peu plus de 30km au compteur, je doute de plus en plus de tenir la cadence jusqu’à l’arrivée. Je pense avoir gardé un rythme assez régulier depuis Chaudanne mais je sens que je suis obligé d’y mettre plus d’intensité à présent. L’effort est encore loin d’être insoutenable mais je commence à sentir mes limites approcher.

Nous débouchons au-dessus de Fontain et redescendons sur le chemin des mercureaux où il y a toujours autant de monde pour nous encourager. Yann m’a repris une petite centaine de mètres, mais je semble avoir stoppé l’hémorragie. J’aperçois trois bénévoles qui nous indiquent la prochaine petite montée en direction du village en secouant des clarines, elles me redonnent le sourire alors que je commence à fatiguer. On continue dans la série des montées raides, caillouteuses et glissantes. C’est dur mais je découvre des chemins sympas ! Une fille m’encourage en me disant que c’est bientôt la fin. Humm… 18km, on n’a pas la même définition du bientôt !

J’arrive dans le village, dans une petite rue qui grimpe légèrement. J’ai toujours Yann en visuel. En étudiant le parcours j’avais coché cette portion qui comporte pas mal de bitume pour récupérer un peu, voire relancer. C’est moins plat que ce que je pensais mais j’arrive à trouver un rythme qui me convient, je remonte peu à peu sur Yann pendant que les gens nous encouragent depuis leurs jardins. Si ce tronçon n’a rien de palpitant, il apporte un peu de vie au parcours, c’est toujours agréable de traverser des villages ! Après un gros kilomètre de route nous retrouvons un chemin qui se transforme rapidement en petite montée bien physique. J’arrive dans le fort de Fontain sur les talons de Yann. Encore une montée d’escaliers qu’il avale au petit trot pendant que je me traine péniblement et nous redescendons vers un ravitaillement coupé en deux : d’abord le solide, puis le liquide 30m plus loin. Covid oblige, il n’y a que des produits emballés sur la table : barres de céréales, gels ou bananes. J’opte pour une demi banane pas assez mure que j’ingurgite péniblement avant de filer au point d’eau en remerciant les bénévoles. J’ai encore été un peu léger sur l’hydratation, je commence à avoir soif cette fois. Je sais que ce n’est pas la meilleure chose à faire et que je vais le sentir passer dans les prochains kilomètres mais j’avale un demi-litre d’eau d’une traite. Je refais le plein de mon bidon vide et repars en chasse de Yann qui s’est à nouveau fait la belle.

Trail des Forts

La descente vers Beure peut commencer ! Le sentier n’a rien de compliqué, si je ne sentais pas mon demi-litre sur l’estomac et mon bidon plein de nouveau taper contre ma poitrine ce serait parfait ! Nous croisons une coureuse qui fait son footing du dimanche matin, elle aura certainement moins mal aux jambes demain la chanceuse ! Nous retrouvons rapidement le chemin des Mercureaux qui comme son nom l’indique est une petite route. Par contre cette fois, ce n’est pas à la descente, mais dans le sens de la montée que nous l’empruntons. Rien de bien violent mais je la sens passer celle-ci ! C’est un des rares passages où il n’y a pas d’arbres pour boucher la vue, j’ai une bonne vision des coureurs qui me précèdent : Yann est en train d’en croquer un et j’aperçois la fille de tout à l’heure dans la descente. Je suis assez surpris de la revoir, je pensais qu’elle m’avait déposé après Avanne.

J’attaque à mon tour la descente en doublant le coureur aperçu plus tôt. Celle-ci n’a rien de compliqué non plus, je suis en roue libre. Mes jambes commencent à tirer sérieusement mais rien d’alarmant pour l’instant. Je commence à compter les kilomètres, moins de 15 ! Quelques lacets plus bas, voilà les premières maisons de Beure. Je bifurque sur le chemin de la cascade, j’avais complètement oublié cette petite montée assez sèche ! Je dépasse un coureur dans les premiers mètres. Cette petite descente m’a permis de récupérer, je me sens un peu trop bien. Mon corps se rappelle immédiatement à moi : mes deux quadris se contractent en même temps ! Double départ de crampe, la tuile… Je calme le jeu avec de petits pas, je sens que la crampe n’est pas loin de prendre… Heureusement que la montée n’est pas longue, le replat me fait du bien et détend un peu les muscles. La dernière descente vers Beure est très technique et glissante, les cordes ont été installées pour que personne ne tombe dans le ruisseau quelques mètres plus bas. Mes cuisses semblent tenir et je suis une nouvelle fois relativement à l’aise dans la boue. Le coureur repris juste avant les crampes me dépasse dans la dernière portion de la descente où je freine des quatre fers, trop habitué sans doute à y faire de la luge les autres années.

Il y a encore quelques personnes venues nous encourager avant la dernière grosse difficulté, j’appréhende un peu celle-ci, si les crampes me reprennent ça va être le calvaire… Je passe devant la cascade du bout du monde, bien en eau après ce qu’il est tombé récemment. Le coureur devant moi patine un peu dans un virage, j’en profite pour repasser devant et tester mes quadris dans cette petite bosse. Je redescends la route en direction de la voie romaine, un dernier virage à 180° et c’est l’instant de vérité. Ça monte fort d’entrée de jeu, je ne cherche même pas à courir. Le sol est un peu glissant, mes appuis ne sont pas terribles mais mes cuisses semblent tenir. J’accélère un peu la cadence, les voyants sont au vert. Ouf ! Contrairement à l’année dernière je ne me sens pas dans le rouge dans cette montée, je n’ai plus grand-chose sous la pédale mais les sensations sont correctes. J’aperçois la coureuse de tout à l’heure un peu devant moi accompagnée d’un autre coureur. Je remonte sur eux tout doucement jusqu’à les rattraper dans la dernière partie de l’ascension. Ça a l’air dur pour eux. Je les dépasse en passant au bord de la falaise, moins glissant que le chemin principal.

Trail des Forts

J’arrive en haut, j’ai à nouveau Yann en ligne de mire. Il fait une sacrée course ! Je repars en trottinant, je sens que je commence à être cuit. Je profite de cette portion facile pour récupérer un peu avant le gros morceau qui va suivre. Je ne sais pas si le parcours passe par le mini-mur cette année mais avec des départs de crampe et de la boue, je n’ai aucune envie de m’y frotter. L’idée de devoir passer par là me coupe les jambes. Après un court répit, je bifurque à gauche sur le chemin très technique qui nous conduira au fort Michaud, un single vallonné, plein de pierres et racines, une boucherie pour les chevilles. Comme prévu, c’est dur. J’enchaine les petites montées raides qui viennent casser le peu de rythme que j’arrive à trouver.  Bien que le chemin soit gratiné je me sens relativement bien physiquement, je remonte sur un coureur qui n’a pas l’air à l’aise dans cette portion tandis que je comble peu à peu le trou avec Yann. Après une petite remontée je débouche dans le fort Michaud sur les talons de Yann, ouf, on a évité le mini-mur ! Je me sens plus léger, il n’y a plus qu’à rentrer ! Je dépasse enfin Yann en l’encourageant et je relance en direction de la Chapelle des Buis, le coureur dépassé plus tôt sur le porte-bagages. Nous retrouvons les coureurs du 19km et du 28km, je serre le poing car dans ma tête c’est gagné, à partir de maintenant je vais dépasser à la pelle, le moral va remonter en flèche ! Je me faufile dès qu’une occasion se présente pour doubler quelques coureurs avant de déboucher sur le dernier ravitaillement.

J’ai encore de l’eau, pas besoin de m’arrêter. Je repars en direction du monument de la libération, cette bosse n’a rien de compliqué mais je préfère marcher pour économiser mes quadris douloureux. Voilà qui met un coup de frein à ma bonne dynamique, deux coureurs dépassés plus tôt me reprennent juste avant la fin de la bosse. Je repars au petit trot dès que possible pour ne pas me faire distancer mais quelques coureurs des autres courses se sont intercalés entre nous et impossible de les dépasser dans le single technique que nous empruntons à présent. Dès que le chemin s’élargit à nouveau je relance dans la montée, les cuissots semblent tenir bon. Nous passons devant la dernière bifurcation dont j’étais incertain : pas de descente vers Morre cette année, on rentre tout droit à Besançon ! Cette fois je sais exactement ce qu’il me reste à courir, je peux lâcher les chevaux ! Je relance aussi fort que possible dès le début de la descente en dépassant à tour de bras, dommage que les deux coureurs que j’ai en ligne de mire fassent de même. Je regarde ma montre, je devrais faire un joli temps ! Je ne passerais pas sous les 5h00 mais je mettrais moins de 5h10. J’arrive rapidement au chemin de la Bro, un retour au bitume qui est loin de me déplaire, plus besoin de regarder mes pieds, je peux envoyer. Je reprends une des deux places perdues, j’ai le second coureur en ligne de mire. Personne ne lâche, la bataille est rude dans ces derniers kilomètres ! Encore une petite bosse à passer, autour de nous tout le monde marche mais nous relançons aussi fort que possible pour ne pas perdre une seconde. Nous retrouvons un chemin qui grimpe, défoncé comme tous les ans, chacun cherche la meilleure trajectoire pour aller le plus vite possible sans patiner et nous basculons à nouveau dans la descente. Je finis par reprendre le second coureur dans une portion bitumée. Encore une petite montée vers le fort Tousey, la descente vers le fort de Trois-Châtels et nous empruntons le dernier chemin de la journée. J’avale la montée en trottinant, mes quadris sont dans le rouge mais tiennent toujours. La descente, glissante, passe toute seule.

Trail des Forts

Me voilà enfin au pied de la citadelle. Une ultime montée et il n’y aura plus qu’à foncer jusqu’à l’arrivée ! J’avale le premier lacet en trottinant en profitant du groupe de percussions qui vient mettre l’ambiance tous les ans. Je sens mes quadris se contracter de plus en plus, je maintiens l’effort aussi longtemps que possible mais à quelques dizaines de mètres du sommet je suis obligé de lever le pied pour marcher. Les deux coureurs repris précédemment ainsi qu’un autre dont je n’ai aucun souvenir me dépassent à nouveau, je ne cherche pas à accrocher immédiatement, plus motivé à l’idée de profiter de la beauté de ces derniers kilomètres que de me mettre dans le rouge pour reprendre trois places qui ne m’apporteront rien. Je n’amuse pas la galerie pour autant et relance aussitôt passé les murs de la citadelle. Je traverse le zoo, grimpe une petite côte raide et bifurque en direction des remparts. Je ne cherche pas à courir dans les escaliers de peur de déclencher des crampes, les trois coureurs devant moi en profitent pour s’échapper un peu plus. Tandis que j’arpente le rempart en direction de la tour du roi, mon esprit quitte la compétition quelques secondes pour profiter de la vue. La météo n’est clairement pas au rendez-vous mais ça reste splendide !

Me voilà au bout du rempart, encore quelques marches à descendre et je quitte la citadelle. J’ai les trois coureurs en ligne de mire, je relance autant que possible mais sans grande envie, j’arrive à en récupérer un mais les deux autres sont trop à bloc. Je sors de la citadelle, et déboule dans les escaliers. Je tente de courir sur la petite trace dans la terre juste à côté, mais c’est trop glissant, je préfère passer par les marches bien que ce soit plus lent. La dernière partie de la descente est plus raide avec de grosses marches, mes quadris durcissent à vue d’œil, je suis obligé de ralentir pour éviter la crampe. Un coureur profite de mon passage à vide pour me dépasser, on verra si je peux le reprendre dans le dernier kilomètre de plat.

J’arrive enfin en bas, je passe sous la porte Rivotte et entends soudain des « Thomas ! ». Laurence, Denis et Gaël sont venus me voir, je leur fait coucou en passant, le moral remonté à bloc. Je relance mais le coureur qui m’a dépassé dans les escaliers est loin, je grappille quelques mètres mais ça ne suffira pas. J’arrive sur le dernier chemin rendu glissant par le passage de tous les coureurs passés avant nous, je n’ai pas suffisamment d’appuis pour accélérer et le reprendre, tant pis, je finis en roue-libre. Je profite de derniers encouragements, Anne, Romain et Léane sont au bord du chemin et je passe sous l’arche en 5h02 et 40s avec un grand sourire. Anne m’apprends quelques minutes plus tard que je suis 28ème, c’est une excellente surprise, j’ai passé ma course à me dire que j’étais autour de la 50ème place. Je suis vraiment content de ma course, j’ai réussi à être très régulier de bout en bout, sans ressentir de gros coup de pompe et sans problèmes alimentaires. J’en profite également pour faire mon meilleur chrono sur ce parcours, c’est la première fois que je prends autant de plaisir sur le grand format du trail des forts.

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