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Cross du Mont-Blanc

Publié 3 Juillet 2013 par Tom in trail

Cross du Mont-Blanc

Nous y voilà, la dernière sortie d'entrainement avant d'aller me frotter aux cols jurassiens... Un petit cross du Mont-Blanc le samedi histoire de faire taper le cardio puis une balade sur le parcours du marathon le dimanche en off pour soutenir Christophe. Bref, à vue de nez un week-end à 50Km et 3500m de dénivelé à Chamoniix, le paradis du coureur. Elle est pas belle la vie?

Cross du Mont-Blanc

Après un voyage assez paisible en compagnie de Vincent, Cécile et Julie (tout est relatif compte tenu des forces en présences) que j'ai bien mis à profit pour faire une bonne sieste nous voici arrivés à Chamonix. Le temps n'est pas optimal, il ne fait pas très chaud et la pluie semble ne pas être bien loin... Nous filons déposer les sacs dans l'appartement, à peu de choses près la copie conforme de celui de 2012 puis nous allons retirer les dossards pendant que les coureurs du kilomètre vertical en plein échauffement ont envahis les rues de la ville.

Ce week-end nous sommes trois à courir, Cécile et moi sur le cross, Christophe sur le marathon. Manue devait courir le cross avec nous mais sa tendinite mettant pas mal de temps à se guérir, le dénivelé n'est pas à l'ordre du jour... Dommage, j'espère qu'on pourra remettre ça tous ensemble d'ici peu! Enfin, Vincent n'a pas de dossard mais compte bien faire plus de kilomètres que tout le monde en allant récupérer Cécile sur le parcours le samedi puis en accompagnant Chris le dimanche. Bref, de belles sorties qui se profilent!

Les stands d'attirail pour traileurs sont évidement de sortie au point de retrait des dossards et la tentation est grande: entre les coupes-vent, les paires de chaussures et autres textiles je ne sais plus où donner de la tête. Vincent est également en émoi et Cécile doit éprouver le même sentiment d'impuissance qu'un homme en compagnie de madame un jour de soldes...

Après de longues hésitations nous parvenons à nous sortir de ce guêpier nos dossards sous le bras et nos cartes bleues bien au chaud dans leurs holsters. Il ne nous reste plus qu'à aller faire quelques courses avant de nous attaquer au paquet de tagliatelles d'avant course. Il ne reste plus qu'à remplir le sac à dos et accrocher le dossard sur le short avant d'aller faire un gros roupillon.

7h00, le réveil sonne. Je suis au taquet, j'ai hâte d'aller m'attaquer à la montée de la flégère, Cécile beaucoup moins: elle appréhende la course et la nuit à été courte pour elle, apparemment il y a eu pas mal de bruit dans la rue. Personnellement j'ai dormis comme un sonneur. Petit coup d’œil par la fenêtre: il tombe des goûtes, cela n'a pas l'air trop terrible, le moral est toujours là, surtout que c'est l'heure du petit dej! Un jus d'orange et quelques tranches de pain d'épice plus tard me voilà paré au départ, bien calé au fond de mes cascadia, le coupe-vent sur le dos et le kamelbak rempli au niveau minimum afin d'être le plus léger possible. En route!

La ligne de départ du cross n'est pas au même endroit que le marathon, dommage, j'avais adoré partir à fond les ballons dans le centre de Chamonix l'année passée. Aujourd'hui nous démarrerons dans l'herbe, sur un chemin à la sortie de la ville. Il nous reste une vingtaine de minutes avant le départ, je souhaite une bonne course à Cécile et file m'échauffer tandis qu'elle va se mettre à l'abris avec Vincent. Je repère rapidement les premiers hectomètres du parcours, c'est large et plat, il va falloir avoiner un peu pour être aux avants postes et éviter le gros du troupeau. Malgré l'overdose de kilomètres du mois de juin les jambes ont l'air de ne pas trop mal répondre, ma grosse inquiétude réside dans ma capacité à grimper vite suite aux mauvaises sensations du week-end passé. Au moins avec la montée à la Flégère je devrais être rapidement fixé...

Il est temps d'aller me positionner sous l'arche pour ne pas partir en queue de peloton. En 2012 les cent premiers coureurs étaient rentrés en un peu moins de 3h, j'espère pouvoir être dans ce petit groupe cette année. Pendant que le speaker nous demande de nous approcher de la ligne pour le brieffing j'arrive à me trouver une bonne place sur la ligne, il y a une centaine de personnes devant moi dont l'élite, je ne devrais pas être trop gêné, impec!

J'ai quand même un peu l'impression de faire une course "au rabais", après le marathon de l'année dernière le challenge est moins motivant. Le speaker nous rappelle que le cross est l'épreuve mythique, c'est par elle que tout à commencé, le marathon est venu s'y ajouter par la suite. Bon, c'est déjà ca! Et surtout aujourd’hui il faudra être rapide

On nous annonce qu'il va pleuvoir toute la journée et qu'il ne faut pas compter sur une accalmie. Alors que je suis en train de retirer mon coupe-vent pour éviter la surchauffe on nous indique qu'il fera aux alentours de 4° au sommet... J'hésite quelques secondes au moment de retirer la seconde manche mais ne flanche pas, je préfère avoir un peu froid que d'étouffer sous une membrane pas forcément respirante et encore moins étanche. Mouillé pour mouillé, autant optimiser mes chances d'aller vite...

Me voilà prêt au départ, en short avec une veste très légère et sans manches sur le dos, déjà trempé alors que la pluie s'est bien intensifiée depuis que nous sommes partis, j'ai hâte de partir pour me réchauffer... Sur la ligne je repère quelques coureurs qui ont l'air costauds, même les filles autour de moi ont l'air d'avoir des cuisses de bûcheronnes! Avec mon physique de crevette des plaines je sens que je vais voir passer des avions dans l'ascension...

Cross du Mont-Blanc

D'après mes souvenirs du marathon l'année dernière le parcours est assez roulant jusqu'à Argentière en longeant la vallée de l'Arve. Malgré quelques montées je devrais pouvoir laisser mes jambes se faire plaisir pour grappiller pas mal de places dans la première portion de course. Une fois le 10ème kilomètre atteint c'est une autre course qui commencera: l'année passée j'avais commencé de prendre des crampes dans la montée à Flégère et toutes mes forces m'avaient abandonnées en arrivant en haut me contraignant à un long calvaire jusqu'à la ligne d'arrivée. Pas question de réitérer la mésaventure, cette année je prévoie de gérer mon ascension à l'économie, sans efforts inutiles et sur un rythme qui me permettra d'aborder le balcon sud dans un bon état de fraîcheur pour enfin pouvoir lâcher les chevaux et terminer sur les chapeaux de roues. Il ne restera plus que la dernière piste de ski à avaler tant bien que mal, mais là c'est dans la tête que tout se jouera, peu importe l'état du bonhomme...

Après avoir applaudi l'organisation et fait des signes à la caméra (au moins ça à le mérite de me réchauffer) nous voilà partis! Le départ est plus rapide que ce à quoi je m'attendais, nous avons beau nous élancer pour une course en montagne je suis obligé de mettre plus de rythme que prévu pour ne pas me faire enfermer. Tant pis, il va falloir cavaler un peu le temps que tout ce petit monde se calme!

Heureusement, le chemin est assez large et permet de dépasser (et de se faire dépasser) assez facilement. Malgré les ravagés du ciboulot qui déboîtent de tous les côtés je parviens à repérer des coureurs qui étaient avec moi sur la ligne de départ, je dois être dans le bon rythme. Rien ne sert de s'exciter, les premières montées devraient faire le ménage et on pourra commencer à jouer.

Le premier kilomètre est très roulant, je tourne autour de 14km/h de moyenne malgré un très léger faux plat. Vu la durée relativement courte de l'effort je ne me suis pas mis de rappel pour boire, à moi de penser à mon hydratation ce matin, autant dire que je risque de ne pas boire beaucoup: mon attention risque d'être pas mal accaparée entre le paysage, les racines et les cailloux qui jalonnent le parcours...

J'entends près de moi un coureur dire qu'il serait peut-être temps de calmer le jeu, en mon fort intérieur j'approuve entièrement l'idée: maintenant que je suis lancé mes jambes semblent être à leur rythme et si tout le monde ralentie ça sera la curée avant l'heure pour moi! En revanche devant personne ne semble vouloir lever le pied, la tête de course est déjà assez loin.

Pour ma part je suis dans un groupe d'environ dix coureurs qui avance à un bon rythme, je reste un peu en retrait, le rythme me va très bien et je n'ai pas envie d'endosser le rôle de locomotive si tôt dans la course, priorité à la gestion pour l'instant. Je regarde derrière moi, un petit fossé à commencé à se creuser. C'est bon, j'ai attrapé le bon wagon.

Nous passons dans un petit tunnel sous la route nationale, les voix des spectateurs qui nous encouragent résonnent, j'ai l'impression d'être soutenu par une foule en délire alors que seulement une dizaine de personnes se sont réfugiées à l'abris de la pluie... Nous passons ensuite sur un pont enjambant l'Arve, un coureur que j'avais repéré sur la ligne pour ses cuisses en forme de poteaux de téléphérique (il risque de me faire mal dans la montée celui-là...) s'amuse à faire des glissades sur le bois humide. Il a l'air content d'être là mais personnellement j'ai trouvé un usage plus utile à mon énergie...

Rapidement le parcours devient moins roulant et la montée débute. Ce passage en sous bois me revient à l'esprit, je savoure. Dans mon souvenir il s'agit d'une succession de petites bosses, pas de quoi m'empêcher de courir. La réalité est toute autre: l'année dernière je gérais mon début de course tandis qu'aujourd'hui j'essaie de carburer, sans être très raide la montée dure et n'est pas forcément évidente. Mes cuisses commencent à chauffer, le souffle est court et le moral en prend un coup. Me voilà contraint à marcher un peu dans les raidillons pour relancer difficilement dans les parties plus planes.

Malgré les cuisses qui coincent un peu il semblerait que je sois dans le tempo, quelques coureurs me dépassent mais j'en reprends quelques-uns également, le ratio doit s'équilibrer. L'important c'est le balcon sud, c'est à ce moment que je pourrais faire la différence. Je suis à présent bien calé dans un petit groupe, je ne cherche pas à passer devant de peur d'exploser et me contente de tenir le rythme derrière.

La montée est beaucoup plus longue que dans mes souvenirs, les kilomètres passent assez vite mais j'ai hâte d'arriver à tré le champ, au moins dans l'ascension vers Flégère je n'aurais pas de mauvaise surprise: là je sais que ça grimpe dur! Finalement me voilà arrivé en haut de cette première montée, nous sortons des bois pour une petite descente sur la route en direction du Lavancher. Malgré ma bonne vitesse sur route je suis surpris d'avoir du mal à dépasser, je parviens tout de même à dépasser quatre ou cinq coureurs dans le village pendant que des spectateurs nous encouragent mais je me fais enrhumer par un coureur au gabarit assez impressionnant. J'accélère un peu et l'accroche, voilà un bon lièvre le temps d'arriver en bas.

De retour sur les petits chemins la grimpette reprends de plus belle, cette fois nous sommes au milieu des champs, le chemin commence à être boueux à cause de la pluie qui continue de tomber. Je me fais la réflexion que je ne la ressens même plus, je suis concentré sur mon effort, bien au chaud dans ma bulle. Les photographes nous attendent au détours d'un virage là ou des drones télécommandés nous filmaient l'année passée. Je leur réserve un sourire ravageur (ou ravagé?) et continue dans le sillage de mon lièvre. J'ai un haut le corps lorsque je m'aperçois qu'il cours avec une paire de kalenji aux pieds et je m'empresse de passer devant lui alors que nous reprenons toujours quelques coureurs.

Nous retrouvons les sous-bois pour une montée pleine de racines que j'avais bien apprécié, cette année elle passe moins aisément, je commence à plafonner. Je recommence à marcher un peu afin de respirer, j'en profite pour boire une ou deux gorgées. Tout comme la première côte, celle-ci est plus longue que ce qu'il me semblait. C'est fou comme avec le temps mon souvenir s'est déformé!

Nous voilà en haut, la bascule est fort agréable: nous empruntons un single au dessus de l'Arve en léger faux plat descendant. Je continue ma route derrière mon compère chaussé de kalenjis, il y a une jolie marche à notre droite, mieux vaux ne pas dévier du chemin... Malgré le côté roulant de cette portion les jambes commencent à être lourdes et mon mollet gauche est très raide, certainement des restes de ce mois d'entrainement un peu hors normes... J'adapte ma foulée en utilisant plus l'avant de mon pieds gauche pour moins solliciter le mollet, me voilà en mode dahu!

Mon lièvre décide de faire tomber le coupe-vent, il porte le maillot d'un club local, à mon avis je ne vais pas le voir partir dans la montée... Nous continuons sur ce chemin encore un moment en alternant le plat et les petites montées tandis que les jambes me reviennent. J'ai définitivement un problème en montée, j'ai vraiment du mal à mettre de l'intensité ces derniers temps, à moins que ce ne soit le goût de me faire mal qui m'aie abandonné? Toujours est-il que je redoute le col qui se profile...

Alors que le chemin s'élargie j'en profite pour passer devant alors que nous traversons un pont au dessus d'un torrent, j'hésite un instant sur le chemin à emprunter, un mec est en train de téléphoner, je lui demande mon chemin, pas de réponse... Finalement il me masquait la balise, je le contourne en pestant et fonce sur argentière.

J'arrive dans le village, c'est la folie pure, tout le monde est dehors pour nous encourager. Certains secouent des cloches, d'autres nous crient des encouragements, j'entends des "Aller Thomas!", grosse émotion. Entre les paysages somptueux et cette ambiance fantastique je suis comblé, je suis définitivement tombé amoureux de cette course. Je reviendrais, c'est certain.

Après un virage et la traversée de l'Arve me voilà de retour sur les chemins après une dizaine de kilomètres parcourus. Le ravitaillement n'est plus bien loin, il me semble que le parcours est assez roulant. Encore une fois ma mémoire me fait défaut, me voilà face à une bonne montée bien coriace qui me mets du plomb dans l'aile... Je commence à marcher alors que le pourcentage n'a rien de terrible tandis que des coureurs et une coureuse me dépassent. Cette dernière avait été nommée parmis les favorites, ouf, rien d'anormal! Seule victime à accrocher à mon tableau de chasse, une coureuse en train de souffler comme un bœuf. Je tente de me reprendre en suivant la féminine lancée comme un missile. Ça grimpe dur, j'essaie de m'accrocher mais elle va trop vite et me lâche sur les relances.

Je termine la montée suivi par un coureur qui semble en bon état, des spectateurs nous encourages. Mon compagnon du moment à l'air joyeux, il répond à tous les encouragements par de grands cris enjoués. Etant plus dans le dur je me contente de signes de la main et de quelques remerciements essoufflés. Au milieu d'une petite montée nous conduisant dans le village un couple d'english nous annoncent en sixty-ninth et seventieh position. Je leur répond d'un simple merci, je commence à être un peu explosé, "thank you" ne me traverse même pas l'esprit... je suis assez surpris, je ne pensais pas être si bien placé au vu de mes sensations sur cette première moitié de course.

A partir de maintenant je peux enrichir ce CR des photos prises le lendemain en accompagnant Christophe sur le marathon. Attention toutefois, la météo était diamétralement opposée à celle du samedi, imaginez les même paysages sous des trombes d'eau et beaucoup moins d'embouteillages.

A partir de maintenant je peux enrichir ce CR des photos prises le lendemain en accompagnant Christophe sur le marathon. Attention toutefois, la météo était diamétralement opposée à celle du samedi, imaginez les même paysages sous des trombes d'eau et beaucoup moins d'embouteillages.

Nous passons le long de l'Arve par une zone en travaux avant d'attaquer la dernière montée précédant tré le champ. Celle-ci est beaucoup moins accentuée et s'avale tranquillement, je recommence à reprendre des coureurs. Une petite descente me conduit au ravito. J'ai pas mal de munitions dans mon kamelbak mais une petite pause n'est pas de trop, je sens que je commence à manquer d'énergie et je n'ai pas tellement bu depuis le départ. J'avale rapidement un morceau de banane, un grand verre d'eau et je repars avec une tranche de cake aux fruits dans l'escarcelle, c'est bon mais c'est sec, dur dur à ingurgité alors que je suis reparti bon train. Heureusement que j'ai ma poche sur le dos pour rincer tout ça!

Le ravitaillement est suivi de quelques centaines de mètres sur route, cela me permet de me relancer tranquillement et de repartir avec des coureurs qui m'avaient dépassé peu de temps avant (mais aussi d'autres qui ont sauté le ravito...)

Cross du Mont-Blanc

Cette fois terminé le bitume, place aux singles et à la looooongue montée vers la Flégère. Les cuisses vont dérouiller! Contre toute attente c'est avec le sourire aux lèvres que je m'attaque à la portion que je redoutais depuis le départ. Jusqu'à présent je revivais mes souvenirs du marathon, maintenant je me sens vraiment dans ma course.

Alors que je quitte la route pour entamer le premier raidillon j'entends dans mon dos un encouragement sortir du lot "Aller Thomas Diconne!" Hein? Je n'ai que mon prénom sur le dossard... Je me retourne et tombe nez à nez avec Maxime qui était au collège avec moi et que je n'ai pas vu depuis des années. Je lui fais signe de la main pour lui montrer que je l'ai reconnu et repars à l'assaut de la tant redoutée Flégère.

Cross du Mont-Blanc

La première moitié de l'ascension ne présente pas un profil terrifiant, au contraire il alterne les petites montées cassantes et les tronçons propices à la relance. Le tout est de trouver le bon compromis pour grimper vite sans trop d'efforts. La seconde partie de la montée sera en revanche beaucoup plus exigeante: cette fois plus question de relancer, il s'agira avant tout de ne pas craquer.

Je me trouve dans un petit groupe de quatre ou cinq coureurs qui va rapidement exploser, certains font des bruits de locomotives, d'autres ont l'air assez bien. Je dépasse tout ce petit monde hormis un coureur portant un buff qui passe comme une fusée, je ne cherche pas à m'accrocher et continue à mon rythme: je franchi les coups de cul en marchant et je remets du jus dès que le pourcentage diminue. De cette manière le cœur ne grimpe pas trop vite dans les tours et les jambes gardent un semblant de fraîcheur.

Même sous la pluie le coin est superbe, le chemin grimpe doucement sous le couvert des arbres en serpentant entre les rochers. Quelques bancs jouxtent le parcours, la tentation est grande mais je préfère penser à la descente par les œufs, bien au chaud. La pluie ne me dérange pas trop jusqu'à présent bien que ce soit maintenant des seaux d'eau qui nous tombent dessus.

Cross du Mont-Blanc
Cross du Mont-Blanc
Cross du Mont-Blanc

Voilà que j'aperçoit le coureur qui faisait des glissades sur le pont en début de course, il est en train de faire la vidange sur le bas côté. Me voilà à peine passé qu'il remballe la marchandise et passe devant moi comme un dératé. Il monte vite le saligaud! Je suis même surpris d'avoir réussi à le remonter à ce moment de la course...

Je remonte sur un autre coureur et reste quelques minutes derrière lui. J'ai l'impression qu'il cours en off: pas de sac à dos, pas même un porte gourde. Il est en collant et manches longues, il doit mourir de chaud malgré la pluie. Lorsque je finis par le dépasser je m'aperçoit qu'il porte tout de même un dossard. Me voilà en train de râler, assez énervé que tous les coureurs n'appliquent pas les consignes de course: il est où le matériel obligatoire? Je me coltine une réserve d'eau, un coupe-vent et un téléphone dont je me serait bien passé pendant que d'autres courent légers... J'espère qu'il passera au contrôle de matériel...

Voilà que je retombe sur slider-man, toujours en train d'uriner dans les fougères, décidément, on frôle l'incontinence à ce niveau là! Il repars quelques mètres devant moi, cavale 100m et s'arrête de nouveau. Il doit y avoir quelque chose qui cloche... Ces petits problèmes de prostate me font penser à Christophe, j'espère qu'il aura meilleurs temps pour son marathon... Cette fois je passe devant, je ne le reverrais plus.

Voilà maintenant un petit pont qui se profile devant moi, attention, c'est glissant! Une bonne descente et c'est reparti pour une nouvelle montée et un second pont toujours plus glissant. La succession de montées / descentes me rend fou, j'ai l'impression de grimper de 30m pour en perdre 20 dans la foulée, je n'ose plus regarder mon altimètre...

Cross du Mont-Blanc
Cross du Mont-Blanc
Cross du Mont-Blanc

J'approche des 1500m d'altitude et les kilomètres continuent de défiler assez rapidement. Il me reste 3Km avant la Flégère, je devrais bientôt commencer à prendre de la hauteur. Bientôt 4Km depuis tré le champ et je n'ai pris que 150m, ces montagnes russes auront ma peau...

Encore une dernière grosse relance à plat et cette fois l'ascension semble reprendre un cours normal: le chemin devient nettement plus raide, les portions planes se raréfient tandis que lacets, racines et montées de genoux deviennent monnaie courante. Je me sens définitivement bien dans ce col malgré l'absence de bâtons. Je reprends à nouveau un petit groupe de coureurs dont la féminine qui m'a déposé après argentière. Elle n'a pas les poteaux des autres filles que j'ai vues sur la ligne de départ et semble souffrir sur ces gros pourcentages. Pour ma part je suis à la fête, tous les signes sont bons, la fatigue commence évidement à venir mais je sais que je tiendrais aisément jusqu'à l'arrivée.

Je profite d'un lacet pour regarder derrière moi, il y a un peu de monde dans mon dos, tous des coureurs dépassés au cours de l'ascension, les mines sont tirées, les langues pendantes. Bien, je suis en bon état! J'entends dans mon dos "Bravo, 2ème féminine!". C'est bon signe, je remonte petit à petit, je ne devrais pas terminer trop dans les choux.

Cross du Mont-Blanc
Cross du Mont-Blanc
Cross du Mont-Blanc

Ca y est, je sors du couvert des arbres. Mais en fait il fait carrément froid ici! Je ne suis plus abrité de la pluie et c'est un véritable déluge, le vent me cingle le visage et me congèle sur place. J'envisage très sérieusement de faire une pause pour enfiler mon coupe-vent avant de réaliser que celui-ci doit être aussi imbibé d'eau que moi. Autant continuer, en maintenant l'effort je ne devrais pas trop me refroidir. J'ai des vêtements secs dans un sac, je les passerais une fois arrivé au sommet.

Passé la forêt me voici à présent sur l'ultime difficulté avant les chalets de la Flégère: une longue montée caillouteuse en ligne droite. Je me souviens de mon agonie à cette endroit l'année passée, cette fois je suis encore bien en jambes, tout devrait se passer sans trop de problèmes d'autant plus que le pourcentage n'a rien de surhumain. Si je n'avais pas 16Km et quelques côtes dans les pattes je pense que celle-ci pourrait s'avaler en petites foulées. Mais pour le moment pas question de se mettre la ratte au cours-bouillon: je vais me contenter de marcher jusqu'en haut, il reste 180m de dénivelé à avaler, l'effort viendra ensuite.

Je fais profil bas en passant devant la tente des CRS: je n'ai pas mes papiers. J'en profite pour reprendre encore un ou deux coureurs devant moi qui sont en train de coincer. La montée à fait pas mal de dégâts et les organismes commencent à souffrir, je ne suis plus très frais non plus mais je sens que j'ai les jambes pour profiter pleinement du balcon sud, quel pied ça va être! L'altimètre m'indique que je me rapproche petit à petit de l'objectif, bientôt 1800m, encore un petit effort!

Cross du Mont-Blanc
Cross du Mont-Blanc
Cross du Mont-Blanc

Voici venu le haut de la côte, il ne me reste plus qu'un petit replat le long de la réserve d'eau et un dernier coup de cul assez pentu que jje franchi en marchant avant le ravito. Je serre le poing: je suis frais, les jambes répondent, objectif rempli! Je m'attend à voir Vincent qui devait venir nous voir au ravitaillement mais ne parviens pas à le repérer, pourtant il n'y a pas foule... J'ai dû monter trop vite! Je l'ai finalement manqué de peu, il arrivera quelques minutes plus tard après s'être trompé de chemin en montant depuis Chamonix. Pour une fois que ça arrive aux autres...

Je fais un petit arrêt afin de reprendre des forces avant de filer à Planpraz, un grand verre d'eau et un quartier d'orange afin de ne pas perdre de temps et me voilà de nouveau en route. Les bénévoles ont la patate, ils m'encouragent vivement. Ils m'annoncent en 58ème position et me disent de sprinter pour remonter tout le monde, me voilà remonté comme un coucou! Je repars comme un missile sans oublier de les remercier pour leur bonne humeur, passe devant un guitariste à la porte du chalet en train de jouer une chanson de Louise Attaque avec le volume à fond et c'est parti pour le balcon sud!

Cross du Mont-Blanc

Cette fois c'est le moment de monter dans les tours les trois prochains kilomètres sont assez roulants avec quelques difficultés pour pimenter; des cailloux à enjamber, quelques pierriers à traverser et une petite descente en escaliers pas franchement évidente. Je n'ai personne devant moi pour l'instant, je mets les gaz!

Je remonte rapidement sur un coureur que je dépasse sans difficulté et continue ma route le couteau entre les dents. La fatigue se fait sentir mais pas suffisamment pour me pousser à ralentir. Le terrain accidenté me permet de toute manière de gérer mon mal de jambes, j'alterne la course rapide et la marche pendant quelques mètres quand le terrain ne se prête plus à la course. De cette manière le cardio ne s'enflamme pas et mes relances sont toujours assez saignantes.

Voilà que je reprends deux coureurs, le premier me laisse gentiment passer, je ne manque pas de le remercier pour le geste, le second semble beaucoup moins enclin à se laisser doubler. Il faut dire que le chemin n'est pas large et je préférerais éviter de déraper du côté gauche, on ne peut pas parler de ravin mais je ne sais pas trop où je m'arrêterais... Bref, me voilà coincé malgré mes appels du pied et les quelques signes d'impatience que je finis par manifester quand celui-ci me bloque le passage à chaque fois que je tente de passer...

Nous passons le descente en escaliers rendue ultra-glissante par la pluie, je ne lâche pas la rambarde de peur de dévaler 5m plus bas, surtout au moment ou seule deux plaques en métal fixées dans la roche nous permettent de poser les pieds et c'est reparti sur le balcon en direction des pierriers, toujours coincé derrière mon coureur opiniâtre... Je suis extrêmement prudent à nouveau sur cette partie, c'est rudement glissant et ça bouge de tous les côtés sous mes pieds. Soudain au détour d'un virage j'entrevois un espace pour me faufiler, je saute sur l'occasion et me voilà enfin devant! Mon exultation n'est que de courte durée lorsque je vois que mon lacet s'est défait... Tant pis, j'ai trop attendu ce moment, même si ce n'est pas bien prudent je continue comme ça, du moins le temps de faire le trou.

Cross du Mont-Blanc
Cross du Mont-BlancCross du Mont-Blanc
Cross du Mont-Blanc

Le chemin commence à reprendre un peu d'altitude, je marche quelques mètres dans les portions plus raides afin de m'économiser mais mon lacet défait me perturbe, je n'ai pas vraiment confiance et j'aimerais éviter de m'étaler lamentablement, d'autant plus que par ici il y a de quoi se faire mal... Je m'arrête au détour d'un virage, mes doigts sont engourdis par le froid et j'ai du mal à faire un nœud. Manque de bol, à 5 secondes près je repars derrière mes deux coureurs de tout à l'heure. Cette fois le coureur sympa et moi parvenons à le dépasser assez rapidement alors que le sentier entame une petite descente en dehors du couvert des arbres.

Le paysage est superbe mais il tombe toujours des cordes. Nous passons à présent dans un torrent de boue, j'essaie vainement de garder les pieds au sec, un peu stupide comme idée pour quelqu'un qui cours depuis plus de 2h sous la pluie... Mon compagnon de route me demande si l'arrivée est proche, je lui répond qu'à ma connaissance il reste une petite montée, une descente et enfin l'ascension finale qui n'est pas évidente soit encore 2,5Km je pense. Je passe devant et le décroche assez facilement, me voilà 55e!

Cross du Mont-Blanc
Cross du Mont-Blanc
Cross du Mont-Blanc

Après ce petit intermède boueux c'est au tour du dernier raidillon, plus beau, plus long mais moins pentu que dans mon souvenir, je suis surpris d'arriver en haut si rapidement. L'année passée j'avais été obligé de faire une pause au sommet pour me réhydrater et me remotiver, cette fois je fond comme une balle (ou tout du moins je tente) sur le coureur qui me précède dans la descente. Les genoux prennent une grosse charge mais je ne vais pas retenir, un coureur me talonne, j'aimerais bien ne pas perdre de places maintenant!

La descente me permet de grappiller quelques précieux mètres avant l'ultime montée, j'espère que personne ne va s'énerver et se mettre à courir, je commence à être cuit. Les premiers mètres n'ont rien de difficile, je garde une petite foulée rapide qui me fait remonter doucement sur le coureur devant moi qui lui même est en train d'en doubler un autre. La montée alterne les portions raides et les faux plats, empêchant de prendre un rythme régulier. La fatigue se fait douloureusement ressentir et les relances sont de plus en plus difficiles, je calque mon rythme sur le coureur de devant en essayant à chaque fois de courir quelques mètres de plus. Je parviens à dépasser le coureur qu'il a dépassé un peu avant, 54e! Cette fois je commence à regretter mes bâtons, un appui supplémentaire ne serait pas de trop...

Cross du Mont-Blanc
Cross du Mont-Blanc
Cross du Mont-Blanc
Cross du Mont-Blanc

Plus que deux lacets avant le sommet, je ne grappille pas assez de temps pour le dépasser avant l'arrivée. En revanche mon avance fond tout doucement sur le coureur qui me traque depuis un petit moment maintenant. Aller, un dernier effort dans la dernière ligne droite! La côte s'accentue, je n'arrive plus à courir, j'ai peur de me faire reprendre d'un instant à l'autre, il faudrait que j'arrive à remettre le moteur en marche pour un baroud d'honneur mais les cuisses s'y refusent. C'est un spectateur qui me harangue en hurlant des "Aller, aller, un dernier sprint" qui parviens à me remettre dans la course. La ligne n'est plus très loin et je recommence à courir, je me retourne: c'est bon, la place est assurée! J'essaie de sourire pour faire bonne figure sur les photos avant de franchir la ligne et de recevoir ma médaille de finisher ainsi qu'une couverture de survie pas volée... 2h30'09 à ma montre, 2h30'40 au chrono officiel, pour moi qui visait les 3h c'est une excellente surprise!

Cette année encore, pour l'arrivée face au Mont-Blanc c'est loupé, je file me mettre au chaud sous la tente le temps de déguster un thé chaud en avalant quelques morceaux de quatre-quarts. Je commence à grelotter, vite, je file au petit trot me mettre au chaud dans un œuf pour redescendre sur Chamonix (pas le courage de rentrer en courant, trop froid!) et une bonne douche chaude amplement méritée. En arrivant devant l'appartement je tombe nez à nez avec Chris et Manue qui viennent d'arriver, je ne m'attarde pas trop à leur faire le débrief de ma course, je suis frigorifié sous la pluie battante. Vite, filons nous mettre au chaud! Cécile terminera sa course en 4h27, une demi heure plus rapide que l'objectif, tout sourire et fraîche comme une rose malgré la pluie.

Il ne m'appartient pas de vous la raconter la suite, cette partie est réservée à Christophe, notre héro du week-end pour son premier gros trail musclé.

Cross du Mont-Blanc

Après la pluie de samedi, le week-end se conclue finalement sous le soleil avec des panoramas somptueux sur le Mont-Blanc, l'aiguille du midi et le glacier des Bossons. C'est le cœur serré que je quitte Chamonix après trois jours à me régaler: près de 9h à crapahuter dans la montagne, de grosses sensations de course, de belles émotions en compagnie de Christophe sur son marathon, des terrasses de cafés et de chouettes moments entre amis... J'ai hâte de renouvel

Voilà, ainsi s'achève ma préparation UTTJiste après un énorme mois de juin: 502Km, 14 300D+ en 52h et 20 sorties. Contre toutes attentes la fatigue n'est pas de la partie et les petits bobos ne sont pas légion. Ce week-end chamoniard m'a permi de refaire le plein de confiance, après course je me rends compte que j'ai été finalement solide dans tous les compartiments malgré mes sensations mitigées sur le première partie. L'endurance est là, la vitesse aussi, les cuisses ont fait le plein de puissance et mes sensations en descente sont excellentes, je n'ai jamais récupéré aussi vite, me voilà fin prêt! Il ne me reste plus qu'à me reposer pendant une dizaine de jours avant de m'attaquer au défi jurassien!

En cas de survie, à bientôt pour un nouveau compte rendu qui promet d'être dantesque!

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