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Trail des allobroges

Publié 20 Mai 2013 par Tom in ultra, Trail

Trail des allobroges

Ça y est on y est! Le premier gros objectif de l'année, le trail des allobroges dans la vallée de Brevon juste au dessus de Thonon, ses 58Km et ses 4300m de dénivelé afin de commencer ma quête des 7 points UTMB, une vallée à deux pas de ma chère vallée d'abondance et dont j'ignorais l'existence jusqu'à l'année dernière... Si ça c'est pas du tourisme...

Après cinq jours d'entrainement intensif dans le chablais en compagnie de Christophe Josselin, Olivier, Patrick et Vincent (encore merci les amis!) et quelques 103 Km et 5800 m de dénivelé au compteur je sens que j'ai enfin la caisse que je recherchais, ces allobroges n'ont qu'à bien se tenir...

Après une dernière semaine à Paris pour le boulot (resto midi et soir et petit dej' de l'hotel, voilà pour la diététique...) et deux petits footings touristiques, me voilà de retour à Lyon frais, dispo et sans le moindre gramme en trop d'après la balance, incroyable! Un dernier petit footing AAAListe sur un train de sénateur en compagnie de Alain, Anne, Daniel, Delphine, Sandra et Yamina, une dernière tournée de pastas et me voilà en route pour Bellevaux!

Les conditions climatiques étant ce qu'elles sont cette année, le parcours a été raccourci au cours de la semaine: 50 Km pour 3500 m de dénivelé avant d'être rétabli à 53,5 Km et 4300 m de D+ suite aux plaintes des coureurs qui ne gagneront plus qu'un point UTMB au lieu de deux, finalement tout est rentré dans l'ordre! Au final le parcours est complètement tourneboulé: il se fera à l'envers, des secteurs ont été supprimés, d'autres sont nouveaux, et pour finir en beauté une dernière montée a été prévue à 2 Km de l'arrivée, ca risque de piquer!

J'arrive finalement plus tôt que prévu, je n'ai même pas réussi à me perdre dans les petites routes de montagnes malgré l'absence de GPS, plus qu'à aller retirer mon dossard (et des épingles à nourrice, j'ai encore une fois oublié les miennes....) et me revoilà en route pour trouver ma chambre d'hôtes, je roule à 30 Km/h sur la route pour profiter du paysage. Le ciel est bouché mais la vue semble superbe, des colosses de roc dominent la vallée tandis que le Brevon s'écoule paisiblement jusqu'au village avec ses cascades... Çà sent la bonne journée pour demain! Je repère quelques panneaux "coureurs", il semblerait que la course passe sous la cascade et longe le torrent, chouette!

Je trouve finalement ma chambre d'hôte, chez Daniel et Christelle Cornier (je recommande vivement l'adresse!), un grand chalet assez rustique qui possède également une étable. L’accueil est très chaleureux, étant le premier arrivé me voilà pris à papoter avec la maîtresse de maison, je sens que je vais être bien ici! Finalement un autre coureur arrive, Laurent, un nordiste engagé sur le 54, pour qui ce sera le premier trail de montagne, son seul trail long se résume à la côte d'Opale, 42 Km et pas beaucoup de dénivelé à se mettre sous la dent, la journée risque d'être rude pour lui... Il semble très stressé, j'essaie de lui donner un maximum de conseils pour qu'il gère sa course au mieux.

Finalement le reste de l'équipe arrive au compte goutte: le speaker de la course accompagné d'un reporter de TV8 Mont-Blanc, un trailer parisien engagé sur le 35 malgré une blessure (même pas peur!) et son amie qui ne compte pas marcher du tout ainsi qu'un coureur Grenoblois sur le 35 également accompagné de son amie marcheuse qui fera le 15 Km rando.

Nos hôtes ont fait les choses bien: Salade de choux et betteraves (j'ai peur pour l'état de mon ventre demain matin...), polenta (c'est bon ca va colmater!) et charolais braisé, plateau de fromage de la ferme (une boucherie) et roulé à la framboise, un vrai repas de champions! La soirée se déroule dans la bonne humeur, Patrick le speaker anime la soirée, prend des notes sur chacun de nous pour parler de nous durant la journée, chacun raconte ses plus belles courses. Le grenoblois (désolé j'ai oublié son prénom...) nous parle d'une course au nom imprononçable au Tibet encadrée par Dawa Sherpa dans la vallée de l'Everest, une douzaine d'étapes pour plus 200 à 300 Km et un dénivelé astronomique à des altitudes fantastiques. Le budget semble toutefois raisonnable d'après ses dires (2500€ pour 3 semaines), à creuser pour les prochaines années! Finalement à 22h30, une verveine et au lit!

Je m'endors comme une souche mais finalement la pluie sur le velux me réveille à 3h... Et voilà que je commence à stresser, il pleut à verse dehors, comment je m'habille moi maintenant? Et au fait, je vais quand même courir une dizaine d'heures, oulàlà... Finalement impossible de refermer l’œil et me voilà à écouter la pluie tomber pendant encore 2h en attendant le réveil...

Finalement voilà 5h venues, je saute dans mes chaussettes, j'enfile mon short et un tshirt et en route pour le petit dej'. Une nouvelle fois la table est à la hauteur: fromages, tartines, roulé, oranges... Je me rabats sur les tartines, au moins c'est une valeur sûre, avec ça pas de soucis! Nous sommes quatre au petit dej', nous sommes tous de bonne humeur mais on sent le stress des coureurs qui monte... 5h30, je prends mes cliques et mes claques et je file vite au départ, le parking est petit, les places proches de la salle vont être chères... Et je me vois mal marché 3 Km après la course! Finalement coup de pot, il reste une seule place à 50 m de la salle des fêtes, youpi!

Derniers réglages du kamelbak, j'attrape mes bâtons flambants neuf, j'enfile mon coupe vent et en route! Une dernière petite pause technique, je touche du bois pour ne pas avoir mal au ventre dès les premiers kilomètres, j'ai vraiment du mal avec ces départs matinaux... Finalement la polenta remplira son office, et rien ne bougera de la journée, un plaisir!

Je file vite me mettre au chaud, en plus de la pluie il caille sérieusement dehors, 3°C! Je commence à sérieusement douter de mon choix du short... J'embarque quand même un collant dans le sac à dos ainsi qu'un gilet sans manches et des manchons, sait-on jamais...

A peine entrée dans la salle que j'entends déjà Patrick faire son speech je l'entends faire la pub de la chambre d'hôtes (il y a de quoi) puis le voilà qui fait un topo sur Laurent et moi, et voilà qu'une partie de mon cv est déballée; 17e de St Jacques et 10e en relais à deux de la SaintéLyon, j'ai l'impression d'être une Guest Star! Pendant ce temps j'essaie de repérer Bernard dans l'assemblée, mais il s'est bien caché, je le chercherais toute la course mais je ne parviendrais pas à le repérer, tant pis!

Trail des allobroges
Trail des allobroges

Et voilà, 6h05, c'est l'heure de s'y mettre! Et le miracle a finalement lieu, la pluie cesse alors même que nous sortons, j'ai vraiment une bonne étoile au dessus de la tête, en 3 ans, une seule course en partir sous la pluie! J'essaie de me caler à l'avant mais pas trop, j'ai décidé de la jouer modeste, les conditions promettent d'être extrêmement difficiles avec de la boue et de la neige, le parcours est particulièrement exigeant, soyons humble! Pas question de partir comme un cinglé!

Le départ est donné avant que ma montre n'aie trouvé le GPS, m***.... Finalement elle le trouvera 200 m plus loin, ouf! J'ai beau vouloir partir cool, ça part fort! Je trouve un petit rythme qui me va bien autour de 13 / 14 Km/h et en avant pour les 2,5 premiers kilomètres qui semblent relax sur le papier. En effet, ça descend un peu puis nous bifurquons près de la cascade repérée hier. C'est super joli mais en sous-bois à 6h du mat, on n'y voie goûte... Je fais bien attention à mes pieds et je misère pour doubler, le terrain est déjà très gras, on est au bord du torrent, prions pour que ce soit ça .. En tout cas ça glisse déjà... Et comme si on ne s'amusait pas assez voici un premier passage à gué! C'est vrai qu'avec la boue qui s'accumule sur les chaussures un petit nettoyage ne serait pas du luxe... Finalement j'opte pour une séance d’équilibrisme sur des rondins disposés au milieu du torrent tandis que d'autres ne s’ambrassent pas et passe tout droit dans l'eau et me dépassent, mauvais choix de ma part! Un bon virage à droite et fini de jouer, voilà qu'on attaque la première montée en direction de Narmont, 550 m plus haut, gare aux cuisses!

Trail des allobroges

Le ton est rapidement donné, le terrain est tout aussi gras qu'en bas, ça promet pour la suite! Je ne cherche pas une seule seconde à courir, la marche va être la bonne tactique aujourd'hui, je trouve vite mon rythme, une petite allure passe-partout à laquelle je sens que je peux monter longtemps sans toutefois être un escargot. Je dépasses un premier coureur dans cette montée et voilà la première note du refrain de la journée: une petite glissade et me voilà les fesses dans la boue, je me relève dans la foulée pour ne pas me faire redoubler et reprends mon chemin. Ca y est, c'est fait, j'ai de la boue de partout: sur la cuisse droite, l'avant bras et la main, le short est maintenant bicolore, et mon buff risque de ne plus éponger grand chose... Je sens que la journée va être longue!

Les petites douleurs des semaines passées reviennent déjà au grand galop; le bas des mollets devient rapidement très dur et j'ai peur pour la suite, j'ai encore de la route avant le casse-croute d'arrivée! Je prends bien note des conseils de Vincent et Olivier, je suis trop sur la pointe des pieds, je m'applique à bien poser le talon et à dérouler, y compris dans les montées raides (de toute façon il n'y a que ça ..). Je touche du bois pour que ça tienne...

La première partie de l'ascension coupe dans l'herbe, on ne s’embarrasse pas avec des virages puis on rejoint les sous bois où ça grimpe toujours aussi fort. Je mets un point d'honneur à ne pas regarder la montre dans cette montée. Je suis à une allure pas trop soutenue et je ne m'angoisse pas quand on me double, la course est assez longue comme ça, l'important c'est d'avoir du jus dans les derniers cols...

Une autre douleur vient me gêner au niveau des reins, j'ai l'impression qu'elle est liée au sac et au poids des bidons ou à ma position voûtée à cause des montées, j'essaie de corriger ça en me redressant mais j'ai plus de mal à m'appuyer sur les bâtons...

La montée se déroule sans trop de problèmes, je m'appuie au maximum sur les bâtons pour préserver les jambes. Nous sortons un peu du couvert des arbres en arrivant sur les hauteurs et voilà les premières traces de neige, on n'est pourtant pas très haut, ça promet pour la suite! Le terrain s'applani un peu, de quoi tenter une relance, mais c'est sans compter sur les marres de boue qui s'accumulent et me font déraper... J'opte finalement pour un petit trot entre les zones inondées et je marche quand mon équilibre devient défaillant.

Une petite descente me fait espérer la fin de ce premier col mais non, il reste un dernier coup de cul à passer avant d'entamer la première descente. Je franchis finalement ce premier sommet sans trop de difficulté, à présent c'est parti pour les réjouissances!

Je ne vais pas tarder à déchanter, le terrain gras de la montée n'était qu'une mise en bouche... La descente débute dans l'herbe, les plaques de boue glissent sous les chaussures mais cela reste praticable jusqu'au moment où l'herbe disparaît pour céder la place à un single boueux à souhait, et là c'est l'enfer! Dès les premiers pas je fais des glissades puis fais une première chute puis une seconde quelques mètres plus loin. Et me voilà avec la confiance dans les chaussettes, je n'arrive plus à descendre et je prends toutes les précautions du monde pour rester sur mes pieds. Je me fait dépasser de tous les côtés et j'abandonne vite toutes mes prétentions sur cette course...Terminées les grosses sensations en descentes acquises à Bernex, je retombe dans mes vieux travers... Objectif du jour: arriver intact.

Le single débouche finalement sur un nouveau passage dans l'herbe, je retrouve quelques appuis et parviens à relancer la machine avant de débouler dans un couloir raviné par l'eau pour descend dans une ornière de 50 cm de large, ça glisse affreusement et je manque plusieurs fois de prendre ma quatrième gamelle... Ouf, me voilà en bas! 7 Km et une heure de course, le départ semble plus roulant que l'année passée, j'ai une petite pensée pour Yann et ses 3.8 Km de l'année passée... Cela dit c'est reculer pour mieux sauter puisqu'on termine par le Niflon, j'ai mal à l'avance!

Seconde ascension: direction le Mont Rion, ca va faire du bien de grimper un peu, fini les glissades! Je profite du panorama dégagé, c'est superbe! J'en profite pour regarder les autres coureurs, je ne suis pas le seul à m'être étalé par terre, les shorts sont bien marqués! Je repère le dossard n°5 que je dépasse pour la première fois de la journée, il semble avoir un meilleur équilibre que moi, son short est immaculé. La montée n'est pas longue et l'affaire est vite entendue, me voilà reparti pour une foutue descente... On pourra encore mettre deux roulés boulés dans la boue à mon actif, mon total se porte déjà à 5, je sens que je vais terminer à plus de 20... Je peste contre les organisateurs, ils ont labouré hier ma parole? Mon état est déplorable: j'ai de la boue partout, mon buff n'est plus utilisable, je n'ai plus un carré de tissu propre sur moi pour m'essuyer les mains, les poignées de mes bâtons sont devenues spongieuses, c'est l'horreur... Je réalise soudain que je n'ai toujours rien bu, c'est pas malin tout ca! Je tire un peu sur mes deux bidons: le premier est surchargé de sirop de menthe, l'autre contient de l'eau plate afin de rincer la bouche. Je ne mange rien pour le moment, j'ai de la réserve et le premier ravitaillement devrait être là dans 6 ou 7 kilomètres, je ferais bombance en arrivant!

Il a pas la classe le mec en orange?
Il a pas la classe le mec en orange?

Il a pas la classe le mec en orange?

Après cette petite descente fort désagréable, je suis dans un état déplorable, l'envie n'est plus là, j'en ai marre de ces conditions pourries et j'ai vraiment peur de me faire mal, bref, la volonté de m'arracher m'a totalement abandonnée et je décide de me contenter de rallier l'arrivée en prenant du plaisir là où les conditions le permettent.

Histoire de rester dans l'ambiance, nous voilà face à un nouveau passage à gué, je repère un passage au sec sur des rondins et avance prudemment pour ne pas faire une mauvaise chute pendant que trois coureurs me dépassent en coupant droit dans le torrent. Je peste contre mon mauvais choix, la prochaine fois j'irais mettre les pieds au frais, au point où j'en suis ça ne changera pas grand chose...

Cette fois fini de rire, les choses sérieuses débutent avec la montée à la tête des Follys située quelques 750m plus haut... Voilà un objectif qui me motive, je remets la locomotive en route et c'est parti! Dès les premiers hectomètres je dépasses à nouveau n°5 et son coupe vent bleu, il descend bien mais semble à la peine dans les montées, mon exact opposé! Cette montée commence très très fort, c'est raide, ça glisse, c'est technique, il faut lever les genoux, tant et si bien que j'ai rapidement le souffle court. J'aimerais bien boire un coup mais les bâtons me gênent pour sortir les bidons du sac Il faudrait que je fasses une pause mais je n'ai pas envie de perdre le temps gagné pour si peu, je profiterais d'une relance...

Je repense à une discussion que j'ai eu avec Yann, il n'y a plus de chemin et on grimpe tout droit entre les arbres, c'est vraiment des tarés par ici! La montée fini par se tasser quelque peu et laisse la place à une petite descente, je cherche de la neige autour de moi pour me laver les mains, la boue à commencé à sécher sur mes doigts... Le terrain permet à nouveau de courir un peu, mais pas trop vite toutefois, les jambes sont déjà bien marquées et les relances sont difficiles. Au moins dans les portions planes je sens que ma vitesse est supérieure à celle des autres coureurs, ça mets un peu de baume au cœur!

Un nouveau petit coup de cul très sec suivi d'un chemin carrossable qui permet de trottiner et nous là au ravitaillement avec un peu d'avance sur le plan de la course: 14.75 Km et 2h au lieu de 16 bornes, c'est le genre de petites erreurs qui me conviennent très bien! Je repère vite ce qui traîne sur la table et me jette sur une barre chocolatée, mauvais choix, avec le froid la barre est dure comme du bois! Je me rabats finalement sur les quartiers d'oranges, les carrés de chocolat et le cake. Les morceaux de tome et d'abondance me font de l’œil mais à 8h du matin j'aime autant éviter... Je rince tout ca d'un grand verre de jus d'orange et d'un gobelet d'overstim (pouah c'est pas bon!) avant d'attraper quelques abricots secs pour la route. J'ai le ventre bien rempli, un peu trop même, les prémices d'un point de côté me le font remarquer...

Je repars au train sur une section roulante pour entamer la deuxième portion de la course, la montée reprend rapidement ces droits et me voilà reparti dans les sapins. La suite de l'ascension se déroule bien, on a rapidement les pieds dans la neige et il devient difficile d'avancer, je dépasses quelques coureurs dont le fameux n°5 avant d'arriver au sommet. Petit coup de stress quand je sens mon orteil droit me faire son fameux signal d'avant crampe, je bois une gorgée en touchant du bois... Un bénévole nous attend en haut et nous encourage. Il nous dit d'envoyer, que maintenant c'est roulant! Par temps sec je veux bien, mais là c'est surtout casse-gueule et la marche est haute! Nous sommes sur une crête, les pieds dans la boue, entourés par les sapins. En temps normal je serais aux anges, mais aujourd'hui la situation n'est pas à mon goût, qu'est ce que je fais là bon sang? Plus jamais on ne m'y reprendra...

Fini la crête, place à la descente, et hop, une gamelle! Et de six, sept, huit neuf et dix! Cette fois s'en est trop, je jure comme un charretier, je lance des regards noirs à la ronde, j'en ai plein le dos et je ne suis pas loin de rendre mon tablier si ce n'était les deux points UTMB et mon honneur qui en prendrait un coup je prendrais mes cliques et mes claques... Me voilà en rogne, bien décidé à aller au bout. J'avale une petite barre de céréales pour le moral, je bois un coup de sirop et en avant!

J'arrive à terminer cette descente sans trop de casse et me voilà à un point d'eau, je me jette deux grands godets en passant et j'y retourne, direction Petetoz. Pour ne pas changer, la montée est raide et boueuse... Les jambes commencent à être lourdes, c'est tôt, mais j'ai déjà plus de 1500m de D+ derrière moi (Et 2500m devant, mais chut!). J'avance, résigné, je commence à être dans ma bulle. Je reprends quelques coureurs (n°5 est de la partie), il n'y a plus grand monde autour de moi, chouette, c'est comme ça que j'aime le trail!

En revanche la solitude me fait commettre quelques erreurs. Arrivé près d'un chemin très boueux qui se sépare en fourche j'emprunte la voie de gauche plus praticable mais qui ne rejoins pas le parcours, zut, je coupe dans les buissons! Un coureur a remarqué mon manège et nous plaisantons ensemble, nous ferons un bout de route ensemble plus tard mais pour le moment je vais le semer dans la montée. Le col se termine une nouvelle fois dans la neige, j'alterne course en terrain boueux et marche dans la neige, l'effort est trop grand pour le bénéfice, autant préserver mes forces au maximum. Je dépasses un coureur en galère sur ce tronçon puis recolle avec un second avant de redescendre. J'ai toujours de la boue plein les mains, ça m'énerve passablement. J'attrape une poignée de neige et me frictionne avec afin de nettoyer un peu le carnage. On a vu mieux mais c'est toujours ca de gagné...

Je commence à broyer du noir, j'en ai ma claque de ces conditions moisies, je commence à me dire que mon cher papa n'as pas tout à fait tord, c'est vraiment de la folie de faire des trucs comme ca, on ne m'y reprendra pas... Ah mince, c'est vrai que je suis inscrit à l'UTTJ et aux templiers... Bon, après ça j'arrête! (Je blague, mais sur le coup c'est rassurant...)

Une nouvelle fois me voilà en galère dans la descente et comme si cela ne suffisait pas je manque un virage et me retrouve sur un mauvais chemin. Heureusement j'ai la présence d'esprit de me rendre compte rapidement que cela ne colle pas, demi-tour! Le virage était bien caché et le ru-balise ne se voyait pas en arrivant par en haut... La descente reprends, technique au possible, des racines et le la boue mêlée, je m'aide des bâtons et n'hésite pas à mettre les mains, c'est la croix et la bannière... La fin de la descente est enfin courable: un large chemin carrossable, pas trop glissant, quel bonheur! Je laisse les jambes dérouler, je traverse un torrent, l'eau est fraîche mais ça nettoie les pieds. Je reprends deux coureurs et continue à allure soutenue avant de traverser à nouveau une marre de boue en bas et d'attaquer un terrain plus plat. Cette portion me plait bien!

Finalement j'arrive en bas sans chute, miracle! mon GPS m'indique 25 Km, le ravito commence à se faire sentir! Il arrivera même plus tôt que prévu au 26ème à ma montre (en fait il s'agissait bien du 28ème après export de la trace sur internet) après une petite volée de marches d'escaliers, il y a plein de monde ici, l'ambiance est super, ça fait du bien au moral! Le soleil brille à présent et le ciel est d'un beau bleu, je commence à avoir trop chaud, il est temps de tomber le coupe-vent! J'en profite faire le plein du bonhomme: j'évite scrupuleusement les barres chocolatées et l'overstim et me jette sur le cake, le chocolat et les oranges. Les pruneaux me tentent bien mais je préfère éviter, me connaissant, ça risque d'être dangereux... Je bois tout mon saoul, jus d'orange et eau plate, quelques abricots pour la route et me voilà de nouveau en course. Ma gestion de l'hydratation me laisse perplexe, je n'ai quasiment pas bu dans mes bidons depuis le début et ne m'hydrate réellement qu'aux ravitaillements. Toutefois toujours pas de crampes malgré les 4h05 de course, mon orteil me rappelle régulièrement qu'elles ne sont pas très loin mais tout va bien...

Me voilà à la mi-course, la fatigue est là mais je ne doute pas de ma capacité à aller au bout. Je fais rapidement le calcul, j'ai 2h30 d'avance sur la barrière horaire, no-stress! C'est reparti, une petite montée tout droit dans l'herbe, un coureur semble pressé et repars en courant assez fort. Je reste sur mon rythme pèpère, je trottine dans l'herbe avant de prendre un rythme plus naturel sur un petit replat. Finalement nous revoilà au bord du torrent pour une nouvelle traversée, au moins ça raffraichit les pieds et ça élimine un peu de boue de sous les chaussures...

Après ce petit intermède ça repart droit dans le pentu avec une nouvelle ascension bien musclée vers un endroit indéterminé sur la carte, pas de chichi, on va grimper... Pour changer, on monte sous le couvert des arbres, les pieds dans la boue. J'ai eu la bonne idée de clipser les dragonnes de mes bâtons, manque de pot, suite à mes chutes successives le mécanisme s'est bloqué à cause de la boue: impossible de détacher les bâtons de mes mains! J'essaie d'enlever un peu de terre avec mon ongle mais rien n'y fait... Bon, de toute manière pour le moment ça monte, on verra en haut comment faire... Une nouvelle fois la boue cède la place à la neige, j'en bave mais les jambes me portent toujours. En revanche j'appréhende vraiment la montée au Nifflon qui se profile à l'horizon, je sens que le jus commence à manquer et les montées prélèvent un lourd tribu... Les descentes techniques du début m'ont également bien amoché...

Le sommet semble être arrivé et nous opérons la bascule avec un replat trop enneigé pour moi pour recommencer à courir. J'alterne marche et course selon l'envie, en attendant que le cœur se remette de la montée et soit de nouveau prêt à grimper dans les tours. Au bout de quelques minutes me voilà lancé dans la descente, je regarde le kilométrage à ma montre et boum, tête la première dans la terre... Cette fois je n'étais pas loin de me faire mal, après une rapide vérification de mon intégrité je repars, tout vas bien! Le point positif de cette 11ème gamelle est qu'elle m'aura un peu sortie de ma léthargie et va me redonner un peu de punch pour la suite de la descente. Le début n'est pas évident mais je commence à trouver le coup, l'allure d'escargot est derrière moi, place au rythme de tracteur! Au cours de la descente je suis rejoins par le coureur avec qui je plaisantais tout à l'heure et nous commençons à papoter sur un chemin assez plat, son GPS indique un kilomètre de plus que le mien, c'est toujours ça de gagné!

Au bout de quelques hectomètres nous déboulons avec surprise sur un ravitaillement, celui-ci n'était pas prévu mais je ne vais pas cracher dessus, sus aux provisions! Régime habituel: cake, chocolat, oranges, jus de fruit et eau à gogo. Mon collègue repars un peu avant moi, je décolle une minute plus tard puis le croise en sens inverse: il a oublié ses battons au stand.

Je poursuis sur mon train de sénateur, c'est assez plat, j'en profite pour courir un peu. J'ai enfin l'impression d'avancer... J'ai profité du ravito pour jeter un œil au profil du parcours: le gros du dénivelé est derrière nous, il ne doit pas rester plus de 1200m de dénivelé à avaler, courage! Je me motive comme je peux, je pense aux copains du club, je fais une ébauche de compte rendu dans ma tête: "Ça monte, ça descend, c'est boueux, ça glisse, ça remonte, ça redescend, ça glisse toujours, c'est dur, j'en ai marre". Ça résume toutefois pas mal cette course... Je regarde un peu le paysage en me demandant où nous allons passer, je sais que le Nifflon doit se profiler à une dizaine de kilomètres, il y a bien un grosse montagne en face mais elle semble trop proche, ça ne doit pas être là...

Une petite douleur lancinante vient me gêner entre les omoplates, je réalise tout d'un coup que j'ai oublié d'accrocher la poche à eau, celle-ci à dû glisser au cours de la descente et voilà la barre en plastique qui sert à la fermer qui vient taper à chaque choc. Rien de terrible, mais à la longue ça risque de m'user, cependant pas de quoi s'arrêter pour régler le problème. On verra au prochain ravito ou avant si cela devient gênant...

En attendant je continue mon chemin sur cette portion roulante, après avoir fait du 10 minutes et plus au kilomètre pendant plusieurs heures c'est un vrai bonheur d'avancer un peu. Mon collègue a retrouvé ses bâtons et remonte à ma hauteur, nous faisons la route ensemble à présent sur un faux plat descendant. J'ai l'impression d'être déjà passé par là en sens inverse, je reconnais la route. En effet nous étions déjà passé au 15ème kilomètre, c'était le premier ravitaillement qui était resté en place, quelle charmante idée! La descente commence à retrouver ses droits et le rythme se fait un peu plus soutenu, c'est l'occasion de respirer un peu...

Nous discutons un peu, cela nous sort de la solitude dans laquelle nous étions enfermés. L'ambiance me semble très froide entre les coureurs, personne ne parle, pas un mot d'encouragement lorsqu'on se dépasse, c'est étrange... Il m'apprend qu'il ne court que depuis un an mais qu'il faisait beaucoup de vélo avant (ça me rassure un peu), en regardant nos chronos nous pensons pouvoir passer sous la barre des 9h, il nous reste environ 3h30 pour rentrer dans les clous, ça va être dur mais c'est jouable. Il semble moins frais que moi, il a des débuts de crampe et sa double tendinite d'achile commence à se réveiller... De mon côté à part un léger mal de genoux dans les descentes, ca roule!

J'aperçois une source d'eau, je fais une pause pour me laver un peu les mains, quel pied! En revanche dans l'empressement j'oublie de nettoyer les poignées des bâtons et j'ai rapidement les mains poisseuses quand je les reprends en main... J'en profite pour discuter un peu avec un bénévole, nous plaisantons un peu, je sens que la confiance revient peu à peu. Pendant ce temps là mon nouvel ami s'est fait la belle, je poursuis ma descente tranquillement Il y a plein de monde pour nous accueillir en bas alors que nous rejoignons les coureurs du 15 Km. Je m'attends à me faire dépasser de tous les côtés mais il n'en ai rien, c'est moi qui fait le slalom pour passer. Un bon point pour le moral!

Après cette petite descente nous déboulons dans la vallée, face à un monstre qui nous domine de 1000m selon mon estimation. Je demande aux spectateurs si c'est bien par là qu'on doit grimper, ceux-ci me répondent que oui. Gloups!

Dans ma tête je m'attaque au Nifflon, je suis à près de 38Km au compteur mais j'ai oublié la "petite bosse" qui précède le gros morceau qui nous attend... La petite bosse fait des dégâts, je rattrape vite mon ami cycliste et je dépasse des quantités de coureurs du 15 Km, il faut dire que c'est raide de chez raide... De mon côté j'ai activé le mode tracteur: la vitesse n'est pas élevée mais je roule quoi qu'il arrive. Je regarde de temps en temps l'altimètre, j'avance bien. Il me semble que je dois monter autour de 1150m avant d'arriver sur un petit replat suivi d'une descente qui nous conduira tout droit au ravitaillement.

Nous faisons toujours la route ensemble, je suis passé devant et donne le rythme. Il semble un peu à la peine mais s'accroche. Nous déboulons finalement en sous bois sur un single qui permettrait une belle relance s'il n'était pas si encombré par les marcheurs, la boue et les troncs d'arbres qu'il faut enjamber. J'en ai plein les pattes et j'attend le ravitaillement avec impatience, il me semble qu'il n'est pas loin, j'entends une clarine sonner à quelques centaines de mètres mais fausse joie, c'est juste un contrôle de dossard... Encore un petit effort, on ne doit plus être très loin!

Après un petit bout de descente assez praticable pour une fois, nous nous séparons des coureurs du 15 et partons de notre côté. Nous voilà seuls au monde à présent... J'aperçois un panneau "Ravito à 100m", je continue à trottiner, des enfants sont en train de pointer les dossards, je leur fais un petit coucou et me voici au ravitaillement tant espéré!

Il semblerait qu'il soit 12h30 et la fin commence à se faire sentir. L'horloge interne est quand même bien réglée... Cette fois le fromage ne me fait plus envie, je garde mon régime cake / orange / chocolat et je me réhydrate bien comme il faut. Mon compagnon d'aventure repart un peu avant moi, je lui dit que je vais prolonger un peu le ravito, je suis cuit. Mon ami n°5 est là également et repars entre nous. Après avoir remercié les bénévoles je reprends mon chemin, c'est parti pour le gros morceau. Il n'y a plus que lui entre moi et l'arrivée, je suis remonté comme une pendule: Nifflon, j'arrive!

Pour la première fois depuis le début de la course la montée n'est pas à plus de 20%, nous commençons avec un large tronçon carrossable, sans boue, pas trop raide. Le pied! J'ai presque envie de courir mais l'ascension fait plus de 750m, calmos... Je marche à une bonne allure et je remonte tranquillement sur n°5, je lui souhaite bon courage pour la montée, pas de réponse... Je reprends ensuite mon ami cycliste qui ne parvient pas cette fois-ci à prendre ma roue. Le ravito m'a remis dans de bonne conditions et mon état d'esprit s'est amélioré depuis que la boue est moins omniprésente, je me sens de nouveau combatif. Pour mesurer ma progression je décide de ne regarder que l'altitude, et pas trop souvent pour ne pas déprimer. Je vais essayer de regarder tous les 100m. Actuellement je suis autour de 1050m, je regarderais à 1200m.

Je n'ai pas l'impression de prendre rapidement de l'altitude, ça fait bizarre de retrouver des portions roulantes! Je dépasses une petite niche abritant une vierge: 1200m, encore près de 600m d'ascension. Je me prend à rêver que le chemin continue ainsi jusqu'en haut, ce ne serait alors qu'une formalité. Si seulement... Une centaine de mètre plus haut, après une fourche le terrain devient cette fois franchement plat, mince, il va falloir courir un peu... Il y a encore des traces de civilisation: j'aperçois des bénévoles en train de préparer le barbecue tandis que la pluie commence à tomber. Je leur demande s'ils n'ont pas une merguez en rab mais elles ne sont pas cuites. Pas le temps de m'arrêter, je continue. Manque de bol ça reprend sans prévenir droit dans le pentu: un bon coup de cul, dans la boue à 500m du sommet alors que la pluie s'intensifie, ça va être dur!

Pas après pas j'avale cette grosse côte, je cherche la meilleure voie pour ne pas trop glisser, je tente ma chance dans l'herbe puis sur les mottes de terre mais rien n'y fait, le terrain est gorgé d'eau et la pluie n'arrange rien... Heureusement que je peux m'appuyer sur mes bâtons!

Après ce petit raidillon je fini par déboucher sous le couvert des arbres à environ 1400m. Après un petit coup d’œil en arrière pour regarder ce que je viens de gravir j'aperçoit n°5 en contrebas qui ne lâche pas prise. Je grimpe encore un moment avant que le chemin ne se transforme en une succession de montées / descentes, en dévers, naturellement dans la boue... Je ne cherche pas à courir, je continue ma marche en veillant à ne pas glisser. Sans succès, je dérape et me retrouve à m'agripper à une racine pour ne pas descendre plus bas.

Pendant ce temps là, je me mets à réaliser que dans moins de deux mois je m'attaque à l'UTTJ dont la première étape est tout juste un peu moins coriace que ces allobroges. J'en connais un qui va prendre cher lors de la seconde étape...

Je ressors finalement du sous bois face au dernier tronçon de ce col. Cela semble plus minéral, je devrais pouvoir retrouver un peu d'accroche. Cependant les conditions ne s'améliorent pas, la pluie a cédé la place à na neige, le vent s'est invité et je commence à me cailler en short et tshirt... Pas question toutefois de m'arrêter en route, j'ai envie d'en terminer avec ce col, on avisera en haut. Si j'ai le nez qui coule lundi matin ce sera un moindre mal... J'aperçois deux coureurs 150 à 200m devant moi, en poussant un peu je devrais parvenir à faire la jonction.

J'essaie de suivre le chemin mais celui-ci ne saute pas forcément aux yeux, je repère les points de peinture orange qui m'indiquent les points de passage et cherche le meilleur itinéraire. La boue est à présent recouverte par une petite couche de neige et je me vois contraint à lever les genoux très haut pour franchir les obstacles. Lever les jambes me fait sentir la fatigue musculaire, mes quadriceps se tendent comme des cordes à chaque mouvement un peu inhabituel, j'ai peur de prendre une crampe avec ces âneries... Ma montre m'indique le dernier kilomètre en plus de 16 minutes, outch! Je remonte progressivement sur l'un des deux coureurs, le second semble plus rapide et me maintien à distance. Il faut dire que je ne monte pas vraiment vite non plus, chaque pas est devenu un combat à présent. Pas moyen de renoncer maintenant, c'est difficile mais ce sont des souvenirs impérissables qui sont en train de s'écrire. Plus que 150m à escalader, ça sent bon la descente!

Je me motive en regardant les coureurs qui me précèdent, le sommet semble proche. Nous traversons un passage à travers le rocher, heureusement que je ne suis pas gros, je serais resté bloqué! Je me fais la réflexion que ce n'est pas le moment de se faire mal ou de décider de rendre les armes, nous sommes seuls au monde, les conditions sont vraiment rudes et le chemin de retour est long et compliqué. Le rapatriement en voiture balais n'est plus envisageable! Les derniers mètres du Nifflon me rappellent le col de Pertuis et le Mont César à Bernex: une grosse montée sèche dans les cailloux sans s'embêter avec les virages. Étrangement je me sens en terrain connu et j'avale cette portion aisément. Ouf, me voilà au sommet! 1770m à l'altimètre, plus qu'à descendre dans la vallée, une dernière côtelette à avaler et c'est gagné! Bon, il est temps de me mettre au chaud, ma maman m'aurait déjà passé un savon depuis belle lurette, n’aggravons pas notre cas! Vite, j'enfile mon coupe-vent, j'avale une pâte de fruit poire-chocolat (hummm) pour la route et roule ma poule!

Pendant ce temps là n°5 m'a repris, toujours aussi bavard celui-là... Je redémarre loin derrière mais maintenant j'ai chaud! A présent ça passe ou ça casse: 950m de dénivelé négatif, si la descente est mauvaise je vais passer un sale moment!

La pente n'est pas franchement marquée pour le moment, on patale essentiellement dans la neige, c'est vraiment physique. Pour le moment j'essaie de ne pas m'étaler, on verra plus loin pour avancer un peu... Tiens, une petite portion qui descend! Les coureurs qui sont passés avant moi ont fait une belle trace, je commence à glisser dedans, je ne cherche pas à me retenir, je m'aide uniquement des bâtons pour me guider pendant que je fais une descente de ski. Enfin je m'amuse! Arrivé en bas de cette butte il faut néanmoins remonter de l'autre côté, ce n'est qu'une formalité après ce que je viens d'avaler!

La descente reprend de plus belle en mode ski, je fais un cinquantaine de mètres de cette manière. C'est toujours 50 mètres à ne pas bouger les jambes! J'aurais eu un sac poubelle dans le sac j'aurais fait une super descente en luge, j'y penserais la prochaine fois... La neige cède finalement la place à la boue et j'aperçois ce qui me semble être un gros mannequin jaune et bleu sous une bâche en contrebas. Soudain il se mets à bouger: c'est un bénévole qui est là, tout seul à affronter la neige et le vent, le pauvre! Il m'encourage et m'indique de descendre à travers l'alpage. Je compatis de tout cœur, certes j'en bave mais je préfère cent fois ma place à la sienne!

Me voilà dans l'alpage, mieux connu sous le nom de champ de patates, ca me rappelle Bernex tout ça! Je repère n°5 un peu plus loin et cherche par où il a pu passer, le chemin est bien caché entre les mottes de terre et la neige, tant et si bien que je pense être dessus quand je le vois qui serpente en contrebas, loupé! Je coupe à travers champ avant de le rejoindre et de me prendre une douzième gamelle dans la boue. J'accueille celle-ci avec le sourire, cette fois ça y est, le moral est au beau fixe, je ne sais pas si c'est l'arrivée qui se profile ou le terrain qui est plus à mon goût mais tout a changé, j'ai enfin l'impression d'avoir du jus! C'est dingue, il m'aura fallu patienter 45 Km pour être enfin dans le tempo de la course!

Je regarde le GPS, je n'ai pas encore descendu grand chose mais le chemin me plait bien et les jambes répondent: je mets les gaz! Fini l'appréhension de la chute, je suis en pleine confiance et je déroule, profitant pleinement de cette descente en sous-bois. des coups d’œils réguliers à l'altimètre m'indiquent que je descend bien, les kilomètres se succèdent sans que je n'y prêtre trop attention. On m'avait promis l'enfer dans cette descente, il n'en est rien! Après m'être pris pour Bruce Willis dans une journée en enfer c'est maintenant Stairway to Heaven en sens inverse. J'ai hâte d'arriver dans la vallée!

Je sors du couvert des arbres pour dévaler un pré, ça glisse affreusement et je manque de m'étaler à nouveau! Les bénévoles situés dans le virage en bas m'indiquent de couper dans l'herbe, conseil que j'applique à la lettre. Ouf, je retrouve des appuis! Un petit pointage et c'est reparti dans la forêt pour quelques hectomètres avant de débouler sur une petite route. Fini la descente! J'aperçois deux coureurs devant moi mais pas trace du coupe vent bleu de n°5, il descend bien le bougre car dans celle-ci je n'ai pas amusé la galerie... Me voilà à 48 Km, un dernier petit effort et j'y suis. Je décide de pousser un peu le moteur, il me reste pas mal de forces et les jambes sont joueuses. Je ne sais pas ce qu'ils ont mis dans la pâte de fruit que j'ai avalé en haut mais c'est de la dynamite!

Je reprends très vite les deux coureurs, je les encourage et ceux-ci prennent ma roue avant de bifurquer sur un petit pont. Finalement, le bitume ça a du bon! Je suis sur un nuage, la fatigue est derrière moi, je suis presque déçu d'être proche de l'arrivée. Je signerais volontiers pour 10 à 15 kilomètres de plus à présent. J'ai souvent les jambes coupées à l'approche de l'arrivée, c'est bien la première fois que je ressent cette sensation...

Nous reprenons encore deux coureurs étrangers, je n'arrive pas à cerner leur accent: allemand, hollandais? Je reconnais bien un "Fuck" un peu plus loin mais je suis certain qu'ils ne sont pas anglais. Bref, me voilà à la tête d'un groupe de cinq bien décidé à en découdre avant d'attaquer l'ultime difficulté, une bonne montée de 200 à 250m. Je me mets en tête avant d'attaquer qu'il va falloir atteindre 1100m pour être certain de ne pas me faire de fausse joie avant le sommet.

Ce qui s'annonçait comme une promenade de santé est en fait un véritable parcours du combattant! Le chemin est à peine marqué et grimpe rapidement, il faut lever les genoux au dessus des hanches, les quadri sont toujours aussi durs et je manque plusieurs fois de glisser en franchissant une marche. Je me remémore le rocher qui m'a bloqué cinq minutes à la fin de Saint Jacques, que c'est bon de pouvoir lever les pieds sans cramper aujourd'hui! Je reprends encore un coureur que j'avais perdu de vue autour du vingtième kilomètre puis un autre dont je ne me souviens pas qui viennent se greffer au petit TGV que j'emmène.

A l'approche du sommet je me fais alors la réflexion que tout ce beau monde risque de m'enfumer dans la descente. Ça me ferait mal de donner le train pendant la montée pour payer les pots cassés à l'arriver... Juste avant la bascule je me mets à allumer, advienne que pourra!

Je dévale la descente comme un fou furieux, ça glisse pas mal mais je n'ai plus aucune appréhension, nous croisons des randonneurs qui nous laissent passer et nous félicitent. J'ai beau cavaler devant je sens que certains sont parvenus à accrocher et me suivent de près, je ne me retourne pas et garde le regard focalisé sur mes pieds. La descente est glissante et piégeuse, les virages en épingle se succèdent, ce n'est pas le moment de se louper!

Fini le single, place au goudron! La descente continue, j'aperçoit une groupe de trois qui n'avance plus vraiment et, un peu plus loin, non non je n'ai pas la berlue, ce cher n°5 à portée de fusil! Mon sang ne fait qu'un tour et j'accélère encore pour essayer d'aller le chercher, il doit rester un kilomètre et des cacahuètes tout au plus, ça va être juste! Je reprends facilement le groupe de trois, je tourne comme un avion! J'ai l'impression d'être à plus de 16 Km/h mais j'évite de regarder la montre, je suis focalisé sur ma proie.

Nous passons devant les cascades puis bifurquons sur le chemin du début le long du ruisseau. Le terrain boueux ne va pas jouer à mon avantage mais j'ai bon espoir. Je fini par recoller un peu avant le passage à gué. Cette fois je ne cherche pas à passer sur les rondins et je traverse dans l'eau à fond les ballons. Des coureurs du 15 Km nous regardent passer comme des extraterrestres. Je finis par passer devant avant de bifurquer à gauche cette fois (pas de blague, je ne repars pas pour une boucle de 50 bornes!) pour traverser un pont couvert. Attention à la marche en sortant, c'est haut, humide et glissant.

Nous voilà face à l'ultime raidillon, le pourcentage n'est pas élevé, il doit rester 300 ou 400m à tout casser. N°5 part au petit trot, je ne l'accroche pas et me contente de marcher derrière. Lorsqu'il calme le jeu j'accélère le rythme pour recoller avant qu'il ne remette le couvert en me voyant arriver à sa hauteur. Cette fois l'accélération est de courte durée, je maintien mon rythme de marche pour ne pas être décroché pendant que j'entends derrière moi les derniers survivant du petit train s'encourager pour tenir le rythme. Cette fois j'aperçoit l'arche, mon heure est arrivée: je lance la charge, je démarre à bloc. N°5 est scotché sur place et ne peux rien faire, je passe devant le clocher de l'église avant d'arriver sur le parking de la salle des fêtes. Les deux coureurs que j'ai dépassé au début de la section bitumée sont toujours là à une dizaine de mètres dans mon dos, l'un d'eux est au bout mais son ami le pousse. Ils me proposent de passer la ligne avec eux, je regarde si n°5 a une chance de revenir: non! J'accepte avec joie leur proposition, il se sont bien battus dans la descente et ont réussi à accrocher dans la montée, ne n'est pas volé! Nous passons l'arche bras dessus bras dessous, je lève le poing, heureux d'en terminer!

Je n'ai pas le temps de les féliciter que j'entends Patrick claironner mon nom au micro, il me faut quelques secondes pour réaliser ce qu'il se passe. Je file le rejoindre et j'ai droit à l'interview, une vrai star! Heureusement que j'ai eu 8h40 pour réfléchir à mon discours d'arrivée! Mon heure de gloire n'est pas terminée, voilà que j'ai le droit à l'interview pour la télé! C'est ça la classe!

Maintenant que les paparazzis ont eu l'honneur de ma présence passons aux choses sérieuses: le ravito! Quelle n'est pas ma stupeur quand je ne trouve que des gobelets d'eau plate... Mais il est où le fromage qui m'a fait saliver depuis 8h ce matin? Aaargh! Tant pis, il reste le repas d'après course: salade, tartiflette, beignet à la framboise et deux quignons de pain. Le temps d'être servi la première féminine franchit la ligne, je n'ai aucune idée de ma place mais je ne dois pas être dans les profondeurs du classement finalement, c'est déjà ca! Après ce repas frugal j'ai encore la dalle... J'avale rapidement un berlingot de lait concentré et un nougat. Plus qu'à rentrer à la maison et prendre une bonne douche bien méritée!

Bien que j'ai râlé pendant près de 25 Km contre les conditions et un parcours que je trouvais dangereux, le plaisir de la seconde moitié de course a largement compensé tous les désagréments. Une nouvelle fois je me suis juré que plus jamais je ne mettrais les pieds sur un truc pareil, j'ai même tiré un trait sur l'UTMB et la diagonale, évidement il n'en est rien, j'ai même hâte de revenir...Dès l'année prochaine peut-être?

Au final me voilà avec 54,5 Km et 4400m de dénivelé au GPS en 8h40, je termine 44ème sur 238 finishers (325 inscrits, il y a eu de la casse!) à 2h du vainqueur. L'objectif était d'une dizaine d'heures, je suis largement dans les clous. Malgré une première moitié de course calamiteuse le bilan est finalement assez bon, ma seconde partie de course a dû masquer un peu les pots cassés...

Les paysages sont superbes, les conditions climatiques resterons finalement un bon souvenir, après coup je réalise que je me suis bien marré! La difficulté de la tâche était à la hauteur de ce que j'attendais. Les jambes n'ont pas craquées, j'ai même eu une très bonne gestion de course en fin de compte! Bien que n'ayant pas bu grand chose dans mes bidons (1L tout au plus) je me suis bien abreuvé et alimenté aux points de ravitaillements et la machine a tenu tout du long, j'aurais même pu pousser un peu plus loin! C'est dans la tête que j'ai flanché, le fait de ne pas parvenir à descendre en confiance et de prendre pilule sur pilule à cause de çà m'a plombé le moral... J'aurais dû me faire violence et me lancer plus franchement dans les descentes pour briser la spirale quitte à prendre une bonne gamelle.

Cependant je suis vraiment confiant sur ma condition physique actuelle, si je garde mon endurance tout en retrouvant un peu de confiance en descente je risque de faire des dégâts...Si en plus je parvenais à améliorer mon rythme ascensionnel... Deux mois pour travailler tout ça avant l'UTTJ!

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