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Ultra du vercors

Publié 8 Septembre 2012 par Tom in trail, montagne, relai, vercors

Ultra du vercors

Dans le cadre de ma préparation pour le Grand Trail du Saint Jacques, des amis de l'AAAL m'ont proposés de participer à l'UTV en relais à 4: chouette idée! Ca permettra de passer une chouette journée en équipe et de faire une sortie longue sympa à la montagne! La date tombe 15 jours avant le jour fatidique, j'aurais le temps de récupérer et potentiellement de travailler les points noirs qui m’apparaîtront pendant la course.

Aussitôt dit, aussitôt fait, me voilà en train de réserver un gîte pour toute l'équipe à Autrans. Vincent lui la joue solo: chambre d'hôtel et course solo!

Ca y est, c'est le jour du départ, nous partons de Lyon, on nous annonce un temps radieux! Dans la voiture l'ambiance est bonne, petits potins du club et calculs pour la course du lendemain. J'ai hâte d'arriver!

Une fois sur place nous allons chercher les dossards et assistons au briefing d'avant course. Là, le speaker nous annonce que le parcours est technique, beaucoup plus que ce que je pensais. Chouette! Je vais bien m'amuser. Vincent grimace, c'est vrai qu'il part pour 85Km...

Nous filons au resto pour la traditionnelle pasta party d'avant course, ca fait du bien! Nous partons tôt demain matin donc nous ne nous éternisons pas et au dodo!

4h30, je me lève: Vincent part dans une demi-heure, j'aimerais pouvoir l'encourager. A sa place j'aimerais bien avoir un peu de soutien... Je mets le nez dehors, il ne fait pas chaud! Finalement je rejoins Vincent sur la ligne de départ, il est dans le milieu de peloton, prêt à partir. Il a l'air surpris et content de me voir, par contre il a l'air très crispé. Je ne l'embête pas longtemps et vais me placer plus loin sur le parcours pour pouvoir regarder le départ.

C'est parti! Ça change des départs de course sur route, on prend son temps, on papote, on plaisante... C'est beau le trail! J'encourage Vincent, je vais essayer de le croiser sur le parcours. Bon, c'est pas le tout mais j'ai une nuit à terminer avant d'attaquer une journée bien chargée!

Après une petite demi-heure à somnoler je me lève une seconde fois: un petit dej rapide et nous allons chercher Régis, notre premier relayeur. A peine en route celui-ci se rend compte qu'il a oublié la puce GPS! Ouf, mieux vaux maintenant que sur la ligne de départ...

Dernier petit briefing d'avant course et nous retrouvons autour d'un thé Cécile, la femme de Vincent qui semble aussi stressée que lui! Elle calcule ses trajets pour pouvoir le soutenir tout au long de la journée. Nous décidons de nous retrouver à St Nizier où nous devons attendre Régis.

Un petit passage à l'appartement pour récupérer les sacs et nous voilà en route. Au point de relais les coureurs du solo et du relais à deux défilent, certains sont déjà marqués, la journée promet d'être longue pour eux! J'ai estimé le temps de Régis à 2h30, nous l'attendons donc autour de 9h30. Il n'est pas 9h que le 1er relayeur arrive tambours battant: ça ne rigole pas devant!

Nous retrouvons Cécile, Vincent est déjà passé, tant pis, nous le verrons au prochain relai! Il se sentait bien et est dans le premier tiers de la course, il semble bien parti! Croisons les doigts...

Quelques relayeurs passent encore puis c'est au tour de Régis que je suis allé attendre un peu plus bas. Il a l'air fatigué, il ne s'attendait pas à une telle difficulté. Cela-dit il est en avance sur mon estimation: bravo champion! C'est maintenant au tour de Christophe de s'élancer pour le second relai: il part comme une fusée, droit dans la pente!

Je retourne prendre des nouvelles de Régis qui va attendre sa famille ici pendant qu'Emmanuelle et moi nous rendons à Villard de Lans, nous ne sommes pas pressés, Christophe en a pour au moins 3h!

Nous voilà arrivé sur la place du village, les premiers coureurs du solo arrivent, les relayeurs à deux les ont déjà dépassés. Nous nous installons à la terrasse d'un café, face au ravitaillement, il est maintenant 11h: j'attaque mon second petit dej / repas. Je devrais partir entre 12h30 et 13h, trop tôt pour faire un vrai repas et trop tard pour ne compter que sur mon petit Dej, j'opte donc pour un gros encas en fin de matinée.

Finalement Cécile et les enfants nous rejoignent, suivis de près par Régis et sa petite famille: voilà une belle tablée, le tenancier devrait faire son beurre aujourd'hui!

Manue et moi allons nous placer 1,5Km en amont pour attendre le passage de Vincent. Ne le voyant pas arriver à l'heure que nous avions prévu nous commençons à stresser! Les minutes passent et nous somment de moins en moins sereins... Ah ça y est! Le voilà! Ah non, il lui ressemble juste...

Finalement Vincent arrive et nous nous mettons à sa hauteur pour l'accompagner jusqu'au village. Après avoir pris de ses nouvelles je pars m'échauffer, Christophe ne devrait plus trop tarder! Dans ma tête je fais le point sur mon relais: 19Km, une grosse montée de 1150m de D+ et une descente sur Corrençon. Je ne veux pas faire de calcul: droit dans la pente, à fond la caisse! On verra ensuite comment arriver en bas... J'espère arriver en 2h environ, en faisant du 1000D+/h comme sur le MMB ca devrait être jouable! En tout cas il ne va pas faire froid: j'ai déjà fait une partie du parcours à l'entrainement: c'est le no man's land, pas un arbre, ca sera entre moi et les cailloux!

Je vais me positionner près du ravitaillement, essaie de me dégoter un coin à l'ombre et je patiente pendant que Christophe en termine. Je suis impatient d'en découdre, je suis curieux de voir ce que mes deux mois d'entrainement ont donné. Je n'ai pas fait de compétition de l'été, j'ai les crocs!

Pendant ce temps Vincent a repris sa route, je le verrais sans doute en chemin, en haut du col ou dans la descente. Je le vois arriver la mine déconfite, il m'explique qu'il est parti trop vite (pourquoi ne suis-je pas surpris?) et qu'il est épuisé. Je le félicite, il a fait un joli temps!

Maintenant à moi de jouer! Les jambes trépignent, je les libère: ça commence par une petite montée que j'avale rapidement puis ça devient roulant: c'est plat! J'avance sur un bon rythme mais j'en garde sous le pied pour la montée, je tourne à 14Km/h. Pendant ce temps-là je commence à doubler des solos, j'essaie d'avoir un petit mot d'encouragement pour chacun d'eux: je suis admiratif et un peu envieux, j'aimerais bien être à leur place à suer sang et eau... Vivement le Saint Jacques!

Nous voilà au pied de la montagne, la montée débute en sous-bois, je continue sur mon rythme d'avion de chasse et commence à m'aider des bâtons. J'espère pouvoir maintenir cette cadence le plus longtemps possible! Un passage très raide me force à marcher quelques mètres, un fou furieux en profite pour me dépasser! Je me dis que je le reverrais bientôt en train de vomir trippes et boyaux... Erreur de ma part, je n'ai jamais pu le reprendre, chapeau!

Nous arrivons dans les alpages sur un petit replat, j'en profite pour accélérer et doubler toujours plus de solos que je continue d'encourager. Ca y est, je suis en terrain connu: à présent je vais attaquer un petit passage roulant en sous-bois puis les difficultés commencerons. Je profite du passage roulant pour me faire plaisir, c'est un peu technique et je peux m'en donner à cœur joie sur les relances: un pur régal!

Dernière montée en sous-bois avant de m'attaquer au Sahara, c'est raide, les solos explosent! En parlant de solos, j'aperçois Vincent! Je ralentis à sa hauteur pour avoir des nouvelles: il n'a pas l'air au mieux... Il m'explique qu'il commence à manquer de forces. Je lui souhaite bon courage pour la suite et repars à toute vitesse. J'espère que me voir aussi facile ne va pas lui ruiner le moral... J'analyse rapidement sa situation: voilà un moment qu'il est parti de Villard et je le rattrape avant le 4ème Km, j'ai vraiment peur pour lui! Je touche du bois pour qu'il parvienne à gérer son moment de faiblesse...

Je sors à présent des bois pour traverser le pierrier que j'avais traversé en juillet avec Raph et Olivier: j'en ai gardé un mauvais souvenir, mais aujourd'hui je me sens voler, je ne vais en faire qu'une bouchée! J'essaie d'apercevoir Vincent en contrebas mais je l'ai déjà déposé! Mince... En tout cas cette section est moins difficile que dans mon souvenir, j'aperçois un coureur torse nu qui a l'air de bien avancer, je me le fixe pour objectif. Arrivé au sommet de la difficulté je le dépasse et vois qu'il prend ma roue, nous commençons à discuter: il a déjà fait le second relais pour s'amuser et il enchaine sur le 3ème pour son équipe. Bravo! Le rythme est bon malgré l'accumulation des kilomètres...

Le fameux pierrier et le petit sentier qui suit
Le fameux pierrier et le petit sentier qui suit

Le fameux pierrier et le petit sentier qui suit

Là c'est l'hécatombe: tout le monde explose autour de nous, solos comme relayeurs. Pour nous, c'est la curée! Le terrain est plus roulant mais piégieux, il y a de nombreux rochers au milieu du chemin, dur dur. Je commence à sentir la fatigue, un œil à l'altimètre: j'approche du sommet, courage!

Un coup d'œil au paysage, c'est chouette: une belle vue sur la grande moucherolle face à nous, en contrebas la vallée avec Villard de Lans en point de mire et à notre droite la station de ski: notre destination. Nous arrivons à une fourche, je m’attends à prendre à gauche mais finalement nous bifurquons à droite. Ca y est, je ne connais plus le parcours, j'espère ne pas avoir de mauvaise surprise...

Un bénévole nous annonce qu'à partir de maintenant il n'y a plus de sentier! Nous allons donc devoir suivre les Cairns... En effet, plus de sentier, juste un immense roc, strié par le temps et l'érosion, c'est tranchant comme des lames de rasoir: gare à la chute! Les organisateurs ne se sont pas trompés sur le nom du tronçon: "On a marché sur la lune"... Je remarque qu'il commence à faire très chaud, je bois de plus en plus. A présent impossible de courir, je ne me sens pas à l'aise sur ce terrain. Mon ami a le pied plus léger semble-t-il: il me sème dans les passage trop techniques avant que je ne recolle dans les portions roulantes. D'après mon altimètre nous sommes au sommet! Ca redescend un peu puis ça remonte! Zut! Je commence à regarder ma montrer, voilà 1h20 que je coure et toujours pas de col en vue, je ne vais pas parvenir à rentrer sous les 2h...

Les bosses se succèdent sans que le col ne montre le bout de son nez, je commence à avoir du mal, et je sens mon ventre faire des gargouillis qui ne m'inspirent pas confiance. Je prévoyais un gel au sommet, finalement j'éviterais... Je commence à ne me plus me sentir très frais, d'ailleurs ça se voit: je n'encourage plus grand monde, je suis dans ma bulle. Un bénévole nous indique que nous sommes au sommet, ça y est! 1h45 à la montre, c'est plus difficile que prévu, et ça ne correspond pas au parcours sur le papier je trouve. Peu importe, le tout c'est de grappiller du temps pour l'équipe!

Quelques centaines de mètres plus loin j'aperçois Jean-Marie de l'AAAL! Un petit bonjour et je repars avec le sourire, c'est vraiment sympa d'être venu nous faire coucou. La descente est très roulante, un peu raide certes mais sans difficulté: je pars assez vite. Du sommet la vue est superbe, un lac en contrebas nous attend à bras ouverts, j'irais presque tremper les jambes dedans mais je suis attendu en bas, dommage!

Le ventre commence à se faire plus insistant, je regarde ma montre: encore 7Km! Ils vont être long ces kilomètres... Serrons les dents (et pas que ça d'ailleurs). Je continue sur ma lancée et continue à doubler des wagons de solos mais le plaisir n'y est plus, le ventre me fait trop mal, je suis obligé de ralentir. C'est fichu pour les 2h...

Une petite remontée me soulage un peu, mais ce n'est que de courte durée, la descente reprend ses droits de même que les gargouillis. Je commence à regarder autour de moi à la recherche d'un buisson: c'est désertique! Mince! Je continue ma route sur un rythme bien diminué, c'est frustrant!

Oh! A gauche! Un buisson! Vite, je plonge dedans, cueille quelques feuilles et fait ma petite affaire. Je suis abrité par une petite butte, mais le buisson ne me cache pas, je prie pour qu'un coureur ne se retourne pas! Me voilà plus léger, je repars comme un missile pour récupérer le temps perdu.

Mo allégresse n'est que de courte durée, le ventre me fait à nouveau des siennes... C'est vrai que je ne suis pas à l'aise à ce niveau depuis déjà 2 jours, quelle poisse! Plus que 3Km, je ne vais tout de même pas craquer maintenant! Je reprends deux coureurs qui m'ont dépassés pendant mon arrêt aux stands et je serre les dents, bientôt la fin de la galère!

Une dernière descente compliquée à l'aide d'une main courante suivie d'un pierrier assez amusant (étonnant, personne ne coure...) et c'est le rush final à travers les bois. Un relayeur me dépasse, je pourrais le suivre sans grande difficulté en temps normal mais je préfère ne pas tenter le diable... Je fais rapidement mon bilan: j'ai dû reprendre 7 ou 8 relayeurs à 4 tandis que seulement 2 m'ont dépassés, c'est plutôt pas mal mais pas aussi bien que ce que j'espérais. Sans mes problèmes de ventre ça aurait pu être top!

J'arrive en vue du ravitaillement, je lâche mes dernières forces dans la bataille et cède la puce GPS à Manue, notre dernière relayeuse de choc! Christophe est là pour m'accueillir, j'essaie d'exprimer ce que j'ai ressenti mais j'ai perdu ma lucidité, je me sens vraiment mal... Je file au ravitaillement me réhydrater et me force à avaler quelque chose, je sens que je suis marqué. Nous en profitons pour demander notre position dans les relais: nous somme 26ème sur 83 équipes au départ, c'est super bien!

Maintenant, un seul objectif: trouver des toilettes! Nous nous dirigeons vers un café pour boire un coup: sauvé!

Une fois ma lucidité revenue j'explique ce que j'ai vécu à tout le monde et fais une rapide analyse: un peu moins de 2h30 d'effort, c'est un très bon temps, dommage que les problèmes gastriques m'aient rattrapés sur la fin de l'ascension, j'aurais pu faire un super chrono!

Finalement nous repartons à Autrans pour l'arrivée, décidément, mon ventre n'est toujours pas au top... Un petit arrêt à l'appart et je pars pour récupérer notre finisheuse à 2km de la ligne. Je marche doucement, je ne suis pas certain d'être capable de parcourir les derniers hectomètres en courant... Sur place je retrouve Christophe et Manon qui sont déjà là, nous patientons. L'attente est longue, trop longue, nous nous rongeons les ongles...

Soudain la voilà! Nous crions comme des fous pour l'encourager, elle n'a pas l'air bien mais semble soulagée de nous retrouver. Nous allons prendre sa roue et la suivre jusqu'à l'arrivée. Elle nous raconte son parcours, décidément, c'est la journée des problèmes gastriques! Elle s'est bien accrochée et n'a perdu que très peu de places, d'après nos calculs nous sommes toujours dans les 30 premiers!

Son visage se détend peu à peu au fil de la descente et nous retrouvons le reste de l'équipe sur la place du village: tout le monde se met à courir! Le troupeau passe la ligne, nous sommes 9! Après l'émotion du passage de l'arche nous réunissons l'équipe pour une belle photo devant notre chrono: ça y est, nous l'avons fait!

Les finishers!

Les finishers!

A présent, plus qu'à aller se prendre une petite douche et filer au resto en attendant Vincent. Nous avons eu des nouvelles par Cécile: il a bien géré le 3ème relais en un peu plus de 4h. D'après mon estimation il devrait arriver vers 22h, quelle journée!

Après un apéro sage pour certains, un peu moins pour d'autres... (J'évite l'alcool ces temps-ci avec le Saint-Jacques en point de mire...) Nous passons finalement à table: l'appétit est revenu: j'opte pour un plat bien léger: la croziflette au bleu du Vercors et une dame blanche, tant pis pour ma ligne svelte, je l'ai bien mérité!

Mais? Ne serait-ce pas Vincent qui passe dehors? Nous sortons tous comme des fous du restaurant et courons derrière lui. Il a l'air très bien! Un coureur le double à 600m de l'arrivée, je suis sûr qu'il va être piqué au vif et tenté d'accélérer. Ca ne loupe pas! Quelle accélération! 16Km/h à la fin d'un ultra, c'est juste hallucinant! Le reste de la troupe a du mal à suivre, le pauvre coureur est à la rue. Vincent termine sa course à bloc, personne n'en revient! Vraiment bravo Monsieur...

Plus qu'à retourner au resto avec toute la troupe pour savourer une journée bien remplie...

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