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Un Tour en Terre du Jura - Etape 2

Publié 22 Juillet 2013 par Thomas Diconne in ultra, trail, montagne

Un Tour en Terre du Jura - Etape 2

Dimanche matin, déjà... J'entend du bruit dans le dortoir, j'entrouvre un œil: 4h25 mais qu'est ce que c'est que ces malades? La diététique de l'effort je veux bien, mais dans notre cas le repos d'abord! Je me tourne face au mur pour éviter l'éclairage des lampes frontales et me rendors comme je peux.

5h25, l'excitation commence à me démanger, j'avais prévu de dormir encore un quart d'heure mais je n'y tiens plus: je saute dans ma tenue de combat et file prendre mon petit dej'. Il y a déjà un peu de monde mais je ne fais pas la queue: je me prépare un petit bol de lait, j'attrape trois tranches de pain et je me trouve un petit bout de table au calme pour déguster mes tartines. Un groupe de coureur trop bruyant à mon goût vient s'installer à deux chaises de moi, je les regarde d'un sale œil: la nuit à été courte et le réveil forcé à l'aurore n'a pas amélioré mon humeur. Il faut dire que l'idée de repartir ne m'enchante guère, les jambes sont lourdes et une grasse matinée n'aurait pas été de refus. Je mange religieusement mes tartines, c'est un peu le dernier repas du condamné... trois ce n'est pas suffisant: je file au ravitaillement en reprendre deux de plus. Me voilà bien calé, pas prêt à affronter la journée qui m'attend mais il est trop tard pour reculer...

Retour au dortoir pour me brosser les dents et terminer la préparation de mes affaires, mais avant ça, place au premier test de la journée: l'ascension des 20 marches me conduisant à ma chambre: le constat est assez positif, les jambes ont bien récupéré! A part un cruel manque de dynamisme et un genoux gauche qui a perdu en puissance je me sens d'attaque.Toutefois l'envie n'est toujours pas là... Les bagages sont faits, mon sac de course est bouclé, ne reste que le choix des chaussures. J'avais prévu ma vieille paire de ravens au cas où les cascadias seraient trop répugnantes pour être enfilées de nouveau. Le choix est cornélien, les cascadias sont pleines de terre mais m'apportent du confort et leur accroche m'a pleinement satisfait la veille, les ravens sont propres mais ont perdu quelques crampons à l'avant du pied que je risque de regrette, de plus leur mousse devient dure après 25Km. On ne va pas changer une équipe qui gagne, j'enfile non sans grimacer mes immondes cascadias. Cette fois il est temps d'y aller, je vais déposer mon sac dans le camion qui le ramènera à Saint Claude et patiente en attendant le départ: plus qu'un quart d'heure. Par sécurité je retourne faire un arrêt aux stands, j'aimerais courir sereinement aujourd'hui et ne pas avoir à trouver un buisson en urgence...

Tout le monde est là, certains semblent frais, d'autres ont l'air d'aller au casse pipe mais outre la bonne humeur générale il y a une constante chez tous les coureurs: personne n'ose approcher de la ligne. On dirait que je ne suis pas le seul à y aller à reculons...

Samuel entame son petit speech d'avant course et nous invite à nous approcher, tout le monde se regarde en attendant que quelqu'un fasse le premier pas. La scène est cocasse, personne ne veux y aller, on ne va pas au pilori mais presque! Finalement un petit groupe se décide et nous nous approchons pendant que Sam nous explique que nous allons attaquer directement avec l'ascension des Monts Jura, ensuite nous évoluerons sur les crêtes avant de monter au Colomby de Gex, point culminant du parcours. Attention, la portion empruntant les crêtes emprunte un GR protégé, par conséquent nous ne verrons pas de balisage pendant plusieurs kilomètres, il faudra suivre les marque blanche et rouge. Déjà que j'ai tendance à me perdre quand il y a des balises, je m'attend au pire! Après cette petite portion roulante nous redescendrons sur Lélex d'où les relayeurs s'élancerons approximativement au moment de notre départ. Le premier ravitaillement nous attendra là-bas, ensuite nous prendrons la direction du Crêt au merle qui sera succédé du Crêt de Chalam que l'on nous annonce comme étant la grosse difficulté du jour. Il ne restera plus qu'à rentrer à Saint Claude en passant par la vallée du Tacon où il va faire très chaud. Samuel nous rappelle que la clé sera une nouvelle fois l'hydratation, il n'imagine pas à quel point il a raison! Dernier point avant le départ: il va partir devant nous pour nous montrer le chemin pendant quelques centaines de mètres, nous somme priés de ne pas l'écraser. Sur ce, place à la musique! La sono ne fonctionne pas... ah si, finalement c'est le morceau d'accordéon de la veille qui vient nous rebâcher les oreilles, cette fois j'ai la banane. L'ambiance de cette course est vraiment unique, c'est tellement bon enfant, les gens sont tellement gentils qu'on en bave en gardant le sourire.

Un Tour en Terre du Jura - Etape 2

5... 4... 3... 2... 1... C'est parti! Yann me disait que le départ serait cool, me voilà déçu, la mise en route est rude pour moi tandis que certains attaquent d'entrée. Personnellement je suis au diesel, il va me falloir du temps pour chauffer... Le point positif est que ça grimpe direct, cela va en calmer plus d'un! La montée n'est pas suffisamment violente et tout le monde cours autour de moi. Il faut dire que mon départ du jour est nettement moins timide que la veille, ayant terminé 6ème de la première étape j'ai des places à perdre, d'autant que derrière moi les écarts ne sont pas immenses. En parlant d'écart pas immense, Nicolas qui me talonne au général me talonne également sur le chemin, il a l'air en forme ce matin et bien décidé à récupérer ma place au classement final.

Un Tour en Terre du Jura - Etape 2
Un Tour en Terre du Jura - Etape 2
Un Tour en Terre du Jura - Etape 2

Je suis assez bien placé pour le moment, j'ai laissé filé un groupe de six coureurs devant moi tandis que trois autres se sont intercalés entre nous. Si je parviens à reproduire mon numéro d'hier je devrais les reprendre d'ici la mi-course, l'important n'est pas de partir vite mais de garder des forces le plus longtemps possible. Certains ne sont pas de cet avis et me dépassent en courant alors que j'ai commencé à marcher, je remarque que ce ne sont pas forcément les coureurs les plus affûtés dépensent leur énergie sans compter.

Nicolas me colle toujours au train ainsi qu'un autre coureur. Le groupe de tête n'est pas loin à une quarantaine de mètres devant quand nous avons le choix entre deux itinéraires: un chemin blanc, cool mais plus long ou un single bien pentu, hard mais plus cours. Nous nous regardons, personne ne semble bien chaud pour le hard. Au jeu de qui a la plus grande personne ne veux trahir de signe de faiblesse: nous voilà tous partis pour le hard! Cette fois personne ne cherche à courir et le rythme me convient à merveille, je marche à une bonne allure en restant collé au coureur qui me précède. Derrière tout semble bien se passer également et je sens la pression monter en moi, je vois déjà venir la tactique de Nicolas, me coller le plus longtemps possible pour me décrocher à la première alerte. J'avoue que je n'aime pas cette situation, j'ai plus l'habitude d'être le chasseur que la proie. Il va rapidement falloir que je trouve une solution pour remédier à ça.

Un Tour en Terre du Jura - Etape 2
Un Tour en Terre du Jura - Etape 2

La montée hard se termine pour rejoindre le chemin cool, traduction il va falloir se remettre à courir. Bon, si je veux garder ma sixième place il va falloir se mettre en route, hop hop hop! Le chemin rejoint rapidement une route qui monte doucement, finalement ma foulée n'est pas si mauvaise que ça, je décroche un peu Nicolas et je reprends trois coureurs qui m'avaient dépassés dans la première montée. Nous revoilà sur les chemins, pas de franche montée pour le moment mais plutôt un single franchement vallonné un peu technique. Pas encore très en confiance sur l'état de mes jambes je préfère y aller mollo en négociant les parties techniques en marchant. Déjà je sens que ça revient derrière, heureusement mes relances font mal et me permettent de contenir les velléités de chacun.

Un petit contrôle à l'altimètre m'indique que mine de rien nous avons déjà bien grimpés quand nous sortons du sous-bois pour entamer la montée jusqu'à la Faucille. Celle-ci n'est pas trop violente, toute en changements de rythme et me permet de prendre le rythme que j'affectionne: marche rapide dans les portions pentues et petites relances saignantes sur les replats. Ce tronçon me convient bien et me permet de faire des dégâts, les coureurs qui me suivent lâchent les uns après les autres, seul Nicolas s'accroche. Il me permet aussi de faire une petite remontée au classement, je reprend un coureur puis commence à grappiller des mètres à un second dont le rythme est assez bizarre: il s'arrête de temps en temps prendre une photo puis renoue ses lacets avant de trottiner un peu dans la montée pour me distancer. Je fais le yo-yo derrière lui à mon rythme jusqu'à ce que le terrain s’aplanisse finalement: nous voilà sur les crêtes!

Après le départ peinard me voilà chaud bouillant, la présence de Nicolas dans mon dos n'y est certainement pas étrangère et me maintiens sous tension, j'ai vraiment envie de le forcer à lâcher. Je profite de ce passage plutôt vallonné pour mettre du rythme et recolle vite sur le coureur au rythme bizarre avant de prendre la tête du groupe. Mon petit train continue de faire de la casse, Nicolas prend quelques mètres de retard, mon nouveau compagnon de route en revanche accroche. Nous sommes à présent sur le GR, à notre gauche le lac Léman et les Alpes, à droite le Jura: sublime! Seule ombre au tableau, la vue sur les alpes n'est pas dégagée bien que le temps soit radieux, dommage... Enfin j'aurais l'occasion de revenir dans le coin, je m'en remettrais.

La montée n'est pas terminée pour autant, nous avons droit à un répit mais il faudra bientôt s'enquiller le Colomby de Gex. En attendant le terrain n'en est pas plat pour autant, nous alternons les montées et les descentes sur une bonne allure. Je commence à en baver mais les autres aussi semble-t-il, parfait, l'effort porte ses fruits! Je suis en train de laisser des forces importantes dans la bagarre mais le jeu en vaux la chandelle. Des gens sont montés pour nous voir passer, vu l'heure assez matinale je ne manque pas de les remercier. Des bénévoles sont également là pour nous indiquer le chemin. Le GR est assez bien fléché mais de temps en temps celui-ci se segmente tant et si bien que j'hésite sur le passage à emprunter. Heureusement qu'ils sont là...

Nous franchissons le Colomby, la vue dégagée sur le chemin me permet à peine d'apercevoir la tête de course. Ils se sont déjà ménagés un bon matelas, on ne joue pas dans la même cours... La montée est à présent terminée, je me lance tête baissée dans la descente, c'est assez technique mais bien rigolo. Assez souvent je ne suis pas très loin de la sortie de route et je suis obligé de freiner ma descente autant que possible. Moi qui voulait écouter les conseils de Yann et préserver mes cuisses...

Ce premier raidillon franchi nous repartons sur des chemins plus roulants. Le chemin se divise en deux et je pars pour longer la crète lorsque je m'aperçois une marque rouge et blanche sur le chemin de droite. Ni une ni deux je coupe dans les herbes hautes tandis que je suis en train de rengainer mes bâtons. Boum, me voilà les quatre fers en l'air au moment où je rejoins de chemin. Plus surpris que sonné je bondis aussi sec sur mes pieds, annonce au coureur qui me suit que tout va bien sans même avoir pris la peine de faire un check-up et me voilà reparti, bien déterminé à distancer Nicolas que je sens en train de lâcher. Après un rapide examen seule ma main droite à été un peu éraflée, rien de bien douloureux, l'aventure peut continuer.

Un Tour en Terre du Jura - Etape 2

Le coureur à l'appareil photo me dit de ne pas s'inquiéter, il n'est pas dangereux pour moi au classement général puisqu'il n'a pas couru la veille. Sa femme ayant accouché hier, la priorité n'était pas forcément à la course à pied. En revanche aujourd'hui il ne faut pas déconner non plus, c'est UTTJ! Nous amorçons la conversation, il est très surpris quand je lui explique que j'ai terminé 6ème de la première étape et me dit qu'il serait fier de pouvoir me suivre jusqu'à l'arrivée. Mes chevilles se mettent à enfler, c'est plutôt moi qui serait fier de le suivre jusqu'à l'arrivée, il est tout frais et je sens qu'il en a sous le pied dans les montées... Il m'apprend qu'il avait terminé autour de la 30ème place en 2012 et qu'il découvre les Monts Jura. Nous nous entendons bien et nos rythmes collent, je sens que nous allons faire un bout de chemin ensemble!

La crête est parsemée de tourniquets par lesquels il nous faut passer. Ceux-ci ne manquant pas de couiner à chaque passage je compte les secondes entre mon passage et celui de Nicolas. Avant le Colomby l'écart n'était pas à plus de dix secondes, à présent il s'est accentué à 45s environ, c'est bien, il faut pousser le bouchon!

Un nouveau groupe de spectateurs nous encouragent avant d'entamer une nouvelle descente, très technique cette fois-ci. Je revis la descente de l'aiguillette des Posettes: d'énormes marches sont matérialisées à l'aide de rondins de bois, celles-ci sont hautes, longues et glissantes tant et si bien que je ne sais pas comment placer mes pieds. Sur le rondin je pars à la faute, sur la terre je massacre mes genoux du fait des longs sauts que je dois effectuer. J'opte pour descendre dans une petite trace à gauche des rondins, c'est guère mieux mais je me sens plus en sécurité, je vais continuer dans cette voie même si les cuisses ramassent pas mal...

Un Tour en Terre du Jura - Etape 2

La descente fût longue et éprouvante mais j'en ai terminé avec elle, ouf! Malgré quelques coups de chaud j'ai évité la casse... Le chemin reprend une tournure normale, toujours en légère descente. Mon compagnon de route bien en jambes prend la tête des opérations et me décroche légèrement. J'en profite pour jeter un œil en arrière, Nicolas a pris la foudre, d'ailleurs mon nouveau collègue me dit qu'il était en train de coincer dans la montée au Colomby. Sur cette excellente nouvelle (pour moi tout du moins) j'aborde cette partie roulante avec le sourire. Nous rejoignons un chemin blanc sous les encouragements d'une bénévole qui nous indique de tourner à droite après le passage canadien. Nous voilà de retour en terrain civilisé marqué à nouveau par des balises, on s'en est tiré!

Des bénévoles nous maintiennent une clôture ouverte pour que nous puissions passer et nous voici de retour en sous-bois, enfin un peu d'ombre! Il est à peine 8h30 et il fait pourtant déjà bien chaud à 1400m, j'ai bien bu jusqu'à présent, je ne suis pas prêt de m'arrêter aujourd'hui... Mon lièvre accélère devant moi et se jette sur un buisson. Me voilà seul, pas le temps de l'attendre (pas sûr qu'il soit très content de m'avoir à ses côtés en pareille occasion d'ailleurs). Je continue calmement ma route jusqu'à trouver le désormais classique panneau "Descente abrupte". Lélex, me voilà! La descente est sèche mais pas trop technique. Un peu de boue, quelques cailloux par-ci par-là, avec une foulée souple et légère de début de journée c'est un pur régal! Je garde en tête le conseil de Yann de garder des cuisses pour les deux ascensions qui se profilent à l'horizon. Comme il dit, avec un dossard, difficile d'y aller cool...

Finalement la pente se calme et je rejoins non sans surprise une relayeuse, ces derniers étant supposés partir de Lélex,.. Elle m'explique qu'ils font une petite boucle au dessus du village avant de partir sur le grand parcours. Je prend la poudre d'escampette dans la descente avant d'entendre du bruit dans mon dos: mon ami de tout à l'heure est en train de me rejoindre à son allure, Nous reprenons notre petite discussion en terminant la descente. Pour le moment tout va bien, je ressens la fatigue d'hier, les jambes sont moins réactives mais l'épuisement ne me guette pas. Toutefois je serais ravis de faire une pause dans deux minutes avec le ravitaillement...

Après une rapide descente dans l'herbe nous arrivons au pied du télésiège de Lélex où nous sommes attendus comme des rockstars par des tintements de cloches et quelques spectateurs en délire. Deux obstacles nous séparent du ravitaillement: un petit pont enjambant un fossé que mon ami franchi à l'aide d'un petit saut agrémenté d'une figure de style alors que mes cuisses lourdes me contraignent à passer sans fioritures et une descentes d'escaliers où je me rend compte que les mouvements trop exotiques sont désormais à proscrire. Nous y voilà, le premier ravitaillement de la journée!

Un Tour en Terre du Jura - Etape 2
Un Tour en Terre du Jura - Etape 2

Je démarre les hostilités par un grand verre d'eau puis je règle son compte à une pom'pote, rapidement suivie d'un régiment de quartiers d'orange et d'un morceau de biscuit. Encore deux verres d'eau afin de reconstituer mes réserves et nous voilà repartis alors que je vois Nicolas surgir de l'escalier. C'est alors que je vois tout mon effort produit sur les crêtes réduit à néant: celui-ci attrape un gobelet en passant, repars aussi sec et nous talonne à nouveau. Dépité mais pas résigné je reprends la tête des opérations, nous abordons les quatre kilomètres de plat précédant le Crêt au merle: ce tronçon est taillé pour moi. Très vite mon allure de footing (un peu amputée) me revient et me voilà en train de cavaler à 12Km/h le long de la Valserine sur un chemin ombragé fort agréable, nous passons sur des pontons en bois puis bifurquons dans l'herbe pour contourner un bosquet.

Nous nous retrouvons sur une longue route en plein soleil, pas un virage en vue, mais pas une côte non plus. Les jambes me reviennent peu à peu et le rythme s'accélère. Nous reprenons quelques relayeurs et je suis soudain tenté de calmer le jeu quand je dépasse une jolie blondinette. Je cours, je cours, j'en ai presque oublié de profiter du paysage! Je suis cerné, d'un côté les Monts Jura, de l'autre... la petite montagne qui va bientôt me piquer les cuisses. Bref, la vue est agréable mais il faut avancer. Je dépasse la traileuse importune et remets un petit coup de collier. Les relayeurs se succèdent, mon compagnon de route ne parvient plus à suivre et Nicolas semble avoir décroché pour de bon.

Après 2,5Km de ligne droite voilà le virage tant attendu, en avant pour l'ascension! J'ai pratiquement rattrapé une coureuse sur le plat, en revanche elle carbure dans la montée et je dois faire des pieds et... des pieds pour ne pas me faire distancer. Les bâtons me sont d'un grand secours, la montée me rappelle un peu Roche Blanche hier: sans être très raide elle est exigeante et les temps morts ne sont pas légion. Je ne m'en sors pas trop mal, je monte régulièrement sans trop souffrir ni perdre de terrain et derrière moi c'est le no man's land. Je mets à profit chaque replat pour boire quelques gorgées, l'altimètre monte rapidement, le moral est au plus haut!

La coureuse devant moi s'empêtre en enjambant un arbre au milieu du chemin, il faut dire qu'il n'a pas été débroussaillé pour un sou. Une petite boutade sur l'état du terrain et c'est à mon tour de franchir l'obstacle. A mon humble avis je m'en tire mieux, je cherche le passage le plus praticable et je n'hésite pas à mettre les mains, finalement cet obstacle est plutôt à mon avantage! Le chemin reprend son fil normal avec toutefois un peu plus de temps morts, je bois de plus en plus souvent, ça me va bien! Nous remontons sur un second relayeur qui accélère quand je reviens sur lui, piqué au vif.

A présent le terrain offre plus de possibilités de relances, j'essaie de suivre les relayeurs qui sont susceptibles de m'emmener loin, cependant ils m'obligent à mener un train d'enfer dans les portions roulantes. Je parviens à m'accrocher mais je commence à faire le yo-yo... Mes relances manquent de tranchant et je mets quelques secondes à redémarrer leurs permettant de me distancer, en revanche j'ai plus de puissance dans les cuisses et je parviens à recoller grâce à ma vitesse. Nous finissons par sortir des bois pour une petite descente dans l'herbe, cette fois j'arrive à suivre sans grande difficulté.

Après ce petit moment de récup la montée reprend ses droits en sous-bois puis débouche rapidement sur un champ. Sans que cela ne monte très fort j'accuse un coup de moins bien. Les herbes sont hautes et nous sommes en plein soleil, cette fois il fait chaud pour de bon... Mes deux lièvres relancent, je ne peux rien faire cette fois, je me contente de marcher sur ce faux plat. Je tente bien de remettre les gaz mais l'effort est trop exigeant, si je veux courir après Chalam il faut que je m'économise... Arrivé en haut du champ j'aperçois un coureur sortir du bois en contrebas, ce n'est ni Nicolas ni mon ami de tout à l'heure mais un coureur que j'ai dépassé dans la montée de la Faucille. La montée se termine et cède sa place à une petite descente qui me conduit rapidement au ravitaillement où j'arrive sous les acclamations des bénévoles.

Me voilà à nouveau en mode rockstar, je suis dans les premiers de la course et ils n'ont pas beaucoup de boulot, je suis chouchouté! Comme ils me voient arriver seul ils me demandent si je ne souffre pas de la solitude. Je leur répond que non, au contraire je suis tranquille comme ça! Les montagnes m'appartiennent, je peux courir à mon rythme en profitant de la vue sereinement. Je décroche mon sac pour refaire le plein en eau, l'un des bénévoles me propose de s'en occuper: volontiers! Devant son air mal à l'aise avec mon sac je lui demande s'il veut un coup de main, sur son insistance je file me ravitailler et le laisse se débrouiller. Comme à chaque ravitaillement je fais honneur à mes hôtes: j'attaque avec deux verres d'eau puis viennent la traditionnelle pom'pote suivie de quelques oranges et bananes. Un dernier morceau de cake et un verre d'eau pour rincer et je vais récupérer mon sac. Horreur, les voilà à deux en train de se bagarrer avec la poche qu'ils ont sortie de son logement... Bon, pas d'affolement, je prend les choses en mains. J'essaie de passer la poche dans le sac mais celle-ci ne rentre plus, qu'à cela ne tienne: je la vide légèrement et voilà qu'elle accepte de passer un peu mieux. Cependant j'ai les mains trempées, je ne sais pas ce qu'ils ont fichu mais ils ont mis de l'eau partout... Ils s'excusent pour le temps perdu bêtement. Pas grave, ils ont fait de leur mieux, je les remercie de tout cœur et repars pour la dernière ascension.

Un Tour en Terre du Jura - Etape 2

Mais avant de grimper il me reste un peu de descente, profitons-en! Décidément je me demande ce qu'ils ont fait avec mon sac, j'ai le dos trempé et l'eau me ruisselle sur les jambes...Je tâtonne dans mon dos pour voir s'il n'y a pas une fuite, il y a beaucoup trop d'eau, ce n'est vraiment pas normal... Mais qu'est-ce qu'ils ont fichu? Je décide de terminer la descente, il n'en reste pas beaucoup avant de m'arrêter pour regarder tout ça. Encore du temps de perdu, aaaaargh!

Me voici arrivé en bas, sur un petit chemin plat. Je dégrafe rapidement mon kamel, vérifie la fermeture de la poche: c'est bon! Je sors la poche du sac pour découvrir avec une indicible horreur que celle-ci fuie au niveau du branchement du tuyau. Le moral en prend un sacré coup: je n'ai parcouru que 27Km, il m'en reste 28. Je ne vois pas comment je vais pouvoir aller au bout sans eau... Vite, il me faut une idée de toute urgence! J'essaie de mettre la poche à l'envers mais me rend immédiatement compte que ce cette manière je ne pourrais rapidement plus boire... Le temps m'est compté, je vais devenir dingue, je vois venir l'abandon gros comme une maison. Je pousse une bardée de jurons, les montagnes doivent encore s'en souvenir... J'hésite à remonter au ravito mais de toute manière cela ne m'avancerait à rien. Bon, je n'ai pas le choix: je remballe ma poche trouée aussi vite que possible, réajuste mon sac et me voilà reparti tandis que le coureur aperçut plus tôt dans le pré en termine avec la descente.

Je redémarre dans une fureur noire, je bouillonne, ma course est ruinée! Voilà que j'entend le coureur derrière moi m'appeler, qu'est ce qu'il me veut celui-là? Je me retourne, il me fait signe que je pars dans la mauvaise direction. Ah. Oui, en effet... Quel boulet... Vite, reprendre mes esprits... Je reviens sur le tracé et repars devant lui.

"Tu ne veux quand même pas rentrer tout de suite à Saint Claude?"

Oh que si...

La fatigue de tout à l'heure a été effacée par ma mésaventure, la colère me donne des ailes et je mets une bonne mine sur ce petit chemin roulant, bien décidé à décrocher ce coureur importun. Je continue à bougonner contre ces bénévoles qui viennent de me mettre dans une situation inextricable tout en sachant qu'ils ne voulaient que m'aider. Il me faut un bouc émissaire pour faire retomber la pression, et autant qu'il ne soit pas là... Pendant ce temps je fais un rapide calcul dans ma tête: le prochain ravitaillement est dans une dizaine de kilomètres, au 37ème, enfin le dernier se trouvera entre le 44ème et le 47ème. Au vu de la chaleur ambiante la tâche a l'air désespérée mais je décide de relever le défi. Le temps que ma poche finisse de s'écouler j'aurais bien le temps de boire encore une ou deux fois. Ensuite il s'agira de s'hydrater au maximum à chaque ravitaillement en croisant les doigts pour que les crampes n'arrivent pas trop tôt. Je sais que je vais souffrir mais curieusement cette idée me motive, ma fin de course va avoir un petit côté héroïque... Pour la forme je continue tout de même à râler.

Le petit chemin plat se termine, nous voilà au pied du Crêt de Chalam, dernière grosse difficulté de l'épreuve. Malgré ma bonne accélération mon nouvel ami me colle toujours aux basques, nous commençons à discuter dans les premiers mètres de côte. Il m'explique qu'il n'est pas bien dangereux pour moi ayant terminé en 8h la veille. Il m'apprend également que le 1er de l'étape d'hier, Christophe Perillat, n'est pas reparti ce matin. Nous ne savons pas ce qui lui est arrivé, mais me voilà 5ème du général (au départ en tout cas). Chouette! Mais cela ne me débarasse pas de Nicolas, il m'apprend qu'il était juste derrière lui au dernier ravitaillement: il est reparti quand ce dernier arrivait. En revanche il avait l'air d'être en train de coincer contrairement à moi qui ai l'air en forme. Je suis assez content de la nouvelle mais cela m'attriste quand même un peu pour lui, c'est un mec sympa, j'espère que la forme va lui revenir (mais pas trop, il est sympa mais surtout quand il est loin!). Mine de rien, en papotant l'ascension se déroule bien et le dénivelé défile rapidement. Nous commençons à parler de l'état de forme de la tête de course, des difficultés de la veille et d'aujourd'hui, bref la déshydratation ne se fait pas encore sentir, les langues sont bien pendues.

La première partie de Chalam n'était pas extrêmement pentue, sans être évidente cela s'avalait bien. En revanche le sommet devient nettement plus escarpé: le chemin se rétrécie, des cailloux viennent nous compliquer la tâche et le pourcentage s'est nettement accru. J'aimerais bien boire un coup mais mon kamel ne fuie plus: je suis à sec pour de bon... J'en bave mais le rythme est bon, j'ai creusé un petit écart avec mon compagnon du moment tandis que nous croisons pas mal de randonneurs qui ne manquent pas de nous encourager. Le coin a l'air plus touristique que les sentiers de la veille. Malgré la difficulté cette montée me convient bien et j'arrive en haut dans un état assez acceptable.

Un Tour en Terre du Jura - Etape 2

Ca y est, me voilà arrivé au bout de la dernière ascension musclée: 32 kilomètres au compteur, il me reste seulement 23 bornes à descendre! Le moral est remonté en flèche dans la montée, je ne vois plus comment je pourrais échouer. J'attaque la descente de Chalam avec un grand sourire qui va rapidement s'estomper lorsque apparaissent les premières traces de boue. Tiens, j'avais oublié cette partie du briefing...

Nous faisons toujours la route à deux, pas très à l'aise dans la boue je ferme la marche. Le chemin en sous-bois est très gras et mes cuisses commençant à devenir dures je préférerais éviter une glissade inopinée. Je cherche le meilleur chemin pour éviter tout déboire en jonglant entre les racines, les arbres au milieu de la route et les plaques de boue. De nombreux randonneurs grimpent à Chalam par ce versant et s'écartent sur notre passage, toujours à nous encourager. La descente se déroule sur un bon rythme et aucun de nous ne semble prêt de coincer.

Une pause technique de mon compagnon et me voilà de nouveau seul au monde. La descente en sous se termine peu à peu et la chaleur commence à se faire sentir. J'ai beau avoir un assez bon rythme, les kilomètres qui me séparent du ravitaillement me paraissent encore longs. Le ravitaillement se situe à exactement 37,5Km, n'en étant qu'à 34 au GPS le chemin me semble encore long. A présent seule ma gorge sèche m'occupe l'esprit, je n'arrive plus à avoir d'autres pensées. Je ne songe plus à l'arrivée mais à la distance qui me sépare de mon prochain verre d'eau...

Tandis que je sors de l'ombre bienfaitrice de la forêt je dépasse un relayeur qui semble encore plus en souffrance que moi. Nous attaquons une portion de bitume passant près de quelques maisons, hormis la déshydratation qui me guette mon état est assez positif: les pieds ne me font pas souffrir comme la veille et les genoux ne semblent pas trop amochés. Côté musculaire ce n'est plus la grande forme, le jus me manque cruellement et tout dynamisme m'a abandonné cependant j'arrive à maintenir un rythme correct, les jambes ont encore de la puissance.

Une nouvelle descente sous les arbres me tends les bras, ce passage à l'ombre me fait beaucoup de bien et l'espace de quelques minutes je retrouve du plaisir à courir, arrivé en bas j'entend une bénévole et son fils m'encourager alors que je ne suis toujours pas sorti du bois et ne les aperçoit même pas! J'essaie de les remercier d'une voix d'outre-tombe, encore 2Km avant le verre d'eau salvateur! Je repars à travers champs en direction de la forêt, les kilomètres s'allongent cruellement... Je commence à devenir dingue lorsque je sors des bois pour découvrir un champ avec une vue dégagée sur la campagne environnante: alors que je m'attends à apercevoir un village à quelques 500m de là, je n'aperçoit que forêts et pâturages à perte de vue. Aaargh! Je parviens à rester calme et descend dans les hautes herbes, le chemin bifurque à gauche, seule direction dans laquelle la vue était bouchée. Après une rapide descente en sous-bois me voilà enfin soulagé, je débouche sur une route conduisant à la Pesse et à son ravitaillement, ouf!

Le bout du tunnel est en vue, mais que c'est dur! J'approche des 38Km au compteur lors que je bifurque au milieu d'un champ, le chemin dans les herbes hautes m'achève alors que voilà enfin le panneau tant attendu: "Carburant". Le chemin jusqu'à la pompe n'est pas de tout repos, alors que j'aperçoit un bâtiment qui je pense abrite le ravitaillement, voilà que j'oblique dans la direction opposée. Le ravito est à encore 150m, j'agonise... Heureusement que les spectateurs et leur bonne humeur sont là... J'arrive clopin clopant devant le stand, le soulagement m'envahit: je dégaine mon gobelet, prêt à assécher toutes les bouteilles d'eau présentes sur la table.

Les gobelets défilent, mon gosier jubile. Avant d'avoir le ventre plein d'eau j'avale quelques petites choses solides. En cours de route je ne mangerais rien n'ayant plus d'eau pour rincer, autant reprendre des forces dès maintenant. Cette fois je dis non à la traditionnelle pom'pote, le sucre ne me fait plus trop envie. Je me tourne plutôt vers les fruits: oranges, bananes et raisins secs. Mon estomac commence à être bien plein, j'ingurgite un dernier verre d'eau pour la route et repars pour les 17 derniers kilomètres. L'air de rien j'ai bu plus d'un litre d'eau, mon ventre est plein à craquer et j'ai du mal à me remettre à courir. Je profite de l'excuse de devoir réajuster mes bâtons pour marcher un peu pendant que j'entends qu'un coureur solo arrive au ravitaillement à son tour, sans doute mon ami de tout à l'heure. Alors que je repars un jeune qui est derrière le pc de pointage m'annonce que je suis 7ème, excellente nouvelle! J'en profite pour lui demander comment sont les prochain kilomètres mais il n'en a aucune idée. Dommage...

Après une petite montée dans l'herbe, en plein cagnard évidement et un énorme rototo tout droit venu des fins fonds de mon estomac fort satisfait, me voilà de nouveau apte à trottiner sur une petite route bien plate. Le moral est de retour, il ne me reste plus beaucoup de distance à parcourir, le prochain ravitaillement ne devrait pas être trop éloigné: tout va bien de nouveau!

Je quitte la route pour repartir dans les chemins, et me voilà face au premier des quelques coups de cul de la fin de course. Rien d'effrayant sur le papier, seulement une centaine de mètres de dénivelé. Je repasse en mode rando, dégaine les bâtons et donne quelques bons coups de reins pour rapidement arriver en haut malgré le soleil qui tape. Au sommet je retrouve avec plaisir le couvert des arbres pour un instant trop bref. Les chemins au beau milieu de la pampa reprennent leurs droits et le soleil me martèle le crâne pendant encore plusieurs kilomètres.

Le sourire m'est revenu et je redeviens sociable, je fais de petits signes de remerciement au gens qui me soutiennent sur le parcours, je discute rapidement avec une bénévole qui nous regarde passer en haut d'une butte. Le plaisir est retrouvé tandis que le prochain ravitaillement approche peu à peu. Yann m'a dit qu'il s'agissait du meilleur ravitaillement de la course, les gens sont au petits soins avec les coureurs et l'ambiance est fantastique. Voilà une bonne raison de faire quelques kilomètres de plus!

Le tracé emprunte à présent une bonne descente qui s'avale bien malgré la chaleur et me conduit finalement en foret. Je suis enfin un peu au frais pour profiter de ce faux plat descendant. De nouveau le rythme n'est pas élevé mais très régulier. Je ne ressens plus le besoin incessant de marcher que j'éprouvais avant le ravitaillement, mes jambes ont retrouvées leur rythme. Tout va presque trop bien, voilà que je commence à penser à la fin de course, une petite larme me démange l’œil en m'imaginant franchissant la ligne. Vite, penser à autre chose! Si je me projette tout de suite sur la fin de course je ne vais pas tarder à avoir les jambes coupées en ne la voyant pas venir... Je cherche à m'occuper l'esprit mais la pensée est tenace, je commence à penser à la course avec nostalgie... J'ai encore 10Km à tenir, je suis loin d'être arrivé!

A un croisement un panneau décroché m'indique Coyrière, emplacement du dernier ravitaillement, à 3,5Km. J'ai l'impression qu'il indique un autre chemin que celui du parcours mais le doute subsiste, la fatigue se fait sentir de nouveau et j'ai hâte d'arriver tout de même. Je sors soudain de ma torpeur, alors que je descend paisiblement le chemin je vois un troupeau de vaches débouler devant moi sans crier gare. Les bovins n'ayant pas un regard des plus sympathiques et ayant l'air quelque peu effrayée de ma présence j'évite le passage en force et patiente quelques secondes le temps que celles-ci traversent. Je repère finalement un petit trou dans le troupeau et redémarre au quart de tour pour passer entre elles. Après m'être faufilé je me retourne pour être certain de ne pas être suivi: c'est bon, je peux reprendre ma route sereinement! Le cardio a pris un rythme un peu élevé durant à l'incident mais celui-ci retrouve rapidement un tempo normal. Bientôt 47Km au GPS, Coyrière ne devrait plus tarder!

La fatigue et le manque de sucre me scient les jambes alors qu'un relayeur me dépasse sur un rythme pas vraiment impressionnant. Un couple nous encourage depuis sa terrasse, je me sens obligé de marcher quelques mètres alors que le chemin est plat. Après quelques pas je me reprend: le ravitaillement est proche, pas question de craquer maintenant!

Un virage en épingle à cheveux me conduit sur une nouvelle montée, je profite de la visibilité qu'elle me donne sur le chemin précédent pour remarquer que je suis suivi, toujours mon ami de Chalam qui tient bon derrière. J'ai une petite avance d'une ou deux minutes, c'est maigre mais ce petit matelas est le bienvenu! Je grimpe à mon allure, c'est à dire plus très vite. Cependant je me sens maintenant plus en jambes dans les montées que dans les portions planes... Je commence à entendre des bruits de cloches ainsi que quelqu'un qui parle dans un micro: j'y suis! La fameuse pancarte m'accueille elle aussi "Grosse ambiance", il y a foule, c'est presque le délite, les cloches sonnes, les gens m'applaudissent, le speaker annonce mon nom: fantastique, je crois rêver!

Un Tour en Terre du Jura - Etape 2

Cette fois encore je profite du ravitaillement pour refaire le plein, il ne me reste que 8Km à courir, 7 d'après les bénévoles, mais je ne vais pas changer la recette qui marche bien depuis maintenant 20 bornes: je bois tout ce que mon ventre est capable de stocker et mange un peu histoire de reprendre quelques forces pendant que les bénévoles me demandent si je ne manque de rien. Je leur explique que ma poche a eau est percée depuis le 27ème, ceux-ci se demandent comment j'ai pu parvenir jusque-là... Ils s'inquiètent pour moi et me proposent de me donner une bouteille d'eau pour la route, me sentant bien et ne sachant pas ce que je ferais de la bouteille je décline l'offre. Après coup le bon sens aurait voulu que je range la bouteille dans le sac pour la sortir en cas de coup dur, mais dans l'excitation du moment je me suis vu terminer la course bouteille à la main... Avant de repartir le speaker me demande un petit mot: "Hâte d'en terminer!". Je remercie tout ce petit monde avant de partir. Les bénévoles me boostent une dernière fois: "Plus que 7 kilomètres, aller!" Je fais échos à leurs "Aller!", serrant le poing en reprenant ma route le moral regonflé à bloc, bien décider à donner un dernier baroud d'honneur. Comme m'a dit Christophe vendredi: "Dimanche, ils vont voir qui c'est Thomas!"

Me voici reparti dans une petite descente, je croise des enfants et leur fait coucou. Une fois encore, passé le ravito tout se passe bien! Les jambes sont de retour et je déroule, me disant que sept kilomètres ce n'est pas la mer à boire, dans une petite heure je devrais être à Saint Claude.

Je repars sur les chemins, à l'ombre des arbres, sur un rythme assez relâché. Je sais qu'à présent plus grand chose ne peux m'arriver et je décide de profiter autant que possible de cette superbe course. Le sentier est en léger faux plat descendant, je n'ai plus l'impression de produire d'effort. Génial! Au bout de quelques kilomètres je tombe sur un promeneur qui me félicite pour ma performance et m'explique que je suis presque arrivé, environ 3 kilomètres. Je suis assez surpris, d'après moi il m'en reste plutôt 4 ou 5 mais devant ses explications assez claire on dirait qu'il connait le coin. Il m'apprend que je vais descendre jusqu'à un pont et qu'ensuite il me faudra affronter une dernière montée de 120m environ. Je garde dans un coin de ma tête les 4 kilomètres que j'ai estimé, craignant la mauvaise surprise.

Je continue ma route, tout se passe bien jusqu'à ce que je débouche sur un chemin carrossable exposé en plein soleil. J'aperçoit deux femmes au bout d'une longue ligne droite qui me font signe, après un léger faux plat qui m'use peu à peu. La chaleur semble saper mes dernières forces alors qu'un étang me tend les bras à 50m à gauche du chemin. Des baigneurs semblent apprécier la fraîcheur de l'eau en jouant au ballon, je ne rêve que de les rejoindre et demande par signe aux bénévoles si le chemin ne passe par dans l'eau, celles-ci me font signe que non, il va me falloir continuer tout droit, sous les arbres. Tant-pis, j'aurais essayé... Elles continuent de m'encourager alors que je passe devant-elles et m'annoncent qu'il me reste 4Km. Je le savais bien... La nouvelle me plombe tout de même le moral mais pas les jambes. Un peu après que je sois passé j'entend les bénévoles encourager un autre coureur, mon dernier compagnon de route remonte doucement mais sûrement, ma fin de course ne va pas être de tout repos si je veux résister à sa remontée...

Me voici face au pont: cette fois plus ca y est, j'aborde l'ultime difficulté! Un panneau m'indique 120m de dénivelé, l'équivalent d'une montée à Fourvière, autant dire que c'est les vacances! C'est peinard certes mais je ne cherche pas pour autant à gambader... Je dégaine les bâtons pour la dernière fois et en voiture Simone. Cette fois-ci j'en bave pour de bon, ma montre m'indique que je viens de dépasser le 52ème kilomètre alors que le panneau indiquant la montée ne me positionnait qu'au 51ème, je sens venir la fin à rallonge. Je ne pense plus qu'à l'arrivée et à un peu de repos, je rêve d'une bière et d'une coupe de glace en terrasse.

Soudain je sors du bois pour traverser une route, deux bénévoles sont là pour faire la circulation. Tandis que je passe elle m'invitent à boire un verre, elles ont installé un mini ravitaillement en eau sur une table de salon de jardin. La proposition ne tombe pas dans l'oreille d'un sourd et, complètement déshydraté je descend deux grands verres. Je ne m'attarde pas, je sais maintenant que suis suivi de près. Un petit merci pour cette petite attention fort à propos et je reprends l'ascension. Alors que je repars dans les bois j'aperçois deux coureurs passer près du point d'eau, plus de temps à perdre, ils sont à moins d'une minute! Je franchis le dernier coup de cul et me jette dans la descente pied au plancher, je tourne autour de 11Km/h, c'est tout ce que je parviens encore à donner... Le sentier n'est pas très large, encombré d'herbe et de branches basses pas faites pour faciliter ma progression.

Cette fois l'épuisement m'a rattrapé, seule l'idée de me savoir poursuivi me permet de continuer à courir alors que les kilomètres continuent de s'empiler. Au loin j'aperçois Saint Claude, je suis loin du but! Je termine le chemin et retrouve le bitume quelques temps, un premier signe de civilisation! Bien vite le chemin reprend ses droits et me voilà à nouveau à cavaler dans la descente. Le moteur est désespérément à sec, je n'en vois pas le bout et mon moral est au fond de mes chaussettes. Ne pas lâcher maintenant... Alors que le chemin cède sa place au goudron je croise un papy parti sortir ses deux roquets. Celui-ci, au milieu du chemin, ses chiens de part et d'autre de la voie, fait traîner les laisses des cabots sur toute la chaussée, de sorte que j'ai le choix entre passer dans le fossé et enjamber une laisse. J'opte pour passer par dessus la laisse en priant pour que ce vieux machin ne décide pas au dernier moment de me faire un croche pied... Je marmonne un "vieux con" alors que j'esquive l'obstacle. Il aura fallut attendre 110Km pour croiser le premier autochtone malgracieux et visiblement pas ravi de nous voir sur ses terres...

55Km! Le chemin de croix se poursuit pendant que je redescend sur la ville. Que la cathédrale me semble loin! J'espère que nous n'aurons pas à faire le grand tour de Saint Claude... La descente se termine, me voilà sur une route longeant la montagne. J'aperçoit l'arrivée à quelques centaines de mètres de là... Ma foulée devient ridicule, je me traîne... Je m'étais préparé à une arrivée après 55Km, celle-ci étant visiblement plus loin mon moral est ruiné. J'agonise alors que je dois encore franchir un pont. La légère montée m'est fatale, je suis obligé de marcher pour franchir l'obstacle. Le pont étant dans un virage j'essaie de me cacher en rasant le mur du côté intérieur, des fois que mon poursuivant m'aperçoive et ne se sente pousser des ailes devant mon moment de faiblesse... Je me ressaisis rapidement et reprend une petite foulée, soudain horreur; le balisage me dit de faire demi-tout. Non! Pas maintenant! Qu'est-ce que j'ai fait de travers? Alors que l'apoplexie me guette je m'aperçoit qu'il s'agit du chemin que nous empruntions la veille pour aller au Mont Chabot. Ouf! Je débouche enfin sur le pont de Saint Claude: l'arrivée est au bout, dans moins de 200m!

Je me retourne: personne! Pas besoin de sprinter! Je traverse le pont en petite foulée, épuisé mais plus que jamais impatient d'en terminer. Alors que je vais virer à droit pour me ruer sous l'arche des spectateurs ainsi que des barrières me bloquent le passage: il faut encore faire le tour de la place... Résigné à souffrir 150m supplémentaires j'effectue mon tour en serrant le poing. Ca y est, j'en suis venu à bout de cet UTTJ! Seule ombre au tableau, mon arrivée se fait dans l'anonymat le plus total: le podium du 12Km à lieu en ce moment même et personne ne remarque que je passe la ligne. Peu importe, le ravitaillement, lui, est bien là!

Cette fois ca y est, je coupe le moteur, enfin! Je n'ai plus d'énergie, je me dirige vers le point d'eau. En route je croise Lucas qui me félicite, il a terminé 4ème aujourd'hui après avoir fait la course en mode cool hier, impressionnant! Après ce petit débrief je file me réhydrater, les gobelets se succèdent, les morceaux de morbier également et les forces me reviennent peu à peu.

La fin de journée se déroule dans la bonne humeur: repas d'après course ultra-compact, douche chaude avec vue sur Saint Claude (et pour les voisines vue sur les athlètes), réhydratation en terrasse d'un café en consultant les messages d'encouragements du matin et de félicitations de l'après midi (j'apprend que je termine 5ème du général!) puis petite sieste en mode clochard sur un banc. Tout ça pour patienter avant le podium. J'en profite pour discuter avec les autres coureurs que je rencontre, tout semble s'être bien passé pour tout le monde, la bonne humeur générale présente depuis la veille est plus que jamais d'actualité, tout le monde s'est régalé et semble avide de recommencer... Je retrouve des bénévoles croisés sur le parcours que je ne manque pas de remercier avant d'aller discuter un peu avec Samuel pour lui faire part du plaisir que j'ai éprouvé au cours de ces deux jours.

L'heure du podium vient finalement, les 10 premiers des scratchs féminins et masculins sont récompensés ainsi que les premiers de chaque catégorie. Pas de coupe pour moi cette fois, mes toilettes en sont fort aises, mais des lots dignes de cette course bon enfant: une caisse de bière jurassienne, un tshirt ainsi qu'un énorme morceau de bleu de gex. Plus qu'à rentrer à Lyon avec le sourire et un énorme pincement au cœur en quittant ce merveilleux cadre.

Un Tour en Terre du Jura - Etape 2
Un Tour en Terre du Jura - Etape 2

Au cours de ces deux jours je suis passé par tous les états, de l'excitation à la résignation, de l'atermoiement à la jubilation, j'ai souffert, les cuisses ont pris ce pour quoi elles étaient venues mais les yeux également. Surtout, un seul sentiment domine tous les autres, celui d'avoir appartenu pendant deux jours à une grande famille tant tout le monde mettait du sien pour contribuer à cette ambiance fantastique, qu'il s'agisse des coureurs, des bénévoles ou des spectateurs, cet UTTJ était une grande fête. Le fait de passer deux jours ensemble n'est certainement pas étranger à cet état d'esprit, tout le monde, du premier au dernier en a bavé mais tout le monde s'est serré les coudes, la compétition passait après. Superbe exemple, Sangé, vainqueur de l'épreuve est allé chercher le dernier coureur pour l'accompagner dans le dernier kilomètre. Les paysages sont superbes, on est loin d'avoir la vue spectaculaire du marathon du Mont-Blanc, mais la région est tellement calme, les chemins sont si agréables à courir que les yeux en sont comblés. En résumé, une course à faire et à refaire sans modération, pour moi certainement ma plus belle à l'heure qu'il est.

Sur un plan plus personnel, quelle satisfaction! Ma préparation pour les Allobroges n'a pas été optimale je pense, en revanche je suis arrivé dans une forme idéale pour cet UTTJ. La préparation des Allobroges, précédée de quelques cross et d'une prépa semi a été le socle idéal d'un mois de juin ultra-intensif: 4 jours dans les Cévennes, trois gros trails, quelques séances d'escaliers et un peu de VMA de temps à autres quitte à terminer ma préparation sur les rotules. Enfin deux semaines à lever le pied m'ont permis de retrouver la fraîcheur tant convoitée depuis plusieurs mois. Les excellents résultats de juin m'ont donnés une confiance à toute épreuve, même dans les moments durs (feu poche à eau, si tu me lis...) j'ai toujours eu dans un coin de ma tête la certitude d'aller au bout. Tous les ingrédients étaient réunis pour une grosse performance. Je pense avoir fait une excellente gestion de course, j'aurais probablement pu m'alimenter un peu plus et être plus lucide à certains moments, mais j'ai bien veillé à toujours être hydraté et à ne pas m'exciter en gardant un rythme très régulier durant les deux jours. Au final je termine mon gros objectif de l'année sur une belle satisfaction personnelle et des souvenirs plein la tête, la descente de mon petit nuage a été longue... Ce fut mon premier UTTJ mais certainement pas le dernier...

A présent après une bonne semaine de repos bien mérité place à de nouveaux objectifs: l'UT4M en relais à 4 pour lequel il va falloir retrouver un peu de vitesse puis ce sera au tour de l'endurance trail. Mais d'abord place à une dizaine de jour dans les Queyras!

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