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Trail de la source du Lison

Publié 24 Octobre 2016 par Thomas Diconne

Trail de la source du Lison

Cette année 2016 est un pour l’instant un ovni dans ma vie de coureur : mal commencée avec des pépins physiques, très (trop ?) peu de dossards, tout ça traduit par un gros manque de confiance dans mes capacités. Et pourtant à chaque course je fais un bon résultat.  Je n’y comprends rien… Si j’ai été assez bon en début de saison sur les courtes distances que m’autorisait mon corps de préretraité, j’appréhende énormément le retour au long alors que je ne rêve que de ça depuis des mois. Courir des heures, perdre toute notion du temps, n’avoir qu’à penser à mes muscles et à alimenter la chaudière… Rien depuis la saintélyon, c’est long. J’avais coché la date du 23 octobre il y a 6 mois maintenant avec pour objectif prendre le temps de revenir sur des distances que j’affectionne, de privilégier la qualité à la quantité. J’ai découvert la vallée du Lison il y a un an maintenant à l’occasion d’une mémorable biture pour arroser les 30 ans de ma dulcinée, un coin vraiment joli, sauvage comme j’aime, de quoi faire du vrai beau trail. Un parcours de 35km, 1500m de dénivelé annoncés, de quoi se remettre dans le bain sans trop se mettre dans le dur, ou tout du moins sur le papier…

Nous y voilà, 4h50, ouille. Les trails de 14km qui partent de devant la maison à 10h30 ça a quand même du charme aussi… Après avoir survécu à une soirée raclette où je n’ai fait que regarder et saliver j’avale mon bol de muesli en tentant de ne pas succomber au champ des sirènes de la brioche qui me fait de l’œil. Quel sport idiot… Cette fois c’est la dernière.

J’attrape mes affaires, enfourche mon vélo et descend en ville retrouver mes compagnons du jour. Nous voilà en route avec Pierrot, Maxime, Anna et son frère Léonard. Le voyage passe assez vite, on rigole bien (pour le moment) avant d’arriver à Nans-sous-Sainte-Anne ou nous attend notre navette. Trente minutes de voyage plus tard nous voilà arrivés à Amondan. La bonne nouvelle : il fait chaud. La mauvaise : maintenant il faut rentrer à pied.

Nous allons récupérer nos dossards avant de nous changer. Aucun site de météo n’annonce la même chose, certains n’annoncent pas de pluie, d’autres de la pluie dès 8h30. Je n’aime pas avoir chaud, j’opte pour la version légère : short, t-shirt, veste sans manches très fine et manchons pour le départ. Je laisse mon coupe-vent dans le sac qui repartira m’attendre à l’arrivée, tant pis s’il tombe des sauts d’eau. Je vérifie une dernière fois que l’eau circule dans ma poche à eau, le tuyau de celle-ci a tendance à faire un coude et à l’empêcher de passer. Tout roule ! Un petit tour de chauffe et nous revenons vers la ligne de départ. Je regarde un peu autour de moi, j’ai l’impression qu’il y a pas mal de clients aujourd’hui, ça va être compliqué de faire un bon résultat.

Trail de la source du Lison

Nous nous plaçons un peu en retrait. Je préfèrerais être un peu devant mais finalement ce n’est pas plus mal, ça m’évitera de partir comme un taré devant tout le monde. C’est vraiment la petite course du coin, pas de musique de départ, juste un 5, 4, 3, 2, 1, partez. Le train de départ est pour une fois assez raisonnable, j’en profite pour vite me placer pendant que nous faisons une petite boucle dans le village afin d’étirer le peloton. Après avoir fait le tour du pâté de maisons nous filons dans le parc du château, je me retourne en passant pour profiter de la vue, pas mal ! Nous devions partir de là mais le château était occupé pour un mariage, dommage…

Très vite nous quittons les belles allées du parc pour filer dans un champ de patates. Les chevilles bossent, c’est ultra gras et plein de trous, ça commence fort ! Je suis parti un peu trop vite mais je suis dans le bon wagon en 5ème position. Le mec devant moi a l’air d’être en surrégime, je le dépasse rapidement avant d’entamer la descente. J’ai le trio de tête en ligne de mire une cinquantaine de mètres devant mais je ne compte pas chercher à les rattraper. Il y a des bornes à faire, j’ai intérêt à gérer pour ne pas me cramer. La descente est boueuse et très glissante, tout ce que je déteste et où j’ai tendance à me bloquer. Mon cerveau est encore un peu dans la brume et toutes les connexions ne se sont pas faites, j’arrive à filer gaiement dans la descente sans me poser de questions. La technique n’est pas des plus chouettes, j’attaque avec le talon pour garantir mes appuis. Si Jérôme (mon ex et regretté kiné) voyait ça je prendrais des baffes… Mais au moins c’est efficace, personne ne me dépasse et je ne perds pas beaucoup de terrain sur le groupe de tête. Le mec dépassé en haut est toujours dans mon dos. Nous traversons un ruisseau et retrouvons un bout de plat qui me plait mieux, cette fois je fais le trou.

Première montée de la journée, je me sens plutôt bien sans pour autant avoir des jambes de feu. Je trottine tout le long en savant pertinemment que je vais regretter cet effort à un moment donné. Devant moi je vois un membre du trio de tête décroché qui a l’air à la peine, je suis plus rapide que lui dans la montée et je reviens tranquillement sur lui avant qu’il ne me reprenne quelques mètres dans le replat et la descente qui suivent.

Je recolle en bas de la descente alors qu’un  autre coureur que je n’ai pas vu arriver nous rattrape également quand nous arrivons au-dessus de la Loue, le panorama est chouette. 3,5km au GPS, tout va bien, je prends la tête du groupe, me voilà 3ème. Je sais très bien que je ne garderais pas la place mais je pourrais me targuer d’avoir été sur le podium pendant 5 minutes. Le coureur qui nous a rattrapés ne tarde pas à me passer devant tandis que l’autre décroche.

Nous attaquons la première montée digne de ce nom, et là, surprise : c’est un mur. Celle-ci commence avec quelques lacets assez larges puis chaque lacet est plus serré que le précédent, et naturellement, plus pentu. J’arrête rapidement de courir pour préserver ce qui peut l’être de mes mollets. Nous approchons du sommet : plus de lacets, cette fois c’est droit dans la pente. Je mets les mains pour escalader les cailloux et tombe nez-à-nez avec une corde qui nous permet de grimper au travers d’une roche fendue. Je me coince un peu entre les cailloux en voulant aller vite, j’espère qu’il n’y a pas d’obèses derrière, ça risque d’être compliqué pour eux ! Il s’est mis à pleuvoir, la pierre est glissante, je ne suis pas bien à l’aise. Je perds pas mal de temps dans le type de portion où je suis habituellement très bon. La descente est plus simple mais légèrement en dévers. J’y vais mollo pour rester sur mes deux jambes. Je perds un peu de temps sur la troisième place mais cela ne me gêne pas, la quatrième me convient à merveille. Je ne cours pas pour des prunes, si j’arrive à garder cette place je terminerais premier senior, ce serait vraiment chouette !

Un bénévole m’indique de passer à gauche alors qu’il n’y a qu’une paroi. Hein ? Ah oui, il y a une petite grotte qui doit faire à tout casser un mètre de haut! Je rentre la tête dans mes épaules et fait le canard pour traverser ce lieu féérique. Des bougies ont été installées tout le long, il y a un côté magique. La grotte fait un arc de cercle et je ressors à 10m de l’entrée. J’en profite pour dire au bénévole que c’est vraiment chouette avant de filer dans la descente.

Encore une fois la descente est très grasse et rudement technique. Avec la pluie qui s’est mise à tomber cela va aller de mal-en-pis, je commence à avoir le sentiment que cette course n’est pas pour moi, pour perfer aujourd’hui il va falloir être un très bon descendeur et être fort sur terrain glissant, deux cordes que je n’ai pas à mon arc. Je continue à descendre sur un petit rythme prudent mais que je juge assez bon par rapport à ce à quoi je suis habitué.

Un petit bout de plat me permet de récupérer, le premier un peu long depuis le départ. Ce n’est pas ce qu’on a fait de plus chouette jusqu’à présent mais au moins il permet de remettre un peu de vitesse et de relâcher la vigilance pendant 5 minutes. Tiens ? Ça revient derrière moi, zut ! Je pensais avoir fait un petit trou mais apparemment non. Pas de panique, la montée qui arrive devrait être plus en ma faveur que la dernière descente.

Encore une fois ça monte dur : un virage et boum, une ligne droite raide de chez raide dans la boue. J’aperçois les deux coureurs qui me précèdent qui arrivent en haut de la côte. Je suis moins loin d’eux que je pensais. Je me retournerais en haut pour voir où en est l’écart entre moi et le 5ème. Le terrain est encore bien glissant, pour éviter de trop patiner je passe sur le côté, dans les épines de pin. Mes mollets commencent à tirer, ils ne sont pas habitués à ce type de profil. J’ai plus de facilité à courir dans les côtes qu’à marcher. Il faut que je me remette sérieusement à la rando pour préparer l’X-alpine… Je me retourne rapidement mais ne voit rien. On dirait que j’ai refait le trou.

Un petit replat où je relance péniblement et j’atteins le premier ravito après 8km. J’avais prévu de manger un petit morceau et de boire un verre d’eau à chaque ravitaillement mais le solide me révulse ce matin. Je me contente d’un verre de coca pour le sucre et d’un verre d’eau pour l’hydratation. Je ferais mieux au suivant. Je ne m’attarde pas trop pour essayer de maintenir ma petite avance.

Je repars tranquillement avec une petite foulé, à l’économie. Me revoilà dans une montée, encore plus raide que la précédente. J’adopte la même stratégie en passant sur le côté, mes mollets sont encore un peu plus à la peine. La fin de course va être difficile… Non seulement cette montée est raide mais il faut aussi mettre les mains pour escalader les cailloux, dur dur… Arrivé en haut mes mollets sont durs comme du bois, je relance à une allure d’escargot. La première partie de course était annoncée roulante, ils nous ont bien eus !

La partie qui suit est plus plate mais je commence à être dans le dur musculairement et tendu mentalement, j’ai peur de me faire chiper la 4ème place. Cette année a été tellement bizarre que je manque de confiance en moi, j’aimerais vraiment réussir à faire quelque chose aujourd’hui pour me regonfler le moral, par conséquent je n’arrive pas à courir sereinement et grille pas mal d’énergie pour rien. Mon rythme baisse et ce qui devait arriver arriva, le coureur que j’apercevais du coin de l’œil depuis tout à l’heure fini par me rejoindre et me dépasse. Je ne cherche pas à lutter, je ne suis pas au mieux, je ne vais pas en remettre un couche.

Le moral déjà un peu entamé par la pluie et la boue prend encore un petit coup. Je profite du replat, pas trop technique pour une fois pour avancer tranquillement et profiter du paysage. Je suis rudement bien au milieu des bois, j’inspire à pleins poumons et profite de ces odeurs de forêt. Je croise une route où tout le monde m’encourage, j’ai le sourire malgré mes jambes qui ne sont pas au top. Seul un chemin glissant en dévers parvient à entacher ma bonne humeur.

Me revoilà dans une descente, boueuse comme il se doit. Je dérape un peu mais je commence à avoir plaisir à gérer les glissades et je prends confiance dans le cramponnage de mes chaussures. Finalement cette cinquième place ne me va pas si mal, certes c’est la place du con au pied du podium mais maintenant je cours sans pression, enfin serein. Et puis on ne sait jamais, il reste plus de 20 bornes et le plus gros du dénivelé est à venir, il y aura peut-être des rebondissements. Je m’étais dit qu’il fallait que je gère ma course jusqu’au 25ème et le début de la dernière grande montée, à partir de là tout pourra arriver.

Un bénévole est stationné au milieu de la descente au-dessus d’une corde, il me dit de descendre en rappel. Chouette ! Ce parcours est vraiment ludique, je m’amuse bien ! Encore un petit bout de descente pas trop difficile et j’aborde le seul tronçon de route rencontré jusqu’à présent. 100m de bitume et puis s’en vont, je traverse un petit pont enjambant le Lison que je reconnais pour y être déjà passé à vélo et bifurque à nouveau dans les bois. Ça remonte fort mais pas très longtemps, j’ai envie de relancer dans la côte mais préfère garder un peu de jus pour la suite. Me voilà sur un chemin qui monte tout doucement dans la forêt, vraiment très joli. J’ai retrouvé des jambes et je trottine de bon cœur alors que mes sensations sont proches d’une sortie longue. Le moral va mieux, je profite du moment. Une nouvelle petite montée assassine à mettre les mains et à essayer de préserver mes mollets et je débouche sur le second ravitaillement.

Les bénévoles me félicitent pendant que je bois un verre de sirop et un verre d’eau avant de repartir. Je n’ai pratiquement pas tiré sur ma poche à eau, il faudrait quand même que j’y songe… La montée reprend sur un pourcentage assez abordable, je continue à trottiner sans forcer. Les kilomètres passent, je coupe une route où les bénévoles m’indiquent que je suis à la mi-course. On m’informe également que les premiers ne sont pas loin devant. Je leur dit merci sans trop y croire, je suis dans ma bulle, seul en cinquième place, bien convaincu de ne pas les revoir.

Je termine cette montée par un nouveau passage difficile. Mes mollets sont un peu plus durs à chaque mur et les relances sont de plus en plus poussives. Ils ne tiendront jamais le choc, la fin de course va être douloureuse mais j’arrive à ne pas y penser pour le moment, chaque chose en son temps.

Le sommet passé j’entame la descente avec de bonnes sensations, en gérant les glissades sans prendre de risques, mes jambes meurtries au sommet récupèrent vite dès qu’il faut descendre, j’arrive encore à tricoter entre les pierres et les racines. Après cette descente il ne me restera qu’une bosse à encaisser et j’entamerai le plat de résistance : la montée du Montmahoux et ses 450D+, le top 10 me semble plus que gérable, le moral est bon. Un passage au ravito avec la désormais traditionnelle combinaison verre de sirop / verre d’eau et je termine la descente.

Me voilà en bas avec près de 21km au compteur, je traverse le Lison par une passerelle bien glissante alors qu’un bénévole me crie quelque chose, je comprends « … à 100m ! ». Me voilà bien avancé, il n’y a rien à 100m. Pas grave, je poursuis ma route et aborde la nouvelle montée. Le début n’est pas trop pentu, je continue de trottiner avec de bonnes sensations et aperçois un coureur dans le dur juste devant moi. Ça devait être lui qui était à 100m ! Maintenant je le reconnais, c’est l’un de ceux du trio de tête du départ. Je le dépasse sans difficulté en lui souhaitant bon courage pour la fin de course, il a l’air d’en baver… La suite de la montée est nettement plus raide, j’essaie de trouver la meilleure position pour monter tout en préservant mes mollets. Pour ne rien arranger le terrain est extrêmement glissant, une nouvelle fois je vais me mettre dans les aiguilles de pin pour essayer d’avoir un peu de stabilité. Je plains ceux qui passeront plus tard, ça risque d’être infernal une fois que la terre aura été labourée… Une corde a été tendue un peu plus haut, j’utilise au maximum mes bras pour soulager mes mollets douloureux. Je m’attends à sentir des à-coups dans la corde derrière moi mais rien ne vient, le trou est fait. Je suis ravi de cette quatrième place mais j’arrive à rester dans mon état d’esprit serein cette fois.

Le sommet est très technique avec un passage incourable sur de la roche glissante, j’essaie de rester en un seul morceau et repars en trottinant. Le balisage de cette course est très bien fait, je n’ai jamais eu à me poser de question, mais cette fois j’arrive dans un cul de sac avec un champ et du barbelé devant moi. J’ai pourtant un morceau de rubalise au-dessus de la tête… Il y a un petit trou sur ce côté de la clôture, ça doit être ça. Bingo ! Me voilà en train de traverser un champ de patates en essayant d’aller vite sans y laisser une cheville. Pas évident mais je m’en tire sans bobo. Le ravitaillement ne tarde pas à montrer le bout de son nez, je ne change pas mes habitudes et repars rapidement vers la prochaine descente.

Une fois n’est pas coutume, j’arrive à débrancher mon cerveau pour descendre sans me poser trop de questions. Je ne vais pas à une vitesse fantastique mais le rythme est correct. Depuis une dizaine de bornes maintenant j’ai trouvé mon rythme, un vrai tracteur, pas de gros changements de rythme mais peu importe le terrain, j’avance. Pas de grandes envolées, mais au moins c’est efficace. Je termine la descente et traverse une petite passerelle suspendue (attention ça tangue !). En passant je demande aux bénévoles de couper les cordes pour qu’on ne me rattrape plus mais ils ne sont pas de cet avis, dommage…

Un tout petit replat et me voilà au pied d’une nouvelle montée, deux bénévoles m’attendent en bas avec un regard vicieux sous-entendant « maintenant tu vas souffrir ». Ils me rassurent quand même en me disant que la partie raide n’est pas très longue et me disent que les premiers ne sont pas bien loin devant, 4 minutes apparemment. Ça fait quand même environ 1km sur le plat, autant dire qu’ils sont loin ! J’attaque la côte sans trop me fâcher, mes mollets sont proches du point de rupture.

En levant un peu le nez je vois un coureur quelques dizaines de mètres devant moi, il n’avance plus très vite. Je reconnais ça casquette, c’est le dernier membre du trio de tête du départ. Mince alors, je risque de monter sur le podium ! Je le rattrape dès le haut du mur et me mets à sa hauteur dans le léger faux-plat qui suit. Je lui demande si tout va bien, il me répond qu’il a des petits soucis de moteur. Pas de bol pour lui, la montée est logue, il risque de passer un sale moment si ça ne s’arrange pas rapidement. De mon côté j’ai du jus, je me dis qu’il faut serrer la vis pendant que j’en ai l’opportunité, je lui souhaite bon courage pour la suite et accélère un peu la foulée pour le décrocher. A peine cent mètres plus loin mon mollet droit fibrille, alerte rouge, les crampes arrivent ! Quelle poisse, au plus mauvais moment ! (si jamais il y a un bon moment pour cramper…). Bon, ne pas paniquer et ne pas montrer de signe de faiblesse, si je veux cette troisième place c’est dans la tête que ça se passe à présent. Je lève le pied très légèrement pour que la crampe ne prenne pas sans toutefois me faire rattraper en priant pour que le pourcentage augmente rapidement pour pouvoir marcher et étirer le muscle ce faisant. Bingo, la montée reprend. J’essaie de bien dérouler le pied pour détendre le muscle pendant que je me résous à siphonner ma réserve d’eau pour me réhydrater autant que possible. Après deux gorgées me voilà en train d’aspirer en vain : le tuyau a bougé et a fait un coude, plus moyen de boire à moins de m’arrêter. J’ai juste envie de jeter mon sac à dos très loin tellement j’enrage. Je veux bien craquer à cause d’un pépin physique, mais craquer pour un misérable problème technique c’est vraiment trop frustrant ! Le ravitaillement n’est pas très loin, j’ai toute la montée pour faire passer la crampe, je pourrais me réhydrater en haut. Tout ce que j’ai à faire c’est gérer la crampe jusqu’au sommet tout en faisant le trou pour le marquer moralement.

Je jette un œil à ma montre, un peu moins de 350m à grimper. La crampe n’a pas l’air de trop vouloir me chatouiller en marche rapide, j’essaie donc d’envoyer un peu en évitant de prendre de mauvais appuis malgré la boue toujours omniprésente. Je creuse un peu l’écart mais nettement moins vite que ce que je souhaiterais. Le terrain s’aplani, il faut relancer dans l’herbe avec une petite côte. J’arrive à courir en faisant de tout petits pas, c’est affreusement lent, impossible de creuser un écart comme ça mais mes muscles ne me permettent pas plus, je sens que mon mollet est au point de rupture. Le calvaire est de courte durée mais est bien vite remplacé par un autre, un nouveau mur me fait face suivi d’une nouvelle longue et douce montée dans l’herbe. J’ai l’énergie pour aller vite mais le corps ne suit pas. Je suis sous-entraîné, ça ne va pas.  Quatre sorties longues dans les jambes c’est trop peu, il faut que je revoie mon mode d’entrainement. Malgré mon allure d’escargot l’écart se creuse peu à peu mais c’est encore loin d’être suffisant. Une petite descente m’éloigne un peu du sommet, il va falloir remonter les 40m descendus, j’ai hâte d’entamer la descente et de voir l’état de mes jambes. Une nouvelle fois je me retrouve dans un cul de sac à chercher par où passer et perds du temps pour trouver le trou dans le barbelé. Nouvelle portion dans un champ patates et c’est le début de la montée finale vers le signal de Montmahoux. C’est parfaitement courable mais je ne prends pas le risque, mon mollet n’en est pas capable.

Je marche à une allure pitoyable et retrouve plein de spectateurs venus nous encourager pour la fin de l’ascension, ça fait du bien au moral ! Je remercie tout le monde et termine les derniers mètres de dénivelé en trottinant. Je m’arrête brièvement au ravitaillement pour boire mon mélange gagnant sirop / eau une dernière fois en espérant que mes muscles vont se réhydrater rapidement. Je repars aussi vite que possible dans la descente et croise un coureur qui me tape dans la main, je ne comprends pas de qui il s’agit, j’ai le cerveau un peu dans le pâté. Il me semble que c’est le coureur qui est en tête, on doit donc remonter par un autre chemin ? Quelle horreur… Plus je descends plus cela me semble improbable et je finis par comprendre que c’est le 5ème. Mince ! J’étais persuadé qu’il était dans les choux mais il a réussi à rester au contact. Les derniers kilomètres vont être chauds !

Je n’ai pas vraiment le choix, je relance encore un peu plus dans la descente. Les jambes ont l’air de supporter l’effort, tant mieux ! Il reste quand même une petite montée d’après le profil, il faut gérer encore un peu. Il reste moins de 7km, en termes d’effort ça me paraît peu, en termes de bagarre pour la 3ème place ça me paraît énorme. Je vais continuer comme j’ai fait depuis le début et avancer sans penser à la suite, ce qui doit arriver arrivera.

Je traverse le village de Montmahoux sous les encouragements et entame la dernière petite bosse. Rien de bien méchant mais mon mollet ne veut toujours pas pousser. Je marche. Je risque un œil dans mon dos et découvre que les soucis de moteurs sont finis pour l’ancien 3ème, il revient sur moi en courant. Pas le choix, je force sur la mécanique pour relancer mais très vite mes quadriceps me rappellent à l’ordre : eux aussi commencent à cramper. Cette fois ça sent le roussi pour moi. Voilà que je suis repris, nous échangeons quelques mots avant que je ne lui dise de passer devant, cette fois les problèmes moteur sont pour moi.

C’est parti pour la descente, j’arrive à m’accrocher derrière lui un moment mais le terrain ne me convient pas : boueux et glissant, je suis obligé de faire des efforts latéraux sur mes quadris pour rester debout, ceux-ci n’encaissent pas le choc et la crampe repart d’un coup dans mes deux cuisses. Aie ! Je suis obligé de lever le pied mais je parviens tout de même à courir encore un peu malgré mes deux poteaux. Je reprends l’arrière garde du 10km, ça me permet de relativiser : je suis démoli mais j’avance encore à un rythme honorable. Tout le monde m’encourage, ça fait du bien. Par contre la troisième place a disparu de mon champ de vision. Pas grave, il était plus fort que moi, c’est mérité. La quatrième place me va bien, je vais essayer de la défendre plutôt que risquer de tout perdre.

Mes cuisses se sont un peu décrispées, j’essaie de ne pas trop freiner pour les laisser respirer. Je retrouve de la vitesse et de l’aisance technique, je m’amuse vraiment dans ce final malgré les douleurs. Je ne vois pas la descente passer et déjà j’arrive sur un chemin que je reconnais : je suis à quelques centaines de mètres de la source du Lison. La configuration du terrain me permet de jeter un œil en arrière, personne : j’ai au moins 300m d’avance sur mon poursuivant et il me reste environ 2km de faux-plat plutôt descendant. Sauf problème technique il ne peut plus rien m’arriver, je commence à serrer le poing. Je traverse le parking de la source, deux bénévoles m’indiquent le chemin et me confirment qu’il ne reste que deux kilomètres. Je me retourne encore un peu pour profiter de la vue, ces sources sont magnifiques.

Trail de la source du Lison

Un petit virage en épingle, une relance et je vois le sac rouge du coureur avec qui je bataillais tout à l’heure : il a l’air perclus de crampes. Je m’arrête à sa hauteur pour lui demander si tout va bien, il a l’air dégouté, ses muscles viennent de le lâcher, il est complètement bloqué. Je suis dégouté pour lui, il avait fait une super course et méritait sa troisième place. Je repars devant, vraiment mal à l’aise d’usurper la troisième place ainsi. Mal à l’aise mais bien déterminé à la garder maintenant qu’elle m’est tombée toute cuite dans le bec. J’essaie de courir vite sur ce dernier tronçon roulant au bord du Lison tout en gardant une petite marge de sécurité pour éviter de cramper. Je me fais doubler par un missile : le premier du 21km. Sans essayer d’accrocher je profite de sa vitesse pour me donner un point de repère, je vais à une bonne allure malgré un chemin pas vraiment plat.

Trail de la source du Lison

Plus qu’un kilomètre et rien en vue derrière moi, c’est quasiment gagné. Je n’en reviens pas, c’est totalement inespéré ! Je maintiens le rythme, dépasse encore quelques coureurs du 10km, encore 700m. Je traverse une passerelle en savourant. Ca y est j’entends le micro du speaker et j’aperçois les maisons. J’enjambe un dernier petit pont, traverse la route et passe sous l’arche alors qu’on annonce mon nom. C’est fait ! Je me risque à un petit saut de cabris qui ne passe pas loin de la correctionnelle : la crampe dans mon mollet se rappelle à mon bon souvenir.

L’après-course est des plus agréables, après avoir dit un petit mot dans le micro et félicité les autres coureurs avec qui j’ai bataillé je profite d’une douche à peu près chaude puis ai même droit à une séance de cryothérapie. J’étais assez curieux de ce mode de récup depuis un moment, c’est assez efficace, on ressort de là plus léger et les courbatures ne sont pas trop terribles le lendemain malgré les crampes. Ca vaux le coup de greloter pendant deux minutes ! En plus la différence de +150°C quand on sort de là n’est pas désagréable, on a l’impression d’avoir chaud malgré le climat glacial franc-comtois. Les autres arrivent peu de temps après moi, Léonard et Pierrot en terminent lorsque je sors de la douche, Anna passe la ligne en 4ème place chez les filles et Maxime qui s’est fait mal au genou galère pour rallier la ligne. Nous voilà à la tête d’une belle collection de trophées : Anna 4ème, Léonard 1er espoir et ma 3ème place.

Trail de la source du Lison
Trail de la source du Lison
Trail de la source du Lison

J’ai vraiment apprécié cette course, très belle, très sauvage avec au maximum 700m de bitume, très technique et bien plus physique que les 1500m de D+ annoncés pourraient laisser présager. J’ai trouvé exactement ce que j’étais venu chercher : une course qui me donne l’impression de vivre une belle aventure, de passer par tous les états et de livrer une bonne bagarre pour jouer les places d’honneur. Ca valait la peine d’attendre !

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