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Ultra Tour des 4 Massifs

Publié 28 Août 2013 par Thomas Diconne in montagne, trail, ultra, relai

Ultra Tour des 4 Massifs

Les vacances sont terminées! Après 15 jours à arpenter de le Queyras, quelques 300Km parcourus et 20 000m de dénivelé encaissés l'heure est à la reprise avec un bel objectif: l'UT4M en relais à 4. Un programme très alléchant: 4 coureurs, un massif chacun et environ 40Km et 2500m de dénivelé à se mettre sous la dent. Finalement ça ne va pas tellement me changer de mes vacances...

Le projet est né il y a près d'un an, alors que l'organisation venait juste d'annoncer la création de l'épreuve, quand au retour d'un entrainement je reçoit un mail de Yann me proposant de faire partie de cette aventure en compagnie de Benoit et Olivier. Après un rapide coup d’œil à mon agenda: tout colle! J'envisageais potentiellement le tour de la grande casse à la même époque mais une opportunité comme celle-là, ça ne se refuse pas! Et me voici embarqué dans cette belle aventure avec un beau challenge: aller accrocher le podium. Vu le niveau des trois loustics j'ai la pression sur les épaules, me voilà le maillon faible du groupe. Il va falloir s’entraîner dur pour être à la hauteur...

Après un rapide conciliabule les relais sont définis: Yann se chargera de nous mettre sur orbite en attaquant avec le Vercors, je prendrais ensuite le relais avec le Taillefer (à la base une seule grosse montée de 2500m puis la même chose à la descente), Olivier pourra alors régler son affaire à Belledone en appréciant le coucher de soleil avant que Benoit ne conclue l'aventure avec un dernier relais nocturne à travers la Chartreuse.

Tout semble réglé sur le papier mais voilà un premier gros coup dur: Yann s'est gravement blessé suite à la diagonale des fous, après avis médical c'est fichu pour le mois d'août... La tuile... Il nous reste du temps et nous rallions finalement Raph au projet, ca tombe bien il connait le Vercors comme sa poche!

L'entrainement de chacun reprend son cours, Yann est en bonne voie de guérison et la date fatidique du 23 août approche à grand pas quand soudain Raph se blesse au dos le lendemain de la clôture des modifications d'équipes... Finalement Olivier parviens à convaincre Josselin de rejoindre l'aventure, s'ensuit une belle négociation de Benoit auprès de l'organisation qui nous permet de nous remettre en selle. Ouf!

Nous voilà à 15 jours du départ, mes vacances dans le Queyras se terminent et voilà que je commence à me projeter sérieusement dans la course. Sur le chemin du retour à Lyon ma route passe par Grenoble, j'en profite pour appliquer l'adage "Après 2h la pause s'impose": me voilà à Saint Georges de Commiers en tenue de trail pour une rapide reconnaissance de mon parcours.

Après mes 15 jours de montagne je ne suis plus frais du tout, les articulations me font mal et l'horaire n'est pas des plus propices à une sortie très longue (12h30 et 33°). J'opte donc pour une reco "light" jusqu'à Laffrey en passant par le premier col, soit environ 10Km du parcours. C'est maigre mais mieux que rien, je saurais au moins à quoi m'attendre pour gérer mon début de course.

Cette petite reco est riche en enseignements: ce col de la Chal qui n'est pourtant pas le plus terrifiant sur le papier va me donner du fil à retordre. C'est très raide, quelques portions moins pentues permettent de relancer sur quelques mètres mais arrivé au sommet je ne me sens pas de poursuivre l'effort pendant encore 30Km. Bien qu'étant sous le couvert des arbres la chaleur me coupe les jambes mais la fatigue des derniers jours cumulée à l'effort produit dans ce col n'est pas étrangère au coup de pompe qui m'accable.

La suite du parcours est plus roulante avec une longue portion de route descendant de Font Reynier jusqu'à Laffrey en empruntant un chemin carrossable puis un petit sentier nettement plus amusant.

Cette reco me laisse assez partagé, l'ascension du col était très amusante avec un single très pentu en sous-bois le long du torrent, en revanche la descente vers Laffrey est loin d'être palpitante. J'espère que le reste du parcours sera plus sauvage... En tout cas une chose est certaine: physiquement le défi sera au rendez-vous, entre le profil du parcours et la chaleur que je risque de trouver l'organisme sera mis à très rude épreuve...

Plus qu'une semaine avant l'épreuve, les quatre larrons sont sur le pied de guerre et nous décidons de faire une petite reconnaissance du parcours de Josselin. Direction Vif pour repérer la fin du relais du Vercors. Au programme ascension du Bémont, montée au col de l'Arc puis dernière petite montée au pic Saint Michel (hors parcours, juste pour le plaisir) avant le retour en sens inverse. Conclusion: une énorme descente pour Josselin depuis le col de l'Arc puis une dernière difficulté assez pentue avec le Bémont qui risque d'en faire coincer plus d'un! Au final une superbe sortie de 27Km pour 2700m de dénivelé dans la joie et la bonne humeur qui nous aura permis de peaufiner les derniers détails de l'organisation.

A présent nous voilà fin près pour la dernière partie de la préparation et pas nécessairement la plus compliquée: la phase de repos! (Bon, une semaine sans sport c'est trop pour moi, je confesse une sortie VTT, deux footings et un petit saut à la piscine durant le week-end)

Cette fois nous y sommes bien: jeudi 22 août, veille de la course! Nous nous retrouvons à la gare avec nos sacs biens chargés, remontés comme des coucou, prêts à tout casser. Le voyage se passe en discutant de nos différents relais, en vérifiant que nous n'avons rien oublié dans nos sacs de course particulièrement chargés (nous partons avec le même équipement que les solos) et en se chambrant mutuellement: la pression commence à monter. L'objectif du podium est toujours d'actualité...

Une fois à Grenoble, direction le parc Paul Mistral et l'ancienne patinoire pour le retrait des dossards, mais avant d'obtenir le précieux sésame nous passons par la case contrôle des sacs. Nous sommes tous les quatre au point, tout y est: coupe-vent, sur-pantalon, collant, vêtement chaud, bonnet, gants, casquette, sifflet, couverture de survie, gobelet, deux lampes frontales avec piles de rechange, réserve d'eau et alimentaire, téléphone portable... Mon sac à dos est plein à craquer et je n'ai pas encore rempli ma poche à eau, je ne sais pas comment je vais pouvoir avancer avec tout ça sur le dos...

Nous repérons les autres équipes sur le tableau d'affichage: Team Lafuma, Team Raidlight, Team Endurance Shop et... Team AAAL! (Ainsi que d'autres équipes qui ont l'air pas mal) Du beau monde donc, le podium va être des plus disputés!

Une autre équipe interpelle Benoit afin qu'il leur prête de l'équipement histoire de passer le contrôle. Ce n'est pas faute d'avoir été prévenus par l'organisation bien assez tôt, voilà au moins six mois que les règles du jeu sont définies (logiques ou non, la question n'est pas là), maintenant il faut s'y plier... "Oui mais on court tout le temps des 40Km!" lui répondent-ils... Je ne vois pas bien l'intérêt pour moi d'emmener des vêtements chauds alors que je pars pour affronter une grosse chaleur mais tant pis, je porterais mon fardeau! Il faut aussi se mettre à la place des organisateurs, monter une épreuve de cette envergure en l'espace d'un an et des poussières, on peut comprendre qu'ils n'aient pas le temps de s'embêter avec les spécificités de chaque relais, d'autant plus que c'est pour notre sécurité. Bref, on va jouer le jeu!

Nous voilà en possession de nos dossards et de nos sacs de cadeaux: un gel, une barre de céréales, un buff et un gobelet assez bien pensé. Nous sommes fins prêts! Nous passons poser nos sacs chez les beaux parents de Benoit qui ont la gentillesse de nous héberger et de nous prêter une voiture le temps de la course. Nous allons être comme des coqs avec de bons lits pour nous reposer et une chouette vue sur le Vercors!

Retour à l'ancienne patinoire pour assister au briefing d'avant course et à la pasta party. Tout le monde attend avec espoir de savoir si nous pourrons alléger les sacs, manque de chance, après la grosse chaleur de vendredi des orages sont prévus pour la journée de samedi: nous allons courir chargés comme des mules! Le reste du briefing ne nous apprend finalement rien de très nouveau, nous découvrons le balisage du parcours et apprenons que le terrain est balisé tous les 30m environ. Normalement il sera difficile de se perdre!

Un dernier repas bien consistant à la pasta party et retour à notre base de vie pour faire quelques courses avant un gros dodo! Enfin pas pour tout le monde, Josselin est consigné dans le salon pour ne pas nous déranger, son départ étant à 5h il va devoir se lever à 3h. Connaissant la réputation de l'animal Olivier a déjà mis un réveil pour aller vérifier qu'il est bien réveillé.

La nuit n'est pas des plus reposantes pour moi, je gamberge pas mal. Les petites blagues de la veille du type "Josselin, on compte sur toi pour arriver deux minutes avant le deuxième", "Thomas, ta mission est de nous mettre sur orbite..." ont bien fait prendre la mayonnaise et me voilà avec la pression sur les épaules: pas le droit à l'erreur, interdiction de coincer, il va falloir se bagarrer jusqu'au bout. Cette fois je ne joue pas pour moi mais pour toute l'équipe.

Le réveil sonne: 8h! Je saute du lit, impatient de savoir où en est Josselin. Benoit est le plus rapide: il est 17ème, à 15 minutes de la tête de course, au premier point de contrôle sur les 53 équipes au départ. C'est bien, il est parti prudemment. Une fois l'ascension du Moucherotte terminée il pourra allumer le moteur et commencer à grappiller des places. En tout cas on l'espère!

Pendant que Josselin porte vaillamment nos couleurs il est temps de penser à nous. D'après mes prévisions je devrais partir entre 11h et 11h30, il est donc temps de manger! Ma grosse interrogation est que manger et en quelle quantité sachant que du fait de mon heure de départ je vais sauter le repas de midi alors que je pars pour environ 6h d'effort. N'ayant pas couru depuis mardi et au vu des quantités de pâtes et de malto ingurgitées mes réserves sont faites. Le seul souci va être de ne pas ressentir de sensation de faim pendant la course. J'opte pour petit déjeuner très copieux, je mangerais peut-être un paquet de gâteaux secs vers 10h30 si je me sens un peu léger.

Olivier, d'humeur caustique me montre son téléphone: Josselin est en tête de la course! Ah non, en fait il était le premier relayeur à entrer dans le sas de départ. Fausse joie... En revanche il vient de passer un second point de contrôle: la remontée à commencée, le voilà 12ème au collet de Furon!

Un dernier coup d'oeil au sac, je remplie la poche à eau qui rentre miraculeusement et je troque mon gobelet contre un bidon (vide au départ) qui me permettra d'ajuster le volume d'eau embarqué entre chaque ravitaillement. J'aimerais autant éviter de perdre du temps à remplir le kamelbak, en m'hydratant bien à chaque ravito et avec les 600mL du bidon et les 1,5L de ma poche pour compléter je devrais parvenir à tenir toute la course malgré la chaleur. Cette fois tout est prêt, seul le bonhomme n'est pas encore chaud bouillant.

A présent, en voiture pour aller encourager Josselin à Saint Paul de Varce après la descente du col de l'arc et avant le Bémont. Arrivés sur place nous trouvons un peu de monde au bord de la route pour encourager les coureurs. Première surprise, nous voyons plus de solos que de relayeurs en tête de la course! Soit le niveau des relayeurs est assez faible, soit les solos sont partis comme des cinglés et bon nombre d'entre eux n'arrivera pas au bout. Les relayeurs se succèdent et toujours pas de Josselin, je commence à stresser, j'espère qu'il n'est pas tombé dans la descente... Nous remontons un peu pour aller le chercher, je crois reconnaître Lucas Papi avec qui j'avais bien papoté dans le Jura mais il passe trop vite, je vérifierais ca plus tard.

Finalement notre Josselin arrive bien placé, à un temps raisonnable de la tête de course et toujours aux alentours de la 12ème place, parfait! Reste à reprendre quelques coureurs dans la dernière bosse pour que je reprenne le flambeau dans une bonne situation.

Ultra Tour des 4 Massifs
Ultra Tour des 4 Massifs

Nous l'accompagnons sur quelques centaines de mètres jusqu'à la fontaine de l'église où il peut se mouiller la tête. Il a l'air marqué mais l'arrivée n'est plus très loin, encore une dizaine de kilomètres et 350m de dénivelé, nous l'encourageons autant que possible avant de le laisser repartir. Cette fois je sens vraiment la pression, dans moins d'une heure c'est à moi de jouer! Je sais que j'angoisse sans raison, je n'ai rien de très compliqué à faire, le risque de me planter est assez ténu: je n'ai qu'à courir comme je sais le faire, ne pas m'enflammer et gérer ma fatigue, penser à boire régulièrement et à manger aux ravitaillements. Le cœur commence à redescendre. Un petit coup de stress, la chaleur est omniprésente: attention à la déshydratation! Je bois régulièrement afin de partir dans des conditions optimales.

Nous arrivons finalement à Vif, derrière le collège. Je fais un dernier arrêt aux stands afin d'être totalement à l'aise pour courir et je file me trouver un coin à l'ombre pour regarder passer les coureurs pendant que Benoit et Olivier vont chercher Josselin. Olivier doit faire sonner mon téléphone quand Josselin arrivera au pied de la bosse, ce qui me laissera une dizaine de minutes pour me préparer. Je peux me détendre en attendant.

Me voilà adossé à un mur, à l'ombre à regarder les solos passer et les relayeurs s'élancer. Cette fois le calme m'a regagné, l'ambiance de course me détend, je suis dans mon élément. Un coureur vient s’asseoir à côté de moi et nous taillons une bavette. Je revois passer Lucas Papi, cette fois c'est sûr c'est lui! Il est très bien placé, j'espère qu'il pourra tenir... J'aperçoit aussi Willy qui avait partagé ma chambre à Mijoux, il a l'air plus marqué.

Pendant ce temps l'heure tourne et pas de nouvelles de Josselin, je vérifie régulièrement mon téléphone pour être certain de ne pas avoir manqué le coup de fil d'Olivier. Il est en retard... Je vois des relayeurs passer, j'ai arrêté de compter, l'écart est maintenant franchement conséquent et je sens que le podium est désormais loin. Je suis partagé entre l'énervement de voir les autres s'élancer et l'écart s'accentuer, l’excitation de bientôt partir et la déception de voir le podium s’échapper devant moi.

Ca y est, le téléphone sonne! Je saute sur mes pieds, ajuste mon sac et me place au départ, prêt à faire scanner mon dossard. Quelques coureurs s'élancent encore, ils m'ont l'air d'être des proies faciles, cette fois les sentiments ne sont plus partagés: je suis remonté comme une pendule, bien déterminé à nous remettre dans la course au podium. Fini les beaux discours sur la gestion de course et les départs prudents. Je me sens très bien, je vais partir vite sans toutefois me mettre dans le rouge, je sens que je vais aller au carton. Je mise tout sur ma capacité à oublier la fatigue et à serrer les dents. Après coup cette stratégie me semble stupide et prétentieuse, c'est quitte ou double. En solo pourquoi pas, en équipe gare aux dégâts... Avec l'euphorie du départ me voilà devenu idiot...

Ultra Tour des 4 Massifs

Voilà mon défi du jour: un peu plus de 45Km et 3200m de dénivelé en pleine chaleur.

On peut découper la course en 9 sections:

  1. Une section roulante jusqu'à Saint Georges de Commiers entrecoupée d'une petite bosse histoire de chauffer le moteur
  2. L'ascension du col de la Chal, première difficulté de la journée 880m en 6Km
  3. La descente sur Laffrey et son ravitaillement suivie d'une petite portion plane qui m'emmènera au 15ème kilomètre
  4. Une seconde grosse ascension de 700m en 6Km qui nous conduira sous la grande Cuche
  5. Un tronçon assez roulant par les pistes de l'Alpe du grand Serre pour aller au ravitaillement de la Morte au 25ème kilomètre
  6. La grosse difficulté du jour: l'ascension du pas de la Vache, 4.9Km / 980m de dénivelé
  7. La descente du pas de la Vache jusqu'au lac Claret
  8. Une portion roulante passant par le ravitaillement de Poursollet puis qui nous conduira aux chalets de la Barrière après une petite montée pas franchement raide
  9. Enfin l'ultime difficulé: une énorme descente de 1300m sur 4,4Km, soit plus de 30% de moyenne qui me conduira à mon arrivée à Rioupéroux. La portion de la course que je redoute le plus.

L'idée initiale était d'aborder la descente du pas de la Vache dans un état correct. A présent le plan est plutôt d'arriver le plus vite possible à la Morte, ensuite il faudra serrer les dents sur les 20 derniers kilomètres. Bref, je me prépare à passer un sale quart d'heure (enfin plutôt un sale quatre heures!)...

Ultra Tour des 4 Massifs
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J'aperçoit Benoit qui déboule, il m'appelle pour être sûr que je suis prêt à m'élancer. Je me rapproche de l'arrivée de Josselin pour lui éviter d'avoir des mètres en plus à faire. Il arrive, il a l'air épuisé! Un bénévole scanne son dossard, je lui tape dans la main et le félicite et me voilà parti comme un fou furieux en répondant aux encouragements des copains. Je m'arrête quelques secondes pour faire scanner mon dossard en sortie avant de repartir pied au plancher. Olivier m'accompagne sur les premiers mètres et me dis de ne pas partir trop vite. Le conseil entre par une oreille et se heurte à un mur. Olivier accélère un peu pour faire une photo de moi, j'en profite pour faire un peu le guignol pendant que je suis frais.

Ultra Tour des 4 Massifs

Me voilà parti sur un bon rythme, les premiers hectomètres de plat me conviennent à merveille et je croque déjà un ou deux solos que je ne manque pas d'encourager en passant. Partir pour 160Km, qu'ils arrivent ou non à terminer, voilà qui force l'admiration! Le plat de dure pas et voici la première grimpette qui commence: une petite bosse sous l'autoroute sensée nous conduire à St Georges. Je dépasse dès le début une petite dame avec un dossard rouge. Et une place de grappillée, une! J'ai repéré quelques relayeurs partis peu avant moi, j'ai bon espoir d'en dépasser encore quelques-uns rapidement. En revanche je n'ai aucune idée de mon classement. D'après ce que j'ai entrevu je dirais entre la douzième et la quinzième place mais rien n'est moins sûr. De toute manière je vais tout donner et toucher du bois pour que Olivier et Benoit arrivent à finir le boulot. Au moins j'ai trouvé une très (trop?) grosse motivation pour aller m'arracher, ça c'est positif!

La petite bosse n'est pas si petite qu'elle en a l'air avec ses 130m à grimper, pas de grosse difficulté pour autant mais elle donne le ton, la journée va être rude. Je profite de cette petite côte pour dépasser un second relayeur parti peu de temps avant moi. Je lui souhaite bonne course et continue sur cette bonne allure, déjà le sourire aux lèvres, je sens qu'il y a moyen de faire un coup.

J'arrive au sommet de la bosse et passe sous la pile de l'autoroute, c'est assez curieux comme paysage, je suis au milieu des bois et des dizaines de voitures passent au dessus de ma tête. Place à la descente maintenant, rien de technique, je débouche rapidement sur une route que je dévale sans trop m'énerver: il va falloir économiser les genoux aujourd'hui, je suis encore marqué par le dénivelé négatif avalé cet été...

Une fois en bas je dépasse un coureur solo, après les encouragements de rigueur celui-ci me signale que les deux prochains coureurs sont des relayeurs. Je le remercie et accélère un peu, le couteau entre les dents, prêt à les croquer. Nous sommes sur une route départementale dont une voie a été bloquée spécialement pour nous laisser passer, guère passionnant mais cela me permet de laisser parler ma vitesse sans trop me fatiguer. Je dépasse le premier relayeur au détour d'un virage sans autre forme de procès puis le second ne tarde pas à arriver dans mon viseur. La portion bitumée arrive à son terme, il va bientôt falloir sauter une barrière pour passer sur le bas côté. N'ayant pas encore bu je met ce temps à profit pour boire quelques gorgées, comme je l'ai dis et répété depuis des jours: l'hydratation sera la clé aujourd'hui!

Arrivé devant la barrière je joue la sécurité et évite les acrobaties: j'enjambe bêtement l'obstacle et repars rambour battant sur un petit chemin encadré d'orties. Je vais finir par remettre des booster rien qu'à cause de çà... Je parviens à dépasser mon quatrième relayeur avant d'arriver au bout du chemin et sans me faire piquer par les orties. Décidément, c'est la curée en ce début de course! A ce rythme je vais être en tête avant Laffrey! Avec cette petite remontée je pense revenu dans le top 10, je suis en confiance, les choses se passent bien pour le moment et j'arrive sur la section que j'ai reconnu 15 jours plus tôt.

Je bifurque dans Saint Georges de Commiers et c'est parti pour la première véritable grimpette, nous grimpons dans le village, en plein soleil. Je dégouline comme après une douche après seulement trois kilomètres, je vais être desséché dans pas longtemps! Pour le moment le pourcentage n'a rien de méchant mais je sais que je vais prendre 900m dans les cuissots, je suis pressé mais pas de d'excitation pour autant; je me contente de marcher d'un bon pas et de relancer un peu quand les replats le permettent. Je passe devant une fontaine et en profite pour boire un coup. Quelques hectomètres plus loin je vois trois solos (dont Lucas) faire la queue à une autre fontaine, cette fois je ne m'attarde pas et je file dans la montée qui bifurque sur la gauche pour atteindre les hauteurs du village. Le pourcentage se fait plus sec, plus à l'image de ce qui va suivre. Je débouche au sommet de Saint Georges sous les applaudissements, je remercie tout ce petit monde et après cette mise en bouche m'attaque au plat de résistance: les 800m restants vers le col de la Chal.

Les premiers mètres sont très costauds, pas question de courir. J'attend que l'orage se tasse et profite d'un replat pour repartir à l'assaut. Ce n'est pas sur ma vitesse de marche que je vais réduire l'écart mais sur ma qualité de relance. Je connais cette montée, je vais mettre cette expérience à profit pour courir autant que possible sans toutefois me carboniser.

Le côté ombragé de cette montée me permet de ne pas trop transpirer, d'un autre côté le train infernal que je m'inflige ne me laisse pas beaucoup de temps pour siroter mon kamelbak, d'autant que les bâtons m'occupent bien les mains! Les premiers mètres passent plus vite que dans mon souvenir, tant et si bien que je traverse un hameaux et me retrouve devant le torrent sans même y avoir prêté attention! Entre temps j'ai dépassé quelques solos avec les traditionnels encouragements.

Me voici maintenant dans le dur de la montée, le pourcentage se durcit encore et il me faut maintenant franchir quelques volées de marches installées dans des virages tant la montée est raide! L'affaire se corse encore un peu, le chemin assez lisse jusque là s'agrémente maintenant de cailloux et d'un peu d'eau qui les rend glissants. Pas de panique, dans ce sens tout va bien, il suffit de bien regarder où passer. Les mètres défilent au compteur, le rythme est très bon et je n'ai pas la sensation de forcer pour le moment. Cependant je sens que l'intensité que je mets depuis le début est trop élevée, si je ne ralentie pas le rythme très bientôt je vais exploser après 25 à 30 bornes... J'ai beau avoir cette donnée en tête, mes jambes sont maintenant réglées sur cette allure et ralentir va me frustrer. Tant pis, je tente le pari et garde mon train d'enfer, on verra ce que ca donne à Laffrey, j'aviserais en buvant un godet.

Et je continue à grimper en relançant au maximum, je dépasse toujours pas mal de solos et les sempiternels "Aller, Courage" et "Bravo, c'est super" sont devenus aussi naturels que ma respiration. Je passe devant une fontaine mais passe tout droit dans mon empressement, pas très malin de ma part... L'altimètre m'indique que je suis à présent à 850m d'altitude, courage, plus qu'un mont Thou à avaler! Les pierres et la boue ont maintenant cédées la place à la végétation, me voilà encerclé d'orties... J'essaie de ne pas trop dévier de ma trajectoire pour ne pas avoir à me gratter jusqu'à Laffrey. Le pourcentage a quelque peu diminué, cela me laisse un peu de répit pour m'hydrater, je n'ai vraiment pas été au top sur ce point depuis le départ, j'espère que cela ne va pas me porter préjudice... Le sommet est tout proche à présent, ca tombe bien je commence à en baver un peu! Je garde l’œil rivé sur l'altimètre jusqu'au sommet. Ca y est, j'y suis!

La portion qui arrive va me permettre de m'en donner à cœur joie: un léger faux plat montant sur près d'un kilomètre avant une jolie descente qui permet d'envoyer la sauce à condition de bien regarder ses pieds. Chouette! Cette fois fini la marche, place à la course: je prend mes bâtons à la main, mon sac est trop volumineux pour que je les range normalement: ils prennent une mauvaise position et viennent me découper l'épaule. Rapidement je remonte sur Willy, je lui tape sur l'épaule "Tiens, t'es là aussi toi?" et fais un brin de causette avec lui. J'aimerais bien papoter un peu plus longtemps mais les copains comptent sur moi, je lui souhaite bon courage et remets les gaz.

Deux autochtones à vélo nous encouragent juste avant de bifurquer dans la descente. Cette fois je ne retiens plus mes jambes et je pars bon train dans la pente, les premiers mètres ne sont pas évident, je reste bien concentré pour sauter entre les cailloux et éviter les racines. Rapidement je remonte sur la première féminine du moment qui me demande où sont ses concurrentes directes. Je lui répond qu'elle a une jolie marge, je les ai dépassées avant le milieu du col de la Chal. Et je repars comme une fusée dans cette petite descente. Moi qui espérait faire la course tout seul dans mon coin, en tête à tête avec les montagnes c'est raté! Je suis assez tranquille mais j'ai toujours quelqu'un devant moi, c'est assez motivant et me pousse à maintenir le rythme.

Je rejoins à présent un groupe de trois solos qui me laissent passer. "T'es bien frais toi dis-donc!" "Je viens juste de partir" "Oui, enfin t'as quand même un col dans les jambes!" Ah oui tiens, je suis tellement obnubilé par le pas de la Vache et la descente vers Rioupéroux que je n'ai même pas réalisé que j'avais déjà dévoré 1000m de dénivelé! Je prend la poudre d'escampette et rejoins le hameau de Font Reynier pour la longue descente bitumée vers Laffrey. Soudains j'entend des cris derrière moi, je me retourne: les trois solos de tout à l'heure m'indiquent que je suis hors parcours. Hein? Ah mince! Ils ont modifié cette section depuis l'autre jour! Je remonte un peu et ô miracle: nous évitons la route et empruntons un petit sentier bien camouflé drôlement plus rigolo! Premier passage devant les photographes et je dépasse une seconde fois mon équipée de solos que je remercie au passage.

La descente n'est pas évidente mais j'arrive à aller bon train sans m'emmêler les pinceaux, la remontée au classement peut reprendre de plus belle! La fin de la descente est nettement moins compliquée et débouche sur le chemin carrossable un peu avant Laffrey. La portion plane passe comme une lettre à la poste, la remontée à travers le lotissement également, pas de quoi me ralentir! Une dernière descente et me voici arrivé en ville. Je longe un trottoir pour remonter un peu la route Napoléon et bifurque à gauche en direction du lac. Cette fois c'est bon, je vois la ravito!

En arrivant je passe faire scanner mon dossard, grosse pensée pour les copains du club qui suivent la course sur internet, depuis la veille les messages d'encouragement pleuvent, les commentaires fusent sur facebook, c'est la folie! Je n'aie de cesse de penser à eux pendant la course, à chaque relayeur que je dépasse j'imagine leur regard halluciné devant l'écran. Je regrette de ne pas pouvoir avoir leurs commentaires en direct pendant la course mais d'un autre côté cela me pousse à me dépêcher pour les découvrir le plus rapidement possible.

La pause s'impose, je pose mes bâtons au bord de la table et une bénévole s'échine à vouloir me les tenir pendant que je me restaure. Connaissant ma propension à repartir comme un bolide en oubliant tout derrière moi je suis obligé de les lui reprendre trois fois des mains avant qu'elle ne comprenne que je ne compte pas les lâcher d'une semelle! Pendant ce temps je sors mon bidon et j'attaque les festivités: je descend la quasi totalité de son contenu pour rattraper ce que je n'ai pas bu sur cette première section puis je m'attaque aux quartiers d'oranges, morceaux de banane et tranches de cake. Il est midi, il faut que leurre mon estomac pour ne pas ressentir la faim. Il y a aussi du salé: jambon, saucisson, fromage, mais tout ça ne m'inspire pas, j'aime autant rester sur du frais. Je descend un second bidon, refais le plein pour la route, attrape une tranche de cake pour la route et c'et parti pour le second tronçon: direction la Morte! Ah non, un dernier petit arrêt: on me propose un tuyau d'eau destiné à refaire le plein, que neni, je m'arrose copieusement avant de repartir au galop!

Ultra Tour des 4 Massifs
Ultra Tour des 4 Massifs

Je repars derrière un solo le long du lac. Une voiture sort du parking juste devant lui, recule et manque le percuter... Je suis à deux doigts de m'arrêter pour crier sur le conducteur mais cela n'avancerait pas les choses: je continue mon chemin en direction de la plage. Les baigneurs nous regardent comme des extraterrestres mais ne manquent pas de nous encourager. Je bifurque rapidement sur une petite route qui grimpotte en sous bois. Le replat n'aura pas duré bien longtemps, seconde ascension me voilà!

Pour le moment pas de grosse difficulté, c'est roulant avec quelques coups de cul. Je marche quand c'est nécessaire pour préserver les cuisses, j'aimerais aussi arriver à me préserver des crampes. Je dépasses un relayeur, et de 5! Je mets à profit ce passage calme pour faire quelques estimations, j'ai mis environ 1h35 pour arriver à Laffrey, soit un peu moins du tiers du parcours, en multipliant par 3 et en ajoutant un petit pourcentage compte tenu de la fatigue je peux envisager 5h30 environ à l'arrivée. Finalement mon calcul se révélera assez loin de la réalité, j'ai certainement oublié quelques paramètres...

Après la traversée d'un hameau me voici de retour sur les chemins. Je traverse un champ où un couple est en train de pique-niquer, ceux-ci m'annoncent que des relayeurs sont juste devant! Chouette! Le sentier retrouve le couvert des arbres, ouf, un peu de fraîcheur! Je ne dégouline plus comme au départ, la chaleur étant toujours là c'est certainement un premier signe de déshydratation... Il faut que je me force à boire, mais l'utilisation des bâtons et l'intensité que je mets rendent l'accès au bidon peu aisé...

Je remonte encore quelques solos avant de rattraper un relayeur, je serre le poing! Un agriculteur du coin est en train de descendre en tracteur, il s'arrête sur le côté pour nous laisser passer et coupe même le moteur pour ne pas nous gêner, si c'est pas sympa ça! En plus de nous encourager il nous indique même que dans peu de temps la montée va se tasser. Depuis le temps que je cours j'ai appris à ne pas trop tenir compte de ce qu'on m'explique du parcours, j'ai le profil dans la poche en cas de doute, pour le reste je fais appel à ma mémoire. D'ailleurs celle-ci me dit que je dois monter régulièrement jusqu'à 1600m, je vais donc garder en tête que je n'aurais pas de répit jusqu'au sommet.

Le relayeur que je viens de rattraper accélère pour se mettre à ma hauteur et commence la conversation: "Tu viens d'où?". Je mets le frein à main le temps de discuter un peu, ça me fera de la récup pour mieux repartir ensuite. Ce brin de causette m'apprend qu'il est parisien et que c'est son premier trail de montagne. Jusqu'à présent il n'a couru qu'un semi et un petit trail, aujourd'hui il se lance dans le grand bain, pas sûr que le Taillefer soit le meilleur choix! La conversation dévie un peu sur la gestion de course, l'utilisation des bâtons et je lui donne quelques conseils pour arriver au bout. Finalement il ne s'en sortira pas mal en 7h30 environ, pas mal pour une première!

Je profite d'un replat d'une centaine de mètres pour relancer, il ne peut pas me suivre, je lui souhaite donc une bonne course et peut être à plus tard. J'ai le pressentiment que je vais coincer en cours de route... Ma petite accélération me permet de rattraper un coureur solo que je prend presque pour un relayeur tant son rythme est bon! Je continue ma route après lui avoir fait part de mes impressions et je ne tarde pas à voir le dos d'un nouveau relayeur se dessiner, il faut dire qu'avec un maillot jaune fluo il se repère de loin...

Sur le papier ce col avait l'air relativement coriace avec ses 600m de dénivelé et un profil plutôt raide, pourtant je l'avale sans la moindre difficulté, je suis presque arrivé au sommet et les jambes répondent toujours aussi bien. Je veille à m'hydrater un peu mais je sens bien que je suis léger sur ce point aujourd'hui, vivement le prochain point de contrôle que je refasse le plein...

Peu avant le sommet je dépasse le relayeur et mets une petite accélération afin de bien lui montrer qu'il ne faut pas chercher à me suivre. Une bénévole nous encourage en haut et nous indique le chemin à suivre: un petit bout en forêt puis il faudra emprunter les pistes de ski de l'Alpe du grand Serre. Le ravitaillement ne dois plus être loin! Je profite des premiers mètres de descente pour donner du rythme et rapidement creuser le trou avec mon suiveur. Un coup d’œil en arrière après le premier virage me permet de constater que c'est bon. Décidément, je fais une belle remontée au classement! Déjà sept places de grappillées, je dois être entre la septième et la cinquième position. C'est bien, mais je ne suis pas encore à la mi-course, maintenant la partie va se corser: il va falloir au moins conserver le résultat pour qu'Olivier et Benoit aient une chance de pouvoir disputer le podium.

La descente ne présente aucune difficulté, je suis à présent sur un chemin blanc au milieu des remontées mécaniques, certainement pas le plus joli point du parcours mais au moins ça me permet d'avancer, avec encore 25 kilomètres à moins de 6Km/h je vais finir par être en retard pour l'apéro... Je descend sur un bon rythme sans trop pousser la machine, bien décidé à rallier rapidement la Morte. Je pense aux autres qui parlaient de peut-être venir me voir à la Morte, j'aimerais bien les trouver là mais je n'y crois pas trop: Benoit prévoyait une sieste, Josselin aussi je pense. Olivier tout seul ne viendra certainement pas. Tout va bien, trop bien même: je suis tout seul! Personne devant, personne derrière, et surtout plus de balisage! Oh m****! Bon, pas de panique, j'avance encore un peu des fois que... Non, toujours rien! Arghh, la poisse! Le chemin est en lacets, je regarde en contrebas: rien non plus. Un couple se promène, je leur demande si le parcours passe par là: aucune idée... Tant pis, je fais demi-tour, au mieux je croise un coureur et j'aurais fais demi tour pour rien, au pire je retombe sur du balisage et je reprends ma route en ayant perdu du temps. Gros moment de stress, je ne sais plus quand j'ai vu du balisage pour la dernière fois, j'espère ne pas être allé trop loin... Je suis partagé entre l'énervement et le dépit, ma course est fichue... Je vois déjà Benoit m'engueuler pour mon manque de vigilance, ce n'est pas faute de nous avoir mis en garde! Je remonte en courant pour faire bonne figure et ne pas perdre plus de temps mais le regard est bas et le moral au fond des chaussettes...

Finalement après 300m environ je retombe sur le parcours, ouf! (Au final mon détour fait exactement 700m et me fait perdre 4 minutes) J'ai manqué une balise dans un virage, je ne pourrais même pas mettre ça sur le dos de l'organisation, elle était pourtant assez visible... Je me suis laissé emporter par mon envie d'arriver rapidement au ravito en apercevant le village en contrebas... Je repars pour une petite montée, j'aperçoit le coureur en jaune de tout à l'heure. J'avance bien mais le cœur n'y est plus, cette mésaventure a coupé mon entrain... Je finis par le reprendre une seconde fois sans gros effort dans une portion plane, il ne me reste qu'une petite descente pour rallier la Morte et son ravitaillement.

Un passage dans un champ avec des hautes herbes nous conduit au village, les photographes nous attendent dans la descente. Une fois en bas ce sont les habitants du village qui nous encouragent, je les remercie mais je suis toujours sous le coup de la déception. J'arrive finalement au point de contrôle, petit coup de chaud au moment de me faire scanner: pas moyen, j'espère que la puce n'a pas pris l'eau quand je me suis arrosé... Non c'est bon, elle a juste glissé bien au fond de mon dossard, ouf! Vite, je cherche le ravito qui est dans la petite salle derrière la table de contrôle, pas de temps à perdre!

Cette fois personne ne cherche à me prendre mes bâtons mais les bénévoles sont aux petits soins avec moi, mon bidon n'est pas vidé qu'on me le remplit déjà, on me propose plein de choses à manger, génial! J'en profite pour bien me réhydrater et manger un peu, j'applique le régime habituel: banane, orange, cake, encore un peu d'eau pour faire couler et c'est reparti alors que le relayeur jaune fluo arrive juste.

Ultra Tour des 4 Massifs
Ultra Tour des 4 Massifs
Ultra Tour des 4 Massifs

Je passe à nouveau au scan pour pointer à la sortie du ravitaillement et cette fois je m'attaque au gros morceau: la montée au Pas de la Vache. J'ai retrouvé l'envie de bien faire, le ravitaillement m'a fait tirer un trait sur ma première moitié de course, à présent c'est une autre épreuve qui commence. Dans la descente j'ai réalisé que mon petit calcul de 5h30 de tout à l'heure ne tenait pas la route: certes j'ai avalé environ la moitié de la distance et du dénivelé positif mais le reste du parcours est moins ombragé et beaucoup plus escarpé puisque j'ai maintenant 1600D+ et 2100D- très techniques à me mettre sous la dent. Bref, les 6h que je comptais initialement ne vont pas être une mince affaire, d'autant plus que je suis déjà à 3h03 de course...

En sortant je passe devant un panneau "Col de la Morte - 1368m", soudain je prend conscience de ce que je vais devoir grimper: 980m de dénivelé en 4,9Km, soit un kilomètre vertical! Je ne l'avais pas vu comme ça... Aie, je suis sévèrement amoché, cette ascension ne vas pas être une franche rigolade... Cela dit, je suis raccord avec mon plan initial: passé le ravito de la morte j'active le mode survivor. Au pied du mur (c'est le cas de le dire), l'idée me semble nettement moins lumineuse... Tu vas dérouiller mon coco!

Tant pis, il faut y aller... Après un cours bout de route pour sortir du village je retourne sur un chemin ombragé qui grimpe fort d'emblée. Un panneau m'indique le sommet, je préfère ne pas regarder pour ne pas me faire encore plus peur. Cette fois je suis tout seul, rien devant, rien derrière. J'avance toujours à la même allure que dans les précédents cols, la fatigue est là mais je sens que mes jambes ne veulent pas donner moins, elles ont trouvé leur rythme de croisière. Le moteur, lui, commence à donner des signes de fatigue. Pourvu que ça tienne jusqu'au sommet...

Rapidement le gros coup de cul se tasse quelque peu et c'est une ascension assez roulante qui s'offre à moi. Ma fraîcheur relative me permet quelques relances dont je ne me prive pas et je rattrape petit à petit un groupe de trois coureurs. Soudain le tracé quitte le large chemin pas trop pentu (10 à 12% tout de même...) et nous fait prendre un single en sous bois qui lui est digne d'un kilomètre vertical! Gare aux cuissots!

Le groupe de coureurs est constitué de solos uniquement, dommage pour moi. Cela-dit ils grimpent à une sacré allure, sentant le coup de moins bien arriver je décide de me caler dans leur roue en attendant que j'aille mieux. Après ces ascensions rapides j'ai l'impression d'être en sous-régime. J'en profite pour boire quelques gorgées. Nous sommes autour de 1700m, encore 700m à grimper et je sens mes forces qui baissent à une vitesse impressionnante!

Nous émergeons de la forêt pour retrouver la chaleur du soleil, le sentier se fait plus technique, les lacets se multiplient. Je n'ai plus aucune sensation de sous-régime, à présent l'allure me convient très bien! Les solos devant moi parviennent à relancer, je n'ai ni la force ni l'envie de le faire. Je parviens toutefois à recoller grâce à ma vitesse de marche légèrement supérieure mais je commence à peiner pour tenir le rythme. Mon altimètre devient mon meilleur ami, je n'ai de cesse de regarder les mètres défiler pour me rassurer. En revanche le GPS s'évertue à me miner le moral, mon rythme ralentit de kilomètre en kilomètre: 10, 12 puis 15 minutes... Courage, bientôt la barrière des 2000m!

La vue dégagée me permet de me retourner pour vérifier que personne ne revient sur moi pendant mon coup de moins bien. Rien à l'horizon, tout va bien! Le chemin devient un peu plus technique et les lacets se resserrent, j'essaie de lever un peu le nez pour profiter du paysage, la vue est superbe sur la barre rocheuse du Grand Bec, malheureusement mon état de déchéance ne me permet pas de profiter du panorama, mon regard se reporte rapidement sur mes pieds et le dos du coureur qui me précède. Les 2000m sont passés, plus qu'un mont Thou bien raide à franchir et je serais au sommet. Je suis au bout du roulot, je sais que j'arriverais au sommet mais j'angoisse sur ma capacité à repartir une fois en haut. Il me reste 15 bornes à avaler dont deux grosses descentes et une petite montée. Je ne donne pas cher de ma peau...

Le coureur en tête du groupe se fait dépasser par ses deux suiveurs, pour ma part je ne passe pas, on avisera au sommet sur la marche à suivre. Chaque pas devient un nouveau défi, l'altimètre jusqu'à présent mon seul soutien devient mon pire ennemi, le compteur est figé, à moins que ce ne soient mes jambes... Je tourne au ralenti, la démarche est lourde, mon esprit embrumé, ma vision se trouble, j'ai le cœur au bord des lèvres et suis à deux doigts de vomir. Un éclair de lucidité me fait arriver à la conclusion que je souffre de déshydratation. Encore 200m avant le sommet, je me sens capable de ravaler ma souffrance jusque là, une fois en haut je ferais une pause pour me retaper et je ferais le point sur mon état. Curieusement je ne souffre pas de la chaleur, je suis déshydraté par sa faute (et la mienne) mais elle ne me ralentie pas. Il faut dire que j'ai tour fait pour m'habituer à courir en plein cagnard avec des sorties par 35°... Cela ne change rien au fait: j'ai soif!

J'essaie de boire quelques gorgées tant bien que mal et garde l’œil rivé sur l'altimètre, j'avance peu à peu pour me rapprocher de la barrière fatidique des 2354m. Les deux solos de devant ont pris la poudre d'escampette, un petit trou s'est creusé, décidément, ça ne va pas fort... Je reste scotché à mon lièvre, bien déterminé à arriver en haut coûte que coûte.

Plus que 50m, j'essaie de calculer à combien d'étages cela correspond mais la division par 3 à raison de moi. Le cerveau est complètement retourné, je n'ai plus aucune lucidité, j'espère que la petite pause qui arrive va me faire du bien... Je regarde le sommet, il n'est plus très loin mais mes jambes me crient que c'est le bout du monde...

Ça y est, me voilà arrivé! Je coupe le moteur et dégaine mon bidon. Je siphonne ce dernier, 250mL environ, c'est peu... Je tire un peu sur mon kamelbak en essayant un peu de profiter du panorama: superbe, ça mériterait bien une photo! Le solo devant moi à eu la même idée: la pause s'impose.

Ce petit break ne m'a pas fait de mal, cependant je n'en tire pas encore les bénéfices... Je me sens toujours aussi mal alors que je me remets en route pour la descente. Je ne suis plus lucide pour un sou, la seule pensée qui m'obnubile désormais est de ne plus perdre de temps, il faut que je rallie l'arrivée tant bien que mal. Un bénévole placé un peu plus loin me demande si tout va bien, si je suis hydraté. Je flaire la question piège et de mon air le plus naturel lui répond que tout va bien. Pas question d'être arrêté maintenant alors que le plus dur est derrière moi!

Comme si j'avais besoin de ça on nous signale que la section qui vient est dangereuse... Il faut vraiment que j'arrive à retrouver un peu de concentration si je veux rester sur mes deux pieds...

Je dépasse un de mes compagnons d'ascension et entreprend cette partie technique. Mon manque de confiance dans mes jambes me pousse à la plus grande prudence, je n'hésite pas à marcher voire à mettre les mains, pas question de tenter de petits sauts ou autres acrobaties. La descente me conduit au lac de Brouffier, superbe! Dommage que je sois si concentré sur mes pieds... Malgré mon allure d'escargot je parviens à remonter sur les deux solos échappés dans la montée, l'un d'eux glisse et chute un peu avant que je ne recolle. Pas de bobo semble-t-il mais il s'arrête sur le côté un peu plus loin. Nous lui proposons d'appeler des secours mais il nous assure que tout va bien. Quelques mètres plus loin justement nous tombons sur un groupe de secouristes et leur indiquons qu'il s'est fait mal et qu'il serait plutôt pas mal d'aller vérifier que tout va bien. Ils nous proposent de la soupe, j'ai assez chaud comme ça et continue ma route, mon compagnon s'arrête. (Il s'avère qu'il s'agit du futur vainqueur, Fabrice Arène, alors en 5ème position!)

Me voilà seul dans la descente, toujours pas un arbre mais mon état semble s'améliorer peu à peu. Je suis toujours en galère mais ma vision n'est plus trouble, l'envie de vomir m'est passée et j'ai rebranché le cerveau, ouf! Les jambes elles aussi me reviennent peu à peu, la descente ne me demande aucun effort particulier, je veille uniquement à rester très concentré dans les lacets pour trouver la meilleure voie. Je croise des randonneurs et dépasse un solo, Je ne vois pas la descente passer, j'ai retrouvé ma bulle. Le temps me tarde d'arriver au prochain ravitaillement, je sens que j'ai encore besoin de boire. Je compte les kilomètres tandis que je tire sur ma pipette. D'après mes calculs celui-ci devrait se situer autour du 36ème kilomètres, deux randonneurs que je croise en bas de la descente me l'indiquent dans moins d'un kilomètre. D'expérience je décide de rayer l'indication de ma mémoire, mais l'espoir de boire un coup rapidement vient contrecarrer ma résolution et je me mets à saliver à l'idée d'un verre de coca bien frais...

J'arrive sur un chemin près d'une route, le balisage me laisse sceptique et je cherche un peu mon chemin, je vais voir d'un côté puis de l'autre. Finalement j'opte pour le sentier en sous-bois qui part vers la droite: bonne pioche! Un peu de plat, quel bonheur! J'avance bien sur ce petit chemin jusqu'au lac Claret (magnifique) et de nouveau voilà que je ne trouve plus de balisage... Je m'arrête, regarde un peu tous les chemins: rien. Mince, il va falloir tirer à la courte paille... C'est à ce moment que surgit Fabrice, qui m'indique le chemin d'en face: en effet il y avait bien un fanion accroché à une branche d'arbre, manque de bol il était dans une position qui le rendait invisible pour moi... Je le remercie et repars devant. Le terrain se fait plus vallonné, malgré la fatigue je prend de nouveau beaucoup de plaisir. Le paysage est chouette et les sensations sont bel et bien revenues. Je suis presque déçu de n'avoir dépassé personne depuis la Morte!

Ultra Tour des 4 Massifs

Je réactive le turbo (un peu essoufflé tout de même), bien décidé à filé à Poursollet sur les chapeaux de roues. J'entend des applaudissements pour un coureur juste devant moi et entend qu'il est troisième solo, wahou! Il faut préciser que depuis le début de la course je me demande où j'en suis dans le classement solo, me voilà fixé, je commence à voir du top niveau! Je finis par le rattraper et le félicite vivement pour ce qu'il est en train de réaliser. Il me dit que maintenant il espère surtout tenir jusqu'au bout, je l'encourage vivement et repars de l'avant. Il avait tout de même bien marqué, j'espère pour lui que ca ira! Il terminera finalement 4ème et second V1H, bravo!

Une petite montée vient se mettre en travers de ma route, je ménage mes forces et marche un peu. Bien qu'à deux pas de la route le paysage est très sauvage, un vrai bonheur! Le côté en dents de scie de cette partie du parcours me permet d'effectuer de nombreuses relances et la proximité des lacs apporte de la fraîcheur, je me sens revigoré, paré à affronter la suite! Une seule inquiétude vient me gâcher le plaisir: je ne me souviens pas bien du profil de la dernière montée, je ne sais plus si elle fait 200 ou 350m... Je regarderais le profil du parcours au ravitaillement qui ne devrait plus tarder à présent. Après une brève descente j'arrive au ravitaillement, heureusement que je n'ai pas écouté le couple de tout à l'heure, le kilomètre en faisait 4!

Ce ravitaillement était supposé n'offrir que du liquide, coup de chance il y a aussi un peu de solide! Par contre grosse désillusion: pas de coca... Voilà une bonne raison de filer à Rioupéroux! Après avoir vidé un bidon d'eau je me jette sur les morceaux de banane et d'orange ainsi qu'une part de cake. Je déplie vite mon profil du parcours: je suis à 1652m, je grimpe à 1878m. 230m à avaler, d'autant plus que ce n'est pas raide, pas de quoi avoir peur! La descente en revanche, ca promet... Je jette ma feuille de route à la poubelle, je n'en aurais plus besoin. Encore un peu d'eau pour la route et c'est reparti pour les 8 derniers kilomètres de mon chemin de croix (du moins d'après la pancarte sur la table du ravito).

La route reprend en léger faux plat montant, pas de quoi m'inquiéter, j'ai retrouvé un peu de fraîcheur: je me permet le luxe de trottiner un peu tant et si bien que je remonte tranquillement sur un coureur. Celui-ci semble avoir à cœur de ne pas marcher: il cours vaille que vaille, même alors que le terrain se met un peu à monter. Je ne donne pas cher de sa peau et alterne marche et course de mon côté. Mon train de sénateur me permet de ne pas perdre de terrain quand je marche et de grignoter un peu à chaque relance. Je finis par remonter à sa hauteur pour m’apercevoir qu'il s'agit du second solo! A ce rythme il va droit au carton à mon avis... Et pourtant il terminera 3ème, chapeau bas!

Je continue ma route et aperçoit très rapidement un autre coureur, cette fois vu son allure je suis pratiquement certain qu'il s'agit d'un relayeur. Le terrain monte un peu plus à présent, cela me permet de revenir sur lui d'un bon pas. Il faut dire qu'il a l'air explosé, il n'avance plus beaucoup... Je remonte à sa hauteur, et profite d'une brève accalmie dans la pente pour lui asséner une grosse accélération, juste histoire de lui faire comprendre que c'est moi le patron. Décidément, depuis une heure au Pas de la Vache et maintenant c'est le jour et la nuit! J'ai de nouveau de la vigueur dans les jambes et je me sens combatif, la dernière descente va me permettre de récupérer un peu de temps!

J'approche du sommet, les jambes répondent toujours assez bien, ca y est! Un petit virage et je descend quelques mètres avant de remonter une côte très sèche. Alors que je souffle pour franchir ce mur d'une vingtaine de mètres j'entends les bénévoles qui m'attendent au sommet m'encourager. "Aller, avec le sourire!" La remarque me fait beaucoup rire, "Ah, c'est mieux!". Un dernier scan du dossard pour la route et c'est reparti! On me propose à boire mais je décline l'offre, j'ai encore de l'eau sur moi, tout va bien!

La bénévole qui m'a demandé de sourire part en courant devant moi pour me montrer par où passer, après un grand merci de rigueur je me jette dans l'ultime difficulté de la journée: 4,4 kilomètres à 30% de moyenne, autant dire que les articulations vont être mises au supplice...

Le ton est rapidement donné, les lacets sont extrêmement raides, pas question de laisser rouler. Les cuissots vont être à rude épreuve, je dois retenir à chaque foulée pour ne pas dévaler jusqu'en bas. Points positifs: je suis à l'ombre et le chemin n'est pas très technique pour le moment. Sur ce point je suis vite détrompé, des racines font leur apparition après quelques centaines de mètres. Au moins le sol est souple, saupoudré d'aiguilles de pins. C'est très confortable sous le pied, un régal! En revanche les lacets sont cours, raides et la marche est haute. Ma vie se résume à trottiner sans laisser partir la machine, freiner fort, virer, relancer et bis repetita. Le rythme n'est pas élevé mais l'altitude décroit rapidement, déjà 200m, plus que 1100!

Le terrain souple cède sa place à une ribambelle de cailloux qui ne me simplifient pas la tâche, je reste dans le même esprit en regardant bien où je mets le pied. Je manque de peu de chuter lorsque ma cheville part de travers sur une pierre que j'ai mal jugé, heureusement un bon réflexe me permet de la bloquer et de ne pas vriller. Je commence à en baver et j'ai hâte que l'épreuve se termine, je regarde l'altitude chuter sur ma montre. Les genoux commencent à être douloureux...

Après un rapide calcul j'estime qu'il me reste environ 25 minutes de descente, je dévale environ 300m par tranche de 10 minutes, ça va vite mais pas assez à mon goût... Voilà maintenant que je traverse un pierrier, décidément cette descente mérite bien sa réputation! Et pif, un cailloux sur la malléole! Aie! Je fais des bonds sous la douleur. J'en ai ras le bol, mes genoux commencent à être broyé, je meurs de soif mais pas question de sortir le bidon dans ces conditions. Je regarde de plus en plus régulièrement ma montre... Et voilà que je glisse sur une pierre lisse et manque de partir en arrière, je me reprends sans trop savoir comment. Même pas peur! Il faut absolument que je reste vigilant jusqu'en bas.

Le sentier devient de plus en plus technique, à moins que ce ne soit ma concentration qui baisse de plus en plus. J'ai vraiment du mal, je suis au bout, des larmes de douleur me démangent les paupières... Il ne me reste maintenant plus grand chose à descendre, je croise un coureur en plein entrainement, il monte au pas de charge et m'encourage. Il n'a pas l'air trop amoché, je dois être proche de l'arrivée! Aller, encore un petit effort!

Cette fois ca y est, j'arrive à une bifurcation et retrouve un peu de plat avant de traverser un hameau puis de retrouver une route en lacet que je ne suit qu'une centaine de mètres avant de prendre une volée de marches d'escaliers: attention aux mouvements exotiques, ce n'est pas le moment de cramper! J'arrive finalement dans le village et longe la route, je cherche le point de ravitaillement du regard: rien... Mince, j'ai encore de la route semble-t-il...

J'essaie de relancer dans la longue ligne droite mais l'effort n'est guère concluant. Un photographe m'attend au bout avant de redescendre vers un pont en contrebas. Toujours pas de ravitaillement... Non! Le balisage me conduit tour droit vers une montée! Non non non, pas question! Et si... Je n'ai plus rien dans le réservoir, je n'esquisse pas le moindre geste pour courir, je décide de la jouer petits bras (ou plutôt cuissots). Je marche d'un bon pas compte tenu de mon état de fatigue sous les encouragements du public et des autres relayeurs venus attendre leurs équipiers quand soudain j'aperçoit Josselin. Zut! Il va me pousser à courir l'enfoiré! Il me tape sur l'épaule pour m'encourager, je retrouve le sourire mais pas l'envie de courir. Tant pis, je fais contre mauvaise fortune bon cœur quand il me dit que l'arrivée est à deux pas, une dernière relance ça ne va pas me tuer! Et hop, je file droit dans la pente retrouver Olivier. En passant je repère une flèche à contresens partant dans une montée pas piquée des hannetons, j'ai mal rien que de la regarder! Heureusement qu'elle ne m'est pas destinée... Ça y est, m'y voilà, Olivier trottine quelques pas avec moi, nous nous faisons scanner et c'est parti pour la Belledone!

Ultra Tour des 4 Massifs
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Cette fois c'est bon, je peux respirer et surtout aller déguster mon verre de coca tant désiré! Les bénévoles sont aux petits soins avec moi, j'emprunte une chaise pour soulager mes jambes. Pendant que je me restaure on me dit que j'ai fait une énorme descente dans les temps du premier! Pourtant ce n'est pas l'impression que j'en ai eu... Tiens d'ailleurs en parlant du premier, on en est où nous? Josselin m'apprend que je suis remonté à la quatrième place! Wahou! Je taille encore une petite bavette avec les bénévoles en sirotant un peu puis c'est le retour à notre camp de base, je n'ai pas envie de m'éterniser, j'ai mal aux pattes et je rêve d'une bonne douche.

La voiture est au pied de la descente, un dernier effort et j'y serais. Pendant ce temps Josselin et moi débriefons sur nos courses respectives en passant un coup de fil à Benoit au passage afin de lui donner des nouvelles. Je suis bien explosé mais savoir que je termine 4ème m'a redonné un peu de punch! Plus qu'à espérer que tout se passe bien pour Olivier...

Au retour nous tombons sur les beaux parents de Benoit de retour de vacances, en arrivant à l'appartement ma douche est fortement compromise, entre le récit de mes aventures, celui de Josselin, les espoirs pour les relais d'Olivier et la stratégie de course de Benoit la discussion est animée et mon décrassage tarde à arriver!

Finalement j'arrive à prendre cinq minutes pour me passer au karcher, et c'est parti pour le suivi de la course d'Olivier! Je lui ai passé le relais avec 17 minutes d'avance sur le 5ème, 20 de retard sur le 3e et 32 sur le second. Le podium est encore loin mais on y croit! D'ailleurs à son premier scan il a déjà grapillé 13 minutes sur la 3ème place et 5 sur la seconde. Le 5ème est déjà très loin, c'est chaud bouillant devant! Tout le monde est surexcité dans l'appartement pendant que Benoit essaie de rester calme dans l'attente de son relais.

Pendant ce temps moi j'ai faim! J'ai quand même sauté le repas de midi et cavalé pendant 6h25, et surtout j'ai des pizzas qui m'attendent dans le frigo... Seul problème, Benoit va partir peu avant minuit, il veut manger 3h avant le départ, donc entre 20h et 21h. L'attente va être longue! Je reporte mon attention sur le suivi d'Olivier, je répond aux messages de félicitations et finalement l'heure tourne assez vite.

Pendant ce temps là notre coureur du moment n'amuse pas la galerie et récupère la troisième place! Cinq minutes d'avance sur le nouveau 4ème et 20 de retard sur le second, il remonte, le dernier relais va être chaud! Je sens que je ne vais pas beaucoup dormir cette nuit...

Les pizzas sont cuites, place au repas! Celles-ci sont agrémentées de tourtons du Champsaur et de melon, que du léger! Pendant ce temps là Benoit mange religieusement une tournée de ravioles, dur dur la vie de coureur... Plus qu'à boucler son sac et nous irons le déposer à son relais. Petit pépin: sa poche à eau à une fuite, impossible de mettre le doigt dessus. Dans le doute je lui confie la mienne, mieux vaux être trop prudent...

Ultra Tour des 4 Massifs

Juste avant de nous mettre en route Olivier passe son dernier point de contrôle: moins de 9 minutes d'avance sur le second et un gros matelas de 35 minutes sur le 4ème! Il va le faire le bougre! Pendant que notre champion poursuit son exploit nous sommes en route pour St Nazaire les Eymes, Benoit a l'air sûr de son coup, bien concentré et déjà dans sa course, je le sens bien! Nous avons du mal à trouver l'accès au collège mais nous finissons par trouver, Josselin et le beau-père de Benoit sont allés chercher Olivier un peu plus loin sur le parcours, ils nous donnent des nouvelles alors que nous arrivons: Olivier a pris la seconde place! Incroyable!

Nous y voilà, le dernier relayeur de la désormais troisième équipe est déjà là, prêt à partir. Benoit va discuter avec lui tandis que je vais jeter un œil au début de son parcours. En passant je repère une salle équipée de tapis de sol et de couvertures, la nuit va être spartiate pour les solos! Il restait 6 kilomètres assez plats à Olivier au moment du coup de fil, je compte environ 30 minutes pour qu'il en termine connaissant l'animal. Je vais faire part de ma reco à Benoit afin qu'il puisse partir sans se poser de questions. Sa tactique de course va être simple: se bagarer pour conserver la seconde place sans chercher à aller chercher la première qui est hors de portée à près d'1h30.

A présent je remonte un peu sur le parcours pour aller chercher notre héro de la soirée. A peine cinq minutes d'attendre et voilà une lampe frontale qui surgit de la nuit, "Aller Olivier!" tant pis pour les gens qui dorment... Il est accompagné de Josselin qui l'a suivi à vélo, je me mets à leur hauteur et termine au sprint avec Olivier qui a l'air content dans terminer. Il donne une accolade à Benoit pendant qu'il se fait scanner, et c'est parti pour la dernière cavalcade!

Olivier a l'air d'avoir pris une douche, il nous explique qu'il a eu froid à la croix de Chamrousse, du coup il a enfilé son coupe vent, très imperméable, pas du tout respirant! Il dégouline le pauvre... Il a bien mérité son verre de coca! Voyant l'athlète torse nu, une gentille kiné vient lui proposer ses services qu'il accepte avec joie, il prend tout de même le temps de se réhydrater pendant qu'il nous raconte sa course.

Le troisième relayeur arrive 7 minutes après Olivier, son coéquipier part comme un missile à la poursuite de Benoit, la bagarre va être rude!

Une fois Olivier remis sur pied nous discutons du programme de la nuit: nous pouvons aller voir Benoit au Sappey ou aller nous coucher pour dormir un peu. Tout le monde a l'air crevé, nous décidons d'aller faire un petit somme et de retrouver Benoit au petit matin pour son arrivée à Grenoble. Sa maman en revanche qui n'a pas 40 Km dans les jambes décide d'aller encourager l'homme de la nuit, elle nous passera un coup de fil lorsqu'il arrivera au point de contrôle. Curieusement ce ne sont pas les coureurs les plus excités mais notre groupe de supporters, ils ont l'air de vivre la course encore plus intensément que nous!

Le temps de rentrer au camp de base Benoit a déjà passé un point de contrôle: il a déjà grappillé 9 minutes au troisième! Sur cette bonne nouvelle nous filons nous coucher, réveil programmé à 4h, mais impossible de trouver le sommeil, les jambes tirent pas mal et j'ai envie d'aller voir où en est Benoit... Je me suis finalement assoupi quand le beau-père de notre champion vient nous réveiller: "Il est 4h, il vient de passer au Sappey!". Branle-bas de combat, je saute du lit et file voir le classement de la course pendant que Olivier remarque judicieusement qu'il n'est que 3h, on a encore un peu de temps devant nous. Après concertation les beaux-parents vont aller voir Benoit au col de Vence pendant que nous allons dormir une petite heure supplémentaire. Au classement il a pris une énorme avance: 30 minutes! Nous pouvons dormir sur nos deux oreilles, il fait le boulot! Toujours est-il que je gamberge, entre l'angoisse qu'il fasse une mauvaise chute et ma course qui me revient à l'esprit impossible de retrouver le sommeil. J'attend donc patiemment que le réveil sonne...

Cette fois c'est l'heure! Benoit a encore creusé l'écart, c'est pratiquement gagné! Nous sautons dans nos chaussures et filons à Grenoble pour le retrouver, notre club de supporters est là aussi. Nous sommes bien les seuls à 4h30 au milieu du parc Mistral... Nous repérons le balisage et remontons sur le parcours pour aller le chercher. Dans le noir sans frontale, le balisage saute nettement moins aux yeux... Nous finissons par arriver sur les quais où les quelques bénévoles éparpillés çà et là semble en pleine léthargie, l'activité n'est pas énorme: seule la première équipe est passée... Nous remontons encore un peu en marchant tranquillement quand soudain nous apercevons l'éclat d'une frontale: "Aller Benoit!".

Ultra Tour des 4 Massifs

Le voilà qui arrive comme une balle, nous nous mettons à sa hauteur pour l'accompagner, il a l'air bien et nous raconte sa course: il n'a vu personne à part des chamois et le 3ème relayeur qu'il a croisé et écœuré sur l'aller retour à Chamechaude. Il savait qu'il allait certainement le croiser à ce moment, il a donc envoyé la sauce pour creuser l'écart et lui mettre un bon coup au moral. Bien vu maître Ben! Nous quittons les quais pour revenir dans le parc, les bénévoles sont contents: voilà du boulot! Prochain coup de feu dans 40 minutes...

Nous voilà dans le parc, Benoit va très bien, il est obligé de ralentir pour m'attendre: mes sandales ne veulent plus rester à mes pieds. Tant pis, je termine pieds nus! Dans l'herbe tout va bien, dans les gravillons aie aie aie! Nous terminons bras-dessus bras-dessous sous les applaudissements des quelques personnes présentes, quel pied!

Ultra Tour des 4 Massifs
Ultra Tour des 4 Massifs
Ultra Tour des 4 Massifs

Voilà une magnifique aventure qui se conclue de la plus belle des manières, il ne nous reste plus qu'à aller dormir et à patienter jusqu'à dimanche pour la remise des prix.

Que dire de cette épopée tant ce fut intense? Sur un plan sportif c'est un très beau succès, malgré les blessures nous avons réussi à aligner une équipe solide au niveau très dense. L'émulation de groupe a fait monter la sauce et chacun s'est donné à fond sur son relais, la bonne étude du parcours et les diverses reconnaissances ont également pesé dans la balance. Le contrat est rempli, le podium est atteint et même l'estimation de notre temps à l'arrivée est tombée dans le mille: nous visions 24h, Benoit franchit la ligne en 24:00:32. On imputera les 32s excédentaires au temps de scan de la puce à l'arrivée, de la précision d'horloger suisse!

Sur le plan humain quelle belle aventure entre amis! Entre la préparation, la planification, les entraînements, l'élaboration de la stratégie de course et les moments vécus ensemble durant le week-end, nous allons garder longtemps des souvenirs de cet UT4M! Un immense merci à mes trois compagnons pour ces belles émotions. Les courses en solo c'est chouette, les courses en équipe c'est encore une autre affaire! Vivement la prochaine...

Il ne faut surtout pas oublier l'énorme travail de fond qui a été mené pour l'organisation de cette épreuve. Monter une course de cette ampleur en si peu de temps et avec une telle précision, je ne peux que tirer mon chapeau et m'incliner très bas. Merci à tous les acteurs qui nous ont offert cette aventure exceptionnelle!

Enfin, c'est l'heure du bilan personnel. Malgré la joie de cet excellent résultat et de ma belle remontée au classement quelques points d'ombre subsistes: mon manque de lucidité quant à l'hydratation et ma stratégie de course suicidaire. Pourtant les chiffres semblent montrer le contraire, après avoir reporté les temps intermédiaires dans un tableur je m'aperçois que je ne suis pas le seul à être parti très vite: j'ai le 3ème temps sur la portion Vif - Laffrey, le second sur Laffrey - La Morte, le meilleur sur La Morte - Les Chalets et le second dans la descente sur Rioupéroux. Au final je signe le second meilleur relais du Taillefer. En résumé tout le monde cours vite jusqu'à La Morte puis c'est l’hécatombe dans le Pas de la Vache, j'ai beau exploser, je suis tout de même celui qui limite le plus les dégâts... Je suis curieux de voir ce que cela aurait pu donner avec un départ plus tempéré et un peu plus de liquide avalé... Quoi qu'il en soit cela reste une superbe performance dont je suis pleinement satisfait!

Durant ces 6h25 d'effort j'ai eu le temps de me rendre compte de ce que représentait un 160Km: des litres de sueur, un effort incroyable, aucun droit à l'erreur et un mental à toutes épreuves, bref cela m'a bien refroidi et pourtant je sens encore grandir l'envie de me frotter à un défi de cette ampleur... Je serais certainement fixé sur ce point dans deux mois après mon dernier gros objectif de l'année: l'Endurance Trail et ses 106Km. Après une saison déjà bien chargée la tâche me paraît énorme, je pense aborder cette course dans une optique de plaisir plus que de performance, en essayant d’engranger un maximum d'expérience en attendant la saison prochaine. Mais en attendant priorité à l'entrainement et aux courses du club.

Prochain rendez-vous aux 10Km de Balan!

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